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La vilaine Lulu décryptage (aka Lucifer)

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Par le 8 novembre 2017

Suite à la diffusion sur France 2 d’un film mettant en scène la vie d’Yves Saint-Laurent (YSL), le 30 juillet 2017, il était honnêtement impossible de passer sous silence l’existence de « La vilaine Lulu ». Sa publication a été encouragé par Françoise Sagan. Cette femme, écrivain, a l’apparence androgyne et bisexuelle, menait une vie décadente autour de l’enfer du jeu, des casinos, des hippodromes et des nuits parisiennes agrémentées d’alcool, d’héroïne ou de cocaïne. Elle a sans aucun doute des points communs avec La vilaine Lulu. Au début de sa carrière Sagan a été surnommée le « charmant petit monstre » tandis que Lulu, un autre genre de monstre, remportait tous les prix littéraires durant ses escapades bucoliques.

Imaginons un film décrivant la vie de Roman Polanski en occultant le viol qu’il a commis sur une mineure de 13 ans, après l’avoir droguée, et pour lequel il a été poursuivi pendant 40 ans. Sans compter toutes les autres accusations dont il a été la cible par la suite. Quel crédit pourrions nous accorder à un tel film ? Le résultat serait purement partial à l’instar des films biopic d’YSL. Autant de mièvreries destinées à idéaliser des « artistes », des hommes qui n’étaient que des hommes. Le mythe YSL a encore toute sa résonance aux yeux de l’opinion publique. Qui était réellement YSL ? Nous savons tous qu’il dessinait et créait des lignes de vêtements par le biais de sa maison de couture. En dehors de cela, qui était-il ? Pour le cinéaste polonais, nous savons que c’est un délinquant sexuel condamné à 90 jours de prison pour avoir eu un rapport sexuel avec une mineure. Après 42 jours d’incarcération, il fut libéré pour bonne conduite, rien à ajouter ! Quant à YSL, il est au mieux coupable d’avoir fait l’apologie de la « pédophilie » à travers cette singulière bande-dessinée intitulée La vilaine Lulu.

Cette bande-dessinée a connu sa première publication en 1967, les suivantes bien plus tard en 2002 et 2003, toujours aux éditions Tchou, et enfin avec les éditions de La Martinière en 2010. Le tirage 2002 était limité à 500 exemplaires, dédicacé par la main d’YSL et vendu au prix unitaire de 550 euros. Autant dire que cela s’adressait aux collectionneurs ou à des personnes très sensibles à ce genre de « littérature ». En 2006, les éditions de La Martinière s’étaient déjà distinguées dans le rayon de la « pédopornographie » avec la sortie d’un portfolio du photographe David Hamilton, contenant plus de 330 pages de photos d’adolescentes nues. Plusieurs femmes l’ont ensuite accusé d’agressions sexuelles voire de viol dont Flavie Flament. Au mois de novembre 2016, David Hamilton âgé de 83 ans s’est suicidé à son domicile parisien.

Les scénarios développés par YSL pour narrer les intrigues de La vilaine Lulu sont une ode à la perversité et à la décadence. L’ensemble est parsemé de références au catharisme ou à des personnages sordides aux profils dangereux comme l’empoisonneur Borgia et l’« empoisonneuse » Marie Besnard, s’imposant comme autant d’icônes inquiétantes dans l’univers décadent de Lulu.

Avant de débuter YSL nous présente Lulu comme étant sa fille pour qui « il décida de mettre sa vie en images et de la raconter ». Une note liminaire de l’auteur nous « prévient qu’il est inutile d’essayer de le psychanalyser à travers son héroïne ». Une remarque significative et certainement dictée par son inconscient, bien heureux de pouvoir s’exprimer librement à travers le personnage de Lulu mais peu rassuré à l’idée d’être vraiment démasqué. D’autant plus qu’en mettant en parallèle les turpitudes de Lulu avec la vie de YSL, nous observons des similitudes voire des projections fantasmagoriques ou réelles de sa vie passée, présente et future. A ce sujet, l’auteur nous précise que « toute ressemblance avec des personnes qui existent ou qui ont existé est parfaitement voulue. Toutes ces aventures ont été tirés de faits réels ».

Dans la courte présentation de Lulu, âgée de huit ans et demi, nous apprenons qu’elle fume, aime s’exhiber, « faire de vilains gestes » comme montrer son postérieur. Elle se proclame « mutine » et son journal préféré est « PlayGirl », une analogie explicite à PlayBoy sorti en 1953. Lulu n’a pas de parents pour s’occuper d’elle, c’est le rôle d’une gouvernante qu’elle maltraite au demeurant. Son seul ami est un gros rat blanc aussi affable qu’elle. Le choix du rat n’est pas anodin, il incarne ce qui est caché sous terre, la vie souterraine, la maladie, le mal qui ronge notre inconscient. Or le monde sous-terrain est gouverné par le diable, une entité très appréciée par Lulu ou Lucifer. Les histoires de cette bande-dessinée à caractère libidineuse, malsaine voire totalement macabre abordent des thèmes aussi variés que la maltraitance infantile, la misogynie, le sacrifice humain comme rituel satanique, la torture, l’enlèvement d’enfants, l’assassinat, l’esclavage sexuel, le tourisme sexuel, le trafic d’êtres humains, la pyromanie, la prostitution, l’alcoolisme, la drogue, l’exhibitionnisme ou encore la pédophilie. YSL était névrosé mais il n’y pouvait rien changer, c’est sans doute pour cela qu’il demandait ironiquement à ne pas être psychanalysé à travers sa bande-dessinée. Sa souffrance exposée sur papier glacé, il ne pouvait l’extérioriser dans sa vie personnelle que la nuit ou en compagnie d’un nombre restreint d’individus, à savoir des semblables pratiquant le sado-masochisme.

Le livre de la Lulu contient 96 pages et il est composé de 23 histoires dont voici un résumé : 

  1. Lulu à l’école, elle n’aime pas l’école, elle est provocante, irrespectueuse, insultante envers la maîtresse, l’assimilant à une prostituée puis devient menaçante avec ses camarades, allant jusqu’à les racketter. A la fin de cette première histoire, un vieux satyre se délecte de voir Lulu dans la cour. Ce vieux pervers reviendra régulièrement tout au long de l’ouvrage. YSL n’a guère apprécié l’école puisqu’il était souvent la cible de moqueries. Dans cette première histoire, à travers sa fille Lulu, YSL semble exprimer à posteriori ses vils sentiments refoulés envers ses camarades à cette époque.

  2. Un jeudi de la Vilaine Lulu, une journée qui se déroule au parc, débutant par une allusion discriminatoire d’une femme qui, tout en tricotant, s’adresse à une mère portant dans ses bras un nourrisson noir : « Allez ! Avouez-le que vous avez fauté ». Les petites filles jouent dans le parc et sont décrites comme étant « mutines et sournoises », nous pouvons observer la présence du satyre caché derrière un buisson. Puis, Lulu se moque d’un bébé qu’elle juge « vilain », elle entraîne ses copines avec elle et les excite contre le pauvre bébé. Elles chantent en chœur « le vilain bébé, le vilain bébé », la maman du bébé, harcelée, finit par abandonner son bébé à l’armée du salut.

  3. Je m’aime un peu, beaucoup, passionnément, à la folie (ouf !), en résumé Lulu s’auto-congratule en s’admirant dans le miroir, « la vilaine lulu s’admire devant sa psyché… » concluant « je suis comme je suis et n’y puis rien changer et n’y puis rien changer » ? Ne cherchons pas à psychanalyser le génie rutilant et délirant d’YSL car avant d’entrer dans son univers il nous l’a instamment déconseillé. YSL était ce qu’il était, ne pouvait-il rien y changer ?

  4. Un beau métier, l’héroïne a obtenu son diplôme de masseuse. Elle exerce auprès d’une clientèle de petites filles mais une maman n’appréciant pas les méthodes de Lulu la chasse puis menace de la dénoncer auprès de la police. Lulu décide alors d’ouvrir son propre institut à domicile, dans lequel elle pourra faire maigrir et grossir à volonté les petites filles. Elle recrute de grands lutteurs pour piétiner les enfants et les « rendre souples et minces ». Le ministre de l’éducation nationale récompense Lulu en lui accordant une décoration pour son brillant travail. Conclusion, des attouchements suivis de maltraitances sur enfants permettent à Lulu d’être décorée par un ministre garant de l’éducation de nos enfants. Tout un symbole. Mêlant politique et pédophilie, avec un cynisme dont seul l’auteur a le secret, YSL estime légitime que les politiciens récompensent la maltraitance infantile voire implicitement la pédophilie.

  5. Une belle histoire d’amour, elle est amoureuse d’un pompier à en perdre la raison. Lulu boit de l’alcool pour calmer son euphorie car elle ignore si les sentiments qu’elle ressent sont réciproques. Ensuite, elle sacrifie des vies au nom de la déesse Vénus pour obtenir le cœur de son bien aimé. Nous pouvons admirer des têtes d’enfants tranchés à la gorge, d’autres bouillonnent dans un chaudron et d’autres sont pendus. Puis, elle « s’étourdit dans les boites de nuit » gays, elle se drogue avec des hallucinogènes comme le LSD. Finalement elle découvre que son pompier sort avec sa voisine, elle en perd la raison. Lulu décide de déclencher un incendie dans son immeuble afin d’y piéger sa voisine «  Nini  ». Ainsi, le pompier vint délivrer Lulu des flammes pendant que la voisine périt en enfer, attachée sur son lit par Lulu la démoniaque. Et tout est bien qui finit bien avec le mariage de Lulu… à huit ans et demi, il était temps ! Si dans cette histoire il n’y a pas du Saint Laurent alors qu’en est-il ? La réaction de Lulu est excessive comme l’était YSL avec ses amants, démesurément excessif, dirons-nous prosaïquement.

  6. Hommage respectueux à Terpsichore, dans le rôle d’une danseuse étoile, le vieux satyre est présent et Lulu apparaît nue sur scène après avoir ôté son tutu devant les spectateurs scandalisés. L’exhibitionnisme, le nu face à l’objectif, a été pratiqué par YSL pour la promotion de son parfum « YSL Pour Homme » en 1971. Il a aussi collaboré avec l’Opéra de Paris pour la conception des costumes d’un spectacle de danse intitulé Notre-Dame de Paris. Un ballet dirigé par le chorégraphe Roland Petit en 1965, sa femme, « Zizi » Jeanmaire, une danseuse, était une amie de YSL depuis les années Dior ; dans la mythologie grecque Terpsichore est la muse de la danse.

  7. Lulu Western, elle enlève des petites filles sur le chemin de l’école et demande des rançons aux parents, certaines victimes sont attachées à des troncs d’arbre, d’autres pendues et d’autres scalpées. Enfin, nous assistons au dynamitage des trains et à un hold-up. YSL avait déclaré qu’il aurait aimé être l’inventeur du jeans mais il a été le créateur de Lulu habillée en jeans.

  8. Lulu à Deauville, présence du vieux satyre qui échange son numéro de téléphone avec Lulu sur la plage. Fin mot de l’histoire, Lulu séduit le petit ami d’une estivante qui finit noyée par la marée montante. Les histoires d’amour concernant Lulu sont souvent cernées par la souffrance, le sacrifice et la mort aux alentours.

  9. Bonne histoire de poulaines, cette histoire contient de multiples références au catharisme et Lulu est tenancière d’un «  estaminet  ». Seul fait notable, elle emprisonne dans une cage une cliente ayant renversé son cidre. A l’époque médiévale, le catharisme a été un courant religieux du christianisme jugé hérétique, faisant de l’origine de la création une œuvre démoniaque.

  10. L’année Lulu, elle devient « cover girl » et fait la Une de tous les magazines de mode dont Elle ainsi « la Lulumanie envahit le monde », tout le monde veut ressembler à Lulu. Toute la mégalomanie de YSL transpire ici, son désir d’influencer le monde en s’érigeant en modèle, lui, le créateur de génie.

  11. Télélulu, elle passe à la télévision et se livre à un strip-tease qui fait perdre la tête à tous les téléspectateurs masculins. Même le gros rat blanc de Lulu devient tout rouge, le rat éprouve t-il du désir pour Lulu ? Ce matraquage télévisuel et le pouvoir de séduction dévastateur et inégalable de Lulu ont poussé une femme au suicide par balle. La mort rôde toujours dans le sillage de la mutine, sadique et vilaine Lulu. Tout l’esprit de cet « satyre » signé YSL se résume à ce genre d’histoire glauque et sans morale.

  12. Bons sentiments : Bonnes actions, elle fait un rêve dans lequel elle empoisonne le Pape et prend sa place pour devenir « Sa Sainteté Lulu première ». A la fin de son rêve « elle se voit chassant le sarrasin de Terre Sainte ». Retour au réel, dans cette histoire, Lulu devient ensuite infirmière, tout d’abord à la maternité, mais au lieu de nourrir les nourrissons avec du lait elle leur donne du vin rouge. Les bébés sont par la suite substitués par des rats blancs. Dans un autre service, elle fait « subir des traitements de rayons électriques aux vieillards » grabataires. Il sont grillés sur place. Enfin, elle euthanasie les incurables, Lulu est évidemment heureuse. Certaines de ces scènes se déroulent au « Val-de-Grâce », nous avons là une référence explicite à l’hospitalisation de l’auteur en ce même lieu, évitant ainsi le service militaire en Algérie en 1960.

  13. La dépression nerveuse ou histoire de papillons, Lulu « fume nerveusement cigarette sur cigarette » et elle est dépressive, toute la vie d’YSL. La chronologie est d’autant plus circonstanciée par l’histoire précédente, évoquant l’hôpital militaire du Val-de-Grâce, suivie par la dépression nerveuse et la métamorphose de la chenille qui va conduire YSL a créé sa propre maison de couture en 1961.

  14. Du Schmuck et du Pluck, évocation de « l’amour libre », couple mixte, lesbienne et gay. Nous apprenons que Lulu « aime beaucoup les petits garçons et les vieux messieurs ». Lulu devient écrivain et rafle tous les prix littéraires, entraînant le suicide de deux femmes dans son sillage. Face aux journalistes, elle est heureuse, elle danse, elle enlève sa culotte et exhibe son postérieur sur lequel est tatoué « merci ». Toujours le même leitmotiv : homosexualité, pédophilie, suicide et exhibitionnisme, l’auteur semble s’en délecter et y puiser une source d’inspiration sans limites.

  15. Un choix difficile, dans son lit à la parure brodée avec la lettre L, Lulu lit Le Figaro « son quotidien préféré », puis s’en suit une évocation de la maison de couture d’YSL : le seul couturier capable de « comprendre » Lulu est « Laurent Saint Yves ». Égotiste, réaliste, nuancé cela donne un égoréaliste ? Cette histoire a l’apparence d’une chiquenaude à l’égard de Christian Dior après le licenciement d’YSL dans les années 1960. Ce scénario s’inscrit dans la continuité de l’histoire 13.

  16. Un jeu pas comme les autres, elle fume et s’ennuie, soudainement Lulu pense à une idée pour s’amuser. Elle décide alors de téléphoner à ses petites amies pour les inviter à se divertir dans son jardin. Elle les installe dans une cabane et leur explique les règles. Elles doivent tenir le rôle des « dames patronesses » pour jouer au « bazar de la charité » alors que Lulu est la cliente. Cette dernière s’éclipse rapidement de la cabane, enferme à clé ses jeunes camarades puis arrose la maisonnette d’essence et jette une allumette. Puis elle monte s’installer dans sa chambre pour admirer le sacrifice de ses enfants par le feu avec sa paire de jumelles. Ce divin spectacle rend Lulu très heureuse de sa journée, elle s’en félicite en dansant au rythme du « schmuck et du pluck ». L’ennui pousse Lulu a commettre les pires actes pour s’amuser, YSL a été contraint de repousser lui aussi ses limites pour s’amuser et ressentir du plaisir à travers la drogue, l’alcool et la multiplication du nombre de romance.

  17. Des petites filles disparaissent, le personnage du satyre est encore présent et nous informe que les petites filles : « elles ne sont pas perdues pour tout le monde ». Nous découvrons ensuite que Lulu s’est associée à un proxénète et qu’ils enlèvent des petites filles à la sortie de l’école. Elles sont alors emmenées par bateau et offertes à « l’émir Abdullah ». Nous sommes ici en présence d’enlèvements organisés, d’un trafic d’êtres humains de jeunes filles mineures destinées à la prostitution dans un pays arabe.

  18. Histoire de fleurs, elle pousse une jeune fille au suicide pour s’accaparer son petit ami. Le suicide est un comme un alter-ego dans le parcours de YSL.

  1. Les Joyeuses Colonies de Vacances, après avoir giflée sa petite voisine de voyage dans le car, elle se met à fumer puis à lire « PlayGirl ». La nuit venue, elle fait boire de l’alcool à tout le monde et la soirée s’achève en « bacchanale », autrement dit en orgie. Il s’agit d’une référence explicite au romain Bacchus, le dieu du vin et des festivités.

  2. Quel enfant prodige, le personnage du vieux pervers est encore présent, Lulu devient une artiste de la sculpture et nous apprenons qu’elle et la « rivale de Picasso, elle n’a que 8 ans et demi ». Elle gifle sa gouvernante puis sort pour se rendre au musée d’art moderne. Sur sa route, elle tue un chat pour en faire un pendentif « c’est très chic non ? ». Un clin d’oeil a sa passion pour les arts et au père de Paloma Picasso qui lui a inspiré sa collection 1971.

  3. Un après-midi aux Tuileries, Lulu pique-nique, boit son vin et donne des leçons d’anatomie aux autres enfants. Cela intéresse beaucoup d’autres personnes cachées dans les buissons, des vieillards pervers, dont le vieux satyre. Le pervers de répétition nous est servi jusqu’à la lie.

  4. Histoire d’œufs de Pâques, Lulu empoisonne des enfants avec des œufs pourris, tout le monde meurt et les corps sont enterrés au cimetière. Lulu est heureuse comme jamais, elle fait de la corde à sauter à cotés des pierres tombales des enfants qu’elle a assassinés. Une fête religieuse théâtre d’une scène d’empoisonnement d’enfants, jusqu’où les pensées d’YSL étaient-elles prêtes à aller ?

  5. Bonjour glou glou, Lulu est dans son lit en compagnie de son gros rat blanc qui rêve de l’empoisonneuse, Marie Besnard. Elle a été accusée d’être une serial-killer responsable d’une dizaine de mort par empoisonnement. Elle a finalement été acquittée. Lulu boit plusieurs bouteilles de whisky. Elle finit en boîte de nuit chez « Reine Gin » où son cœur balance entre un vieux satyre et un jeune homme plus fringuant. Le vieux satyre est « rassurant » pour Lulu mais elle a compris qu’elle serait « toujours triste » avec lui. Cela ressemble sensiblement à l’histoire d’amour entre YSL et Pierre Bergé (G) ou aux multiples choix amoureux auxquels il a été confronté dans sa vie : la sécurité avec Bergé ou le plaisir avec de jeunes étalons.

___________________

Après les résumés de chacune de ces 23 histoires, visant à partager l’essentiel avec le lecteur de cet article à travers quelques éléments narratifs, nous pouvons conclure décemment qu’aucune de ces histoires ne peuvent-être racontées à un enfant. Ce n’est donc pas une bande-dessinée pour enfants, elle n’en a jamais eu la prétention même si YSL avait voulu initialement affublé sa bande-dessinée avec le titre suivant : « Contes pour enfants sadiques ou avancés ». Cette bande-dessinée s’adresse à un public « averti » ou de « spécialistes » car aucune de ces histoires n’a de morale autre que l’immoralité la plus abjecte.

Dans la vilaine Lulu, l’une des obsessions d’YSL est la femme, qu’elle soit dans le rôle d’une petite fille, d’une maman ou juste d’une femme. Elle est malmenée du début à la fin, à l’exception de sa fille La vilaine Lulu, l’idéal féminin d’YSL. Aucune femme ne supporte la comparaison avec Lulu et c’est pourquoi certaines se suicident ! Un seul homme meurt dans les récits de YSL mais pas n’importe lequel, celui qui incarne la figure de la papauté. Cependant, sa mort relève d’un fantasme puisque Lulu rêvait. Il n’est donc pas mort physiquement dans le monde de Lulu. Ainsi, supprimer la religion dominante en occident à savoir le christianisme, clairement opposé à l’homosexualité, n’était-il pas aussi le souhait d’YSL ? Au fil des 96 pages, émaillées de vignettes sanglantes, nous dénombrons environ 4 enlèvements, 5 séquestrations, 2 suicides et 9 assassinats, quoi de plus normal pour une petite fille voire une femme ?

Les délires morbides de YSL transférés à travers son héroïne Lulu sont patents, une petite fille infirmière à la maternité qui empoisonne tour à tour des bébés au vin rouge ou des enfants avec des œufs de pâques avariés ou bien encore le pape afin de lui ravir sa place et imposer sa propre religion. Ne sont-ce pas là plusieurs appels à la dérive ? Enfin, pour couronner ce chef d’œuvre, la petite Lulu fait des strip-teases, s’exhibe dans la rue, fume, se drogue et boit aussi de l’alcool pour fuir la réalité. Chacun appréciera ou non le sarcasme et le cynisme de l’auteur, s’ils peuvent être qualifiés ainsi, issus de l’imagination d’un homme très souffrant psychologiquement. Pouvons-nous considérer comme constructif et positif la mise en scène d’une petite fille commettant des atrocités à répétition dans le but d’exister et de transformer le monde à son image ? Le chaos et la perversion étaient ancrés en YSL, à l’image de cette bande-dessinée et de sa grande passion dévorante partagée avec son amant, Jacques de Bascher, en 1973.

A travers ce concept de bande-dessinée, les critiques positives ont une analyse évocatrice, un vrai scénario complotiste et tortueux. Ils prétendent qu’YSL a voulu dénoncer les pratiques déviantes de certains individus au sein de la société mondaine. Mais comment YSL était-il au courant ? Avait-il assisté à ce genre de scènes ? La vilaine Lulu serait en réalité un subtil plaidoyer pour la protection de l’enfance déguisé en bande-dessinée pour adulte. Or, comme décrypté tout au long de ces lignes, La vilaine Lulu est le miroir reflétant la psyché d’YSL. Son meilleur moyen d’expression est le dessin à travers lequel il projette tous ses fantasmes sexuels, ses addictions envers la drogue et l’alcool, ses sentiments refoulés, sa réticence à l’égard de la religion catholique, sa passion pour l’art, son goût pour la fête, son attirance pour les jeux pervers et le morbide, ses dérives dépressives à l’hôpital Val-de-Grâce ou ses multiples histoires d’amour. Les aventures de la vilaine Lulu ressemblent sensiblement à la vie menée par YSL.

Les fanatiques soutiens d’YSL pourront-ils nous rappeler à quel moment de sa vie le couturier des mondains a t-il cherché à promouvoir l’éducation, la sécurité et l’épanouissement des enfants ? Est-ce qu’écrire une telle bande-dessinée peut aider à sensibiliser à la cause de la maltraitance infantile ou de la lutte contre la pédophile ? Alors pourquoi YSL ne s’est-il pas élever contre l’usage des drogues dures dans le milieu de la mode pour palier aux cadences de travail infernal ? Pourquoi ne s’est-il pas opposé au harcèlement sexuel voire aux viols dont ont été victime de nombreux mannequins par les professionnels de la mode ? Il ne s’est pas non plus opposé à l’enrôlement sur les podiums de jeunes mannequins stéréotypés, filiformes voire clairement anorexiques et pas forcément majeurs. A titre d’exemple, d’origine argentine, Kouka Denis a été l’une des muses d’YSL, elle a débuté le 22 janvier 1957, pour son premier défilé, à l’âge de 15 ans. Aujourd’hui le secteur de la mode adolescente est en plein essor. Le 6 septembre 2017, les groupes Kering et LVMH ont annoncé l’adoption d’une charte de travail avec les mannequins qui vise à exclure la maigreur et la jeunesse extrêmes.

Pourquoi cette bande-dessinée est-elle toujours disponible à la vente et n’a t-elle pas fait l’objet de poursuites judiciaires au motif qu’elle favorise la corruption de mineur en vertu de l’article 227-22 du code pénal ?

« Le fait de favoriser ou de tenter de favoriser la corruption d’un mineur est puni de cinq ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende ».

Pour les amateurs de cet art contemporain, contribuant à banaliser toutes les formes de déviance, il ne fallait pas rater le chef d’œuvre de Paul McCarthy en 2014, situé sur la place Vendôme. Une sculpture gonflable nommée « Tree », représentant un sapin à la forme équivoque, se confondant à s’y méprendre avec celle d’un sextoy (plug anal). Ou encore ne pas avoir manqué une sculpture gigantesque surnommée le « vagin de la reine » d’Anish Kapoor, installée à Versailles en 2015, d’une longueur de 60 mètres pour 8 mètres de hauteur. Et, enfin, la splendide exposition, durant l’été 2015, organisée dans une salle de la Friche Belle de Mai, à Marseille, et programmée par l’association Dernier Cri. Deux allemands, Reinhard Scheibner et Stu Mead, ont généreusement partagé leurs travaux, de nombreuses peintures illustrant des scènes de pédophilie, des relations incestueuses, sans parler de zoophilie. Les toiles sont explicites, imaginons le genre de discussions que cela peut provoquer, sur l’art bien entendu. Une journaliste des Inrocks a pondu un article très décevant et stigmatisant sur ce sujet pour condamner, non pas l’exposition, mais les critiques à l’encontre de cette manifestation artistique, au prétexte qu’elles proviendraient de l’extrême droite. Aucun commentaire n’a été porté sur le contenu des tableaux à l’instar d’autres médias qui ont stigmatisé ceux qui osaient émettre des avis négatifs sur ces travaux « artistiques ». Aucun d’eux n’a su répondre à l’intérêt que pouvait susciter pareille représentation picturale chez le profane ou l’observateur averti. S’insurger contre ce genre de représentation artistique c’est se comporter en extrémiste pour les masses médias car le sujet de la pédophilie reste un terrain miné. Le « Domestikator » est la dernière œuvre de ce type mise en scène au Centre Pompidou à Paris à l’automne 2017. Elle était constituée de briques à la manière d’un Légo géant, représentant un homme qui fornique un quadrupède. Selon l’artiste cela symboliserait le viol de la nature par l’homme.

La vilaine Lulu s’inscrit également dans cet art qui symbolise à lui seul le niveau de régression de notre civilisation. YSL est un homme à la personnalité controversée et dont le parcours de vie n’est pas un modèle à suivre. Après tout, il n’était qu’un simple couturier mondain ayant baigné dans un milieu pervers, décadent et dégénérescent, alors pourquoi vouloir s’évertuer à en faire un « génie », comme dirait sa fille Lulu il n’était que du « schmuck et du pluck ».

Sources :

Babelio : lien internet

Amazon : lien internet

Éditions de La Martinière : lien internet

Valeurs Actuelles :  »La vilaine Lulu », le livre scandale d’Yves Saint Laurent, Cyril de BEKETCH, 24 juillet 2013.

Ouest-France : Dans les pas de Françoise Sagan, Marie PETIT, 29 juillet 2017.

Le Parisien : Roman Polanski : nouvelle accusation d’agression sexuelle sur mineure, 16 août 2017.

Le Monde : David Hamilton toujours vivant, Michel GUERRIN, 5 janvier 2007.

JDD : L’excentrique Jacques de Bascher, amour de Karl Lagerfeld, Marie-Laure DELORME, 8 juin 2017.

Le Figaro : Rumeurs de pédophilie : Jack Lang prêt à contre-attaquer, Flore GALAUD, 1 juin 2011.

Valeurs Actuelles : Qui est vraiment Pierre Bergé ?, Valentin GOUX, 15 juillet 2010.

Madame Figaro : Abus, drogue, anorexie : trois mannequins racontent l’envers du décor, Stéphanie O’BRIEN, 9 mai 2016.

Les Inrocks : La Friche Belle de Mai dans la ligne de mire de la fachosphère, Claire MOULENE, 1 septembre 2015.

ABC Espagne : Kouka, la modelo que dio el primer martillazo al Muro de Berlín, Martin BIANCHI, 9 novembre 2014.

Elle : Et Yves créa la mode, 10 mars 2010.

JDD : Dans l’oasis d’Yves Saint Laurent, Eric MANDEL, 28 juin 2015.

Libération : Des mannequins sans fard. Drogue,  »maquignonnage »… les pratiques rapportées par la BBC ne sont pas isolées, Marc PIVOIS, 4 décembre 1999.

Le Point : « Domestikator » : un viol allégorique qui a fait peur au Louvre, 6MEDIAS, 3 octobre 2017.

Vanity Fair : La Vilaine Lulu, le surmoi diabolique d’Yves Saint Laurent, Constance DOVERGNE, 17 février 2012.

Fondation Pierre Bergé Yves-Saint Laurent : lien internet à la rubrique Découvrir Yves Saint Laurent/La Collection/Illustrations/La vilaine Lulu il est possible de consulter plusieurs vignettes de La vilaine Lulu.

ATTENTION : les vignettes présentées sur le site de la fondation sont des croquis triés sur le volet, pas dans leur version finale, et déconnectés de leur histoire. Certains n’apparaissent pas dans la BD comme ceux des collections « Au Parc, Au zoo, Lulu Babuska, Le chenil et Lulu coiffeur » ou d’autres ont été modifié comme ceux de la collection « La grâce », le lait ayant été remplacé par du vin rouge dans l’édition finale. Les seuls croquis concordant avec la BD sont ceux de la collection « Demain Pâques ».

Frank 

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2 Commentaires sur ce billet

  1. Le Panda Le 8 novembre 2017 à 13h58min (commentaire N° 1)
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    Le Panda

    Bonjour
    tu as ramené « Lulu » je t’ai vu tout comme moi sur AGV !

    Tu vas bien et tes enfants?

    Je t’ai senti en colère ou je me trompe.

    Bien à toi

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  2. frank Le 8 novembre 2017 à 19h31min (commentaire N° 2)
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    frank

    Bonjour Le Panda,

    Je vous ai répondu sur l’autre sujet.

    Merci

    Frank

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