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Rapport du JIT : « Le missile qui a touché le MH17 aurait pu être invisible pour les radars russes » – « Impossible » répond Almaz-Anteï

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Par le 6 avril 2018

MH17Plus de trois ans et demi après l’accident qui a coûté la vie de 298 personnes dans le ciel du Donbass, la guerre des experts fait rage autour des données disponibles.

Le dernier rebondissement en date vient des déclarations du JIT faites mardi, selon lesquelles, après analyse des données radar fournies par la Russie, aucun missile ni avion n’est visible près du MH17, mais qu’un missile BUK aurait pu être invisible pour les radars russes (de manière assez bizarre l’argument ne marche pas pour les avions de chasse ukrainiens).

« L’équipe conjointe (JIT) qui enquête sur le crash du vol MH17 a demandé à deux experts radar indépendants d’examiner les images radar fournies par la fédération de Russie. Les conclusions de ces experts radar montrent qu’un missile BUK aurait pu être tiré à partir du lieu de tir établi par le JIT sans qu’il soit visible sur les images radar. De plus, les experts radar confirment qu’aucun autre avion n’est visible près du MH17 sur les images radar fournies », a déclaré le ministère public.

Selon ces experts, « une explication importante de l’absence du missile BUK sur les images radar réside dans les propriétés de vol d’un missile BUK ». « Par exemple la vitesse du missile. Étant donné que cette vitesse est beaucoup plus élevée que la vitesse des aéronefs civils, les réglages d’une station radar civile feront en sorte que ces objets rapides ne soient généralement pas visibles sur les images radar. Il s’agit d’éviter l’encombrement de l’image radar », ont ajouté les experts.

La conclusion du JIT suite à cette analyse d’experts laisse quelque peu pantois.

« Ces experts ont confirmé les conclusions que le JIT lui-même avait déjà présentées. L’absence d’un missile dans les images radar (de la station Utyos-T du localisateur Ust-Donetsk) peut s’expliquer par plusieurs raisons et ne signifie pas qu’il n’était pas dans l’espace aérien. »

Avant même de questionner le fond, la forme laisse déjà n’importe quelle personne dotée de bon sens un peu dubitative pour le moins, surtout si elle a lu le rapport complet du JIT.

Car le JIT est en train de nous dire que ce n’est pas parce que les radars russes ne voient pas de missile BUK qu’il n’y en a pas. Alors même que ce même JIT est catégorique pour dire que puisque les radars ne voient pas d’autre avion à proximité du MH17 (hypothèse de l’avion de chasse ukrainien qui aurait pu abattre le Boeing), c’est qu’il n’y en a pas.

Dans un cas l’absence d’avion sur les images radar discrédite l’hypothèse de l’avion de chasse, de l’autre l’absence de missile BUK visible n’invalide pas l’hypothèse du BUK. L’incohérence des conclusions à géométrie variable du JIT saute aux yeux.

Car ce pseudo argument de la vitesse pourrait s’appliquer à un avion militaire comme le Mig-29 dont la vitesse maximum est de 2 400 km/h, soit 667 m/s, soit environ 2,5 fois celle d’un avion civil (un BUK-M1 atteint au maximum 850 m/s soit trois fois la vitesse d’un avion civil). Si réellement les radars civils filtraient les objets dont la vitesse est « beaucoup plus élevée » que celle d’un avion civil comme le prétend le JIT, un Mig-29 devrait être invisible sur un tel radar.

Et pour ceux qui avanceraient comme argument le fait qu’un missile BUK est bien plus petit qu’un avion de chasse et aurait donc pu échapper au radar à cause de cela, l’armée russe avait déjà expliqué en 2016, que cette même station radar russe avait détecté un drone ukrainien qui volait le jour du crash du MH17, tout près de la frontière russe. Un drone bien plus petit qu’un missile BUK…

Un drone n’ayant pas de transpondeur, cela montre bien que la station radar d’Ust-Donetsk est un radar primaire. C’est-à-dire un radar ne dialoguant pas avec le transpondeur de l’avion, mais un radar envoyant un signal sonore et analysant ce qu’il reçoit en retour.

Or pour toute personne connaissant le fonctionnement (même à minima) d’un radar primaire, le pseudo argument sorti par le JIT ne tient pas la route. Et c’est ce que le fabricant du missile BUK, Almaz-AnteÏ vient de dénoncer, en déclarant que les conclusions du JIT sont impossibles.

« Si un missile Buk avait été lancé à partir de la région désignée par l’équipe commune d’enquête (JIT), il aurait atteint une vitesse d’environ 600-620 mètres par seconde dans la zone d’approche du Boeing-777 MH17, ce qui est bien à portée du complexe radar. Par conséquent, il aurait assurément été enregistré par la station radar Utyos-T », a déclaré Almaz-Anteï.

Le fabricant de missiles BUK a aussi tenu à tacler la méthode de travail du JIT, qui a exigé que les données radars lui soient fournies dans un format international bien moins complet que les données brutes fournies initialement par la Russie.

Car selon Almaz-Anteï, l’analyse des données radar brutes de la station radar Utyos-T dans la région montre qu’aucun missile n’a approché le vol MH17 par l’Est, c’est-à-dire depuis la zone estimée par le JIT, et qui était sous contrôle de la RPD à ce moment-là (par contre cette station ne peut pas garantir que cela ne soit pas le cas venant d’autres directions comme l’Ouest et le Sud, où se trouvait l’armée ukrainienne, car elle ne couvre pas correctement ces zones pour des raisons de relief et de distance).

Or le JIT n’a pas analysé ces données là, mais une version expurgée, ce qui leur permet d’en venir à cette conclusion saugrenue, puisque les données qu’ils ont analysées sont de facto incomplètes car filtrées. Ils peuvent donc mettre leur conclusion farfelue sur le dos du filtrage des données affichées.
« Les données radar primaires ont été transmises aux spécialistes néerlandais dans un fichier au format d’enregistrement primaire. Un tel fichier enregistre tous les échos reçus par le radar, sans aucun traitement. Le radar Utyos-T n’a aucune limitation sur les objets se déplaçant à une vitesse inférieure à 1 000 mètres par seconde (la vitesse d’un missile Buk serait d’environ 600-620 mètres dans ce cas) et supérieure à 1 000 mètres par seconde », a déclaré la société.

Pourquoi une telle absence de limitation ? Justement car cette station est dotée d’un radar primaire. Un tel radar fonctionne sur un mode extrêmement basique : le radar envoie des ondes à la vitesse de la lumière, qui lui reviennent une fois réfléchies par un objet (ce que l’on appelle un écho). Le radar analyse ensuite ces échos pour savoir la distance, l’angle et la vitesse de l’objet par rapport au radar. La vitesse des ondes envoyée est comme on peut le voir très supérieure à celle d’un missile BUK, ce qui invalide totalement l’argument du JIT, si on analyse les données brutes du radar. Pas les données filtrées, qui elles, bien sûr, excluent tout un paquet d’objet que les contrôleurs aériens n’ont pas besoin de voir sur leurs écrans.

La société a souligné que lorsque le format d’enregistrement primaire utilisé par la partie russe est converti dans le format ASTERIX demandé par la partie néerlandaise, qui est secondaire, la plupart des données radar brutes sont perdues.

« Il est impossible de modifier les données primaires des fichiers de quelque manière que ce soit sans en détruire la structure », a déclaré Almaz-Anteï. « Tout changement de ce genre serait clairement visible pour tout spécialiste. »

Voilà pourquoi la Russie avait fourni les données radar brutes. Afin qu’aucun doute ne soit laissé sur la fiabilité des données (impossibilité de retoucher le fichier sans le détruire) et sur leur exhaustivité (puisqu’il n’y a pas de filtre, tout est visible, du drone au missile BUK, en passant par les avions de ligne et les avions de chasse).

En ne voulant pas faire l’effort de travailler sur les données brutes, quitte à demander l’aide d’experts russes, le JIT peut ainsi continuer de dire que l’absence de preuves tangibles soutenant son hypothèse ne remet pas cette dernière en question.

Ce qui montre bien que le but du JIT n’est pas réellement de découvrir la vérité sur cette tragédie, mais bien de coller à un scénario déjà écrit par tous les moyens possibles et inimaginables, quitte à tordre les preuves pour leur faire dire ce que l’on veut.

Christelle Néant

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3 Commentaires sur ce billet

  1. Le Panda Le 6 avril 2018 à 20h30min (commentaire N° 1)
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