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Volonté des habitants de la RPD et de la RPL de revenir au sein de l’Ukraine – Viktor Medvedtchouk se fait avoir par un sondage bidon

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Par le 4 septembre 2018

Fake newsLe 25 août, la chaîne ukrainienne 112 publiait une interview de Viktor Medvedtchouk, politicien ukrainien de l’opposition, et chargé des négociations concernant les questions humanitaires et les échanges de prisonniers dans le cadre des accords de Minsk.

L’interview aurait pu passer inaperçue, sauf qu’au sein de celle-ci, Viktor Medvedtchouk a sorti des chiffres qui ont fait bondir et choqué bon nombre de personnes dans le Donbass.

Afin de motiver les autorités ukrainiennes actuelles à appliquer les accords de Minsk, monsieur Medvedtchouk a sorti de son chapeau un chiffre de 43 % d’habitants des Républiques Populaires de Donetsk et de Lougansk (RPD et RPL) qui souhaiteraient que leur pays revienne au sein de l’Ukraine si cette dernière accorde au Donbass l’autonomie. Pire, Medvedtchouk prétend que les sondages n’ont jamais été en faveur des deux jeunes républiques.

« Donc, quand on dit qu’il faut résoudre cette situation, la situation sociologique était différente. Et elle n’a pas été en faveur de la RPD et la RPL toutes ces années, et ici nous avons un sondage, pour une raison quelconque, n’a pas été diffusé dans les médias ukrainiens. Manifestement, il n’est pas vraiment bon pour le pouvoir. Deux chiffres, le même- 43 et 43, pour être exact, soit 42,9 et 42,7. Par convention, 43 % sont en faveur de l’indépendance et de la reconnaissance. Cela ne s’est jamais produit, je suis, j’ai une analyse de tous les sondages qui y ont été menés. Et 43 % sont en faveur du retour en Ukraine, mais dans le cadre de l’autonomie, comme partie de l’Ukraine. N’est-ce pas une proposition pour les autorités ? Il est nécessaire d’avancer dans cette voie pour mettre en œuvre les accords de Minsk, et pourquoi pas ? » – déclare Medvedtchouk dans cette interview.

D’après Medvedtchouk, ce sondage aurait été mené par le ministère ukrainien de l’Information sur le territoire de la RPD et de la RPL entre décembre 2017 et janvier 2018.

Devant ces chiffres effarants, les réactions ne se sont pas faites attendre en RPD et en RPL, sur les réseaux sociaux et parmi les journalistes et politiciens de Donetsk et Lougansk.

Le premier à réagir dans une interview accordée au PolitNavigator fut Alexandre Kazakov, conseiller d’Alexandre Zakhartchenko, le défunt chef de la RPD. Il se trouve que monsieur Kazakov a participé via Skype à une émission télévisée commune avec Viktor Medvedtchouk après cette interview accordée à la chaîne 112.

Il lui a alors demandé en direct d’où il sortait ce sondage et ces études sociologiques. La réponse de Medvedtchouk fut que ce sondage fut mené par des organisations internationales (lesquelles ?), qui étaient en contact avec des organisations sociologiques installées en RPD et en RPL.

La réponse de Kazakov éclaire la validité voire la simple réalité de cette étude/sondage.

« J’ai dû lui dire qu’il se réjouit de chiffres qui ne sont pas pertinents. Il y a un fait indiscutable : pour mener un sondage à Donetsk, ce qui veut dire qu’il en est de même à Lougansk, il est impossible de le faire sans l’approbation des autorités. Ce qui veut dire que si une étude sociologique est menée, nous sommes sûrs à 100 % de le savoir. Il dit que le sondage a été mené en décembre de l’année dernière. Ce n’est pas vrai. Nous n’avons pas organisé un tel sondage. Je n’exclus pas qu’il ait pu être induit en erreur par quelques sondages bidons de quelques organisations internationales, » a déclaré Kazakov.

Après avoir remis les points sur les i, Kazakov a conseillé à Medvedtchouk d’être plus prudent dans l’utilisation de telles données, et de vérifier si elles sont pertinentes et correspondent à la réalité.

« Deuxièmement, de notre côté, nous menons régulièrement des sondages, des études sociologiques, parfois menées par nos collègues de Moscou – la dernière fois cela a eu lieu à la fin de juin de cette année. Bien sûr nous posons aussi de telles questions. Donc, d’après les sondages de nos collègues de Moscou, le nombre d’habitants de la RPD qui y sont prêts d’une façon ou d’une autre – nous parlons du retour en Ukraine sous la forme d’une large autonomie, voire d’une base confédérale – ne dépasse pas 15 %. Je peux citer ce chiffre précis, bien que le sondage n’était pas public, mais lorsqu’on commence à lancer des âneries pareilles… Tout le reste se divise entre ceux qui veulent rejoindre la Russie, ou défendre l’indépendance. Ce sondage a été mené par des spécialistes, » a conclu Alexandre Kazakov.

On peut se dire que monsieur Kazakov n’est peut-être pas objectif de par sa position. Alors allons voir ailleurs.

Le journaliste russe Andreï Babitski, qui vit et travaille à Donetsk, a lui aussi commenté les chiffres de Medvedtchouk. L’homme a travaillé pour Radio Free Europe (il en a été éjecté en 2014 après avoir publié une vidéo montrant le bataillon néo-nazi Aïdar tuant des civils dans le Donbass, il semble que la vérité n’était pas au programme de ce média pro-OTAN) et n’est pas pro-Poutine (un de ses livres a été traduit par Galia Ackerman, qui est une poutinophobe connue). L’homme se dit lui-même monarchiste. Bref, pas quelqu’un qui va servir la soupe pour plaire au Kremlin.

Si on regarde ce qu’il dit, ses propos rejoignent ceux de Kazakov, ses chiffres du pourcentage de personnes voulant retourner en Ukraine sont même encore plus bas que ceux du conseiller du chef de l’État ! Et Babitski était dans le Donbass lors du référendum, qu’il a couvert en tant que journaliste. Il a vu comment s’est déroulé le référendum, et peut ainsi jauger de l’opinion des gens du Donbass dès 2014.

« J’ai peur qu’il me soit difficile de croire à ces données et voici pourquoi. Je ne pense pas que les résultats du référendum de 2014 aient été falsifiés – et à une échelle incroyable. Des journalistes, parmi lesquels j’étais, et des observateurs ont supervisé le déroulement du scrutin et l’image observée était bien corrélée avec ce qui avait été annoncé après le dépouillement des résultats du vote.

Ce fut une année de foi universelle dans les perspectives d’ouverture, de l’unification avec la Russie, le renouvellement, la délivrance miraculeuse de Kiev, qui a imposé pendant plus de vingt ans sa volonté au Donbass, et le peuple s’est rendu aux urnes sans fin, a fait la queue pendant des heures. Voter pour l’indépendance des républiques en tant qu’État – c’est ainsi que la question posée au référendum a été formulée. Avec un grand nombre de vidéos, où les gens font la queue devant les urnes, et tous disant comme un seul homme aux journalistes leur soutien à la souveraineté et aux chefs des républiques de cette époque, on peut maintenant les trouver sur Internet. Et 89 % de ceux qui ont voté « pour » avec une participation de 74 % au référendum – ces données sont très sérieusement en désaccord avec celles citées par Viktor Medvedtchouk.

Eh bien, disons que mes collègues et moi sommes passés à côté d’une grande falsification et que cela a vraiment eu lieu. Mais une falsification d’une telle ampleur provoquerait certainement le mécontentement du public à l’égard de la RPD et de la RPL. Cependant, rien de tel n’a été enregistré. Tenons pour acquis l’argument selon lequel les gens ont tout simplement eu peur de protester ouvertement contre le fait que leur volonté a été déformée, mais il ne serait pas possible d’éviter les discussions et les rumeurs à ce sujet dans les lieux publics – dans les transports, sur les marchés. Mais je ne m’en souviens pas non plus.

Il y a d’autres points qui minent la confiance dans l’information fournie par Viktor Medvedtchouk. Je ne peux tout simplement pas imaginer comment les services sociologiques ukrainiens pourraient mener des enquêtes représentatives sur le territoire des républiques pendant les hostilités en cours. Supposons qu’ils ont essayé de contacter les gens par téléphone. Les sociologues ukrainiens n’avaient pas d’autres moyens de communiquer avec les résidents de la RPD et de la RPL. Je suis sûr que la plupart de ceux qui auraient été interrogés sur le retour des territoires sous la juridiction de l’Ukraine sous certaines conditions, ont considéré qu’ils avaient affaire à des provocateurs et ont réagi en conséquence. Il n’est pas nécessaire de parler de mesures exactes dans de telles conditions.

Et le dernier point – aussi, me semble-t-il, est très important. Je vis à Donetsk depuis mai 2014. Si nous parlons de 43 % de personnes qui veulent retourner en Ukraine, cela signifie que je dois rencontrer de telles personnes à chaque instant. Mais depuis 4 ans, je n’ai rencontré que quelques personnes àe Donetsk qui croient vraiment que sans l’Ukraine, le Donbass ne peut pas survivre. Je peux les compter sur les doigts d’une main. Vous pouvez probablement supposer que l’expression d’une telle opinion n’est pas sûre – elle n’est donc pas audible. Mais à probabilité égale, voire supérieure, il est dangereux de critiquer les autorités locales. Néanmoins, je vois des gens s’épancher de différentes manières sur les fonctionnaires, le chef de la République tous les jours et je suis prêt à supposer que ceux-là même représentent plus de la moitié. Mais une attitude négative à l’égard des dirigeants de la république ne se transforme pas automatiquement en un amour pour l’Ukraine. Pendant ces années de guerre, il y a eu un rejet fort et fondamental du pays, qui était un foyer pour les habitants du Donbass. Et pour finir. Il y a environ deux mois, on m’a parlé des données d’un sondage fermé mené dans la république. Ainsi : le nombre de votes exprimés pour le retour en Ukraine était de 8 %. Personnellement, ce chiffre me semble beaucoup plus réaliste que celui dont a parlé Viktor Medvedtchouk aux téléspectateurs de la chaîne 112. Je ne prétendrai pas qu’il induit consciemment le public en erreur – il a très probablement été induit en erreur en introduisant de fausses données, » a déclaré Babitski.

Vivant moi-même depuis deux ans et demi dans le Donbass, je ne peux que confirmer ce que dit Babitski. Sur les centaines de personnes que j’ai rencontrées ici depuis mon arrivée, seules trois se sont exprimées ouvertement pour un retour au sein de l’Ukraine.

Et ceux qui hurlent à la peur de manifester une telle opinion, il faut se souvenir qu’en 2014, la population du Donbass n’a pas eu peur d’affronter les forces de l’ordre et l’armée ukrainienne pour manifester leur refus du coup d’État du Maïdan. Vous croyez sincèrement qu’ils auraient plus peur des autorités actuelles de la RPD que du SBU, de l’armée ukrainienne et des bataillons néo-nazis ukrainiens réunis ? Allons soyons sérieux.

De plus, comme Babitski, je constate que les gens n’ont aucune crainte à s’exprimer contre les autorités de la république, et à déclarer publiquement leur mécontentement le cas échéant. Personne n’a fini en prison ou n’a disparu pour ça, contrairement à l’Ukraine où exprimer son opposition au gouvernement peut coûter très cher.

Une position partagée par un sociologue, monsieur Verchinine, dans une interview accordée à DNR Live (un média d’opposition en RPD), qui a dit que dans l’ensemble les gens donnent assez ouvertement leur opinion.

Dans cette interview, Verchinine donne même des chiffres concernant la proportion de la population qui est pro-ukrainienne en RPD. Si elle était de 20 % en 2014, elle n’est plus que de 10 % après quatre ans de guerre.

Enfin, pour prouver définitivement que ces chiffres sont bien plus réalistes que ceux de Medvedtchouk, regardons deux autres sondages. Un fait par DNR Live en RPD, et un publié par Korrespondent.net et relayé par DNR Live.

Dans le premier, les résidents de la RPD se sont exprimés sur l’endroit où ils envisageraient d’aller vivre s’ils avaient l’opportunité de déménager. Alors que 21 % pourraient envisager de déménager en Russie, ils ne sont que 7,6 % à envisager le déménagement en Ukraine ! Et près de la moitié ne veulent pas déménager ou ne l’envisagent pas. Le chiffre du nombre de personnes prêtes à déménager en Ukraine correspond peu ou prou au chiffre des pro-Ukraine donné par Babitski.

Maintenant, regardons le deuxième sondage, fait en Ukraine cette fois-ci. Il a été demandé aux Ukrainiens quand le Donbass reviendrait sous contrôle ukrainien. Le résultat fut que 75,4 % (soit les trois quarts des sondés) ont répondu « Jamais » ! Et on parle là d’une population qui dans sa très grande majorité n’a pas reçu d’obus sur la tête pendant quatre ans, et reçoit chaque jour une dose massive de propagande ukrainienne sur la récupération à venir du Donbass !

Comment Medvedtchouk peut-il donc croire que la proportion de personnes envisageant ce retour sous contrôle ukrainien puisse être plus grand en RPD et en RPL (où la population a souffert et souffre encore de la guerre que lui livre l’armée ukrainienne) qu’en Ukraine ? Cela ne tient pas la route.

Comme Kazakov et Babitski, je ne comprends vraiment pas comment Medvedtchouk a pu se ridiculiser en annonçant ces chiffres bidons sans voir le côté délirant de ces derniers. Ou souhaite-t-il tellement ce retour du Donbass qu’il est prêt à sauter sur n’importe quel chiffre confortant sa croyance en oubliant d’utiliser son sens critique pour vérifier la véracité des données fournies ?

Quoi qu’il en soit, après l’assassinat d’Alexandre Zakhartchenko qui a eu lieu vendredi dernier, le scénario de résolution pacifique du conflit est devenu impossible à réaliser sauf miracle. La population de la RPD s’est ralliée et unie derrière la bannière du chef de l’État défunt aux côtés des nouvelles autorités, et l’utilisation par Kiev de méthodes terroristes a creusé encore plus le fossé entre l’Ukraine et les deux républiques populaires.

Qui, à part des personnes ayant peu d’intelligence ou de bon sens, peut envisager de retourner au sein d’un État qui utilise ce genre de méthode pour éliminer ses opposants ?

Il est temps que Viktor Medvedtchouk cesse de croire aux contes pour enfants et ouvre les yeux sur la réalité des conséquences du conflit en cours sur la géographie de l’Ukraine.

Christelle Néant

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