La vilaine Lulu décryptage (aka Lucifer)

Suite à la diffusion sur France 2 d’un film mettant en scène la vie d’Yves Saint-Laurent (YSL), le 30 juillet 2017, il était honnêtement impossible de passer sous silence l’existence de « La vilaine Lulu ». Sa publication a été encouragé par Françoise Sagan. Cette femme, écrivain, a l’apparence androgyne et bisexuelle, menait une vie décadente autour de l’enfer du jeu, des casinos, des hippodromes et des nuits parisiennes agrémentées d’alcool, d’héroïne ou de cocaïne. Elle a sans aucun doute des points communs avec La vilaine Lulu. Au début de sa carrière Sagan a été surnommée le « charmant petit monstre » tandis que Lulu, un autre genre de monstre, remportait tous les prix littéraires durant ses escapades bucoliques.

Imaginons un film décrivant la vie de Roman Polanski en occultant le viol qu’il a commis sur une mineure de 13 ans, après l’avoir droguée, et pour lequel il a été poursuivi pendant 40 ans. Sans compter toutes les autres accusations dont il a été la cible par la suite. Quel crédit pourrions nous accorder à un tel film ? Le résultat serait purement partial à l’instar des films biopic d’YSL. Autant de mièvreries destinées à idéaliser des « artistes », des hommes qui n’étaient que des hommes. Le mythe YSL a encore toute sa résonance aux yeux de l’opinion publique. Qui était réellement YSL ? Nous savons tous qu’il dessinait et créait des lignes de vêtements par le biais de sa maison de couture. En dehors de cela, qui était-il ? Pour le cinéaste polonais, nous savons que c’est un délinquant sexuel condamné à 90 jours de prison pour avoir eu un rapport sexuel avec une mineure. Après 42 jours d’incarcération, il fut libéré pour bonne conduite, rien à ajouter ! Quant à YSL, il est au mieux coupable d’avoir fait l’apologie de la « pédophilie » à travers cette singulière bande-dessinée intitulée La vilaine Lulu.

Cette bande-dessinée a connu sa première publication en 1967, les suivantes bien plus tard en 2002 et 2003, toujours aux éditions Tchou, et enfin avec les éditions de La Martinière en 2010. Le tirage 2002 était limité à 500 exemplaires, dédicacé par la main d’YSL et vendu au prix unitaire de 550 euros. Autant dire que cela s’adressait aux collectionneurs ou à des personnes très sensibles à ce genre de « littérature ». En 2006, les éditions de La Martinière s’étaient déjà distinguées dans le rayon de la « pédopornographie » avec la sortie d’un portfolio du photographe David Hamilton, contenant plus de 330 pages de photos d’adolescentes nues. Plusieurs femmes l’ont ensuite accusé d’agressions sexuelles voire de viol dont Flavie Flament. Au mois de novembre 2016, David Hamilton âgé de 83 ans s’est suicidé à son domicile parisien.

Les scénarios développés par YSL pour narrer les intrigues de La vilaine Lulu sont une ode à la perversité et à la décadence. L’ensemble est parsemé de références au catharisme ou à des personnages sordides aux profils dangereux comme l’empoisonneur Borgia et l’« empoisonneuse » Marie Besnard, s’imposant comme autant d’icônes inquiétantes dans l’univers décadent de Lulu.

Avant de débuter YSL nous présente Lulu comme étant sa fille pour qui « il décida de mettre sa vie en images et de la raconter ». Une note liminaire de l’auteur nous « prévient qu’il est inutile d’essayer de le psychanalyser à travers son héroïne ». Une remarque significative et certainement dictée par son inconscient, bien heureux de pouvoir s’exprimer librement à travers le personnage de Lulu mais peu rassuré à l’idée d’être vraiment démasqué. D’autant plus qu’en mettant en parallèle les turpitudes de Lulu avec la vie de YSL, nous observons des similitudes voire des projections fantasmagoriques ou réelles de sa vie passée, présente et future. A ce sujet, l’auteur nous précise que « toute ressemblance avec des personnes qui existent ou qui ont existé est parfaitement voulue. Toutes ces aventures ont été tirés de faits réels ».

Dans la courte présentation de Lulu, âgée de huit ans et demi, nous apprenons qu’elle fume, aime s’exhiber, « faire de vilains gestes » comme montrer son postérieur. Elle se proclame « mutine » et son journal préféré est « PlayGirl », une analogie explicite à PlayBoy sorti en 1953. Lulu n’a pas de parents pour s’occuper d’elle, c’est le rôle d’une gouvernante qu’elle maltraite au demeurant. Son seul ami est un gros rat blanc aussi affable qu’elle. Le choix du rat n’est pas anodin, il incarne ce qui est caché sous terre, la vie souterraine, la maladie, le mal qui ronge notre inconscient. Or le monde sous-terrain est gouverné par le diable, une entité très appréciée par Lulu ou Lucifer. Les histoires de cette bande-dessinée à caractère libidineuse, malsaine voire totalement macabre abordent des thèmes aussi variés que la maltraitance infantile, la misogynie, le sacrifice humain comme rituel satanique, la torture, l’enlèvement d’enfants, l’assassinat, l’esclavage sexuel, le tourisme sexuel, le trafic d’êtres humains, la pyromanie, la prostitution, l’alcoolisme, la drogue, l’exhibitionnisme ou encore la pédophilie. YSL était névrosé mais il n’y pouvait rien changer, c’est sans doute pour cela qu’il demandait ironiquement à ne pas être psychanalysé à travers sa bande-dessinée. Sa souffrance exposée sur papier glacé, il ne pouvait l’extérioriser dans sa vie personnelle que la nuit ou en compagnie d’un nombre restreint d’individus, à savoir des semblables pratiquant le sado-masochisme.

Le livre de la Lulu contient 96 pages et il est composé de 23 histoires dont voici un résumé : 

  1. Lulu à l’école, elle n’aime pas l’école, elle est provocante, irrespectueuse, insultante envers la maîtresse, l’assimilant à une prostituée puis devient menaçante avec ses camarades, allant jusqu’à les racketter. A la fin de cette première histoire, un vieux satyre se délecte de voir Lulu dans la cour. Ce vieux pervers reviendra régulièrement tout au long de l’ouvrage. YSL n’a guère apprécié l’école puisqu’il était souvent la cible de moqueries. Dans cette première histoire, à travers sa fille Lulu, YSL semble exprimer à posteriori ses vils sentiments refoulés envers ses camarades à cette époque.

  2. Un jeudi de la Vilaine Lulu, une journée qui se déroule au parc, débutant par une allusion discriminatoire d’une femme qui, tout en tricotant, s’adresse à une mère portant dans ses bras un nourrisson noir : « Allez ! Avouez-le que vous avez fauté ». Les petites filles jouent dans le parc et sont décrites comme étant « mutines et sournoises », nous pouvons observer la présence du satyre caché derrière un buisson. Puis, Lulu se moque d’un bébé qu’elle juge « vilain », elle entraîne ses copines avec elle et les excite contre le pauvre bébé. Elles chantent en chœur « le vilain bébé, le vilain bébé », la maman du bébé, harcelée, finit par abandonner son bébé à l’armée du salut.

  3. Je m’aime un peu, beaucoup, passionnément, à la folie (ouf !), en résumé Lulu s’auto-congratule en s’admirant dans le miroir, « la vilaine lulu s’admire devant sa psyché… » concluant « je suis comme je suis et n’y puis rien changer et n’y puis rien changer » ? Ne cherchons pas à psychanalyser le génie rutilant et délirant d’YSL car avant d’entrer dans son univers il nous l’a instamment déconseillé. YSL était ce qu’il était, ne pouvait-il rien y changer ?

  4. Un beau métier, l’héroïne a obtenu son diplôme de masseuse. Elle exerce auprès d’une clientèle de petites filles mais une maman n’appréciant pas les méthodes de Lulu la chasse puis menace de la dénoncer auprès de la police. Lulu décide alors d’ouvrir son propre institut à domicile, dans lequel elle pourra faire maigrir et grossir à volonté les petites filles. Elle recrute de grands lutteurs pour piétiner les enfants et les « rendre souples et minces ». Le ministre de l’éducation nationale récompense Lulu en lui accordant une décoration pour son brillant travail. Conclusion, des attouchements suivis de maltraitances sur enfants permettent à Lulu d’être décorée par un ministre garant de l’éducation de nos enfants. Tout un symbole. Mêlant politique et pédophilie, avec un cynisme dont seul l’auteur a le secret, YSL estime légitime que les politiciens récompensent la maltraitance infantile voire implicitement la pédophilie.

  5. Une belle histoire d’amour, elle est amoureuse d’un pompier à en perdre la raison. Lulu boit de l’alcool pour calmer son euphorie car elle ignore si les sentiments qu’elle ressent sont réciproques. Ensuite, elle sacrifie des vies au nom de la déesse Vénus pour obtenir le cœur de son bien aimé. Nous pouvons admirer des têtes d’enfants tranchés à la gorge, d’autres bouillonnent dans un chaudron et d’autres sont pendus. Puis, elle « s’étourdit dans les boites de nuit » gays, elle se drogue avec des hallucinogènes comme le LSD. Finalement elle découvre que son pompier sort avec sa voisine, elle en perd la raison. Lulu décide de déclencher un incendie dans son immeuble afin d’y piéger sa voisine «  Nini  ». Ainsi, le pompier vint délivrer Lulu des flammes pendant que la voisine périt en enfer, attachée sur son lit par Lulu la démoniaque. Et tout est bien qui finit bien avec le mariage de Lulu… à huit ans et demi, il était temps ! Si dans cette histoire il n’y a pas du Saint Laurent alors qu’en est-il ? La réaction de Lulu est excessive comme l’était YSL avec ses amants, démesurément excessif, dirons-nous prosaïquement.

  6. Hommage respectueux à Terpsichore, dans le rôle d’une danseuse étoile, le vieux satyre est présent et Lulu apparaît nue sur scène après avoir ôté son tutu devant les spectateurs scandalisés. L’exhibitionnisme, le nu face à l’objectif, a été pratiqué par YSL pour la promotion de son parfum « YSL Pour Homme » en 1971. Il a aussi collaboré avec l’Opéra de Paris pour la conception des costumes d’un spectacle de danse intitulé Notre-Dame de Paris. Un ballet dirigé par le chorégraphe Roland Petit en 1965, sa femme, « Zizi » Jeanmaire, une danseuse, était une amie de YSL depuis les années Dior ; dans la mythologie grecque Terpsichore est la muse de la danse.

  7. Lulu Western, elle enlève des petites filles sur le chemin de l’école et demande des rançons aux parents, certaines victimes sont attachées à des troncs d’arbre, d’autres pendues et d’autres scalpées. Enfin, nous assistons au dynamitage des trains et à un hold-up. YSL avait déclaré qu’il aurait aimé être l’inventeur du jeans mais il a été le créateur de Lulu habillée en jeans.

  8. Lulu à Deauville, présence du vieux satyre qui échange son numéro de téléphone avec Lulu sur la plage. Fin mot de l’histoire, Lulu séduit le petit ami d’une estivante qui finit noyée par la marée montante. Les histoires d’amour concernant Lulu sont souvent cernées par la souffrance, le sacrifice et la mort aux alentours.

  9. Bonne histoire de poulaines, cette histoire contient de multiples références au catharisme et Lulu est tenancière d’un «  estaminet  ». Seul fait notable, elle emprisonne dans une cage une cliente ayant renversé son cidre. A l’époque médiévale, le catharisme a été un courant religieux du christianisme jugé hérétique, faisant de l’origine de la création une œuvre démoniaque.

  10. L’année Lulu, elle devient « cover girl » et fait la Une de tous les magazines de mode dont Elle ainsi « la Lulumanie envahit le monde », tout le monde veut ressembler à Lulu. Toute la mégalomanie de YSL transpire ici, son désir d’influencer le monde en s’érigeant en modèle, lui, le créateur de génie.

  11. Télélulu, elle passe à la télévision et se livre à un strip-tease qui fait perdre la tête à tous les téléspectateurs masculins. Même le gros rat blanc de Lulu devient tout rouge, le rat éprouve t-il du désir pour Lulu ? Ce matraquage télévisuel et le pouvoir de séduction dévastateur et inégalable de Lulu ont poussé une femme au suicide par balle. La mort rôde toujours dans le sillage de la mutine, sadique et vilaine Lulu. Tout l’esprit de cet « satyre » signé YSL se résume à ce genre d’histoire glauque et sans morale.

  12. Bons sentiments : Bonnes actions, elle fait un rêve dans lequel elle empoisonne le Pape et prend sa place pour devenir « Sa Sainteté Lulu première ». A la fin de son rêve « elle se voit chassant le sarrasin de Terre Sainte ». Retour au réel, dans cette histoire, Lulu devient ensuite infirmière, tout d’abord à la maternité, mais au lieu de nourrir les nourrissons avec du lait elle leur donne du vin rouge. Les bébés sont par la suite substitués par des rats blancs. Dans un autre service, elle fait « subir des traitements de rayons électriques aux vieillards » grabataires. Il sont grillés sur place. Enfin, elle euthanasie les incurables, Lulu est évidemment heureuse. Certaines de ces scènes se déroulent au « Val-de-Grâce », nous avons là une référence explicite à l’hospitalisation de l’auteur en ce même lieu, évitant ainsi le service militaire en Algérie en 1960.

  13. La dépression nerveuse ou histoire de papillons, Lulu « fume nerveusement cigarette sur cigarette » et elle est dépressive, toute la vie d’YSL. La chronologie est d’autant plus circonstanciée par l’histoire précédente, évoquant l’hôpital militaire du Val-de-Grâce, suivie par la dépression nerveuse et la métamorphose de la chenille qui va conduire YSL a créé sa propre maison de couture en 1961.

  14. Du Schmuck et du Pluck, évocation de « l’amour libre », couple mixte, lesbienne et gay. Nous apprenons que Lulu « aime beaucoup les petits garçons et les vieux messieurs ». Lulu devient écrivain et rafle tous les prix littéraires, entraînant le suicide de deux femmes dans son sillage. Face aux journalistes, elle est heureuse, elle danse, elle enlève sa culotte et exhibe son postérieur sur lequel est tatoué « merci ». Toujours le même leitmotiv : homosexualité, pédophilie, suicide et exhibitionnisme, l’auteur semble s’en délecter et y puiser une source d’inspiration sans limites.

  15. Un choix difficile, dans son lit à la parure brodée avec la lettre L, Lulu lit Le Figaro « son quotidien préféré », puis s’en suit une évocation de la maison de couture d’YSL : le seul couturier capable de « comprendre » Lulu est « Laurent Saint Yves ». Égotiste, réaliste, nuancé cela donne un égoréaliste ? Cette histoire a l’apparence d’une chiquenaude à l’égard de Christian Dior après le licenciement d’YSL dans les années 1960. Ce scénario s’inscrit dans la continuité de l’histoire 13.

  16. Un jeu pas comme les autres, elle fume et s’ennuie, soudainement Lulu pense à une idée pour s’amuser. Elle décide alors de téléphoner à ses petites amies pour les inviter à se divertir dans son jardin. Elle les installe dans une cabane et leur explique les règles. Elles doivent tenir le rôle des « dames patronesses » pour jouer au « bazar de la charité » alors que Lulu est la cliente. Cette dernière s’éclipse rapidement de la cabane, enferme à clé ses jeunes camarades puis arrose la maisonnette d’essence et jette une allumette. Puis elle monte s’installer dans sa chambre pour admirer le sacrifice de ses enfants par le feu avec sa paire de jumelles. Ce divin spectacle rend Lulu très heureuse de sa journée, elle s’en félicite en dansant au rythme du « schmuck et du pluck ». L’ennui pousse Lulu a commettre les pires actes pour s’amuser, YSL a été contraint de repousser lui aussi ses limites pour s’amuser et ressentir du plaisir à travers la drogue, l’alcool et la multiplication du nombre de romance.

  17. Des petites filles disparaissent, le personnage du satyre est encore présent et nous informe que les petites filles : « elles ne sont pas perdues pour tout le monde ». Nous découvrons ensuite que Lulu s’est associée à un proxénète et qu’ils enlèvent des petites filles à la sortie de l’école. Elles sont alors emmenées par bateau et offertes à « l’émir Abdullah ». Nous sommes ici en présence d’enlèvements organisés, d’un trafic d’êtres humains de jeunes filles mineures destinées à la prostitution dans un pays arabe.

  18. Histoire de fleurs, elle pousse une jeune fille au suicide pour s’accaparer son petit ami. Le suicide est un comme un alter-ego dans le parcours de YSL.

  1. Les Joyeuses Colonies de Vacances, après avoir giflée sa petite voisine de voyage dans le car, elle se met à fumer puis à lire « PlayGirl ». La nuit venue, elle fait boire de l’alcool à tout le monde et la soirée s’achève en « bacchanale », autrement dit en orgie. Il s’agit d’une référence explicite au romain Bacchus, le dieu du vin et des festivités.

  2. Quel enfant prodige, le personnage du vieux pervers est encore présent, Lulu devient une artiste de la sculpture et nous apprenons qu’elle et la « rivale de Picasso, elle n’a que 8 ans et demi ». Elle gifle sa gouvernante puis sort pour se rendre au musée d’art moderne. Sur sa route, elle tue un chat pour en faire un pendentif « c’est très chic non ? ». Un clin d’oeil a sa passion pour les arts et au père de Paloma Picasso qui lui a inspiré sa collection 1971.

  3. Un après-midi aux Tuileries, Lulu pique-nique, boit son vin et donne des leçons d’anatomie aux autres enfants. Cela intéresse beaucoup d’autres personnes cachées dans les buissons, des vieillards pervers, dont le vieux satyre. Le pervers de répétition nous est servi jusqu’à la lie.

  4. Histoire d’œufs de Pâques, Lulu empoisonne des enfants avec des œufs pourris, tout le monde meurt et les corps sont enterrés au cimetière. Lulu est heureuse comme jamais, elle fait de la corde à sauter à cotés des pierres tombales des enfants qu’elle a assassinés. Une fête religieuse théâtre d’une scène d’empoisonnement d’enfants, jusqu’où les pensées d’YSL étaient-elles prêtes à aller ?

  5. Bonjour glou glou, Lulu est dans son lit en compagnie de son gros rat blanc qui rêve de l’empoisonneuse, Marie Besnard. Elle a été accusée d’être une serial-killer responsable d’une dizaine de mort par empoisonnement. Elle a finalement été acquittée. Lulu boit plusieurs bouteilles de whisky. Elle finit en boîte de nuit chez « Reine Gin » où son cœur balance entre un vieux satyre et un jeune homme plus fringuant. Le vieux satyre est « rassurant » pour Lulu mais elle a compris qu’elle serait « toujours triste » avec lui. Cela ressemble sensiblement à l’histoire d’amour entre YSL et Pierre Bergé (G) ou aux multiples choix amoureux auxquels il a été confronté dans sa vie : la sécurité avec Bergé ou le plaisir avec de jeunes étalons.

___________________

Après les résumés de chacune de ces 23 histoires, visant à partager l’essentiel avec le lecteur de cet article à travers quelques éléments narratifs, nous pouvons conclure décemment qu’aucune de ces histoires ne peuvent-être racontées à un enfant. Ce n’est donc pas une bande-dessinée pour enfants, elle n’en a jamais eu la prétention même si YSL avait voulu initialement affublé sa bande-dessinée avec le titre suivant : « Contes pour enfants sadiques ou avancés ». Cette bande-dessinée s’adresse à un public « averti » ou de « spécialistes » car aucune de ces histoires n’a de morale autre que l’immoralité la plus abjecte.

Dans la vilaine Lulu, l’une des obsessions d’YSL est la femme, qu’elle soit dans le rôle d’une petite fille, d’une maman ou juste d’une femme. Elle est malmenée du début à la fin, à l’exception de sa fille La vilaine Lulu, l’idéal féminin d’YSL. Aucune femme ne supporte la comparaison avec Lulu et c’est pourquoi certaines se suicident ! Un seul homme meurt dans les récits de YSL mais pas n’importe lequel, celui qui incarne la figure de la papauté. Cependant, sa mort relève d’un fantasme puisque Lulu rêvait. Il n’est donc pas mort physiquement dans le monde de Lulu. Ainsi, supprimer la religion dominante en occident à savoir le christianisme, clairement opposé à l’homosexualité, n’était-il pas aussi le souhait d’YSL ? Au fil des 96 pages, émaillées de vignettes sanglantes, nous dénombrons environ 4 enlèvements, 5 séquestrations, 2 suicides et 9 assassinats, quoi de plus normal pour une petite fille voire une femme ?

Les délires morbides de YSL transférés à travers son héroïne Lulu sont patents, une petite fille infirmière à la maternité qui empoisonne tour à tour des bébés au vin rouge ou des enfants avec des œufs de pâques avariés ou bien encore le pape afin de lui ravir sa place et imposer sa propre religion. Ne sont-ce pas là plusieurs appels à la dérive ? Enfin, pour couronner ce chef d’œuvre, la petite Lulu fait des strip-teases, s’exhibe dans la rue, fume, se drogue et boit aussi de l’alcool pour fuir la réalité. Chacun appréciera ou non le sarcasme et le cynisme de l’auteur, s’ils peuvent être qualifiés ainsi, issus de l’imagination d’un homme très souffrant psychologiquement. Pouvons-nous considérer comme constructif et positif la mise en scène d’une petite fille commettant des atrocités à répétition dans le but d’exister et de transformer le monde à son image ? Le chaos et la perversion étaient ancrés en YSL, à l’image de cette bande-dessinée et de sa grande passion dévorante partagée avec son amant, Jacques de Bascher, en 1973.

A travers ce concept de bande-dessinée, les critiques positives ont une analyse évocatrice, un vrai scénario complotiste et tortueux. Ils prétendent qu’YSL a voulu dénoncer les pratiques déviantes de certains individus au sein de la société mondaine. Mais comment YSL était-il au courant ? Avait-il assisté à ce genre de scènes ? La vilaine Lulu serait en réalité un subtil plaidoyer pour la protection de l’enfance déguisé en bande-dessinée pour adulte. Or, comme décrypté tout au long de ces lignes, La vilaine Lulu est le miroir reflétant la psyché d’YSL. Son meilleur moyen d’expression est le dessin à travers lequel il projette tous ses fantasmes sexuels, ses addictions envers la drogue et l’alcool, ses sentiments refoulés, sa réticence à l’égard de la religion catholique, sa passion pour l’art, son goût pour la fête, son attirance pour les jeux pervers et le morbide, ses dérives dépressives à l’hôpital Val-de-Grâce ou ses multiples histoires d’amour. Les aventures de la vilaine Lulu ressemblent sensiblement à la vie menée par YSL.

Les fanatiques soutiens d’YSL pourront-ils nous rappeler à quel moment de sa vie le couturier des mondains a t-il cherché à promouvoir l’éducation, la sécurité et l’épanouissement des enfants ? Est-ce qu’écrire une telle bande-dessinée peut aider à sensibiliser à la cause de la maltraitance infantile ou de la lutte contre la pédophile ? Alors pourquoi YSL ne s’est-il pas élever contre l’usage des drogues dures dans le milieu de la mode pour palier aux cadences de travail infernal ? Pourquoi ne s’est-il pas opposé au harcèlement sexuel voire aux viols dont ont été victime de nombreux mannequins par les professionnels de la mode ? Il ne s’est pas non plus opposé à l’enrôlement sur les podiums de jeunes mannequins stéréotypés, filiformes voire clairement anorexiques et pas forcément majeurs. A titre d’exemple, d’origine argentine, Kouka Denis a été l’une des muses d’YSL, elle a débuté le 22 janvier 1957, pour son premier défilé, à l’âge de 15 ans. Aujourd’hui le secteur de la mode adolescente est en plein essor. Le 6 septembre 2017, les groupes Kering et LVMH ont annoncé l’adoption d’une charte de travail avec les mannequins qui vise à exclure la maigreur et la jeunesse extrêmes.

Pourquoi cette bande-dessinée est-elle toujours disponible à la vente et n’a t-elle pas fait l’objet de poursuites judiciaires au motif qu’elle favorise la corruption de mineur en vertu de l’article 227-22 du code pénal ?

« Le fait de favoriser ou de tenter de favoriser la corruption d’un mineur est puni de cinq ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende ».

Pour les amateurs de cet art contemporain, contribuant à banaliser toutes les formes de déviance, il ne fallait pas rater le chef d’œuvre de Paul McCarthy en 2014, situé sur la place Vendôme. Une sculpture gonflable nommée « Tree », représentant un sapin à la forme équivoque, se confondant à s’y méprendre avec celle d’un sextoy (plug anal). Ou encore ne pas avoir manqué une sculpture gigantesque surnommée le « vagin de la reine » d’Anish Kapoor, installée à Versailles en 2015, d’une longueur de 60 mètres pour 8 mètres de hauteur. Et, enfin, la splendide exposition, durant l’été 2015, organisée dans une salle de la Friche Belle de Mai, à Marseille, et programmée par l’association Dernier Cri. Deux allemands, Reinhard Scheibner et Stu Mead, ont généreusement partagé leurs travaux, de nombreuses peintures illustrant des scènes de pédophilie, des relations incestueuses, sans parler de zoophilie. Les toiles sont explicites, imaginons le genre de discussions que cela peut provoquer, sur l’art bien entendu. Une journaliste des Inrocks a pondu un article très décevant et stigmatisant sur ce sujet pour condamner, non pas l’exposition, mais les critiques à l’encontre de cette manifestation artistique, au prétexte qu’elles proviendraient de l’extrême droite. Aucun commentaire n’a été porté sur le contenu des tableaux à l’instar d’autres médias qui ont stigmatisé ceux qui osaient émettre des avis négatifs sur ces travaux « artistiques ». Aucun d’eux n’a su répondre à l’intérêt que pouvait susciter pareille représentation picturale chez le profane ou l’observateur averti. S’insurger contre ce genre de représentation artistique c’est se comporter en extrémiste pour les masses médias car le sujet de la pédophilie reste un terrain miné. Le « Domestikator » est la dernière œuvre de ce type mise en scène au Centre Pompidou à Paris à l’automne 2017. Elle était constituée de briques à la manière d’un Légo géant, représentant un homme qui fornique un quadrupède. Selon l’artiste cela symboliserait le viol de la nature par l’homme.

La vilaine Lulu s’inscrit également dans cet art qui symbolise à lui seul le niveau de régression de notre civilisation. YSL est un homme à la personnalité controversée et dont le parcours de vie n’est pas un modèle à suivre. Après tout, il n’était qu’un simple couturier mondain ayant baigné dans un milieu pervers, décadent et dégénérescent, alors pourquoi vouloir s’évertuer à en faire un « génie », comme dirait sa fille Lulu il n’était que du « schmuck et du pluck ».

Sources :

Babelio : lien internet

Amazon : lien internet

Éditions de La Martinière : lien internet

Valeurs Actuelles :  »La vilaine Lulu », le livre scandale d’Yves Saint Laurent, Cyril de BEKETCH, 24 juillet 2013.

Ouest-France : Dans les pas de Françoise Sagan, Marie PETIT, 29 juillet 2017.

Le Parisien : Roman Polanski : nouvelle accusation d’agression sexuelle sur mineure, 16 août 2017.

Le Monde : David Hamilton toujours vivant, Michel GUERRIN, 5 janvier 2007.

JDD : L’excentrique Jacques de Bascher, amour de Karl Lagerfeld, Marie-Laure DELORME, 8 juin 2017.

Le Figaro : Rumeurs de pédophilie : Jack Lang prêt à contre-attaquer, Flore GALAUD, 1 juin 2011.

Valeurs Actuelles : Qui est vraiment Pierre Bergé ?, Valentin GOUX, 15 juillet 2010.

Madame Figaro : Abus, drogue, anorexie : trois mannequins racontent l’envers du décor, Stéphanie O’BRIEN, 9 mai 2016.

Les Inrocks : La Friche Belle de Mai dans la ligne de mire de la fachosphère, Claire MOULENE, 1 septembre 2015.

ABC Espagne : Kouka, la modelo que dio el primer martillazo al Muro de Berlín, Martin BIANCHI, 9 novembre 2014.

Elle : Et Yves créa la mode, 10 mars 2010.

JDD : Dans l’oasis d’Yves Saint Laurent, Eric MANDEL, 28 juin 2015.

Libération : Des mannequins sans fard. Drogue,  »maquignonnage »… les pratiques rapportées par la BBC ne sont pas isolées, Marc PIVOIS, 4 décembre 1999.

Le Point : « Domestikator » : un viol allégorique qui a fait peur au Louvre, 6MEDIAS, 3 octobre 2017.

Vanity Fair : La Vilaine Lulu, le surmoi diabolique d’Yves Saint Laurent, Constance DOVERGNE, 17 février 2012.

Fondation Pierre Bergé Yves-Saint Laurent : lien internet à la rubrique Découvrir Yves Saint Laurent/La Collection/Illustrations/La vilaine Lulu il est possible de consulter plusieurs vignettes de La vilaine Lulu.

ATTENTION : les vignettes présentées sur le site de la fondation sont des croquis triés sur le volet, pas dans leur version finale, et déconnectés de leur histoire. Certains n’apparaissent pas dans la BD comme ceux des collections « Au Parc, Au zoo, Lulu Babuska, Le chenil et Lulu coiffeur » ou d’autres ont été modifié comme ceux de la collection « La grâce », le lait ayant été remplacé par du vin rouge dans l’édition finale. Les seuls croquis concordant avec la BD sont ceux de la collection « Demain Pâques ».

Frank 

VN:F [1.9.22_1171]
Rating: 10.0/10 (1 vote cast)
VN:F [1.9.22_1171]
Rating: +1 (from 1 vote)

BIOPIC: L’amour selon YSL et Pierre Bergé


N
e jamais égratigner les starlettes, un principe prôné par nos médias qui érigent les mythes et légendes du star system afin de maximiser leurs bénéfices. Il suffit de voir les dernières icônes françaises comme Omar Sy, un « guignol » au talent discutable qui a émigré aux Etats-Unis après le succès de son premier film « Intouchables », ou encore le passé trouble du manchot Jamel Debbouze dont l’histoire semble cousue de fils blancs. Nous sommes loin de Fernandel, Louis de Funès, Bourvil ou Coluche, qui sont aujourd’hui supplantés par ces purs produits marketing et télévisuels contribuant à abêtir la population. Yves Saint-Laurent n’échappe pas à cette règle, il est dépeint comme un génie par l’opinion publique, le génie de la haute couture française.

Après la mort du plus célèbre couturier français, Pierre Bergé a écrit un livre intitulé Lettres à Yves dans lequel il évoque YSL en ces termes :

« Oui, je t’ai protégé de toi-même. Parfois trop ? C’est ce que prétendent certains, y compris quelques amis. Mais savent- ils et que savaient-ils ? Peu de choses en fait. Savent-ils qu’à New York tu as voulu te jeter d’une fenêtre de l’hôtel Pierre et que j’ai failli lâcher prise tellement tu t’étais engagé au-dehors ? Une autre fois à Anvers ? Savent-ils qu’un jour tu t’es précipité sous les roues d’un car de police qui t’a évité de justesse et que les flics, descendus en hâte, t’ont copieusement engueulé et m’ont conseillé d’aller te faire soigner ? Il y a eu tant d’autres fois ! Ce rôle, je le sais, m’allait comme un gant. Le tien t’allait bien aussi. Tu avais décidé d’être l’amant de la mort ».

Cette description d’YSL dressée par Pierre Bergé nous évoque un individu dévoré par des pulsions morbides, aux conduites ordaliques nombreuses, voire carrément suicidaires. Adolescent, YSL était myope, timide, frêle et la cible de nombreuses railleries de la part de ses camarades à cause de son homosexualité. Chez lui, il trouvait refuge dans le dessin, un talent qu’il perfectionnera à l’école de la Chambre syndicale de la haute couture parisienne en 1954. Durant l’été 1960, en pleine guerre d’Algérie, YSL fut appelé à effectuer son service militaire. Il fut surnommé la « chiffonnière » par ses coreligionnaires de caserne. Cependant, il a rapidement été réformé et hospitalisé à l’hôpital militaire du Val-de-Grâce dans le service psychiatrique, déclenchant à l’époque l’« affaire Yves Saint-Laurent ». C’est ainsi qu’il a été licencié par le patron de la maison Dior, Marcel Boussac. Pendant cet épisode dépressif, Pierre Bergé et YSL décidèrent de créer leur propre maison de haute couture. Et ainsi naquit le mythe YSL.

Pierre Bergé est à l’origine de l’émergence de la griffe YSL puis il a largement participé à la prospérité de son « créateur de génie ». La maison YSL a vu le jour en 1961 avec le soutien de Pierre BERGE. L’artisan qui a permis à la femme de porter le smoking en 1966 était-il réellement un génie ? Sans compter le tailleur pantalon, les cuissardes utilisées par les soldats comme protection, la saharienne qui était à l’origine portée par des militaires, le trench-coat très utilisé par les officiers de la Première guerre mondiale, la combinaison portée par les aviateurs dit « jumpsuit » ou encore le caban usité par les marins. Le génie d’YSL aurait-il été de travestir la femme à travers le monde ?

Cette question mérite d’être posée car YSL a tout de même été décoré de la légion d’honneur par trois présidents successifs, Mitterrand lui octroya le troisième grade en 1985, Chirac le premier grade en 2000 et finalement Sarkozy le désignait Grand officier de la Légion d’honneur en 2007. La Légion d’honneur est décernée aux personnes ayant eu une conduite civile irréprochable et méritante, sur une période de 20 ans, ou pour faits de guerre exceptionnels après enquête officielle. Visiblement, l’enquête fut superficielle concernant le cas YSL, un couard qui a fui ses obligations militaires, un drogué, alcoolique, aux mœurs décadentes, amateur de fanfreluches, qui a hissé la superficialité au rang d’un art abscons. Outre son profil névrotique, YSL avait une véritable noirceur en lui qu’il a gaiement partagé par le biais d’une bande-dessinée intitulée « La vilaine Lulu ». L’écriture de cette bande-dessinée avait débutée fin des années 1950.

Quelques années après avoir achevé son apprentissage aux cotés de Christian Dior puis s’être lancé dans la création de sa propre maison de haute couture, YSL publiait La vilaine Lulu en 1967 aux éditions Tchou. YSL avait débuté l’écriture de cet ouvrage en 1956 à l’âge de 19 ans. Une anecdote relative à La Vilaine Lulu, datant de l’année 1956, est disponible sur le site web de la Fondation Pierre Bergé–YSL. A cette époque Christian Dior offrait à YSL un exemplaire de son livre « Christian Dior et moi », sur lequel figurait ce double envoi : « Dédicace spéciale avec les hommages de l’auteur, à la Vilaine Lulu, aussi noire que les pages de garde de ce livre sont roses ». Et, deux pages plus loin, s’adressant au jeune couturier : « Pour Yves Saint Laurent, pour lequel l’avenir dans ce métier s’annonce rose comme les pages de garde de ce livre. Avec toute mon affection ». Sur la postface de la bande-dessinée d’YSL, nous pouvons lire cette autre description, venant très largement faire écho au précédent message :

« Nous étions jeunes, et nous nous amusions beaucoup. Souvent, après six heures, un collaborateur de Christian Dior se déguisait. Un soir, il avait remonté ses pantalons jusqu’aux genoux. Je me souviens, il portait de longues chaussettes noires. Dans la cabine des mannequins, il avait trouvé un jupon de tulle rouge et un chapeau de gondolier. Tout petit, presque inquiétant, avec son air têtu et rusé, il m’avait impressionné et je lui avais dit : « Tu es la vilaine Lulu » ».

Il est fort étrange que ce collaborateur soit considéré par YSL comme étant La vilaine Lulu car le personnage de Lulu incarne l’obscénité, la perversion, la souffrance, la folie ou encore la morbidité. Il semblerait que ces couturiers ont des manières pour le moins sibyllines de passer du bon temps entre eux, des jeux dont les codes restent incompréhensibles au profane. Toujours est-il que la description de la vilaine Lulu évoquée ci-dessus par YSL correspond en tout point au portrait du personnage de Lulu, « longues chaussettes noires » avec « un jupon de tulle rouge et un chapeau de gondolier ». Nous pouvons observer qu’outre le contenu hérétique des histoires vécues par La vilaine Lulu, le choix d’utiliser simplement trois couleurs (rouge, noir et blanc) offre une tonalité terne et morbide à cette bande-dessinée, d’autant plus que les dessins sont fort peu esthétiques, bien peu élaborés et peu inspirés, contrairement aux dialogues dont la teneur est particulièrement développée. Pourquoi accorder autant d’importance à la vilaine lulu, simplement car elle a été écrite au tout début de la carrière d’YSL en 1956, puis éditée en 1967. La publication d’un tel ouvrage signifie qu’YSL en revendiquait fièrement la paternité ainsi que sa qualité. La vilaine Lulu reflète sans conteste la psyché d’YSL, sans filtre et sans tabou.

La bande-dessinée de La vilaine Lulu nous conte les aventures d’une petite fille âgée de huit ans et demi, mise en image par des dessins pour le moins simplistes et sans reliefs particuliers. Un peu de blanc, un peu de noir et du rouge. Les histoires vécues par cette jeune fille, baptisée « Lulu », sont odieuses et véritablement offensantes envers la nature même de l’enfant ou plus sommairement de la dignité humaine. Bien malheureux doit être celui qui vit avec de telles idées dans son esprit : assassinat, enlèvement, sacrifice rituel, pédophilie, pyromanie, torture, drogue, alcool, pornographie, exhibitionnisme, en somme toutes les déviances encartées par YSL. La petite Lulu est une véritable psychopathe dans un corps d’enfant, elle est aussi coutumière de vices tels que l’alcool et la drogue à l’image de son auteur.

Rappelons qu’YSL a créé plusieurs parfums, le premier en 1964 pour femme, baptisé avec la simple lettre « Y ». La couverture de lit et la taie d’oreiller de la vilaine Lulu sont brodés avec la lettre « L ». Le L est une double référence à Lulu et à Laurent puisque dans la bande-dessinée il se fait appeler « Laurent Saint Yves ». Les esprits débordant d’imagination pourront y voir une triple référence puisque le L peut être aussi l’initiale de Lucifer. Le slogan de « Y » était tout aussi égotiste que son créateur « tout l’esprit de Saint-Laurent en une seule lettre ».

Puis, en 1971, sort la fragrance pour femme « Rive gauche » et « YSL Pour Homme ». Il a posé nu pour la promotion de la version homme, une analogie à La vilaine Lulu qui montre son postérieur aux photographes alors qu’elle tutoie la célébrité. Le slogan du parfum féminin se voulait être un appel aux femmes souhaitant s’affirmer et se libérer sexuellement : « Rive gauche n’est pas un parfum pour les femmes effacées ».

En 1977, le parfum « Opium » pour femme était présenté dans un flacon ayant la forme d’un « inrô », un accessoire originaire du Japon, usité par les hommes. L’inrô est une sorte de poche lacée autour de la taille, sur le kimono, couramment utilisé pour transporter des médicaments ou de la drogue comme de l’opium. Le slogan de ce troisième parfum faisait à nouveau explicitement référence au patronyme de YSL : « Opium, pour celles qui s’adonnent à Yves Saint Laurent », YSL est ici une drogue, une addiction. Avec Opium, YSL est toujours dans l’ambivalence homme, femme, et ses thèmes de prédilection, à savoir la sexualité et la dépravation à travers la drogue.

En 1981,  sortait « Kouros » le parfum symbolisant la masculinité, ce terme signifie jeune homme en grec. Le kouros est une sculpture représentant une statue d’adolescent nu à l’époque de la Grèce antique. Le Kouros était offert au temple en tant qu’offrande ou pouvait être placé dans les cimetières, nous avons ici un autre parallèle avec la mort. Faut-il voir dans le parfum Kouros une énième référence d’YSL envers son attirance pour les éphèbes, le mystique et la mort ? La psyché YSL semble s’exprimer tout naturellement à travers ses parfums comme à travers ses collections et la vilaine Lulu.

En 1993, un parfum pour femme au nom rapidement censuré voyait le jour, Champagne rebaptisé  pour la France en Yvresse. En effet, fin de l’année 1993, un arrêt de la cour d’appel de Paris avait interdit à la société YSL l’utilisation de l’appellation Champagne.

YSL était avant tout un dessinateur, en témoigne les croquis sous forme de carte de voeux qu’il partageait avec ses proches chaque année depuis 1970 (sauf pour les années 1978 et 1993). Ces dessins destinés à des personnes qu’il affectionnait avaient pour thème le mot « Love ». Le serpent est une image régulièrement reproduite par la main d’YSL et associé au mot Love, notamment celle du serpent d’Ouroboros, celui qui se mord la queue. Un symbole phallique, de l’ambivalence, de la mort et du poison. Le poison est un thème évoqué dans les aventures de la vilaine Lulu. L’animal de compagnie de Lulu est un rat, un autre symbole ambivalent de l’enfouissement, ce qui est enfoui en l’homme, son inconscient, la maladie et la mort. Tout comme le rat, le serpent est associé à l’élément de la terre, la vie souterraine, le monde incarné par Satan.

Andy Warhol, celui qui nous est présenté comme l’un des initiateurs du mouvement « pop art » aux Etats-Unis, a rencontré YSL en 1968. Leurs points communs sont suffisamment nombreux pour s’y attarder quelques instants. Tout deux étaient du signe astrologique du Lion, homosexuel, ils portaient des lunettes et avaient un certain talent pour le dessin. Leur santé était fragile, tout deux étaient soumis envers leur addiction médicamenteuse. Warhol a été et reste un artiste controversé, dessinateur et cinéaste, dont les thèmes favoris sont sensiblement les mêmes que YSL, la mort et le sexualité. Warhol a réalisé et produit de nombreux films expérimentaux et parfois muet :

  • Kiss 1963, met en scène des couples de toute orientation sexuelle qui s’embrassent, sans bande sonore, pendant 55 minutes.

  • Blowjob 1963, la scène suggère implicitement une fellation, à l’image nous un avons un plan serré sur le visage d’un homme qui exprime son plaisir, durée 30 minutes.

  • Sleep 1964, le poète John Giorno est filmé durant son sommeil, durée 5h21.

  • Empire 1964, le lever du soleil sur l’Empire state building, 8 heures de bobines.

  • Flesh 1968, un jeune éphèbe se prostitue dans les rues de New-York pour faire vivre sa famille, un ménage à trois.

  • Blue movie 1969, est le premier film érotique pour adulte illustrant des rapports entre hétérosexuel de manière explicite.

  • L’Amour 1973, avec Karl Lagerfeld dans le rôle de Karl.

  • Andy Warhol’s bad 1977, une femme gère un salon de coiffure à domicile, et sous couverture, une équipe de tueuses à gage. Une scène gore nous montre un bébé pleurant, jeté par la fenêtre, sans ellipse, sans suggestion, nous le voyons chuter et s’écraser au sol au pied d’une passante. Un chien venant ensuite se délecter de la dépouille… (1h19min).

YSL à propos de Warhol :

« C’est un artiste complet. Pas juste un peintre, un artiste. Ses films, ses affiches, tout est dans la générosité. Et dans la folie. Vous ne pouvez certainement pas être un artiste si vous n’êtes pas un peu fou… »

YSL savait de quoi il parlait quand il évoquait la folie d’un artiste, la sienne s’étant largement exprimée à travers les pages de sa bande-dessinée La vilaine Lulu. L’œuvre de Warhol est étroitement liée à la mort à travers la répétition inlassable d’une figure, aboutissant à son usure. A l’instar de YSL, il pratiquait la provocation pour exister, souvent en relation avec la mort et la sexualité, comme l’affiche intitulée « Thirteen Most Wanted Men » en 1964 ; incarnant une certaine fascination pour le mal. Lors d’une vente aux enchères à Sotheby’s en 2013, une illustration macabre de l’artiste a été vendu pour 105 millions de dollars. Baptisée Silver Car Crash (Double Disaster), ce chef d’oeuvre représentait un corps broyé dans les restes d’une voiture accidentée et s’inscrit dans la série « Death and Disaster » que Warhol a produite en 1963. Concernant le génie de la haute couture française, Andy Warhol a réalisé plusieurs portraits illustrant YSL et par la suite son chien Moujik.

Nous sommes maintenant fin des années 1970, une période marquée par la fin de l’amitié entre deux pontes de la mode, Yves Saint-Laurent et le boss de Chanel, Karl Lagerfeld. Ils ont débuté leur carrière ensemble puisqu’ils ont obtenu en 1954, ex-æquo, le premier prix d’un concours destiné aux jeunes créateurs de mode. C’est l’amour qui est à l’origine de leur conflit, celui d’un homme, un certain Jacques de Bascher. A la fois amant d’YSL, une histoire qui l’a singulièrement affecté psychologiquement, Jacques de Bascher était également le compagnon de Karl Lagerfeld, qui l’a entretenu financièrement pendant une dizaine d’années jusqu’à son décès du SIDA en 1989. Ce dandy pervers organisait des partouzes dans son appartement luxueux, place Saint-Sulpice, à Paris, cocaïne et Chivas étaient bien entendu de la partie.

« Place Saint-Sulpice, le salon est nu, à l’exception de la grosse Harley-Davidson qui trône au milieu du parquet. Ses rétroviseurs sont tournés vers le haut, et chaque miroir sert de plateau à un généreux tas de cocaïne. Juste à côté, une paille et une lame sont à la disposition des invités. Jacques de Bascher reçoit ».

La vie de Jacques de Bascher se résumait ainsi, s’habiller, boire, se droguer et multiplier les relations sexuelles. Il a fait d’YSL son esclave sexuel à sa demande, en acceptant d’être enfermé dans une armoire jusqu’à suffocation. Pierre Bergé a mis un terme à cette relation destructrice en menaçant Jacques de Bascher. Finalement, ce personnage a brisé l’amitié qui unissait les deux couturiers, YSL et Lagerfeld, car il était la grande passion de l’un et le grand amour de l’autre. Le chef d’œuvre de la vie épicurienne de Jacques de Bascher a été l’organisation d’une soirée sado-masochiste intitulée Moratoire Noire, le 24 octobre 1977, en l’honneur de Karl Lagerfeld. Quelques 1.500 personnes avaient été convié à la Main Bleue, Montreuil. Le dress code imposait une « tenue tragique noire absolument obligatoire ». Quoi de plus joyeux pour festoyer ? Jacques de Bascher, dans son rôle de maître de cérémonie, se distinguait de ses invités en arborant une tenue d’escrimeur.

Pour ceux qui auraient un doute, vous êtes invités à visiter les différentes galeries photos de Philippe Heurtault, notamment celles de « La main bleue ». Le clou de ce spectacle, produit par Jacques de Bascher, a été une séance live de fist-fucking réalisée par deux hommes face à des spectateurs fort intéressés…! Les détails scabreux peuvent sembler superflus ou sensationnels mais ils sont nécessaires pour convaincre les esprits les plus récalcitrants. La galerie illustrant la fête au Palace de l’anniversaire de Kenzo, au mois de février 1978, est aussi riche en couleur. Une soirée costumée ayant pour thème « vice-versa », les femmes en hommes et vice-versa. Le frère de Jacques de Bascher, Xavier, a créé la typographie de la marque Kenzo.

La vie privée d’YSL est faite d’excès et de nombreuses histoires d’amour imprégnées de drogue et d’alcool. Son alter-ego Pierre Bergé, le dominant, n’était pas en reste face aux infidélités de son homme puisqu’il fréquentait déjà Madison Cox, son futur mari. L’histoire de Cyrus, le gigolo américain et fournisseur de cocaïne n’est qu’une aventure parmi tant d’autres ou encore celle de Fabrice Thomas, ex-chauffeur et amant d’YSL. Ce dernier a été accusé par Pierre Bergé d’avoir volé un lot de 390 dessins d’YSL, comprenant environ une centaine de « dessins érotiques ». Selon Fabrice Thomas, ces croquis lui ont simplement été offert par YSL, lui-même, signés avec des mots intimes tels que « A Fabrice avec amour ».

Certains de ces croquis auraient même été très dérangeant s’ils venaient à être diffusé car illustrant Pierre Bergé et des personnalités du show business dans des postures indécentes et pornographiques. Finalement, l’ex-chauffeur-infirmier-confident-amant d’YSL décidait d’écrire sa version de l’histoire, intitulée « Saint Laurent et moi : une histoire intime », et publiée au mois d’octobre 2017. Ce qui semblait n’être qu’une hypothèse, étant donné l’inimitié qu’affichait Pierre Bergé à l’égard de Fabrice Thomas, est confirmée dans le livre. Il a été à la fois le « jouet sexuel » de Pierre Bergé dans les années 1980, puis l’ « amant dominateur » d’YSL début 1990 comme Jacques de Bascher l’avait été à son époque. Autre révélation fracassante, Fabrice Thomas affirme avoir assisté à une scène de pédophilie dans le jardin Majorelle. Il aurait même évoqué cet événement à YSL qui lui rétorqua : « Oh… Dans la palmeraie, il se passe bien plus de choses encore. Les autorités préfèrent faire comme si elles ne savaient pas. Et pourtant, tout le monde sait, évidemment ». Oui, évidemment, mais Fabrice Thomas insista : « Mais là, ça se passe chez toi ! C’est un de tes employés qui fait ça avec un gamin… », YSL : « Pas chez moi, non. Le Jardin Majorelle est public ».

Outre sa tranche de vie en compagnie d’YSL, devenue une façade au fil des années, Pierre Bergé a été un grand soutien des socialistes depuis l’ère Mitterrand. Il a été le cofondateur et président de l’association Sidaction depuis 1996, cofondateur et ancien propriétaire du magazine gay Têtu, fondateur et président de la Fondation Pierre Bergé – Yves Saint-Laurent, et il était actionnaire du journal Le Monde et de L’OBS, avec Xavier Niel (FREE) et Matthieu Pigasse (Inrocks, Banque LAZARD). Il appartenait à ce milieu gay, le lobby, tout à fait symptomatique de la décadence actuelle, celui qui a mené la France au mariage pour tous et qui va maintenant imposer la « théorie du genre ». En cela, Karl Lagerfeld se distinguait très nettement de Pierre Bergé car il méprise le conformisme, intrinsèquement le mariage gay, autrement dit les homosexuels qui désirent ressembler aux hétérosexuels. 

Pierre Bergé est décédé le 8 septembre 2017, ses éloges funèbres ont été plus nombreuses que les critiques. Rien d’anormal pour un homme multi récompensé de son vivant. Lui qui a reçu le grade de Chevalier de la Légion d’honneur des mains de Jack Lang en 1985, le grade d’Officier par François Mitterrand, le grade de Commandeur par Laurent Fabius et enfin la dignité de Grand Officier par François Hollande. Mais que pensez de ces mots prononcés fin 2012 afin de faire la promotion de la Gestation pour Autrui (GPA) :

« Louer son ventre pour faire un enfant ou louer ses bras pour travailler à l’usine, quelle différence ? C’est faire un distinguo qui est choquant ».

Pierre Bergé humanisait à l’extrême les besoins de la minorité LGBT française pendant qu’il méprisait ceux de la majeure partie voire de la quasi totalité de la population. De plus, Pierre Bergé présentait l’enfant comme un objet, une marchandise, puisque selon lui prévaut le droit à l’enfant sur le droit de l’enfant. Que nous dit l’article 371-1 du code civil à ce propos :

« L’autorité parentale est un ensemble de droits et de devoirs ayant pour finalité l’intérêt de l’enfant ».

Personne n’avait alors rappeler à feu Pierre Bergé que l’instance de l’ONU chargée de contrôler l’application des droits de l’homme en la matière, est désignée comme étant le Comité des droits de l’enfant et non « des droits à l’enfant » ?

Il n’en était pas à sa première réflexion polémique sur ce sujet car le 23 octobre 2014, dans la salle du Haut Conseil de l’Institut du monde arabe (IMA), Jack Lang, Frédéric Mitterrand et Pierre Bergé étaient réunis pour évoquer le parcours et la vie du mécène d’YSL. Un entretien qui a duré plus d’une heure et durant lequel il a échangé avec Frédéric Mitterrand. Durant la conversation, il a abordé son goût pour l’art, les collections, la première chose qu’il ait acheté c’était la sculpture de Brancusi, le must selon lui, et Pierre Bergé ajoutait : « n’oubliez pas que les collections, les objets, c’est les enfants des homosexuels ». Après avoir entendu cette subtile métaphore Frédéric Mitterrand ponctuait hilare « je reste muet ».

Durant les années 1960, l’idylle entre Pierre Bergé et YSL prenait un tournant oriental, au Maroc, précisément à Marrakech, où YSL découvrait le fameux bleu Majorelle. Ils vivront l’essentiel de leurs aventures, au cœur de cet immense domaine, dans l’enceinte du jardin Majorelle, découvert par les deux hommes en 1966 lors de leur première excursion à Marrakech. Leur première maison portait le nom de Dar el-Hanch, la « maison du serpent ». Pendant ce temps, le plus grand couturier français s’inspirait des formes architecturales, du son des animaux, des couleurs locales de l’atmosphère des jardins botaniques de Majorelle, racheté en 1980 par BERGE et YSL, pour créer ses collections. Le bleu du ciel, le blanc des neiges éternelles de l’Atlas ou le rouge ocre de la terre. Les deux hommes s’installaient ensuite dans la villa Oasis, au sein même du jardin Majorelle, entretenu par une vingtaine de jardiniers quotidiennement. Un charmant conte de fée, idyllique, que nous pourrons retrouver dans n’importe quelle biographie hagiographique d’YSL.

Puis, la mort emportait injustement le génie YSL laissant veuf son compagnon, est-cela la veine du cocu ? Mais parmi les jardiniers, l’un d’entre eux, Madison Cox (58 ans), épousait Pierre Bergé (86 ans) au mois de mars 2017 alors qu’ils se connaissaient depuis une quarantaine d’années. Madison Cox aura très probablement la mission d’assurer la succession de Pierre Bergé c’est-à-dire l’héritage d’YSL à travers la Fondation dont il est jusqu’alors le vice-président. Depuis 2011, le jardin Majorelle a reçu le label « Maison des Illustres » remis par le ministre de la Culture Frédéric Mitterrand. Marrakech est au cœur de nombreuses intrigues pour le moins questionnant, à l’instar des pérégrinations vécues par La vilaine Lulu.

De larges soupçons de prostitution de mineurs ont été évoqué dans la presse en ces lieux, précisément dans la « villa Majorelle ». Une information publiée dans un article du Figaro et repris à la télévision sur Canal + le 30 mai 2011 par un ancien ministre de l’Éducation nationale, Luc FERRY. Il n’avait alors nommé personne face aux journalistes de Canal +, simplement évoqué un « ancien ministre ». Étrangement, un politicien s’est manifesté de lui-même à travers la presse, Jack Lang, menaçant d’un procès en diffamation tout ceux qui pourraient le mêler de près ou de loin à la pédophilie. Pourtant, personne ne l’avait explicitement nommé… Il faut savoir que le nom de Jack Lang avait déjà été associé à la pédophilie dans l’affaire du Coral en 1982 ; mais aussi pour avoir signé une pétition en faveur de la libération de trois pédophiles en 1977 dans l’affaire de Versailles. Dans le texte de cette pétition, les signataires critiquaient notamment l’âge de la majorité sexuelle jugé trop élevé selon eux. A part cela, les chiens aboient la caravane passe… De la prostitution ou de la pédophilie à Marrakech ? Dans la villa Majorelle, propriété de Pierre Bergé et YSL aux mœurs réputées irréprochables ? Jamais entendu parlé !

Le tourisme sexuel, était-ce cette liberté que Pierre Bergé et YSL appréciaient tant au Maroc ? Les milles et une nuit à Marrakech ou Essaouira sont des destinations de choix pour tous les touristes pédophiles de la planète. Nous parlons bien ici de riches étrangers venant satisfaire des pulsions honnies par la morale et par toutes personnes équilibrées. Ces pratiques ont été dénoncées par des organisations non gouvernementales comme Touche pas à mon enfant créée en juillet 2004 par une juriste marocaine, Najat ANWAR, ainsi que par un rapport du Comité des droits de l’enfant de l’ONU en 2014. Nous y apprenons que « le tourisme sexuel est en expansion » au Maroc, cet État partie demeure également « un pays d’origine, de destination et de transit pour les enfants, surtout ceux originaires d’Afrique subsaharienne et d’Asie du Sud, qui sont soumis à un travail forcé […] ainsi qu’à la traite à des fins d’exploitation sexuelle et à la mendicité forcée, deux tiers des victimes de la traite étant des enfants ». En substance, le Maroc est nommément pointé du doigt pour être une plaque tournante en matière de trafic d’être humain notamment celui concernant les enfants. A cela nous pouvons ajouter le trafic de stupéfiants. Enfin, n’est-ce pas le roi du Maroc qui a annulé une grâce qu’il avait précédemment accordée en 2013, sur injonction du roi d’Espagne, à un criminel sexuel espagnol, démontrant un positionnement plus qu’ambigu vis-à-vis de la lutte contre la pédophilie ?

Sans doute que le surnom de « violeur de Kénitra » attribué à Daniel Galvan Fina était galvaudé et immérité, après tout cet individu a seulement été accusé de viol sur 11 enfants, du menu fretin. Certains objecteront le fait que Pierre Bergé et YSL n’ont rien à voir avec le tourisme sexuel au Maroc, cependant ce sont eux qui ont choisi de s’installer dans l’un des fiefs de la pédophilie, personne d’autres. Ils pouvaient vivre dans n’importe quel autre endroit du globe, mais ils ont choisi le décor et les délices de Marrakech, là où ils pourraient assouvir tous leurs vices. Auquel cas, pour les saints hommes, des destinations comme la Mecque, Jérusalem ou Lhassa sont préférables, le sexe et la drogue ne seront en revanche pas au menu. Dans l’un des scénarios de La vilaine lulu, YSL associe l’Orient au tourisme sexuel avec le personnage de l’« émir Abdullah », présenté aux enfants enlevés comme étant leur « futur papa », autrement dit leur proxénète.

Admettons que Pierre Bergé, un esprit innocent au cœur pur, n’ait pas eu connaissance de l’existence du tourisme sexuel à Marrakech, son ignorance aurait pu être comblée par la bande-dessinée de son protégé. En revanche, nul doute que monsieur haute couture, et ses pratiques singulières en matière sexuelle, avait dû avoir parfaitement connaissance des pratiques orientales. Nul doute qu’YSL savait où il mettait ses guêtres en s’installant à Marrakech et qui allait l’accompagner dans son lit, qu’il souhaitait rempli jusqu’à sa mort. YSL avait le profil d’un homme avide de perversité comme en témoigne ses fréquentations ainsi que sa relation sado-masochiste entretenue avec Jacques de Bascher. Toujours est-il que Pierre Bergé, l’âme du mariage gay en France, ne s’offusquait ni de la prostitution infantile ni de la discrimination envers les homosexuels au Maroc. C’est ainsi que Pierre Bergé et YSL vécurent candidement à Marrakech entre 1980 et 2008, l’une des capitales de la pédophilie.

A différentes époques ont été autorisées ou interdites diverses pratiques, de la Grèce antique à nos jours. Or, ce qui est interdit peut-être perçu comme une restriction de nos libertés au lieu d’être perçu comme des mesures de protection visant à équilibrer les rapports de force au sein de la société. La protection des enfants et des personnes désavantagées, physiquement, mentalement ou financièrement, sont pourtant des priorités. Les institutions d’un pays ont pour mission de se préoccuper du bien être de ses concitoyens, particulièrement des plus fragiles, et doivent les protéger du meurtre, du viol, du vol, du harcèlement, de la violence physique et verbale, de la discrimination et de la pédophilie. Ceci relève de la responsabilité de nos dirigeants politiques mais aussi de chaque citoyen en capacité de signaler ce qu’il estime être judicieux. Dans ce contexte, La vilaine Lulu a bénéficié d’une impunité inique, grimée sous les traits de la révolution sexuelle débutée dans les années 50’s aux États-Unis, sous l’impulsion des travaux controversés du docteur Alfred Kinsey. Hugh Hefner, s’est inspiré des études d’Alfred Kinsey pour son magazine PlayBoy, publié pour la première fois en 1953. A la Une, la femme la plus désirée de l’époque, Marilyn Monroe, offerte aux yeux du monde entier.

S‘en suivit l’éruption de la pornographie, du mouvement LGBT puis l’apogée de la révolution sexuelle et l’émancipation des femmes. Cette mouvance s’est prolongée jusque dans les années 80’s en France avec la dépénalisation de l’homosexualité. Ce dernier point a été une avancée tout à fait légitime ainsi que la création du PACS. Tout cela est le fruit des graines semées par « le père de la révolution sexuelle », le docteur Alfred Kinsey et certainement le père de la psychanalyse Sigmund Freud dont la psyché était dévorée par le sexe.

Le profil de YSL décrit dans ces quelques pages semblent moins édulcoré que celui dépeint par les médias généralistes. N’en est-il pas plus réel ? Est-ce cela un homme qui a été décoré à trois reprises de la légion d’honneur ? Chacun jugera, le temps décidera, mais une chose semble évidente, les personnages adulés comme YSL, annihilent toute moralité, il n’existe plus de limites, la confusion est extrême et se diffuse, s’insémine en nous comme pour nous faire accepter l’inacceptable. La suite sur YSL dans le décryptage de La vilaine Lulu

Sources :

FranceInfo : Aujourd’hui, y a du vomi qui est vendu par milliers, s’indigne Omar Sy, 12 octobre 2016.

20minutes : C à vous : Eric Zemmour a traité Omar Sy de  »guignol », 11 octobre 2017.

Le JDD : Top 50 : Omar Sy, Goldman, Simone Veil ou le triomphe de la vertu, 14 août 2016.

Libération : Saint-Laurent se dérobe, Gérard Lefort, 3 juillet 2008.

Le Parisien dans la Parisienne : Yves Saint Laurent : Un parfum haute couture, 6 novembre 2010.

Valeurs Actuelles :  »La vilaine Lulu », le livre scandale d’Yves Saint Laurent, Cyril de BEKETCH, 24 juillet 2013.

JDD : L’excentrique Jacques de Bascher, amour de Karl Lagerfeld, Marie-Laure DELORME, 8 juin 2017.

Alicia Drake : Beautiful People, Saint-Laurent, Lagerfeld, splendeurs et misères de la mode, 2008.

CNN : Warhol painting sold for $105.4 million, Chris BOYETTE, 26 novembre 2013.

Marie Claire : ‘Louer son ventre pour faire un enfant » : Pierre Bergé crée le scandale !, 2012.

Le Point : PMA : pour Pierre Bergé, payer un ouvrier ou une mère porteuse, c’est la même chose, 17 décembre 2012.

Le Figaro : Mariage gay : les partisans perdent le match de la rue, Delphine MALLEVOÜE 16 décembre 2012.

Le Figaro Magazine : À Marrakech, un ex-ministre  »s’amuse », 28 mai 2011.

Le Figaro : Rumeurs de pédophilie : Jack Lang prêt à contre-attaquer, Flore GALAUD, 1 juin 2011.

Le Parisien : Accusations de pédophilie: une association marocaine porte plainte, 1 juin 2011.

Le Parisien : Accusations de pédophilie : la justice marocaine ouvre une enquête, 8 juin 2011.

20 minutes : Maroc:  »Jusqu’à récemment, les pédocriminels n’étaient punis que par une amende », Bérénice DUBUC, 11 février 2014.

VSD : Pédophilie à Marrakech : l’enquête impossible, Nathalie GILLOT, Armel MEHANI et François CROZ, n°1857, 27 mars 2013.

Valeurs Actuelles : Pédophilie au Maroc : les révélations choc d’un ex-amant de Bergé et Saint-Laurent, 3 novembre 2016.

L’Express : Tourisme sexuel et pédophilie au Maroc: la contre-attaque des ONG, Xavier RENARD, 2 juin 2010.

L’Express : Maroc: le roi Mohammed VI annule la grâce accordée au pédophile espagnol, AFP, 4 août 2013.

The Guardian : Hugh Hefner in six volumes, Christopher TURNER, 17 juillet 2010.

REUTERS : Yves Saint Laurent’s ashes scattered in Marrakesh, Tom PFEIFFER, 12 juin 2008.

Valeurs Actuelles : Qui est vraiment Pierre Bergé ?, Valentin GOUX, 15 juillet 2010.

Madame Figaro : Abus, drogue, anorexie : trois mannequins racontent l’envers du décor, Stéphanie O’BRIEN, 9 mai 2016.

Les Inrocks : Pleins feux sur Saint-Laurent, Nelly KAPRIELIAN, 10 mars 2010.

Les Inrocks : Jacques de Bascher, la passion folle de Karl Lagerfeld et Yves Saint Laurent, Philippe AZOURY, 1 octobre 2014.

Magazine Têtu : Jacques de Bascher : Le grand amour de Karl Lagerfeld et Saint-Laurent, Jérémy PATINIER, 11 juillet 2017.

Vanity Fair : La Vilaine Lulu, le surmoi diabolique d’Yves Saint Laurent, Constance DOVERGNE, 17 février 2012.

Elle : Et Yves créa la mode, 10 mars 2010.

Vanity Fair : A qui appartiennent les dessins de Saint Laurent ? Olivier BOUCHARA, 28 octobre 2013.

JDD : Dans l’oasis d’Yves Saint Laurent, Eric MANDEL, 28 juin 2015.

Hugo Doc Éditions : Saint Laurent et moi : une histoire intime, de Fabrice THOMAS, auteur Aline APOSTOLSKA, 2017.

SEGUIER Éditions : Jacques de Bascher : Dandy de l’ombre, par Marie Ottavi, 2017.

Internet : Philippe HEURTAULT, photographe, voici un lien qui vous orientera directement à la galerie photos de Jacques de BASCHER incluant de nombreux clichés de la soirée Moratoire Noire organisée en l’honneur de Karl LAGERFELD dont la fameuse scène du fist-fucking.

ONU Comité des droits de l’enfant : Observations finales concernant les troisième et quatrième rapports périodiques du Maroc soumis en un seul document, voir pages 10 et 19, 14 octobre 2014.

Frank

VN:F [1.9.22_1171]
Rating: 10.0/10 (1 vote cast)
VN:F [1.9.22_1171]
Rating: +1 (from 1 vote)