Malgré les risques de schisme dans l’Église orthodoxe, Constantinople s’arroge le droit d’accorder l’autocéphalie à Kiev

Guerre de religionMalgré l’échec des pressions politiques sur le Métropolite Onuphre, et la levée de boucliers de l’ensemble des Églises orthodoxes autocéphales, Constantinople continue de vouloir accorder l’autocéphalie à l’Église orthodoxe ukrainienne schismatique.

Le synode qui s’est tenu au Phanar pendant trois jours, vient de communiquer ses décisions sur son site, après beaucoup de conjectures publiées dans les médias (comme le fait que l’Église de Géorgie soutenait l’autocéphalie, ce qu’elle a dû démentir par voie de presse).

Il faut dire que rien n’avait été épargné par l’Église orthodoxe ukrainienne du Patriarcat de Kiev (UOC-KP, Église schismatique non reconnue) et le gouvernement ukrainien pour tenter d’obtenir l’autocéphalie.

Après avoir déboursé 25 millions de dollars pour faire venir les hiérarques de Constantinople en Ukraine, les autorités ukrainiennes ne pouvaient pas laisser cette venue aboutir sur un échec.

Devant les réticences initiales de Constantinople à faire face à une fronde générale des Églises orthodoxes, Porochenko avait même convoqué une réunion avec le Métropolite de Kiev, Onuphre (de l’Église orthodoxe ukrainienne du Patriarcat de Moscou – UOC-MP), pour tenter de faire pression sur lui.

Cette réunion qui a eu lieu le soir du 9 octobre n’a pas été confirmée par l’administration présidentielle ukrainienne, mais plusieurs députés ukrainiens, dont Igor Mossiytchouk, ont révélé l’information.

D’après ces informations, Porochenko aurait demandé à Onuphre de ne pas déclencher de manifestations si l’UOC-KP obtenait l’autocéphalie, mais surtout il lui aurait demandé de « faire partie du processus d’autocéphalisation » en faisant une demande de Tomos à Constantinople, afin de légitimer la demande des autorités de Kiev.

Car malgré toute la propagande déversée dans les médias ukrainiens, Constantinople avait un gros problème : la demande d’autocéphalie ne vient pas de l’Église orthodoxe ukrainienne officielle, mais d’une Église schismatique non-reconnue ! Ce qui semblait finalement poser un gros souci de légitimité au Patriarche Bartholomée, qui a tergiversé pendant deux jours.

Il semble qu’un troisième point était à l’ordre du jour, puisque Porochenko aurait aussi demandé au Métropolite Onuphre de ne pas excommunier le Métropolite de Vinnitsa (qui est un proche de Porochenko) au cas où l’autocéphalie serait accordée à l’UOC-KP. En clair, Porochenko se serait une fois de plus immiscé de manière totalement anticonstitutionnelle dans les affaires de l’Église !

La réponse d’Onuphre a été que l’UOC-MP ne prévoit pas d’organiser des protestations, MAIS que si ses temples étaient attaqués, les croyants les défendraient. Concernant les deux autres points de la demande du Président ukrainien, la réponse du Métropolite de Kiev a été négative. Hors de question pour Onuphre de légitimer cette mascarade d’autocéphalie.

Histoire de contourner ce problème de légitimité, le Synode de Constantinople a donc pris plusieurs décisions, qui vont sérieusement aggraver la situation concernant les relations de Moscou avec le Phanar.

Voici la traduction de la décision de Constantinople, avec mes commentaires en italique :

1) Renouveler la décision déjà prise pour que le Patriarcat œcuménique procède à l’octroi de l’autocéphalie à l’Église d’Ukraine.
Commentaire : Donc Constantinople s’arroge bien le droit de décider seule d’interférer dans les affaires d’une autre Église orthodoxe, sans passer par la case discussion avec les autres Églises comme l’exigent les règles de fonctionnement de l’Église orthodoxe.
2) Rétablir, en ce moment, la Stavropégie du Patriarche œcuménique à Kiev, une de ses nombreuses Stavropégies en Ukraine qui y a toujours existé.
Commentaire : Constantinople réinstalle donc une Église orthodoxe dépendant de son Patriarcat en Ukraine afin de légitimer la suite. Le problème est qu’elle le fait sur le territoire canonique d’une autre Église orthodoxe sans son accord. Ceci est là aussi une violation grossière des règles de fonctionnement de l’Église orthodoxe, et n’est ni plus ni moins qu’une ingérence illégale dans les affaires de l’Église orthodoxe russe.
3) Accepter et réviser les pétitions d’appel de Philarète Denissenko, de Macaire Maletitch et de leurs disciples, qui se sont trouvés dans un schisme non pas pour des raisons dogmatiques, conformément aux prérogatives canoniques du Patriarche de Constantinople de recevoir de telles pétitions par les hiérarchies et autres ecclésiastiques de l’ensemble des églises autocéphales. Ainsi, les personnes susmentionnées ont été canoniquement rétablies à leur rang hiérarchique ou sacerdotal, et leurs fidèles ont été restaurés à la communion avec l’Église.
Commentaire : Par cette décision, Constantinople essaye de rendre une forme de légitimité à l’Église schismatique ukrainienne, sauf qu’elle n’en a pas le droit, car l’anathème a été lancé par l’Église orthodoxe russe, et non par celle de Constantinople.
4) Révoquer la validité de la Lettre synodale de l’année 1686, publiée dans les circonstances de l’époque, qui accordait au Patriarche de Moscou le droit par économie d’ordonner le métropolite de Kiev, élu par l’Assemblée clérico-laïque de son diocèse, qui devait commémorer le Patriarche oecuménique comme premier supérieur lors des fêtes et qui proclamerait sa dépendance canonique envers la mère église de Constantinople, et qui l’affermit dans cette déclaration.
Commentaire : Cette décision est à mettre en lien avec la précédente. Constantinople va en faire réintégrer l’Église schismatique ukrainienne (et sa hiérarchie) au sein de son Patriarcat pour ensuite pouvoir lui accorder l’autocéphalie « légalement ». Le tout en s’asseyant sur le droit canon, et les règles de fonctionnement de l’Église orthodoxe. Sans parler de la réécriture de l’Histoire, toujours bien pratique dans ce genre de situation où l’Histoire est en défaveur de l’Ukraine.
5) Faire appel à toutes les parties concernées pour qu’elles évitent l’appropriation des églises, monastères et autres biens, ainsi que tout autre acte de violence et de représailles, afin que la paix et l’amour du Christ puissent prévaloir.
Commentaire : Cette partie est de loin la plus cynique et la plus immonde de cette déclaration. En gros, après avoir jeté une allumette sur la flaque d’essence qu’il a répandue, Bartholomée dit maintenant espérer que personne ne sera brûlé ou blessé dans l’affaire. Pour parler crûment, cela s’appelle du foutage de gueule intégral. Bartholomée joue là au pompier pyromane qui fait semblant d’avoir des remords pour les conséquences de ses crimes.

L’Église de Serbie a officiellement déclaré son soutien à l’Église orthodoxe russe et au Métropolite Onuphre dans cette affaire. Et avant la décision du Synode de Constantinople, l’Église d’Antioche a demandé la tenue d’une réunion urgente des chefs des Églises orthodoxes autocéphales concernant la situation en Ukraine.

La réponse de l’Église orthodoxe russe à cette décision de Constantinople n’a pas encore été communiquée. Mais il est clair que chaque Église orthodoxe va devoir choisir son camp entre ceux qui veulent respecter le droit canon et les règles de fonctionnement de l’Église orthodoxe (Église orthodoxe de Russie, de Serbie, de Pologne, etc) et ceux qui sont prêts à mélanger politique nationaliste et religion, quitte à déclencher un schisme et une guerre de religion (comme le Patriarcat de Constantinople).

Le schisme au sein de l’Église orthodoxe semble désormais inévitable, et la guerre de religion en Ukraine aussi. Porochenko, Philarète et Bartholomée porteront à tout jamais sur leurs mains et sur leurs âmes le sang qui sera immanquablement répandu suite à l’accord de cette autocéphalie anti-canonique.

Christelle Néant

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Rapport de situation hebdomadaire du Donbass (Vidéo) – 6 octobre 2018

Rapport de situation du DonbassChaque semaine, Christelle Néant de l’agence DONi Press, (en partenariat avec Thom Aldrin d’Éveil Français TV), vous propose une rétrospective (militaire, politique, économique et sociale) en vidéo et en français de la semaine écoulée concernant le Donbass, l’Ukraine et la Russie.

Voici les points abordés lors de ce dernier rapport de situation hebdomadaire effectué par vidéo-conférence le samedi 6 octobre 2018 :

SITUATION MILITAIRE
00’56 » – Bilan des bombardements de l’armée ukrainienne lors de la semaine écoulée
04’34 » – L’armée ukrainienne amène deux systèmes BUK près de la ligne de front
06’27 » – Étendue des vols d’armes au sein des Forces Armées Ukrainiennes

ACCORDS DE MINSK
07’59 » – L’Ukraine rejette la proposition visant à interdire les tirs sur les bâtiments et infrastructures civils

RPD-RPL
11’03 » – Rencontre entre les chefs de la RPD et de la RPL pour améliorer la coopération entre les deux républiques

RELIGION
13’59 » – Le Patriarche Cyrille propose de lancer une discussion pan-orthodoxe sur la situation religieuse en Ukraine

ÉVOLUTION GÉNÉRALE DE LA SITUATION EN UKRAINE
21’53 » – Kiev veut criminaliser ceux qui ne parlent pas (ou mal) l’ukrainien

PENDANT CE TEMPS LÀ À KIEV
30’21 » – Le SBU dévoile qu’une société ukrainienne a fourni 28 000 tonnes de pierres concassées pour le chantier du pont de Crimée

31’43 » – Conclusion

Voir le rapport de situation complet en vidéo

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Le Patriarche Cyrille propose de lancer une discussion pan-orthodoxe sur la situation religieuse en Ukraine

Patriarche CyrilleAlors que la situation religieuse se tend de jour en jour en Ukraine suite à l’arrivée des hiérarques de Constantinople, le Patriarche de Moscou et de toute la Russie, Cyrille, a écrit aux primats des autres Églises afin de lancer une grande discussion pan-orthodoxe sur ce sujet.

Cette lettre fait suite à l’expropriation violente d’une église qui appartenait à l’Église orthodoxe ukrainienne du patriarcat de Moscou (UOC-MP) par des membres du mouvement néo-nazi Secteur Droit, dans la région d’Ivano-Frankovsk.

Les paroissiens qui ont tenté de protéger leur église et d’empêcher l’expropriation, ont été violemment battus par les néo-nazis. Plusieurs ont été sérieusement blessés lors de ces affrontements.

Depuis le Maïdan, c’est plus de 50 églises appartenant à l’UOC-MP qui ont ainsi été volées par les partisans de l’Église orthodoxe ukrainienne du Patriarcat de Kiev (UOC-KP, église schismatique non reconnue), le plus souvent avec l’aide de groupes ultra-nationalistes ou néo-nazis ukrainiens violents, qui n’hésitent pas à frapper les paroissiens.

Et avant-hier, à Rovno, des ultra-nationalistes portant des masques ont jeté des pierres sur un bus contenant des membres de l’UOC-MP qui se rendaient à Kiev pour prier et rejoindre les actions pacifiques sous les fenêtres des hiérarques de Constantinople, leur demandant de ne pas interférer dans les affaires internes de l’Église orthodoxe ukrainienne. Heureusement cette fois-ci il n’y a pas eu de blessés.

Il est clair que si Constantinople accorde l’autocéphalie à l’UOC-KP (décision qui serait déjà prise d’après les hiérarques envoyés en Ukraine), cette dernière dépouillera l’UOC-MP de ses églises et monastères, y compris la laure des grottes de Kiev. Et ce, alors que l’UOC-MP est la seule Église orthodoxe légitime en Ukraine ! Et tout cela se terminera dans un bain de sang.

D’ailleurs pour avoir appelé leurs paroissiens à défendre les églises et monastères, et s’être opposés aux volontés destructrices du patriarche Bartholomée (entre autre en refusant de rencontrer ses hiérarques et en leur enjoignant de quitter le pays), le Métropolite de Kiev, Onuphre, et plusieurs autres figures importantes de l’UOC-MP, ont été fichés sur le site Mirotvorets comme étant des agents d’influence russe en Ukraine ! Pour rappel, plusieurs personnes ont été menacées, agressées voire tuées pour certaines, après avoir été fichées sur ce site, qui liste les « ennemis de l’Ukraine » !

Devant le risque de déclenchement d’une guerre de religion en Ukraine, le synode de l’Église orthodoxe russe a décidé d’initier une discussion pan-orthodoxe concernant les actions du Patriarche de Constantinople. C’est dans ce cadre, que le Patriarche Cyrille a envoyé une lettre à chacun des primats des autres Églises orthodoxes autocéphales, afin de demander leur aide.

« Les lettres exposent la position de l’Église orthodoxe russe sur l’autocéphalie dite ukrainienne et les conséquences négatives possibles des actions du Patriarcat de Constantinople pour l’unité de l’orthodoxie universelle. Elles contiennent également une proposition visant à lancer une discussion pan-orthodoxe sur la situation », a déclaré le chef adjoint du Département des relations extérieures de l’Église du Patriarcat de Moscou Nikolaï Balachov.

La position de l’Église orthodoxe russe et de l’Église orthodoxe ukrainienne du Patriarcat de Moscou, est partagée non seulement par plusieurs primats d’Églises orthodoxes, mais aussi par les croyants orthodoxes ukrainiens eux-mêmes.

Ainsi, un sondage publié mi-septembre, indique que 67 % des Ukrainiens interrogés réagissent négativement à l’arrivée des hiérarques de Constantinople, et seulement 8 % considèrent que ceux-ci vont apporter des solutions à la situation religieuse actuelle de l’Ukraine.

La plupart des personnes interrogées ont d’ailleurs marqué leur soutien pour l’UOC-MP et le Métropolite Onuphre, montrant bien que cette demande d’autocéphalie n’émane en rien des croyants, mais bien de quelques personnes qui ont avant tout des visées bien plus politiques que spirituelles !

C’est ce mélange des genres que l’ONG « règle de la loi » a décidé d’attaquer, en demandant à une cour ukrainienne de reconnaître que le président ukrainien, Petro Porochenko n’a pas le droit d’interférer dans les activités de l’église et de demander l’autocéphalie (comme l’indique d’ailleurs très clairement la constitution ukrainienne). Une première audience est prévue le 13 novembre pour statuer sur cette demande.

En tout cas, face à cette situation, les réactions de plusieurs primats sont d’ores et déjà connues. Si l’Église orthodoxe géorgienne joue la carte de la neutralité en disant que la question de l’Église orthodoxe ukrainienne doit être réglée par la discussion entre le Patriarcat de Constantinople et l’Église orthodoxe russe, l’Église orthodoxe grecque semble se rallier à Moscou.

Ainsi, le Métropolite Ambroise de Kalavryta a violemment critiqué les actions du Patriarche Bartholomée en Ukraine.

« Sa Sainteté le Patriarche Bartholomée de Constantinople semble s’être fixé comme objectif, ces dernières années, de diviser l’orthodoxie. […] Le dernier pas erroné du Patriarche a été celui lié à l’Église d’Ukraine. Nous n’avions sans doute pas assez de problèmes, il fallait encore que notre Patriarche s’engage pratiquement dans une confrontation entre le Patriarcat œcuménique et la grande Église russe ! L’Église canonique d’Ukraine conserve ses liens spirituels et son autonomie au sein du Patriarcat de Moscou, et le Patriarcat de Constantinople entend reconnaître l’Église schismatique d’Ukraine ! Nous sommes au seuil d’un nouveau schisme dans l’Église ! Si nous ajoutons à cela les discordes internes qui ont surgi après le pseudo-concile de Kolymbari, alors la situation ecclésiastique devient extrêmement tragique », a déclaré le Métropolite Ambroise.

Par cette déclaration, l’Église orthodoxe grecque rejoint les autres Églises qui s’inquiètent de la situation en Ukraine et ont déjà ouvertement déclaré leur opposition à l’octroi de l’autocéphalie pour l’UOC-KP, à savoir les Églises de Serbie, de Jérusalem, de Pologne et d’Alexandrie. Sans parler de l’appel de l’Église orthodoxe américaine à régler tout cela par le dialogue et la proposition de l’Église de Chypre de jouer les médiateurs.

L’aide de toutes ces Églises est vitale pour régler cela de manière pacifique. Car de par son statut, qui n’est pas aussi important sur le plan honorifique que celui de Constantinople, Moscou ne peut lancer elle-même un synode pan-orthodoxe. L’idéal, serait que celui-ci soit lancé par une des plus anciennes Églises, comme celle d’Alexandrie.

« Nous ne pouvons pas lancer une discussion formelle à l’échelle de l’Église sous la forme d’un synode, car c’est la prérogative du premier parmi ses pairs – le Patriarche œcuménique qui rassemble le synode. [] Il y a peut-être d’autres voies, il y a des églises plus anciennes qui peuvent s’en charger. Si l’on regarde le diptyque, alors le prochain est le Patriarche d’Alexandrie, ou en général tout le conseil des anciens patriarcats – Alexandrie, Jérusalem et Antioche, qui, à mon avis, pourrait se réunir et proposer quelque chose, » a déclaré Alexandre Volkov, secrétaire de presse du Patriarche de Moscou et de toute la Russie.

Il a aussi exprimé le souhait que toutes les Églises orthodoxes autocéphales expriment leur point de vue sur la situation religieuse en Ukraine. Pour Alexandre Volkov, il ne s’agit pas seulement d’empêcher l’éclatement d’une guerre de religion en Ukraine, mais d’assurer la survie de l’orthodoxie mondiale unie.

Le risque de guerre de religion en Ukraine et de schisme au sein de l’orthodoxie dépendent désormais de la capacité des autres Églises orthodoxes à faire plier le Patriarche Bartholomée.

Christelle Néant

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Autocéphalie pour l’Ukraine – Risque de schisme dans l’Église orthodoxe

Guerre de religion orthodoxeSuite à l’envoi de deux exarques de l’Église orthodoxe de Constantinople en Ukraine pour accorder l’autocéphalie à Kiev, l’Église orthodoxe russe vient de lui adresser un avertissement, en coupant toutes les relations diplomatiques avec Constantinople.

Depuis plusieurs mois, des bruits courent sur la volonté du Patriarche Bartholomée de Constantinople d’accorder l’autocéphalie à l’Église orthodoxe ukrainienne du Patriarcat de Kiev.

Malgré les avertissements répétés de l’Église orthodoxe russe, et du Patriarche de l’Église orthodoxe serbe, Irénée, sur le fait que cela violait non seulement les lois canoniques mais aussi les règles de fonctionnement de l’Église orthodoxe, et que cela risquait de provoquer une guerre de religion en Ukraine, il semble que Bartholomée soit décidé à aller jusqu’au bout de ce plan. Quitte à provoquer un véritable schisme au sein de l’Église orthodoxe.

Pour comprendre comment on en est arrivé à une situation aussi grave, il faut remonter dans le temps, et analyser la façon dont fonctionne l’Église orthodoxe.

Histoire et fonctionnement de l’Église orthodoxe

L’Église orthodoxe c’est le groupe d’Églises qui se réclament de la théologie et du droit canon des sept premiers conciles de l’Église chrétienne (c’est-à-dire jusqu’au second concile de Nicée de 787). Ce groupe d’Églises s’est séparé de ce que l’on appelle actuellement l’Église catholique lors du schisme de 1054.

L’Église orthodoxe a un fonctionnement qui diffère profondément de celui de l’Église catholique par exemple. Il n’y a pas de pape, pas d’administration unique centralisée. L’Église orthodoxe est une communion d’Églises qui sont indépendantes en termes d’organisation interne (il y a 14 Églises autocéphales orthodoxes actuellement), mais qui sont profondément liées les unes aux autres entre autres en termes de dogme.

Chaque Église autocéphale désigne son primat (un Patriarche, Métropolite ou un Archevêque), et aucune n’a de droits sur une autre. Mais l’Église de Constantinople bénéficie d’une primauté d’honneur liée à l’ancien statut de capitale de l’Empire. Mais il s’agit là que d’une primauté d’honneur, pas d’une primauté de pouvoir.

Certaines de ces Églises sont autocéphales depuis l’antiquité, et ce parce que l’Église avait alors suivi les découpages administratifs de l’empire (pas de notion de pays ici, mais de province administrative de l’empire).

J’encourage mes lecteurs à aller lire l’analyse du père Jivko Panev sur l’autocéphalie et la montée de l’ethno-phylétisme dans l’Église orthodoxe pour comprendre pleinement la différence entre la situation qui prévalait jusqu’au Moyen-Âge et celle qui s’est développée depuis le 19e siècle. L’autocéphalie a changé de sens et est devenu synonyme d’Église nationale, ce qui exacerbe le nationalisme religieux, qui est un danger pour l’unité de l’Église.

Dans l’Église orthodoxe, les décisions importantes doivent être prises en commun, par décision collégiale entre les différentes Églises autocéphales. Et une Église n’a pas le droit d’interférer dans les affaires internes d’une autre Église (un peu comme les États, qui n’ont pas le droit de faire de l’ingérence dans les affaires d’un autre).

Cette notion se trouve dans les canons du Deuxième Concile œcuménique, qui stipule que les évêques n’ont pas le droit de pénétrer sur le territoire canonique d’une autre Église sans invitation. Or, les deux exarques de Constantinople ont été envoyé à Kiev sans l’accord du métropolite Onuphre (qui est le Métropolite légitime de l’Église orthodoxe ukrainienne du Patriarcat de Moscou et qui leur a refusé le droit de s’immiscer dans les affaires de son Église). C’est donc une violation claire des canons de l’Église !

La règle générale veut que pour qu’une Église obtienne l’autocéphalie, il faut que cette dernière soit reconnue par les autres Églises autocéphales, selon le principe de collégialité des décisions qui est fondamental dans l’orthodoxie.

Ce principe s’illustre parfaitement bien avec le cas ukrainien. L’Église orthodoxe ukrainienne du Patriarcat de Kiev (UOC-KP), née en 1992 d’un schisme avec l’Église orthodoxe ukrainienne du Patriarcat de Moscou (UOC-MP), n’a été reconnue par aucune autre Église autocéphale. Ce qui fait que cette Église est non canonique et que pour toutes les autres Églises orthodoxes, seule l’UOC-MP est légitime.

Pour revenir à l’Église orthodoxe russe, ce qui alimente actuellement la demande ukrainienne, c’est qu’en 988, quand le prince Vladimir se fait baptiser et fait baptiser la Rus’ (la future Russie, qui recouvre à l’époque le territoire de l’Ouest de la Russie, une partie de la Biélorussie et de l’Ukraine actuelles), la capitale de l’État est à Kiev.

À cette époque, la Rus’ dépend de l’Église orthodoxe de Constantinople, qui désigne le Métropolite de Kiev. Mais à la fin du 13e siècle, quand la Rus’ s’effondre à cause des invasions Mongoles, les Métropolites de Kiev doivent se réfugier à Vladimir, puis à Moscou, d’où viendra la renaissance de la Rus’ sous son nouveau nom : la Russie. Néanmoins ces Métropolites continueront de s’appeler Métropolite de Kiev et seront toujours désignés par Constantinople.

Puis au 15e siècle, l’Église orthodoxe russe acquiert l’autonomie par accident, à cause de deux facteurs :

1) Le Concile de Florence qui a vu une tentative de rapprocher Constantinople de Rome (c’est-à-dire d’annuler le schisme de 1054 via « l’union de Florence », qui est restée valable jusqu’en 1453). À son retour à Moscou en 1441, après ce Concile, le Métropolite de Kiev, Isidore a promu cette réunification. Mais Isidore et ses volontés de réunification avec Rome n’ont pas été bien accueillis par les Russes. Il a été emprisonné par le Grand Prince Basile II, avant d’être relâché. Isidore fuyant en Italie, et Moscou refusant de demander un nouveau métropolite au Patriarcat de Constantinople à cause de l’union de Florence, la Russie s’est retrouvée sans Métropolite pendant plusieurs années. En 1448, les évêques russes décident d’élire eux-mêmes leur Métropolite, sans en référer à Constantinople. Ce sera le premier Métropolite de Moscou. La communion avec Constantinople sera rétablie après l’abolition de l’union de Florence.

2) Après la chute de Constantinople en 1453, le vide créé a été occupé par la Russie qui se libérait alors du joug Tatar, et a pris une place de premier plan en tant que nation orthodoxe. Elle est alors devenue de manière officieuse la « troisième Rome ».

Un épisode résumé par le Métropolite Hilarion, lors d’une interview :

« On accuse parfois l’Église russe de s’être elle-même proclamé autocéphale : lorsque le métropolite Jonas a été élu, au milieu du XVe siècle, cela a été fait sans l’accord du Patriarche de Constantinople. Mais comment la Rus’ aurait-elle pu recevoir de lui son accord, si le patriarche de Constantinople était tombé dans l’uniatisme, dans l’hérésie ? Il nous a envoyé un métropolite qui commémorait le pape de Rome et qui, après avoir été chassé, est devenu cardinal de l’Église catholique-romaine. »

Ensuite, c’est par une décision collégiale entre les Patriarches de Constantinople, Alexandrie, Antioche et Jérusalem, que la Russie a obtenue l’autocéphalie en 1588, après plus d’un siècle d’autonomie de fait.

Rien à voir donc avec la situation actuelle en Ukraine, où on assiste à la volonté d’hommes politiques et d’une église schismatique et reconnue par personne de prendre la place de l’Église orthodoxe locale officielle en bénéficiant de l’autocéphalie.

Politique et religion, légalité de la demande de Kiev ?

Le premier problème posé par cette demande d’autocéphalie c’est qu’elle n’émane pas du Métropolite Onuphre, qui est à la tête de l’UOC-MP, qui est la seule Église orthodoxe ukrainienne canonique, officielle et reconnue par les autres Églises orthodoxes, et celle qui possède (et de loin) le plus grand nombre d’églises, de monastères et de paroisses en Ukraine.

Cette demande émane de Philarète, « Patriarche » excommunié par l’Église orthodoxe russe, qui est à la tête de l’UOC-KP, Église schismatique, reconnue par personne.

Un « Patriarche » qui bénit des néo-nazis et des criminels de guerre à tour de bras, leur accorde des médailles, et ose cyniquement dire que si les gens du Donbass meurent à cause de la guerre, c’est pour expier leurs pêchés d’avoir voté pour l’indépendance des deux Républiques Populaires. En gros, c’est bien fait pour eux. Une conception fascinante de la religion !

Le deuxième problème c’est que l’autre demandeur de l’autocéphalie, c’est Petro Porochenko, le président ukrainien, qui a fait cette demande au Patriarche Bartholomée, avec l’appui de la Rada (parlement ukrainien).

Or, l’article 35 de la constitution ukrainienne, sépare clairement l’Église de l’État. En clair, ni le président ukrainien, ni le parlement ne sont légitimes et n’ont le droit d’interférer dans les affaires religieuses. La demande venant du président ukrainien est donc totalement inconstitutionnelle !

Donc quand Bartholomée essaye de faire passer la pilule, en prétendant qu’il veut accorder l’autocéphalie à la demande des Ukrainiens, il ment, et il le sait ! Ce n’est ni l’UOC-MP, Église légitime, ni les paroissiens ukrainiens, ni le peuple ukrainien qui ont fait cette demande. Mais un pseudo Patriarche excommunié, et un homme politique ukrainien.

Le tout est très bien résumé par Natalia Vitrenko, qui est la présidente de la communauté des femmes orthodoxes d’Ukraine (merci à Laurence Guillon d’avoir sous-titré cette vidéo).

Ingérence politique et conséquences d’une vision ethnocentrée de la religion

Aujourd’hui, le patriarche Bartholomée arrive avec une version moderne de cette « union de Florence » et semble se prendre pour le pape orthodoxe, ce qu’il n’est pas ! Comme le souligne Alexandre Chtchipkov, « le patriarche Bartholomée est obsédé par l’idée du papisme oriental. Il rêve de devenir le chef unique de toute l’orthodoxie universelle[œcuménique], analogue à l’Église catholique romaine[et à son Pape]. ».

Bartholomée a aussi pris de nombreuses décisions unilatérales en termes de dogme, qui vont à l’encontre des canons de l’Église orthodoxe, et jettent le doute sur les actes et la légitimité du Patriarcat de Constantinople.

Il semble que les vieux démons de Constantinople ressurgissent presque six siècles après cette « union de Florence » qui avait provoqué l’autonomie de fait de l’Église orthodoxe russe, et qui risquent aujourd’hui de semer un chaos encore plus grand dans l’Église orthodoxe à travers le monde.

Et ce qui (ou qui) se cache réellement derrière Bartholomée et cette décision fait couler beaucoup d’encre. Le fait que les deux exarques envoyés à Kiev soient respectivement américain et canadien, et le fait que les États-Unis aient immédiatement soutenu officiellement le fait d’accorder l’autocéphalie à l’Ukraine, semble accréditer les accusations lancées par les services secrets turcs, selon lesquelles Bartholomée serait lié à la CIA !

Dans la droite du ligne de Maïdan et de la volonté des nouvelles autorités ukrainiennes, issues du putsch de 2014, de se séparer de la Russie, Porochenko et Philarète veulent donc obtenir une Église indépendante de la Russie. Sauf que religion et politique ne font jamais bon ménage. La politique des États n’a pas à se mêler d’affaires religieuses et spirituelles. Car c’est le meilleur moyen d‘arriver à une catastrophe.

Surtout quand le « Patriarche » de Kiev, Philarète, a déclaré à plusieurs reprises vouloir exproprier l’UOC-MP de ses églises, laures et monastères s’il obtient l’autocéphalie ! En clair, l’UOC-KP veut dépouiller l’UOC-MP de ses paroisses et de ses paroissiens !

Et pour ceux qui croient qu’il ne s’agit que de mots en l’air, je vous encourage à aller voir ce qui s’est passé en août 2018 dans le diocèse d’Odessa, où les clercs et les fidèles de l’UOC-MP ont été empêchés par des soldats ukrainiens de se rendre dans l’église des saints Cyrille et Méthode de l’Académie militaire (qui appartient pourtant à l’UOC-MP), pour célébrer l’office, pendant que les aumôniers de l’UOC-KP entraient dans l’église (qui ne leur appartient absolument pas) ! Un viol total, permis grâce à la complicité des autorités de Kiev et de l’armée !

Si cette fois, les paroissiens de l’UOC-MP n’ont pas réagi de manière violente pour ne pas jeter d’huile sur le feu, il risque d’en aller tout autrement, lorsque ces vols d’églises (qui ont déjà commencé un peu partout en Ukraine) se multiplieront.

Une crainte exprimée par le Métropolite Hilarion, président du Département des relations ecclésiastiques extérieures du Patriarcat de Moscou, et que je partage.

« Nous pouvons nous attendre à tout, à ce que les schismatiques prennent sous leur contrôle d’importants monastères tels que la Laure des Grottes de Kiev ou la Laure de Potchaïv. Les orthodoxes se mettront alors à défendre ces lieux saints et une effusion de sang pourrait avoir lieu », a-t-il indiqué.

L’Église orthodoxe polonaise a elle aussi commenté la situation, appelant à régler tout cela par le dialogue et une approche collégiale, et surtout, il rappelle « qu’il existe plusieurs Églises schismatiques en Ukraine, qui doivent se repentir et revenir aux canons de l’Église orthodoxe. Alors seulement il sera possible de discuter de l’octroi de l’autocéphalie. »

Devant la gravité de la situation, l’Église orthodoxe russe a donc décidé de sortir le « carton jaune », pour faire comprendre à Bartholomée qu’il va trop loin. Cet avertissement a pris la forme suivante :

1. Suspension de la commémoration liturgique du Patriarche Bartholomée de Constantinople.
2. Suspension de la concélébration avec les exarques du Patriarcat de Constantinople.
3. Suspendre la participation de l’Église orthodoxe russe à toutes les Assemblées épiscopales, aux dialogues théologiques, aux commissions multilatérales et aux autres structures présidées ou co-présidées par les représentants du Patriarcat de Constantinople.

Le Saint Synode de l’Église orthodoxe russe s’est aussi fendu d’une déclaration qui remet les points sur les i concernant l’aspect historique de cette affaire, avant de souligner l’aspect anti-canonique des décisions récentes de Bartholomée, dont celles sur l’autocéphalie pour l’Ukraine, qui viole d’ailleurs totalement les promesses qu’il avait faites à Onuphre en 2016, et se finit sur une menace claire de ce qui arrivera si Constantinople ne fait pas marche arrière.

« Dans le cas où le Patriarcat de Constantinople poursuivrait son activité anti-canonique sur le territoire de l’Église orthodoxe ukrainienne, nous serions contraints à rompre totalement la communion eucharistique avec le Patriarcat de Constantinople. L’entière responsabilité des conséquences tragiques de cette division reposera personnellement sur le patriarche Bartholomée de Constantinople et sur les hiérarques qui le soutiennent. »

Pour dire les choses plus clairement, si Bartholomée ne renonce pas à son plan, on risque d’assister à un schisme au sein de l’Église orthodoxe mondiale. Car en plus de l’Église orthodoxe russe, d’autres, comme l’Église serbe, pourraient se rallier à la position de Moscou. Ce qui ferait éclater l’unité de l’Église orthodoxe.

Il faut croire que c’est là le but recherché par Bartholomée (et ses patrons américains) : torpiller l’Église orthodoxe à coup de décisions anti-canonique et de soutien à toutes les Églises schismatiques afin de la faire imploser.

En plus de mener la guerre contre la Russie sur les plans politiques (ingérences, révolutions colorées), et militaire (soutien actif à des pays qui mènent des guerres civiles aux portes de la Russie, encerclement de la Russie par l’OTAN), les États-Unis veulent y ajouter un volet religieux en tentant de détruire l’Église orthodoxe et de provoquer une guerre de religion en Ukraine.

Le seul espoir qu’il reste est que les autres Églises autocéphales se rallient à Moscou et que Constantinople se retrouve isolée de fait. Ce serait le seul moyen de réduire les conséquences désastreuses de ce schisme à l’échelle globale, et de pousser Constantinople à revenir à la raison, et au droit canon.

Sans cela, une guerre de religion éclatera en Ukraine, et l’Église orthodoxe se trouvera profondément destabilisée.

Christelle Néant

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Rapport de situation hebdomadaire du Donbass (Vidéo) – 15 septembre 2018

Rapport de situation sur le DonbassChaque semaine, Christelle Néant de l’agence DONi Press, (en partenariat avec Thom Aldrin d’Éveil Français TV), vous propose une rétrospective (militaire, politique, économique et sociale) en vidéo et en français de la semaine écoulée concernant le Donbass, l’Ukraine et la Russie.

Voici les points abordés lors de ce dernier rapport de situation hebdomadaire effectué par vidéo-conférence le samedi 15 septembre 2018 :

SITUATION MILITAIRE
0436 » – Bilan des bombardements de l’armée ukrainienne lors de la semaine écoulée
07’06 » – L’armée ukrainienne bombarde Sakhanka avec des obus de mortier et blesse un civil
09’32 » – Malgré l’annulation de l’attaque prévue le 14, du matériel lourd continue de s’accumuler côté ukrainien

SOCIÉTÉ
1333 »L’autocéphalie de l’Église orthodoxe ukrainienne pourrait provoquer un schisme

DIVERS
3839 »Les enquêteurs ont obtenu la preuve que des services secrets occidentaux ont participé à l’assassinat de Zakhartchenko

ÉVOLUTION GÉNÉRALE DE LA SITUATION EN UKRAINE
3925 »L’Ukraine plongée dans le gouffre de la dette
4309 »Un Ukrainien sur six apprécie Poutine

44’10 » – Conclusion

Voir le rapport de situation complet en vidéo

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Le patriarche Philarète veut exproprier l’Église orthodoxe ukrainienne du Patriarcat de Moscou s’il obtient une Église autocéphale

Philarète bénit Secteur DroitIl y a à peine 10 jours en arrière, je dénonçais les risques de guerre de religion en Ukraine si le patriarche œcuménique de Constantinople accordait à Porochenko une église orthodoxe autocéphale.

Suite à la traduction en russe et en grec de mon article, la machine de propagande ukrainienne s’est affolée, et a pondu plusieurs articles en russe et en anglais dénonçant mon article comme une fake news, et disant qu’il n’y avait pas d’agressions ni d’expropriation par la force des temples, chapelles et laures de l’Église orthodoxe ukrainienne du Patriarcat de Moscou (UOC-MP) au profit de l’Église orthodoxe ukrainienne du Patriarcat de Kiev (UOC-KP), sans parler des attaques ad-hominem délirantes sur ma personne.

Cet article publié par le journal La Croix en 2014 (qui peut difficilement être qualifié de journal pro-Poutine), dit pourtant le contraire de ce qu’affirment ces journaux ukrainiens.

Et une semaine à peine après cette levée de boucliers de la part des médias ukrainiens, voilà que leur propagande leur revient dans la figure, tel un boomerang, ou une tarte à la crème jetée négligemment en l’air, grâce au Patriarche de l’UOC-KP, Philarète, en personne.

Ce dernier a accordé une interview à la chaîne de télévision ukrainienne Priamiy (« Direct »), lors de laquelle ses propos ne laissent aucun doute sur ce qui va se passer si le Patriarche Bartholomée accède à la demande de Porochenko et de l’UOC-KP.

Voilà ce qu’il y déclare :

« Il n’y a pas de propriété du Patriarcat de Moscou en Ukraine. Les propriétés de l’Église en Ukraine sont celle de l’Église ukrainienne. Prenons par exemple la laure de Kiev-Petchersk, et la laure de Potchaïv, à qui appartiennent-elles ? C’est la propriété de l’État ukrainien, et l’État a transféré ses possessions pour l’usage de l’Église [orthodoxe] ukrainienne du Patriarcat de Moscou, mais lorsqu’il y aura une Église ukrainienne reconnue, les laures – la première, et la seconde – seront transférées à l’Église ukrainienne [autocéphale]. »

Il poursuit ensuite en disant que cela se justifierait par le fait que les églises appartiendraient aux paroissiens qui les ont construites avec leur argent et pas à la Russie.

Avant ses paroles sur l’expropriation future de l’UOC-MP, Philarète n’a pas caché que le but du Patriarcat de Kiev était de s’agrandir, ce qui implique de le faire aux dépens d’une autre Église, c’est-à-dire en clair aux dépens du Patriarcat de Moscou (qui dispose officiellement du plus grand nombre de paroissiens en Ukraine, estimé à 35 millions de fidèles, de quoi aiguiser les appétits de l’UOC-KP).

« Tout d’abord notre but est d’agrandir le Patriarcat de Kiev. Et le Seigneur lui-même nous aide en cela. Comment ? En provoquant la guerre [du Donbass]. Et cette guerre contribue à la croissance du Patriarcat de Kiev. Comment ? Les gens voit qui protège l’État ukrainien, la terre ukrainienne, le Patriarcat de Kiev ou celui de Moscou ? Kiev protège [l’Ukraine] et Moscou protège l’agresseur, » a-t-il déclaré.

Quel genre de Patriarche est-ce là, qui vante une guerre civile qui a fait des dizaines de milliers de victimes (même si lui l’attribue à l’agression imaginaire de la Russie ce qui n’a rien d’étonnant vu les sympathies de ce Patriarche pour les néo-nazis ukrainiens) comme moyen pour son Église de s’agrandir aux dépens d’une autre ? Quel chef spirituel est-ce là ?

Ses propos tiennent de la pire bassesse politicienne, et dénotent un cynisme qui confine à l’immonde. Pour Philarète, les civils du Donbass sont juste bons à mourir pour qu’il puisse poursuivre son opération de propagande russophobe avec Porochenko et les néo-nazis ukrainiens et grappiller ainsi petit à petit des paroissiens aux dépens de l’UOC-MP.

Ses paroles ont été commentées par le chef du service de presse de l’UOC-MP, Vassili Anissimov.

« Philarète, excommunié par l’Église pour de nombreux crimes religieux, ne peut disposer que des propriétés qu’ils, les schismatiques, ont créées eux-mêmes – par exemple, un temple construit quelque part – et personne, de fait, ne le revendique, » a-t-il déclaré.

Anissimov a aussi souligné que pendant les répressions de l’époque soviétique, une part significative de la propriété de l’UOC-MP avait été saisie, et qu’elle n’avait pas encore été rendue. Mais l’UOC-KP n’existant pas à l’époque soviétique, aucune de ses propriétés n’avait été prise et aucun de leurs prêtres n’avait été arrêté.

Dans les années 1990, l’Ukraine avait reçu du Conseil de l’Europe l’obligation de procéder à la restitution des biens, ou de fournir une compensation. Mais l’Ukraine ne s’est jamais pliée à cette obligation.

« Chaque propriété a sa propre histoire, c’est un terme légal, et tout le monde sait que si votre maison a été saisie, et vous avez été abattu, alors cette maison doit être rendue à votre fils, mais pas à n’importe qui souhaitant la récupérer. Et vraiment qu’est-ce que l’autocéphalie vient faire ici ? » – a déclaré Anissimov.

Il a poursuivi en citant l’exemple des États baltes, de la Pologne, de la République Tchèque et de la Russie, où les autorités ont rendu et rendent encore à l’Église les propriétés saisies, souvent après rénovation. Pour autant, Anissimov a déclaré que l’UOC-MP n’abandonnerait même pas les propriétés en ruine, avant de conclure que « les déclarations de Philarète sont absolument absurdes et ridicules d’un point de vue légal ».

Je passerai sur les tentatives de Philarète de réécrire l’histoire étatique et religieuse de l’Ukraine et de la Russie, pour essayer de légitimer ses revendications, en tentant de faire croire que l’Ukraine existait avant la Russie, et que donc Kiev est plus légitime que Moscou.

Sauf que comme l’a rappelé le président des relations extérieures de l’UOC-MP, Hilarion, l’Ukraine n’existait pas en 988 quand le prince Vladimir a baptisé la Rus, et que cela fait 10 siècles que cet événement est considéré comme le baptême de la Rus et non comme le baptême de l’Ukraine.

Hilarion a d’ailleurs rappelé qu’appliquer les concepts modernes d’États dans cette histoire n’avait pas de sens, car de la Rus de l’époque descendent trois pays actuels : la Russie, l’Ukraine et la Biélorussie, et que cela se reflète dans le fait que ces trois nations sont unies par une seule et même Église orthodoxe russe.

Il a aussi fait part de ses inquiétudes sur la suite des événements alors que le Patriarche Bartholomée a indiqué le 27 juillet qu’il pourrait accorder une Église autocéphale à Kiev.

« Maintenant ils veulent [l’Église autocéphale] d’une manière tellement violente, en fait, via l’élimination de l’Église canonique, qui est l’Église de la majorité, d’usurper ses propriétés, ses monastères et ses prêtres, » a-t-il conclu.

Mais à part ça d’après la presse ukrainienne il n’y a pas de risque de guerre de religion en Ukraine… La prochaine fois que ces médias voudront dénoncer des « fakes news », qu’ils s’assurent que personne dans leurs propres rangs ne viendra contredire leurs affirmations péremptoires, cela leur évitera de passer pour des idiots et de se noyer dans le ridicule.

Il est surtout temps que le Patriarche Bartholomée cesse de vouloir faire plaisir à Kiev en dépit du bon sens, et au risque de provoquer des affrontements violents entre les partisans de l’UOC-KP et ceux de l’UOC-MP. Il y a déjà bien assez de sang versé en Ukraine depuis le Maïdan, il n’est nul besoin d’en rajouter pour des histoires qui tiennent bien plus de la politique de bas étage que de religion et de spiritualité.

Christelle Néant

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La volonté de Porochenko d’obtenir une Église orthodoxe autocéphale risque de provoquer une guerre de religion en Ukraine

Guerre de religion orthodoxeDepuis le Maïdan, l’Ukraine se divise sur ses lignes de fractures historiques, le plus souvent ethniques et linguistiques. Mais il en est une autre souvent négligée : la ligne de fracture religieuse.

Depuis le Maïdan, l’Église orthodoxe ukrainienne du Patriarcat de Kiev (UOC-KP, église schismatique créée en 1992 et non reconnue par les autres églises orthodoxes) essaye de plus en plus de récupérer fidèles et temples de l’Église orthodoxe ukrainienne du Patriarcat de Moscou (UOC-MP, qui est reconnue par les autres églises orthodoxes).

Des incidents et agressions physiques ont régulièrement lieu contre les fidèles et les lieux de cultes de l’UOC-MP (23 églises de l’UOC-MP ont été vandalisées en 2017, et 2018 va sûrement battre un record), et les appels à saisir par la force les églises ou à tirer sur les prêtres (parce qu’ils seraient soi-disant des agents du Kremlin) se multiplient.

Dans ce contexte, l’insistance du président ukrainien, Petro Porochenko, auprès du Patriarche de Constantinople pour obtenir une église orthodoxe autocéphale officielle a de quoi inquiéter au plus haut point. Car des analystes politiques aux officiels de la RPD tous sont d’accord sur l’issue d’une telle décision : une guerre de religion généralisée en Ukraine.

Pourquoi cela devrait-il forcément déboucher sur une conséquence aussi tragique ? Tout simplement parce qu’il a déjà été déclaré en Ukraine, que dès l’obtention de cette église autocéphale officielle, cette dernière s’appropriera tous les lieux de culte appartenant actuellement à l’UOC-MP.

C’est ce qu’a rappelé le politologue Rosticlav Ichtchenko dans un article sur la façon dont Porochenko pourrait provoquer une escalade de la situation en Ukraine pour faire annuler les élections et garder ainsi sa tête.

« Porochenko n’a pas perdu l’espoir de recevoir l’autocéphalie – mais il n’est pas clair pour qui – des mains du patriarcat de Constantinople. Cela fera immédiatement exploser la situation religieuse dans le pays, puisqu’il a déjà été déclaré qu’immédiatement après l’obtention de l’autocéphalie, les schismatiques qui seraient ainsi légalisés commenceront à exproprier pas seulement certains temples de l’Église orthodoxe ukrainienne du Patriarcat de Moscou, mais tous ses monastères – y compris les lavras, les temples, les paroisses et les communautés. Comme il n’y a aucune garantie que Fener [le Patriarcat de Constantinople] se risquera à attirer la colère de Moscou dans les conditions actuelles, Porochenko prépare une option de rechange – déclarer la création de l’église locale ukrainienne par le biais d’un acte d’État (avec les mêmes conséquences) », a ainsi écrit Ichtchenko

Il semble que le risque de la création d’une église autocéphale par acte d’État soit assez important pour inquiéter les autorités de la République Populaire de Donetsk (RPD), qui se sont exprimées à ce sujet aujourd’hui.

Le premier à s’exprimer fut le chef de l’État, Alexandre Zakhartchenko, qui a déclaré sans ménagement ce matin, que la création d’une Église autocéphale en Ukraine mènerait à une guerre de religion.

« Maintenant, les autorités de Kiev essaient de créer une nouvelle Église locale et pour cela, elles demandent l’autorisation du Patriarche œcuménique. Je suis extrêmement opposé à cette situation, car la création d’une nouvelle église orthodoxe locale conduira à une guerre de religion », a déclaré Alexandre Zakhartchenko.
Il a ajouté que si cela se produit, Petro Porochenko aura alors sur la conscience un terrible bain de sang.

« Je veux demander au Patriarche Bartholomée de Constantinople de ne pas permettre que des guerres de sang et de religion soient déclenchées, de ne pas permettre à l’Ukraine et aux diplomates américains de s’ingérer dans les affaires religieuses », a ajouté le chef de l’État.

Il a été rejoint dans ses déclarations par le président et pore-parole du Conseil Populaire (parlement) de la RPD, Denis Pouchiline, qui a déclaré que le désir de Porochenko pour une Église autocéphale démontrait que Kiev voulait l’effondrement total du pays.

« Porochenko, promettant aux citoyens la soi-disant Église orthodoxe locale unifiée ukrainienne, prônant la séparation du Patriarcat de Moscou, cédant ainsi au nationalisme ukrainien, conduit consciemment et de façon constante à l’incitation au conflit dans le pays pour des motifs religieux. En particulier, les actions cyniques de division des autorités ukrainiennes ont lieu à la veille du 1030e anniversaire du baptême de la Rus. Au lieu de l’unité spirituelle des Slaves, Kiev démontre le renforcement de la politique d’effondrement du pays », a déclaré Denis Pouchiline.

Pour lui, le but est de semer la division et la discorde entre les croyants orthodoxes du pays, d’aggraver la situation interne du pays et de rompre encore plus les relations avec la Russie. Denis Pouchiline a appelé les croyants à ne pas se laisser piéger et à résister à ces tentatives de schisme.

Des craintes justifiées au vu de l’actualité. En effet, alors que se prépare le 1030e anniversaire du baptême de la Rus (qui deviendra plus tard la Russie), les services secrets ukrainiens font tout ce qu’ils peuvent pour empêcher l’organisation d’une procession de l’Église orthodoxe ukrainienne du Patriarcat de Moscou qui doit avoir lieu à Kiev le 27 juillet.

Pour cela, ils tentent d’empêcher les fidèles d’accéder à la capitale en faisant pression sur les compagnies de bus pour qu’elles refusent d’emmener les membres de l’UOC-MP dans le centre de Kiev ce jour-là.

Toute tentative par le diocèse de louer des bus ou même des mini-bus se heurte à un refus. Les interlocuteurs justifient ce dernier par le fait de ne pas vouloir avoir des ennuis avec les services secrets. La situation est identique dans d’autres grandes villes comme Rovno, Kherson, Tcherkassy et Soumy.

Censure, pressions, menaces, agressions, expropriations de force, voilà les méthodes employées par cette Église orthodoxe ukrainienne du Patriarcat de Kiev ! Des méthodes qui en disent long sur le message véhiculé par cette Église dont le Patriarche a béni à plusieurs reprises des criminels de guerre et des néo-nazis ukrainiens.

Il est temps que le Patriarcat de Constantinople s’exprime clairement et dénonce cette Église schismatique dont les méthodes sont une honte et l’antithèse de ce qu’est l’orthodoxie.

Christelle Néant

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