Nouvelle tentative de retrait des troupes prévue à Petrovskoye le 4 novembre

Alors que début octobre la tentative de désengagement a été mené en parallèle à Zolotoye (République Populaire de Lougansk – RPL) et à Petrovskoye (RPD), cette fois-ci les dates pour le retrait des troupes et des équipements dans les deux zones pilotes ont été fixées à six jours d’écart.

La première zone pilote à avoir enfin vu, avec succès, le retrait des troupes et des équipements, fut celle de Zolotoye, en RPL. En effet, la nouvelle tentative de désengagement, fixée (en dernière minute) au 29 octobre a été couronnée de succès.

« Bien que nous ayons été informés de l’état de préparation de l’Ukraine moins de deux heures avant le début du désengagement, nous étions en attente depuis le 7 octobre, date convenue lors de la réunion du Groupe de contact le 1er octobre », a dit Vladislav Deïnego, ministre des Affaires étrangères de la RPL. « Nous avons donc saisi la première occasion dès que l’Ukraine nous a informés qu’elle était prête. Enfin, nous avons amené l’Ukraine à éliminer les violations dans la zone de sécurité de Zolotoye. »

À 13 h 15 et 13 h 16 respectivement, l’armée ukrainienne et la milice populaire de la RPL ont tiré une fusée blanche, puis une fusée verte, afin de lancer le début du désengagement en parallèle des deux côtés de la ligne de front. Pour l’instant le retrait des troupes se passe sans accroc, et les néo-nazis ukrainiens n’ont pas interféré avec le processus, d’après le rapport de la MSS de l’OSCE.

Suite au succès du retrait des troupes à Zolotoye, une nouvelle tentative à Petrovskoye a été annoncée pour le 4 novembre d’abord par l’Ukraine (en violation de l’accord de non-divulgation conclu le 29 octobre), puis par la République Populaire de Donetsk.

Si la réussite du retrait à Zolotoye a de quoi susciter un peu d’espoir, le fait que Kiev ait violé l’accord de non-divulgation et révélé la date prévue pour le retrait à Petrovskoye inquiète les autorités de la RPD.

« Nous espérons que ce n’est pas seulement une initiative spéciale de l’Ukraine pour utiliser des prétextes tels que le cessez-le-feu de sept jours et des escadrons nationalistes incontrôlés au cas où quelque chose tournerait mal », a déclaré la diplomate de la RPD. « Comme le montre l’exemple de Zolotoye, il est tout à fait possible de pacifier les militants armés radicaux et de lancer le processus de désengagement. »

L’autre point qui n’incite pas à l’optimisme c’est la constance des bombardements de la part de l’armée ukrainienne, qui a violé 31 fois le cessez-le-feu durant les dernières 24 h, tirant 171 munitions et endommageant trois habitations civiles sur le territoire de la RPD.

Encore aujourd’hui, la 128e brigade des Forces Armées Ukrainiennes (FAU) a tiré au missile antichar sur une ambulance (clairement identifiée comme telle) qui se rendait à Belaya Kamenka pour porter secours à un enfant malade. Le chauffeur et l’infirmier ont été blessés et emmenés à l’hôpital. Il faut rappeler que tirer sur une ambulance est un crime de guerre, interdit par la convention de Genève !

De son côté la milice populaire de la RPD s’est déclarée prête à procéder au retrait des troupes et des équipements à Petrovskoye selon le processus prévu.

Il est clair en tout cas que cette volte-face de Kiev concernant le retrait des troupes est due à l’intransigeance de la Russie concernant la tenue de la réunion au Format Normandie. Moscou ayant refusé d’accepter que la réunion ait lieu tant que les conditions posées par la Russie n’étaient pas pleinement remplies, Zelensky n’a pas eu d’autre choix que de plier comme avec la signature de la formule Steinmeier.

Il faut croire que Zelensky a absolument besoin de cette réunion avec son homologue russe. La question est de savoir si c’est juste pour un coup de communication, ou si c’est pour présenter à Vladimir Poutine, Angela Merkel et Emmanuel Macron son fameux scénario chypriote.

Je serais sur place à Petrovskoye le 4 novembre pour faire un reportage sur le lancement du processus de désengagement, en espérant qu’il se passe aussi bien que celui de Zolotoye. Si c’est le cas, la date pour la réunion au Format Normandie devrait être ensuite rapidement annoncée et nous saurons alors une fois la réunion terminée quel était le but réel de Zelensky derrière tout ce cirque.

Christelle Néant

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Le conte du troisième chimpanzé (2)

CAROLLE ANNE DESSUREAULT :

Voici le deuxième article du livre Le troisième chimpanzé de Jared Diamond paru en 2000 aux Éditions Gallimard pour l’édition en langue française.

M. Diamond est un biologiste, évolutionniste, physiologiste et géonomiste diplômé en histoire et anthropologue de l’université Harvard. Son livre est un essai sur l’évolution et l’avenir de l’animal humain que nous sommes.

Je confirme que mes articles sont empreints des connaissances et de la pensée de l’auteur.

Mon objectif étant d’élargir mes humbles connaissances, j’ai choisi de regrouper par titres et en caractères gras des thèmes ainsi que des images afin de mieux assimiler les vastes connaissances de cet essai.

Le premier article du 14 octobre dernier se terminait par l’explication du 2 % de différence entre nos gènes et ceux des chimpanzés qui sexprime essentiellement par le langage, l’art et l’aptitude à fabriquer des outils complexes.


Nous sommes des mammifères

Nous sommes des mammifères, un groupe d’animaux caractérisés entre autres par la pilosité et l’allaitement des petits.

Nous sommes des primates

Nous sommes des primates, groupe comprenant des singes non-anthropomorphes et des grands singes. Nous partageons avec les primates de nombreuses caractéristiques qui sont absentes chez la plupart des autres mammifères, exemple :

  • des ongles plats aux doigts des mains et des pieds, et non pas des griffes
  • mains capables de préhension
  • un pouce pouvant s’opposer aux quatre autres doigts
  • un pénis qui pend librement et qui n’est pas attaché à l’abdomen

 Au 11e siècle après J.C., Galien, médecin grec, avait déduit après avoir disséqué divers animaux et conclu que les singes sont très semblables à l’homme en ce qui concerne :

  • les viscères
  • les muscles
  • les artères
  • les veines
  • les nerfs
  • la forme des os

Une question d’éthique ???

Si nous faisons partie des primates du groupe des grands singes, et qu’il n’y a entre l’homme et le chimpanzé qu’une différence de quelques gènes, pourquoi est-il normal de mettre en cage les grands singes ou chimpanzés ? Et pourquoi sont-ils utilisés pour des expériences médicales, alors qu’il est interdit de le faire avec des êtres humains ?

Les chimpanzés sont capables de se tenir propres, de communiquer, d’initier des relations sociales, de ressentir la douleur. En fait, ils en font beaucoup plus que certaines personnes mentalement handicapées. Pourtant, nous serions horrifiés d’apprendre qu’on met en cage des personnes ou qu’on fait des expériences sur elles,  à tout le moins, à notre époque !

La réponse suscite une réaction interne gênante. Non,  ce n’est pas pareil – « les grands singes sont des animaux, tandis que l’homme est l’homme ». Nous sommes des chimpanzés d’une autre catégorie, et supérieure, sans doute parce que nous sommes capables de penser!

Où nous situons-nous au sein des primates ?

Nous sommes PLUS semblables aux grands singes qui comme nous n’ont pas de queue :

Unknown-1le gorille

orang_outanld04l’orang-outang

le gibbon

le chimpanzé commun

famille de bonobos – chimpanzés pygmée

bonobo allongé 

À NOTER que les GIBBONS – avec leur petite taille et leurs très longs bras, – sont les plus particuliers des grands singes. L’’orang-outang, le gorille, les chimpanzés (dont les humains) sont des espèces plus étroitement reliées l’une à l’autre qu’elles ne le sont aux gibbons.

 

… donc, nous sommes PLUS semblables à ces précédents primates qu’aux singes non-anthropomorphes, appelés en langue anglaise MONKEYS, qui sont pourvus d’une queue :

les babouins

le ouistiti

le capucin

 

Trois thèmes ressortent de débats scientifiques sur les différences, rapprochements, et apparentements des espèces

  • quelles sont les relations généalogiques précises entre l’homme, les grands singes vivants et les grands singes ancestraux éteints ?
  • à quel moment notre propre espèce et l’espèce de grand singe qui nous est la plus proche ont-elles pour la dernière fois possédé un ancêtre commun ?
  • quelle proportion de notre patrimoine génétique partageons-nous avec l’espèce de grand singe vivant actuellement et qui nous est la plus étroitement apparentée ?

Les relations généalogiques précises entre l’homme, les grands singes vivants et les ancestraux

Une première relation est celle de l’anatomie comparée. Néanmoins, bien que nous ressemblions particulièrement aux chimpanzés et au gorille, nous possédons des traits évidents qui nous différencient d’eux :

  • notre volume cérébral supérieur
  • notre station debout
  • notre pilosité moins fournie

Ces faits anatomiques opposent encore les biologistes à savoir :

  • sommes-nous plus apparentés à l’orang-outang, ou
  • sommes-nous plus étroitement apparentés aux chimpanzés et au gorille

Une minorité de biologistes croient que les chimpanzés et le gorille ont divergé de notre arbre généalogique avant notre séparation d’avec l’orang-outang alors qu’une majorité de biologistes croient que les ancêtres de l’orang-outang se sont séparés plus tôt.

Qui a raison ?

Il semblerait que les études anatomiques par elles-mêmes n’apportent aucune réponse aux questions de la date à laquelle nous avons divergé des grands singes et de la distance génétique qui nous sépare d’eux.

La semaine prochaine, il sera question de découvertes de la biologie moléculaire sur cette question.

 

À SUIVRE.

 

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Baghdadi mort ? Le décodage.

Par PressTV (Iran)

Le président US qui accusait en 2016 Clinton d’avoir créé de toutes pièces Daech, est apparu ce dimanche sur les écrans pour clamer triomphalement que lui et son armée ont tué comme un « chien » Al-Baghdadihttp://ptv.io/2nOc Il a remercié en passant la Turquie, la Russie et même la Syrie pour l’avoir aidé dans cette tâche périlleuse : l’élimination physique du chef terroriste qui, tout comme Ben Laden à son époque, s’est laissé exploser pour que les « boys » n’aient pas à approuver, cadavre à l’appui, que cet extravagant récit n’en est pas un de plus, destiné à leurrer l’opinion américaine et mondiale. Mais à quoi rime cette absurde sortie trumpienne?
Pierre Dortiguier, politologue et Robert Bibeau, éditeur du webmagazine Les 7 du Québec, s’expriment sur le sujet.

 

 

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L’armée ukrainienne amène (et met en danger) des enfants sur la ligne de front

Emmener des enfants sur ce qui reste l’une des zones les plus dangereuses de la ligne de front peut sembler être de la folie pure, ou de l’inconscience. Malheureusement il est à craindre que la vérité soit bien plus terrifiante.

En effet, dans le reportage filmé par la chaîne télévisée ukrainienne TCH, on entend clairement à la fin des tirs de mitrailleuse et de lance-grenade sortants, c’est-à-dire des tirs venant du côté ukrainien. Le tout en plein brouillard. On y voit aussi un superbe drapeau rouge et noir typique des unités néo-nazies (ce drapeau ayant été celui des sbires de Bandera pendant la seconde guerre mondiale).

Il semble que le but de cette provocation était d’obtenir un tir de réponse de la part de la milice populaire de la RPD, en espérant la mort d’un ou plusieurs enfants ou journalistes, que les soldats de la république ne pouvaient pas voir à cause du brouillard. Le tout filmé par les caméras présentes sur place pour cette vidéo de propagande.

Heureusement la provocation a pu être déjouée grâce à deux facteurs.

Le premier est que la milice populaire de la RPD respecte le cessez-le-feu et ne prête plus attention à de telles provocations depuis longtemps. La réponse tant attendue n’est donc pas venue.

Le deuxième facteur est le fait qu’il reste des officiers ukrainiens qui ont encore un peu d’honneur au sein de la 92e brigade, dont les positions se trouvent à Promka.

En effet, les services de renseignement de la RPD ont découvert que faute d’obtenir la réponse voulue de la part de la milice populaire, le commandant de la 92e brigade a ordonné au commandant du 3e bataillon de tirer sur le bus transportant les enfants et les journalistes, pour en blâmer ensuite la république.

Mais l’officier en question a refusé de tirer sur le bus et a ordonné de cesser tout tir dans cette zone dès qu’il a su que des enfants étaient là.

Ce genre de provocation ignoble impliquant des enfants, montre que certains au sein des Forces Armées Ukrainiennes (FAU) ne reculent devant rien, et n’ont aucune considération pour la population civile du Donbass qu’ils prétendent venir « libérer ».

Quand on met en danger des enfants en les amenant sur la ligne de front et qu’on est prêt à tirer ou faire tirer sur le bus qui les transporte pour en blâmer l’ennemi dans une opération de propagande sordide, c’est qu’on ne mérite pas d’autre qualificatif que celui de terroriste…

Christelle Néant

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Arabie saoudite: un royaume de coupeurs de têtes 2/2

RENÉ NABA — Ce texte est publié en partenariat avec www.madaniya.info.

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«J’ai visé son pied. Il trébucha avant de s’étaler par terre. Je lui ai aussitôt asséné un 2me coup à la nuque avant de le décapiter. Puis un 3me coup sur la poitrine avant qu’elle n’explose en deux. Je me suis alors réjoui et adoré mon sabre».

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La décapitation collective de 370 membres de la tribu Al Shammar, en 1902, acte fondateur du royaume wahhabite.

Cent seize ans avant l’équarrissage de Jamal Kashoggi, l’opposant saoudien découpé à la scie au consulat saoudien d’Istanbul, le 2 octobre 2018, la décapitation collective de 370 membres de la Tribu Al Shammar, lors de la chute de Riyad aux mains des Wahhabites a constitué l’acte fondateur du royaume saoudien, justifiant le qualificatif de «Royaume de coupeurs de têtes» qu’il traine depuis plus d’un siècle.

Retour sur cette journée d’épouvante. Récit de Jaafar Al Bakli.

«J’ai visé son pied. Il trébucha avant de s’étaler par terre. Je lui ai aussitôt asséné un 2me coup à la nuque avant de le décapiter. Puis un 3me coup sur la poitrine avant qu’elle n’explose en deux. Je me suis alors réjoui et adoré mon sabre».

Ce passage est extrait d’un message adressé par le Roi Abdel Aziz Al Saoud, -père du Roi Salmane et grand père du prince héritier Mohamad Ben Salmane-, que le fondateur du Royaume Wahhabite rédigea, en mars 1904, à l’intention de son allié l’Emir du Koweït, Cheikh Khalifa Moubarak Al Sabah.

Ce courrier est conservé aux archives du «Bureau de l’Inde» (India Office), ancien département du gouvernement britannique chargé de la supervision de l’Inde à l’époque colonie britannique (1857-1947).

Son contenu a été révélé par l’historien britannique Robert Lacey dans son ouvrage sur l’Arabie saoudite intitulé «Inside The Kingdom» paru en 2010.

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I – «Nous l‘avons possédé grâce à notre sabre tranchant»

Abdel Aziz, à l’époque Gouverneur de Riyad, relate avec délectation comment il a tué de ses propres mains, un jeune de la famille Ar RACHID, OBEID BEN HAMMOUD, qui a eu la malchance d’être capturé par les Saoudiens lors d’un raid contre un campement de son frère MAJED Ar RACHID, dans le secteur de HAMLANE, dans la province du Najd.

De l’aveu même d’Abdel Aziz, les assaillants ont réussi à décapiter 370 membres de la tribu Al Shammar, la propre tribu du Roi Abdallah, le prédécesseur du Roi Salmane au trône wahhabite. Le comportement du fondateur du Royaume n’avait rien d’exceptionnel. Il était plutôt de pratique courante.

Dès l’instant où il s’est emparé de Riyad, le 13 janvier 1902, Abdel Aziz avait à son actif un imposant bilan macabre. Ainsi Abdallah Ben Jellou, cousin du roi Abdel Aziz et son délégué pour le secteur oriental du Royaume, a éventré son prédécesseur à ce poste pour y extirpé les reins, les balançant sur les contreforts de la citadelle d’Al Masmak, dans un geste annonciateur de sa victoire.

Ce fait a marqué le début d’une nouvelle ère inaugurée par la dynastie Al Saoud, s’articulant sur un triptyque: viol, assassinat, décapitation. Il n’est donc pas étonnant que l’expression «je l’ai possédé grâce à mon merveilleux sabre tranchant» soit d’usage courant parmi les dignitaires saoudiens. Personne d’autre que les Wahhabites ne fait usage d’une telle expression. Une expression dont ils usent et abusent avec morgue.

Ci joint pour le locuteur arabophone, une ode ironique à la gloire du «merveilleux sabre tranchant».

https://www.youtube.com/watch?v=iSNSkJoXr1k

A ceux qui plaident pour une réforme du mode de gouvernance du royaume, les dignitaires saoudiens répondent sur un ton au diapason de leur morgue: « Al Saoud sait mieux que quiconque ce qui est bon pour le royaume».

Le sabre brandit au-dessus des têtes des sujets du royaume demeure la marque de gouvernance du pays, la source de sa légitimité, le symbole de verte bannière.

Le sabre aiguisé pointé derrière la nuque de tout récalcitrant relève d’une pratique. Depuis l’accession d’Abdel Aziz au pouvoir, le sabre gère la vie politique du royaume.

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II- «Va dire aux habitants du désert comment les fils d’Al Saoud administrent la justice ».

C’est par cette apostrophe annonciatrice d’un grand malheur que le clan Al Hazzani, en 1910, a subi un châtiment collectif. La tribu Al Hazzani gouvernait la ville de Leila, à 300 kms au sud de Riyad. Elle a voulu résister à l’assaut d’Abdel Aziz, mais ont été vaincus et décapités, non sans une certaine théâtralité en vue de servir d’exemple et de terroriser le voisinage.

Abel Aziz avait pris d’assaut les possessions du clan Ajmane relevant de la tribu Al Hazzani (zone de pâturage, cheptel). Il envahit les maisons et donna l‘ordre à deux compagnies de détruire deux localités: Al Qatif et Al Houla. Ibn Saoud avait décidé d‘éliminer toute trace de présence humaine dans ce secteur et, dans la foulée, condamna à mort 19 membres de la tribu vaincue.

Puis se ravisant, il ordonna la suspension de l’exécution des condamnés de 24 heures afin de donner la possibilité aux habitants de la province de venir assister à ce spectacle macabre, dans un but dissuasif. Il fit dresser une grande tribune sur la place centrale de la localité pour qu’elle soit visible de tous et de partout.

A l’aube, Abdel Aziz traversa la place dans un silence imposant, gravit les marches vers la tribune et ordonna la présentation des condamnés au public. Il fit signe au bourreau d’avancer. Ce géant au torse nu se présenta le sabre à la main accompagné de ses deux collaborateurs et s’immobilisa devant les condamnés.

Un juge lut la sentence, relatant les circonstances de leur capture et les raisons qui ont conduit à ce que ce verdict de mort soit rendu.

Le bourreau entreprit alors de décapiter méthodiquement les condamnés, l’un après l‘autre, d’un coup sur la nuque. 18 têtes roulèrent sur le sol.

Au 19eme condamné, le Roi fit signe au bourreau de s’écarter et s’approcha du futur supplicié et lui annonce qu’il est gracié: «Je te gracie. Tu es libre. Raconte partout ce que tu viens de voir. Va raconter aux gens du désert comment Al Saoud administre la justice».

Puis s’adressant à la foule, Abdel Aziz, Roi du Najd, a expliqué les raisons qui ont conduit les suppliciés à être condamné et les sanctions terribles auxquels s’exposera quiconque franchira les limites qui lui sont assignées.

La tribu Al Hazzani a été la première famille politique du Najd à subir la loi du sabre wahhabite en raison de son opposition à la conquête de la famille Al Saoud.

Après la tribu Al Hazzani, le sabre wahhabite n’a pas cessé de s’abattre sur la nuque des Saoudiens: la nuque de la tribu Ar Rachid, gouverneur de Haël; de la tribu Al A‘ess, gouverneur d’Al Assir; la nuque de la tribu Ad Darssa, gouverneur de Jizane; Puis sur les Hachémites, gouverneur du Hedjaz; sur la tribu Ad Douway, gouverneur de Matir; sur la nuque de la tribu Bou Bijjad, province d’Al Outeiba; sur la nuque de la tribu Hathline, gouverneur d’Al Ajmane;

Le sabre wahhabite n‘a jamais cessé de fonctionner à grande échelle. Sans répit. Depuis que la famille Al Saoud s’est emparée de la nuque des Saoudiens….  Ce fut tour à tour les nuques de la population de Taêf, de Haêl, d’Ouneiza, d’Al Ahsi, de Matir, d’Al Hajarat, du Hedjaz, puis ce fut le tour aux nuques du Koweït, du Yémen, du Levant (Syrie et Irak), pour se poursuivre avec les nuques des Chiites et les nuques des Sunnites, les nuques des Arabes d’une manière générale, enfin les nuques des Iraniens.

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Rapport de situation hebdomadaire du Donbass (Vidéo) – 26 octobre 2019

Voici les points abordés lors de ce dernier rapport de situation hebdomadaire filmé le samedi 26 octobre 2019.

SITUATION MILITAIRE

00’58″- Bilan des bombardements de l’armée ukrainienne lors de la semaine écoulée
02’37″- L’armée empêche les drones de l’OSCE d’observer la ligne de front
02’51″- Présence de pièces d’armement lourd près de la ligne de front côté ukrainien
04’32″- La RPD craint une attaque sous faux drapeau sur des sites industriels contenant des produits chimiques
06’16″- Vol de matériel militaire fourni par les États-Unis par des soldats des forces spéciales ukrainiennes

DIPLOMATIE – ACCORDS DE MINSK

10’56″- Le représentant ukrainien à Minsk montre clairement que Kiev n’appliquera pas les accords de Minsk

RUSSIE

17’58″- La Russie répond à la lettre de protestation de Kiev concernant ses convois humanitaires pour le Donbass

MH17

19’30″- Josef Resch retire sa proposition de transmettre les informations à sa disposition sur le crash du MH17 faute d’avoir été contacté par aucun des pays concernés

ÉVOLUTION DE LA SITUATION EN UKRAINE

21’42″- 55 agressions enregistrée en Ukraine contre des journalistes depuis début 2019
23’21″- L’Ukraine est le pays le plus pauvre d’Europe
25’05″- La population ukrainienne se vide faute de naissances suffisantes pour compenser les décès

PENDANT CE TEMPS LÀ À KIEV

27’50″- L’épouse du président ukrainien porte une robe d’une couleur interdite lors de la cérémonie d’intronisation de l’empereur japonais

31’16″- Conclusion

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Le déficit budgétaire américain = 1.000 milliards de dollars en 2019

Source :  Alter-Info.org.

Le déficit budgétaire des États-Unis a bondi de 26% pour l’exercice 2019 frôlant les mille milliards de dollars malgré une économie en croissance et la manne des droits de douanes supplémentaires, fruit de la guerre commerciale contre la Chine et l’Union européenne.

Le déficit de l’État fédéral pour l’exercice 2019 clos en septembre se monte à 984 milliards de dollars, soit 4,6% du Produit Interieur brut (PIB), a indiqué vendredi 25 octobre le Trésor américain.

C’est son plus haut niveau depuis 2012 où il avait atteint 1.100 milliards de dollars sous l’administration Obama alors que la première économie mondiale sortait de la crise financière et de la Grande récession. (sic)

Les droits de douanes punitifs infligés notamment aux marchandises chinoises dans le cadre du bras de fer commercial que l’administration Trump mène avec Pékin, ont rapporté 30 milliards de dollars, 70% de plus que d’ordinaire et un montant total record, ont souligné les responsables du ministère des finances de Donald Trump, cités par l’AFP.

Mais cela n’a pas empêché le trou budgétaire de se creuser de 205 milliards de dollars supplémentaires par rapport à 2018.

Si les recettes ont augmenté de 4% pour atteindre 3.462 milliards de dollars, un record, le rythme de croissance des dépenses a représenté le double avec +8%, totalisant 4.447 milliards de dollars, un record historique également.

Côté dépenses, le vieillissement de la population, qui va de pair avec un gonflement des pensions de retraites (+6%) et des frais d’assurance santé (+8%) pour les plus pauvres (Medicaid) et les plus âgés (Medicare), a pesé dans le trou budgétaire.

https://fr.sputniknews.com/economie/201910261042325633-le-deficit-budgetaire-americain-frole-les-1000-milliards-de-dollars-en-2019/

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La route de Damas: Comment la guerre de Syrie a été gagnée

Par Pepe Escobar.  Sur  Mondialisation.ca &  Luc Michel. Sur PressTV.

 

Ce qui se passe en Syrie, à la suite d’un autre accord conclu sous l’égide de la Russie, est un énorme changement géopolitique. J’ai essayé de le résumer en un seul paragraphe de cette façon :

« C’est une quadruple victoire. Les États-Unis effectuent un retrait pour sauver la face, que Trump peut vendre en évitant un conflit avec la Turquie, alliée de l’OTAN. La Turquie a la garantie – par les Russes – que l’armée syrienne contrôlera la frontière turco-syrienne. La Russie empêche l’escalade de la guerre et maintient en vie le processus de paix russo-irano-turc. Et la Syrie finira par reprendre le contrôle de tout le nord-est ».

La Syrie est peut-être la plus grande défaite de la CIA depuis le Vietnam.

Pourtant, cela commence à peine à raconter toute l’histoire.

Permettez-moi d’esquisser brièvement, à grands traits historiques, comment nous en sommes arrivés là.


Cela a commencé par une intuition que j’ai ressentie le mois dernier à la frontière du Liban, de la Syrie et de la Palestine occupée, suivie d’une série de conversations à Beyrouth avec des analystes libanais, syriens, iraniens, russes, français et italiens de première classe ; le tout reposant sur mes voyages en Syrie depuis les années 1990 ; avec un mélange de bibliographie française sélectionnée qui y a été ajoutée, disponible chez Antoine’s à Beyrouth.

Les Vilayets

Commençons au XIXe siècle lorsque la Syrie se composait de six vilayets – provinces ottomanes – sans compter le Mont Liban, qui avait un statut spécial depuis 1861 au profit des chrétiens maronites et Jérusalem, qui était un sanjak (division administrative) d’Istanbul.

Les vilayets ne définissaient pas l’identité syrienne extrêmement complexe : par exemple, les Arméniens étaient majoritaires dans le vilayet de Maras, les Kurdes de Diyarbakir – qui font maintenant partie de la Turquie en Anatolie du Sud – et les vilayets d’Alep et Damas étaient tous deux sunnites arabes.

La Syrie ottomane du XIXe siècle était l’exemple même du cosmopolitisme. Il n’y avait pas de frontières ou de murs intérieurs. Tout était interdépendant.

Groupes ethniques dans les Balkans et en Asie Mineure, début du XXe siècle, Atlas historique, 1911

Puis les Européens, profitant de la Première Guerre mondiale, sont intervenus. La France a obtenu le littoral syro-libanais, puis les vilayets de Maras et de Mossoul (aujourd’hui en Irak). La Palestine a été séparée de Cham (le « Levant »), pour être internationalisée. Le vilayet de Damas a été coupé en deux : La France a eu le nord, les Britanniques le sud. La séparation entre la Syrie et les terres libanaises majoritairement chrétiennes a eu lieu plus tard.

Il y a toujours eu la question complexe de la frontière entre la Syrie et l’Irak. Depuis l’Antiquité, l’Euphrate a servi de barrière, par exemple entre les Cham des Omeyyades et leurs féroces concurrents de l’autre côté du fleuve, les Abbassides de Mésopotamie.

James Barr, dans son splendide « Une ligne dans le sable« , note à juste titre que l’accord Sykes-Picot a imposé au Moyen-Orient la conception européenne du territoire : leur « ligne dans le sable » a codifié une séparation délimitée entre États-nations. Le problème est qu’il n’y avait pas d’États-nations dans la région au début du XXe siècle.

La naissance de la Syrie telle que nous la connaissons était un travail en cours, impliquant les Européens, la dynastie hachémite, les nationalistes syriens investis dans la construction d’une Grande Syrie incluant le Liban, et les Maronites du Mont Liban. Un facteur important est que peu de gens dans la région ont déploré la perte de leur dépendance à l’égard de la Médina Hachémite, et à l’exception des Turcs, la perte du vilayet de Mossoul dans ce qui est devenu l’Irak après la Première Guerre mondiale.

En 1925, les sunnites devinrent de facto le pouvoir de premier plan en Syrie, sous le nom d’Alep et de Damas unifiés par les Français. Dans les années 1920, la France a également établi les frontières de la Syrie orientale. Et le Traité de Lausanne, en 1923, obligea les Turcs à céder toutes leurs possessions ottomanes, mais ne les écarta pas du jeu.

Frontières turques selon le Traité de Lausanne, 1923

Les Turcs ont rapidement commencé à empiéter sur le mandat français et à bloquer le rêve de l’autonomie kurde. La France finit par céder : la frontière turco-syrienne s’alignerait sur le tracé du légendaire Bagdadbahn, le chemin de fer Berlin-Baghdad.

Dans les années 1930, la France céda encore plus : le sanjak d’Alexandretta (aujourd’hui Iskenderun, dans la province de Hatay, Turquie), est finalement annexé par la Turquie en 1939 alors que seulement 40% de la population est turque.

 

 

 

L’annexion a conduit à l’exil de dizaines de milliers d’Arméniens. Ce fut un coup dur pour les nationalistes syriens. Et ce fut un désastre pour Alep, qui perdit son corridor vers la Méditerranée orientale.

Les forces turques sont entrées à Alexandretta le 5 juillet 1938

Dans les steppes orientales, la Syrie n’était composée que de tribus bédouines. Au nord, il s’agissait de l’affrontement turco-kurde. Et au sud, la frontière était un mirage dans le désert, dessiné seulement avec l’avènement de la Transjordanie. Seul le front occidental, avec le Liban, a été établi et consolidé après la Seconde Guerre mondiale.

Cette Syrie émergente, issue de conflits entre les intérêts turcs, français, britanniques et une myriade d’intérêts locaux, ne pouvait évidemment plaire à aucune communauté, et ne plaisait à aucune d’entre elles. Pourtant, le cœur de la nation a configuré ce qui a été décrit comme une « Syrie utile ». Pas moins de 60% de la nation était – et demeure – pratiquement vide. Pourtant, d’un point de vue géopolitique, cela se traduit par une « profondeur stratégique » – le cœur de la question dans la guerre actuelle.

De Hafez à Bachar

A partir de 1963, le parti Baas, laïc et nationaliste, s’est emparé de la Syrie, consolidant finalement son pouvoir en 1970 avec Hafez al-Assad qui, au lieu de s’en remettre à sa minorité alaouite, a construit une énorme machine étatique hyper-centralisée mélangée à un État policier. Les acteurs clés qui ont refusé de jouer le jeu ont été les Frères Musulmans, jusqu’au massacre lors de la répression brutale de Hama en 1982.

La laïcité et un État policier : c’est ainsi que la fragile mosaïque syrienne a été préservée. Mais déjà dans les années 1970, des fractures majeures ont émergé : entre les grandes villes et une périphérie très pauvre ; entre l’ouest « utile » et l’est bédouin ; entre Arabes et Kurdes. Mais les élites urbaines n’ont jamais répudié la volonté de fer de Damas : le copinage, après tout, était très rentable.

Damas s’est fortement immiscée dans la guerre civile libanaise dès 1976 à l’invitation de la Ligue Arabe en tant que « force de maintien de la paix ». Dans la logique de Hafez al-Assad, souligner l’identité arabe du Liban est essentiel pour récupérer la Grande Syrie. Mais le contrôle syrien sur le Liban a commencé à s’effriter en 2005, après l’assassinat de l’ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri, tout près de l’Arabie Saoudite, l’Armée Arabe Syrienne (SAA) a finalement quitté le pays.

Bachar al-Assad a pris le pouvoir en 2000. Contrairement à son père, il a parié sur les Alaouites pour faire fonctionner la machine d’État, empêchant la possibilité d’un coup d’État mais s’éloignant complètement des Syriens pauvres de la rue.

Ce que l’Occident a défini comme le Printemps Arabe, a commencé en Syrie en mars 2011 ; c’était une révolte contre les Alaouites autant qu’une révolte contre Damas. Totalement instrumentalisée par les intérêts étrangers, la révolte a éclaté dans des périphéries sunnites extrêmement pauvres et déprimées : Deraa dans le sud, l’est déserté, et les banlieues de Damas et Alep.

Protestation à Damas, 24 avril 2011. (syriana2011/Flickr)

Ce qui n’était pas compris en Occident, c’est que ce « banquet des mendiants » n’était pas contre la nation syrienne, mais contre un « régime ». Jabhat al-Nusra, dans un exercice de relations publiques, a même rompu son lien officiel avec Al-Qaïda et a changé sa dénomination pour Fatah al-Cham, puis Hayat Tahrir al-Cham (« Organisation pour la libération du Levant »). Seul l’État Islamique/Daesh a dit qu’ils se battaient pour la fin des accords Sykes-Picot.

En 2014, le champ de bataille en perpétuel mouvement était plus ou moins établi : Damas contre Jabhat al-Nusra et l’EI/Daesh, avec un rôle hésitant pour les Kurdes du nord-est, obsédés par la préservation des cantons d’Afrin, Kobane et Qamichli.

Mais le point clé est que chaque katiba (« groupe de combat »), chaque quartier, chaque village, et en fait, chaque combattant était en permanence dans et hors des allégeances. Cela a produit une nébuleuse vertigineuse de djihadistes, de criminels, de mercenaires, certains liés à Al-Qaïda, d’autres à Daesh, d’autres formés par les Étasuniens, certains ne faisant qu’un profit rapide.

Par exemple, les Salafis – richement financés par l’Arabie Saoudite et le Koweït – en particulier Jaish al-Islam, ont même conclu des alliances avec le Parti de l’Union Démocratique Kurde (PYD) en Syrie et les djihadistes de Hayat Tahrir al-Cham (le groupe Al-Qaida remixé, fort de 30 000 personnes en Syrie). Pendant ce temps, les Kurdes du PYD (émanation du PKK des Kurdes turcs, que Ankara considère comme « terroristes ») ont profité de ce désordre impie – plus une ambiguïté délibérée de Damas – pour essayer de créer leur Rojava autonome.

Une manifestation dans la ville d’Afrin pour soutenir les YPG contre l’invasion turque d’Afrin, 19 janvier 2018. (Voix de l’Amérique kurde, Wikimedia Commons)

Cette profondeur stratégique turque

La Turquie était entièrement impliquée. Boostée par la politique néo-ottomane de l’ancien ministre des Affaires étrangères Ahmet Davutoglu, la logique était de reconquérir des parties de l’empire ottoman et de se débarrasser d’Assad parce qu’il avait aidé les rebelles kurdes du PKK en Turquie.

« Strategik Derinlik » de Davutoglu (Profondeur Stratégique), publié en 2001, avait connu un succès retentissant en Turquie, revendiquant la gloire de huit siècles d’un empire tentaculaire, contre 911 kilomètres de frontières fixées par les Français et les Kémalistes. Bilad al Cham, la province ottomane rassemblant le Liban, la Palestine historique, la Jordanie et la Syrie, est restée un puissant aimant dans l’inconscient syrien et turc.

Il n’est pas étonnant que Recep Erdogan de Turquie ait été excité : en 2012, il s’est même vanté d’être prêt à prier dans la mosquée omeyyade de Damas, après le changement de régime, bien sûr. Depuis 2014, il vise une zone de sécurité à l’intérieur de la frontière syrienne – en fait une enclave turque. Pour l’obtenir, il a utilisé un grand nombre de joueurs malsains – des milices proches des Frères Musulmans aux gangs turkmènes les plus durs.

Avec la création de l’Armée Syrienne Libre, pour la première fois, la Turquie a autorisé des groupes armés étrangers à opérer sur son propre territoire. Un camp d’entraînement a été mis en place en 2011 au sandjak d’Alexandrette. Le Conseil National Syrien a également été créé à Istanbul – un groupe de non-entités de la diaspora qui n’avaient pas été en Syrie depuis des décennies.

Ankara a permis la construction d’une autoroute du Djihad de facto – avec des personnes d’Asie Centrale, du Caucase, du Maghreb, du Pakistan, du Xinjiang, tous les points au nord de l’Europe étant passés en fraude à volonté. En 2015, Ankara, Riyad et Doha ont mis sur pied la redoutée Jaish al-Fath (« Armée de la conquête »), qui comprenait Jabhat al-Nusra (Al-Qaida).

En même temps, Ankara entretenait une relation extrêmement ambiguë avec l’EI/Daesh, achetant son pétrole de contrebande, traitant les djihadistes dans les hôpitaux turcs et ne prêtant aucune attention aux renseignements du djihad recueillis et développés sur le territoire turc. Pendant au moins cinq ans, le MIT – les services de renseignement turcs – a fourni des informations politiques et logistiques à l’opposition syrienne tout en armant un grand nombre de Salafis. Après tout, Ankara croyait que l’EI/Daesh n’existait que grâce au « mal » déployé par le régime Assad.

Le facteur russe

Le Président russe Vladimir Poutine rencontre le Président de la Turquie Recep Erdogan, le Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov en arrière-plan, Ankara, 1er décembre 2014 Ankara. (Kremlin)

Le premier grand bouleversement du jeu a été l’entrée spectaculaire de la Russie à l’été 2015Vladimir Poutine avait demandé aux États-Unis de se joindre à la lutte contre l’État islamique comme l’Union Soviétique s’était alliée contre Hitler, niant l’idée étasunienne que c’était la tentative de la Russie pour rétablir sa gloire impériale. Mais le plan étasunien, sous la direction de Barack Obama, était plutôt déterminé : parier sur des Forces Démocratiques Syriennes (FDS), un mélange de Kurdes et d’Arabes sunnites, soutenus par la puissance aérienne et les forces spéciales US, au nord de l’Euphrate, pour détruire l’EI/Daesh jusqu’à Raqqa et Deir ez-Zor.

Raqqa, bombardée par le Pentagone, a peut-être été prise par les FDS, mais Deir ez-Zor a été prise par l’Armée Arabe Syrienne de Damas. L’objectif ultime des Étasuniens était de maintenir constamment le nord de l’Euphrate sous la domination US, par le biais de leurs mandataires, les FDS et le PYD/YPG kurde. Ce rêve étasunien est maintenant terminé, déploré tant par les démocrates impériaux que par les républicains.

La CIA en aura après Trump pour très longtemps.

Rêve kurde terminé

Il y a eu un malentendu culturel. Autant les Kurdes syriens croyaient que la protection étasunienne équivalait à l’approbation de leurs rêves d’indépendance, autant les Étasuniens n’ont jamais semblé comprendre que dans tout le « Grand Moyen-Orient », on ne peut acheter une tribu. Au mieux, vous pouvez les louer. Et ils vous utilisent selon leurs intérêts. Je l’ai vu de l’Afghanistan à la province irakienne d’Anbar.

Le rêve kurde d’un territoire contigu et autonome de Qamichli à Manbij est terminé. Les Arabes sunnites vivant dans ce périmètre résisteront à toute tentative kurde de domination.

Le PYD syrien a été fondé en 2005 par des militants du PKK. En 2011, les Syriens du PKK sont venus de Qandil – la base du PKK dans le nord de l’Irak – pour créer la milice du YPG pour le PYD. Dans les zones à prédominance arabe, les Kurdes syriens sont chargés de gouverner parce que pour eux les Arabes sont considérés comme une bande de barbares, incapables de construire leur société « démocratique, socialiste, écologique et multicommunautaire ».

Guérilla kurde du PKK à Kirkouk, Irak. (Kurdishstruggle via Flickr)

On peut imaginer à quel point les chefs tribaux sunnites arabes conservateurs les détestent. Il n’y a aucune chance que ces chefs tribaux soutiennent jamais les Kurdes contre l’Armée Arabe Syrienne (AAS) ou l’Armée Turque ; après tout, ces chefs tribaux arabes ont passé beaucoup de temps à Damas à chercher le soutien de Bachar al-Assad. Et maintenant, les Kurdes eux-mêmes ont accepté ce soutien face à l’incursion des Turcs, autorisée par Trump.

A l’est de Deir ez-Zor, les PYD/YPG ont déjà dû dire au revoir à la région qui est responsable de 50% de la production pétrolière de la Syrie. Damas et l’AAS ont maintenant l’avantage. Il reste aux PYD/YPG à se résigner à la protection de Damas et de la Russie contre la Turquie, et à la possibilité d’exercer leur souveraineté sur des territoires exclusivement kurdes.

Ignorance de l’Occident

L’Occident, avec une arrogance typiquement orientaliste, n’a jamais compris que les Alaouites, les Chrétiens, les Ismaéliens et les Druzes de Syrie privilégieraient toujours Damas pour leur protection par rapport à une « opposition » monopolisée par les islamistes purs et durs, sinon djihadistes. L’Occident n’a pas compris non plus que le gouvernement de Damas, pour sa survie, pouvait toujours compter sur les redoutables réseaux du parti Baas et les redoutables mukhabarat – les services de renseignements.

Reconstruire la Syrie

La reconstruction de la Syrie pourrait coûter jusqu’à 200 milliards de dollars. Damas a déjà dit très clairement que les États-Unis et l’UE ne sont pas les bienvenus. La Chine sera à l’avant-garde, avec la Russie et l’Iran ; ce sera un projet qui suivra strictement le plan d’intégration de l’Eurasie – les Chinois visant à relancer le positionnement stratégique de la Syrie sur l’Ancienne Route de la Soie.

Quant à Erdogan, un peu moins néo-ottoman que dans un passé récent, il semble avoir enfin compris que Bachar al-Assad « ne partira pas », et qu’il doit vivre avec cela. Ankara est appelée à rester impliquée avec Téhéran et Moscou, dans la recherche d’une solution constitutionnelle globale pour la tragédie syrienne à travers l’ancien « processus d’Astana », développé récemment à Ankara.

La guerre n’a peut-être pas été totalement gagnée, bien sûr. Mais contre toute attente, il est clair qu’une nation syrienne unifiée et souveraine est vouée à l’emporter sur tous les cocktails molotov géopolitiques concoctés dans les sinistres laboratoires du Conseil de Coopération du Golfe/OTAN. L’histoire nous dira un jour que, à titre d’exemple pour l’ensemble des pays du Sud, cette opération demeurera le meilleur changement de donne.

Pepe Escobar

Article original en anglais :

The Road to Damascus: How the Syria War Was Won

Consortiumnews 18 octobre 2019

Traduction par Réseau International

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Ma toute première illusion politicienne: le petit bonhomme de neige Sno-Cone

YSENGRIMUS              La première personnalité publique, relayée par l’ostensible et servile canal télévisuel, qui vint bercer d’illusions polychromes et joyeuses mon imaginaire et me faire de mirobolantes promesses fut le petit bonhomme de neige Sno-Cone. Son message, prosaïque, émouvant, prenant, était littéralement irrésistible, fatalement fascinant. Et la tonitruante sémiologie de sa dégaine me berçait de la plus suave des jubilations illusoires. Rivé devant mon poste, j’avais six ou sept ans et un groupe ribambellier d’enfants de mon âge, enthousiastes et guillerets, me présentait le gigantesque bonhomme de neige Sno-Cone et ses formidables vertus transmutatoires. Et ce n’était pas là peu de choses. Jugez-en, avec le tout du recul requis. À partir de vulgaires cubes de glace (non-inclus) tout ce qu’il y avait de plus ordinaires (on les lui insérait dans le chapeau et les lui poussait dans la caboche, sans qu’il ne bronche), le bonhomme de neige Sno-Cone produisait justement une sorte de neige ou gadoue plantureuse, scintillante comme du diamant, qu’il était ensuite possible de parfumer à l’aide des fioles-pressions coniques qu’il fournissait aussi. Le crucial projet de société enfantine joyeux et allègre d’un délice glacé instantané et mirifique semblait émaner, en patientes girations, des entrailles circulaires du personnage. Insistons toniquement sur le fait que les promesses et les engagements du petit bonhomme de neige Sno-Cone disposaient d’une précision apparente et d’une densité empirique directement présumable qui assuraient à son dispositif argumentatif un percutant propagandiste savoureusement imparable.

Je garde aux tréfonds de moi un souvenir dense et tangible de la véritable joie lyrique que me suscitait le petit bonhomme de neige Sno-Cone. Elle fut, cette grande joie de bambin, initialement intégrale, absolue, parfaite et sans mélange. Mais l’enfance étant ce qu’elle est, avant tout dans ses limitations et sa si fugitive fugacité, il fallut un jour fatalement déchanter. La première inquiétude concernant le petit bonhomme de neige Sno-Cone me frappa de plein fouet quoiqu’en provenance d’une source indirecte. Ce fut ma maman qui me suscita cet initial malaise, insidieux mais implosif, corrosif. Quand je lui faisais visionner les plantureux courts métrages publicitaires mettant en vedette le petit bonhomme de neige Sno-Cone, ma maman réagissait avec une singulière agressivité froide. C’est qu’elle était, la douce dame, douloureusement rompue à l’univers tapageur et illusoire des jouets tocs et éphémères de ces belles années consuméristes. Le petit personnage en blanc lui faisait donc faire la moue et, en termes évasifs, pour éviter d’estourbir la saine maïeutique qui commençait à sinueusement me triturer, elle me laissait entendre que… bon… l’apparence des choses était une chose bien évanescente, que des esprits mal intentionnés pouvaient détourner cette chose à leur avantage et la mettre au service des arnaques les moins reluisantes… et autres choses encore. Maman fut incontestablement la première voix qui me prévint contre le miroir aux alouettes… du petit bonhomme de neige Sno-Cone en particulier, et de la politique politicienne en général. C’est qu’elle (séquelle… calembour), son petit bonhomme de neige Sno-Cone à elle, ça avait été tout un personnage de conséquence. Nul autre que Maurice Le Noblet Duplessis, tel qu’en lui-même. Électrification des campagnes et rapatriement de notre butin pour le beau scintillement des cristaux de glace dans les cônes de carton. Loi du Cadenas, théocratisme rétrograde et anti-syndicalisme primaire pour le goût insipide et glaçant de la glace glacée. Maman en était restée durablement marquée. Tant et tant que les orateurs rafraîchissants, les beaux parleurs en blanc, les personnages fallacieusement prometteurs en gibus, les campagnes publicitaires spectaculaires, surtout celles tournant autour de la promotion d’une personnalité éminente, tout ça lui laissait toujours une moue sceptique, peu enthousiasmante certes, mais incroyablement communicative.

Il faut bien admettre que le petit bonhomme de neige Sno-Cone n’a rien perdu de la vigueur de son symbolisme politicien. Imaginez un peu. On parle d’un personnage profondément liant et sympathique, à la bonhommie proprement irrésistible, recyclable, renouvelable (il adopte aujourd’hui le visage faussement neuf de Snoopy ou d’Olaf). Il nous fait ouvertement miroiter des fraîcheurs nouvelles aux essences apparemment variables. Bon ceci dit, et cela est son premier aveu majeur: il a une poignée dans le dos. Plus précisément, c’est une manivelle. Et il ne la tourne pas lui-même… non, non. C’est nous qui devons la faire tourner, en forçaillant après, en plus, bien souvent. En fait, comme pour les impôts et les charges sociales, ou encore comme pour les premières interventions dans une situation ponctuelle de crise, il faut qu’on tourne la manivelle nous-mêmes, qu’on tienne le petit bonhomme de neige Sno-Cone à pleines mains, pour ne pas qu’il dérape. Bref, il faut littéralement que le quidam ordinaire fasse le tout, en toute autonomie citoyenne, pour que le petit bonhomme de neige Sno-Cone donne à tout le moins l’apparence d’exercer sa fonction. Indubitablement, il fascine beaucoup moins lorsque l’action effective s’engage.

De fait, s’il faut tout avouer, maman repose aujourd’hui au cimetière mais ma compréhension de son doute agressif et de sa moue capricieuse envers le petit bonhomme de neige Sno-Cone a fortement gagné en amplitude. Effectivement, j’ai eu l’occasion, dans une de nos incontournables ventes de garage de village, de toucher (sans m’en porter acquéreur) pour la première fois, à soixante ans d’âge, le petit bonhomme de neige Sno-Cone, de mes mains nues. Oh, l’exemplaire manipulé n’était pas trop défraîchi si bien que la tristesse de mes observations ne peut pas être imputée au passage des ans. Le fait est qu’en le regardant dans le noir des yeux et en le maniant quelques instants, j’ai vite déchanté et observé, froidement, que le petit bonhomme de neige Sno-Cone n’est jamais qu’un bête broyeur à cubes de glace manuel d’assez mauvaise qualité. C’est qu’en réalité, tout ce qui contribuait à la magie politicienne originale du brave petit bonhomme de neige Sno-Cone, son regard, son chapeau, ses bras en delta, sa pelle et son entonnoir rouge vif, ses gobelets de carton, ses sachets à essences perdue, tout cela s’avérait un ensemble passablement inopérant de clochettes et de sifflets empêchant en fait le broyeur à glace (vu qu’il est finalement cela et rien de plus) de faire son travail correctement. La batterie d’artefacts politiciens qui semblait tant donner raison au petit bonhomme de neige Sno-Cone s’avère en fait être ce qui, au bout du compte, lui donne tort. En voulez-vous de la grande dialectique du politique, en voilà!

La libération nationale de René Lévesque, le contrat social de Bob Rae, le socialisme de François Mitterrand, le pacifisme et l’écologisme de Barack Obama, les chemins ensoleillés de Justin Trudeau sont autant de bibines sucrées, colorées, livides, sans substance effective que le fil des années et des décennies politiciennes fit rouler sur des fragments de cubes de glace qui, eux, pendant tout ce temps, restèrent des fragments de cubes de glace, sans plus. Pourquoi voter, ou plutôt: pourquoi investir tant de croyance dans le fait tout nunuche d’avoir voté? Pourquoi s’engourdir dans les bruissements scintillants et tape-à-l’œil de tous ces exercices politiciens conventionnels successifs? Le vulgaire broyeur à glace reste un vulgaire broyeur à glace et c’est toujours nous qui tournons la manivelle pour le bénéfice des bourgeois. Évidemment l’homme et la femme politicus et politica veulent tellement rêver et le petit bonhomme de neige Sno-Cone est là pour ça. Mais veulent-ils déchanter? Veulent-ils se rendre compte au bout du compte qu’on est encore en train de leur fourguer de l’eau gelée re-concassée, sans plus.

Les humains sont casseurs de catins disait Plume Latraverse. L’aphorisme vaut profondément pour le petit bonhomme de neige Sno-Cone. Par les temps historiques qui courent, oh, on le jette dans les escaliers et on saute dessus pour qu’il se casse en mille morceaux de mauvais plastique. On pourrait citer une bien dense grêle d’exemples de ceci. La cinquième république française suffira amplement. Énumérons simplement. Pompidou succède à De Gaulle et meurt en mandat (1974). Valery Giscard d’Estaing fait un septennat (1974-1981). François Mitterrand, deux septennats (1981-1995). Jacques Chirac, un septennat puis un quinquennat (1995-2007). Puis c’est Nicolas Sarkozy, un quinquennat. Puis François Hollande, un autre, et l’émiettement se poursuit, irréversible. Ce ne sont plus les glaçons dans le broyeur qui s’effritent, c’est le petit bonhomme de neige Sno-Cone lui-même qui tombe en morceaux. Lui qu’on avait tant aimé, il ne nous suscite plus que rage et déconvenue, avec son faciès livide et son immobilisme plastifié déguisé en faux changements de toc.

Politique politicienne va-t-en. Politique citoyen, revient.

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Arrêtez vos coquetteries : l’Ukraine ne récupérera pas le Donbass

L’Ukraine est allée trop loin et trop profondément dans son hystérie antirusse. Même des gens originaires du Donbass ont été zombifiés. Il est nécessaire d’abandonner les espoirs d’amélioration des relations avec la nouvelle élite ukrainienne. Le Donbass est en Ukraine seulement sur le plan formel.

Le fait que les accords de Minsk ne soient pas applicables et qu’il soit nécessaire d’organiser des voyages de presse en Crimée pour les journalistes et les hommes politiques ukrainiens afin de faire connaître la vérité à la société ukrainienne a été affirmé par Oleg Bondarenko, politologue bien connu, à Valentin Filippov de Politnavigator.

Valentin Filippov : Comment évaluez-vous la condition posée par Denis Pouchiline, disant que pour poursuivre les négociations au format de Minsk il faut que le quasi-État ukrainien soit dissout, que de nouvelles structures de gouvernance régionale soient créées et que les accords de Minsk ne pourront être mis en œuvre qu’ensuite. Ne serait-ce pas une raison pour que l’Ukraine se retire des accords de Minsk ?

Oleg Bondarenko : N’oublions pas pourquoi Denis Pouchiline l’a fait. Il l’a fait en réponse à une proposition similaire, en fait, de la partie ukrainienne, exprimée officiellement lors de la réunion à Minsk, selon laquelle nous appliquerions les accords de Minsk sur le plan politique, mais seulement si les Républiques Populaires de Donetsk et de Lugansk sont dissoutes.

Si elles sont dissoutes…

Et comment peuvent-elles se dissoudre si elles sont signataires des accords de Minsk ? Je voudrais parler, Valentin, plus, pour ainsi dire, sur les choses principales, qui, à mon avis, ne sont pas aussi visibles maintenant. Au contraire, l’humeur qui prévaut aujourd’hui parmi les élites en Russie, c’est qu’il est temps de commencer à construire des relations constructives normales avec l’Ukraine d’une manière ou d’une autre, de revenir sur notre histoire cinq ans an arrière et de repartir de zéro. Je voudrais mettre en garde tous ceux qui le pensent, et j’ai moi-même presque commencé à le penser avant-hier.

Oh, non, ce n’est pas possible…

Oui, oui. J’ai pensé qu’il serait peut-être réellement nécessaire de commencer à construire des relations avec de nouvelles personnes et, en règle générale, avec des personnes complètement inconnues. Voilà. Mais j’avais tort. Et ceux qui pensent cela, croyant naïvement que nous pouvons maintenant rendre le Donbass à l’Ukraine, ont tort de compter sur une coopération constructive. Non.

Tout d’abord, le Donbass ne doit pas être rendu à l’Ukraine. L’Ukraine fera exactement la même chose avec elle, et peut-être bien pire, je suppose que ce serait encore pire, que ce que la Croatie a fait avec la Krajina serbe. Si la Croatie a juste expulsé physiquement tous les Serbes et que ceux qu’elle n’a pas expulsés sont partis, l’Ukraine peut prendre des mesures encore plus radicales.

Donc, aujourd’hui, oui, du point de vue des accords de Minsk, le Donbass pourrait être réincorporé à l’Ukraine dans un certain avenir, mais mon opinion est la suivante : le Donbass ne peut être renvoyé en Ukraine. Premièrement, parce que l’Ukraine ne fera rien de bon en réponse à cette mesure. L’Ukraine est allée trop loin et trop profondément dans son hystérie antirusse, et cette hystérie ne s’est tout simplement pas résolue en un an.

Mais si les accords de Minsk sont appliqués, si la milice populaire demeure, si les forces de sécurité ukrainiennes sont empêchées d’entrer sur le territoire du Donbass, la même ligne de démarcation sera maintenue, qu’est-ce qui empêcherait le Donbass de redevenir légalement ukrainien tout en jouissant des droits liés à une existence en propre ?

Malheureusement, ce n’est pas possible.

Pourquoi ? Les points de contrôle resteront, ils ne passeront pas.

Parce que c’est impossible, Kiev n’acceptera pas. Au mieux, Kiev peut essayer de jouer selon ses propres règles d’une manière rusée, en fait, en trompant tout le monde. Nous devons donc comprendre que le régime ukrainien qui est maintenant au pouvoir, est dans l’exact prolongement des personnes qui sont venues au pouvoir à la suite du coup d’État. J’ai récemment parlé à un, pour ainsi dire, ancien résident de Donetsk, qui a déménagé à Kiev bien avant les événements.

Et je me suis rendu compte que, bien sûr, si l’Ukraine a fait cela [le convertir à ses idées NDLR] même avec des personnes, absolument culturellement russes, russophones, pendant ces cinq années, il est terrible d’imaginer ce qu’elle a fait aux autres. En un mot… Et le plus important, voyez-vous, c’est que l’Ukraine n’a pas besoin du Donbass.

Je sais cela.

L’Ukraine n’a pas besoin du Donbass. Ils ont besoin que ces territoires soient officiellement leurs, c’est ce dont ils ont besoin. Ils ont besoin de l’officialisation du territoire, qu’ils veulent « corriger » et ainsi prouver que, regardez, c’est le nôtre, vous ne pouvez pas venir chez nous.

J’aimerais dire deux choses, en fait. La première est le fait que le Donbass ne peut pas être renvoyé en Ukraine, parce qu’elle n’en a pas besoin, et qu’elle y fera un nettoyage [ethnique] encore pire que les Croates avec la Krajina serbe, bien pire.

Et le deuxième point, c’est que si quelqu’un pense encore que selon les accords de Minsk – que l’Ukraine viole à chaque étape, qu’à chaque étape on tente de le cacher – cela signifie que nous allons déclarer que les républiques populaires sont effacées, eh bien pour ceux qui pensent pouvoir le faire, proposons une chose à l’Ukraine maintenant.

Organisons maintenant des tournées de presse pour les Ukrainiens, diverses visites en Crimée. En Crimée. Et regardons la réaction. Parce que la Crimée a été la première, après tout, la Crimée a été le test décisif, et n’oublions pas ce qui a suivi. Si l’opinion publique ukrainienne peut reconnaître la Crimée comme une partie de la Russie perdue à jamais, alors nous pouvons parler d’un format qui convienne avec le Donbass.

Acheter la Crimée au détriment des habitants du Donbass ? Je suis contre.

Je parle d’autre chose maintenant – je dis qu’il n’y a pas de réponse claire à la question de savoir quoi faire de la mise en œuvre des accords de Minsk, quoi faire du sort du Donbass au cas où, même si j’y crois peu, au cas où le gouvernement ukrainien accepterait d’appliquer les accords de Minsk. Examinons maintenant l’attitude des autorités ukrainiennes à l’égard de la Crimée.

Essayons maintenant d’organiser un dialogue avec les autorités, non pas par des méthodes de guérilla, comme cela pourrait être fait, mais dans le cadre d’un dialogue avec les officiels de Kiev, pour organiser quelques visites de parlementaires, de leaders d’opinion et d’experts ukrainiens. Si ces gens en viennent à voir et à accepter que la Crimée est russe, alors nous pouvons parler des perspectives de mise en œuvre des accords de Minsk.

Oh. Eh bien, ils vont mentir. Ils viendront ici et diront une chose, et ils en diront une autre là-bas.

C’est mon opinion. Je lierais les perspectives de mise en œuvre pratique des accords de Minsk à la reconnaissance par Kiev de la Crimée en tant que partie de la Russie.

Zelensky dit donc que la question de la Crimée devrait être soulevée u Format Normandie et dans les accords de Minsk. Et vous dites que nous devrions soulever la question de la Crimée.

Parfait. Reprenons tout ça. Rappelons à cet égard que tant que le gouvernement ukrainien ne reconnaîtra pas la Crimée comme territoire russe, il ne pourra être question d’aucune application des accords de Minsk.

Eh bien, je ne sais pas. Selon les accords de Minsk, la milice populaire demeure, et il n’y a pas d’autres forces de l’ordre. Chaque mois, les habitants du Donbass reçoivent des passeports russes. Leur nombre augmente chaque mois. Bientôt, jusqu’à un million de citoyens russes résideront en permanence dans les Républiques Populaires de Donetsk et de Lougansk. Ils ont leur propre armée, leur propre police – la plupart du temps déjà citoyens de la fédération de Russie.

Si le Donbass dispose d’une large autonomie en Ukraine, que peut faire l’Ukraine ? Tout d’abord, ces personnes sont protégées par les lois russes, et les forces armées russes, si nécessaire. Deuxièmement, ils ne permettront tout simplement pas aux forces armées ukrainiennes d’utiliser des méthodes répressives.

Tout à fait d’accord, Valentin, tout à fait d’accord. Mais là, vous parlez d’autre chose. Vous dites « pourquoi les accords de Minsk ne peuvent pas être mis en œuvre »…

Pourquoi ? Ils peuvent être mis en œuvre.

En raison de la citoyenneté de la population locale.

Pourquoi ? Ils peuvent.

Aujourd’hui, même les experts de haut rang, du Kremlin, admettent ouvertement, non seulement les experts, mais aussi les fonctionnaires eux-mêmes, admettent qu’après la mise en œuvre des accords de Minsk, le Donbass ne peut être ukrainien que sur le plan formel.

Sur le plan formel, oui.

C’est de cela que nous pouvons parler à la suite de la mise en œuvre des accords de Minsk ? De rien d’autre. Bien que personnellement je ne crois pas en une telle perspective et, à mon avis, c’est la conclusion que j’ai tirée de ma communication, la dernière communication avec d’anciens natifs du Donbass, qui ont depuis longtemps déménagé à Kiev, qu’ils ont déjà une déformation de la conscience, qui est irréversible, qui a une forme irréversible. Par conséquent, nous devrions peut-être abandonner l’espoir d’essayer d’améliorer et de rétablir les relations avec l’Ukraine en rendant le Donbass. Il y a peut-être d’autres moyens ? Pourquoi pas ? Mais nous ne devrions pas parler du Donbass à cet égard.

Après la déclaration de Pouchiline sur la nécessité de dissoudre le quasi-État ukrainien, je me suis souvenu de feu Alexandre Zakhartchenko, qui disait en 2015 « je prendrai une ville par jour jusqu’à ce que Porochenko commence à mettre en œuvre [les accords de Minsk NDLR] ». Et puis Debaltsevo, Ouglegorsk, tous ces… et Porochenko s’est assis à la table des négociations et a signé tout ce qu’ils ont dit et pris ce qu’ils ont dit. Peut-être, je pense qu’il est possible d’établir des relations avec l’Ukraine, si nous prenons une ville par jour. N’est-ce pas ?

Mais, Valentin, vous riez en le disant…

Je ne ris pas. C’est juste un rire nerveux après six ans.

Ce n’est pas très, très gentil, c’est le moins qu’on puisse dire, mais des gens meurent là-bas. Et il ne faut pas…

Ils sont en train de mourir. Ils meurent encore. Si cela n’est pas fait, d’autres mourront.

Je ne suis pas d’accord avec vous. J’aimerais que ce soit la paix. Et je reviens sur le fait que… Eh bien, écoutez, pourquoi ces divagations ?

Oui.

Les accords de Minsk, c’est beau sur le papier. Qu’ils y restent. En pratique, ils ne sont pas réalisables. Et s’ils avaient au départ au moins une petite possibilité, une petite chance d’être mis en œuvre immédiatement après la signature, en 2016, aujourd’hui, fin 2019.…

En 2015…

En 2015. Oui. C’est beaucoup plus dur aujourd’hui, fin 2019. C’est beaucoup plus difficile. Et c’est pourquoi nous avons du mal à les mettre en œuvre. Par conséquent, le résumé général peut être le suivant. Il faut abandonner l’espoir d’améliorer les relations avec la nouvelle élite ukrainienne par la coquetterie autour du retour du Donbass. Arrêtez de flirter. Le Donbass ne peut pas être renvoyé en Ukraine. C’est tout. Sinon, ce sera l’enfer et la terre brûlée, avec un nettoyage ethnique plus intense que ce que les Croates ont fait dans la Krajina serbe.

Dans le même temps, je ne prétends pas qu’il ne soit pas nécessaire d’améliorer complètement les relations. Il est nécessaire d’établir des relations avec Kiev. Mais d’une toute autre façon. Vous savez, il y a beaucoup de précédents dans le monde lorsqu’il y a des points douloureux et qu’ils sont soigneusement contournés, cela construit une toute nouvelle façon de communiquer, de coopérer et de se concerter. Dans le domaine de l’écologie, là, par des programmes de coopération mondiale et régionale. Pour toutes les autres choses. Mais en évitant les points douloureux.

Je me souviens immédiatement d’une vieille blague ukrainienne sur l’environnement. Un bandériste se lève et dit : « L’environnement est détruit, les rivières sont abîmées, il n’y a pas d’arbres, on ne peut pas noyer un Moskal [mot péjoratif pour désigner les Russes], ni pendre un juif ».

Alors quoi ? Cela signifie-t-il que les républiques doivent s’engager dans la construction de l’État, coopérer avec la Russie et s’intégrer autant que possible dans le système économique de la Fédération de Russie, si je comprends bien ?

Bien sûr. Bien sûr.

Tout ce que je peux faire, c’est souhaiter aux républiques du Donbass de regagner leurs territoires. Et si elles se séparent, elles le feront complètement, avec la totalité de leurs territoires.

Source: PolitNavigator
Traduction par Christelle Néant pour Donbass Insider

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