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Kiev sabote délibérément le retrait des troupes et bombarde lourdement la RPD

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Par le 8 octobre 2019

Le 5 octobre, le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Vadim Pristaïko, a ainsi commencé le travail de sape de l’accord de retrait des troupes et des équipements, en déclarant qu’il était inacceptable de demander aux Forces Armées Ukrainiennes (FAU) de détruire les fortifications qu’elles ont construites dans les zones pilotes de retrait. La justification étant que les troupes pourraient devoir revenir sur leurs positions. Il a aussi exigé que le cessez-le-feu soit respecté pendant sept jours d’affilée avant de lancer la procédure de désengagement des forces, appliquant ainsi la même bonne vieille technique de sabotage utilisée par l’administration Porochenko pendant cinq ans.

La ministre des Affaires étrangères de la République Populaire de Donetsk (RPD), Natalia Nikonorova, lui a répondu via la chaîne Telegram de son ministère, en rappelant que cette procédure de correction des violations du désengagement visait à obtenir un retrait définitif des troupes et des équipements militaires, en empêchant les armées adverses de revenir sur leurs positions à l’avenir (ce que l’armée ukrainienne avait fait peu de temps après avoir mené le retrait de ses troupes à Petrovskoye).

Le fait que Kiev soit réticente à détruire ses fortifications, indique clairement que les autorités ukrainiennes prévoient de renvoyer leurs unités sur leurs anciennes positions dans la zone de retrait, une fois le show médiatique et diplomatique terminé.

L’autre point litigieux concerne l’application du cessez-le-feu. Encore une fois, Kiev impose des prérequis qu’elle viole allègrement elle-même pour justifier ensuite de ne pas appliquer ce qu’elle a signé.

Ainsi, rien que durant les dernières 24 h, l’armée ukrainienne a violé le cessez-le-feu à 39 reprises et tiré 886 munitions contre le territoire de la RPD, dont 47 obus de mortier de 120 mm, 19 obus de mortier de 82 mm, et 293 munitions de véhicule de combat d’infanterie et de véhicule de transport de troupes blindé. Ces tirs ont endommagé 13 habitations et bâtiments civils, ainsi que des lignes électriques, privant la moitié du village de Staromikhaïlovka de courant.

C’est d’ailleurs sur ce village que l’armée ukrainienne s’est acharnée, tirant à plusieurs reprises sur la localité encore aujourd’hui (principalement avec des véhicules de combat d’infanterie), endommageant ainsi 10 habitations supplémentaires.

Voir quelques-unes des photos prises sur place par la représentation de la RPD au sein du Centre Conjoint de Contrôle et de Coordination du cessez-le-feu (CCCC) :

Photo d'une maison touchée à Staromikhaïlovka

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Photo d'une maison touchée à Staromikhaïlovka

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Photo d'une maison touchée à Staromikhaïlovka

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Photo d'un cabinet de dentiste touché à Staromikhaïlovka

À l’heure où j’écris ces lignes, l’armée ukrainienne a violé le cessez-le-feu en RPD à 23 reprises et tiré 55 obus de mortier de 82 mm, 10 obus de mortier de 60 mm (mortier polonais), 50 munitions de véhicule de combat d’infanterie, auxquels il faut ajouter 24 tirs de lance-roquette et 29 de lance-grenades automatique.

Avec un bilan pareil le jour même où doit commencer la procédure de correction des violations du retrait des troupes, le moins que l’on puisse dire c’est que ce dernier est mal parti…

Surtout qu’aujourd’hui même, Pristaïko a déclaré à nouveau que les troupes ukrainiennes ne se retireraient pas de Zolotoye et de Petrovskoye tant que le cessez-le-feu n’aura pas été respecté pendant une semaine.

La République Populaire de Lougansk (RPL) a dénoncé ce sabotage manifeste de l’accord conclu le 1er octobre. Le ministre des Affaires étrangères de la RPL, Vladislav Deïnego, a souligné qu’une telle condition n’a pas prévue dans l’accord conclu, et que le retrait devait se faire peu importe les provocations de la partie ukrainienne.

Si la RPL a subi moins de violations du cessez-le-feu que la RPD durant les dernières 24 h, il semble d’après les informations du reporter Max Fadeyev, que l’armée ukrainienne tire sur les soldats de la RPL à Zolotoye, pour les pousser à répondre et pouvoir alors hurler à la violation du cessez-le-feu.

« Nous avons des ordres stricts : ne pas tirer avec des armes lourdes quelque soit les circonstances, et malgré toutes les provocations. L’armée ukrainienne profite de la situation et nous impose le dilemme suivant : soit nous restons assis et nous subissons, soit nous ripostons et répondons, mais alors ce sera prétendument de notre faute si le désengagement des troupes a été interrompu. C’est pourquoi, pour l’instant, tout le monde attend patiemment dans les abris. Et dans le même temps la délégation d’Azov se rend sur le front et déclare qu’elle ne permettra pas le désengagement des troupes… » a déclaré un des soldats de la RPL.

En effet, afin de s’assurer qu’il ne viendrait pas à l’esprit de Zelensky d’appliquer les accords de Minsk, le régiment Azov s’est installé à Zolotoye et a promis d’occuper les positions laissées vacantes par l’armée ukrainienne si celle-ci se retirait. La justification de cette violation flagrante des accords de Minsk est qu’il faut bien assurer la sécurité de la population du village contre les « méchants terroristes » de la RPL.

Ce qui est du délire absolu, quand on se souvient que l’ensemble du Donbass a voté lors du référendum de 2014 pour se séparer de l’Ukraine à une majorité écrasante (donc y compris la partie actuellement occupée par l’armée ukrainienne où se trouve Zolotoye), et que les habitants et les miliciens de la RPL ont presque tous des amis ou de la famille de l’autre côté de la ligne de front.

Pour ne pas se faire dépasser par sa droite, Zelensky a donc repris cet argument bidon, en promettant que des officiels de Kiev iraient bientôt à Zolotoye et Petrovskoye pour s’assurer que la population ne serait pas en danger.

Il faut dire que depuis la signature de la formule Steinmeier et la conclusion de l’accord concernant le retrait des troupes et des équipements militaires, l’agitation a gagné les ultra-nationalistes et néo-nazis ukrainiens, qui, fidèles à leur habitude, ont investi la place du Maïdan pour faire pression sur Zelensky. Du moins, c’est ce qu’ils semblent vouloir faire.

En effet, d’après Daniil Bezsonov, en réalité Zelensky aurait un plan B dans sa poche : ne pas appliquer les accords de Minsk en prétextant qu’il doit écouter son peuple qui hurle son opposition à la formule Steinmeier et aux accords de Minsk sur la place du Maïdan, et se contenter de geler le conflit pour développer économiquement l’Ukraine, à coup de dépénalisation des jeux d’argent et de vente massive des terres arables du pays.

Si cette idée peut sembler un peu folle de prime abord, elle ne l’est pas tant que cela. Comme le rappelle Bezsonov, la grande majorité des ultra-nationalistes et néo-nazis ukrainiens sont soit sous le contrôle d’Avakov, soit du SBU. Or Avakov a conclu un accord de loyauté avec Zelensky, après qu’ils ont convenu du découpage des sphères d’influence dans le pays et les régions.

Il semblerait donc étrange qu’Avakov lance ses néo-nazis attaquer les actions de Zelensky, sauf si c’est le but recherché par ce dernier : avoir une opposition visible à l’application de ce qu’il a signé, pour servir de prétexte à sa reculade. Car avec le score qu’il a fait au deuxième tour, Zelensky pourrait sans problème briser ce énième Maïdan en appelant ses électeurs à faire une contre-manifestation. S’il ne le fait pas, c’est que ce nouveau Maïdan l’arrange.

Certains pourront alors rétorquer que Zelensky ne semble pourtant pas vouloir prolonger le conflit, et que maintenant que Volker a démissionné, il a les mains libres pour faire la paix. Oui, mais non. Appliquer les accords de Minsk ne sera pas quelque chose de facile ni de rapide (sinon ça serait déjà fait), car les positions de l’Ukraine, de la RPD et de la RPL sont diamétralement opposées.

Or Kolomoïsky, le « mécène » de Zelensky a un but : faire rentrer beaucoup d’argent dans le pays (pour s’en mettre une partie dans les poches le plus rapidement possible). D’où la loi libéralisant la vente des terres agricoles et la légalisation des jeux d’argent. Mais pour attirer des investisseurs dans le pays il faut mettre fin au conflit et vite. Or appliquer Minsk 2 sera un casse-tête infaisable et trop long.

Et si Zelensky avait un plan B, convenu avec les autres forces politiques du pays, voire avec d’autres pays ? L’idée peut sembler saugrenue, mais plusieurs éléments indiquent que cette possibilité existe. En effet, Gordon, le fameux propagandiste en chef des gouvernements post-Maïdan a suggéré à l’antenne d’installer une grande clôture à la frontière avec la Crimée et le Donbass, de les laisser de leur côté, de développer économiquement le reste de l’Ukraine, et que les deux régions demanderont elles-mêmes à revenir en Ukraine si ça marche.

Le dernier point est du délire à l’état pur et fait abstraction du fait que même si l’Ukraine devenait une deuxième Pologne, ni la Crimée ni le Donbass ne voudraient revenir dans un pays bannissant le russe de l’éducation et de la sphère publique, glorifiant les collaborateurs des Nazis, et dont les journalistes peuvent dire tout haut à l’antenne qu’il faudrait au choix déporter 90 % de la population de ces régions, soit les passer par des camps de filtration, les priver de retraites, etc, le tout sans subir de conséquences judiciaires. Pas très attirant comme perspective.

Non, ce qui est intéressant, c’est que Gordon a demandé à Kravtchouk, l’ancien président ukrainien, ce qu’il pensait de cette idée, et que ce dernier l’a trouvée bonne. Or Gordon est une bonne girouette indiquant dans quel sens souffle le vent. S’il sort un truc aussi énorme publiquement, c’est peut être pour sonder la réaction de la population ukrainienne à cette idée, qui ne vient pas de lui, mais du gouvernement ukrainien.

L’autre point semblant confirmer cela, c’est qu’en réponse aux manifestations qui ont lieu à Kiev, Pristaïko a sorti de but en blanc que Kiev a des plans de rechange si l’application de Minsk-2 n’est pas faisable ! Des plans que l’Ukraine ne veut pas dévoiler avant de les avoir discuté avec les autres dirigeants du Format Normandie.

Le problème c’est que tant que le retrait des troupes et des équipements n’est pas mené jusqu’au bout à Zolotoye et Petrovskoye, il n’y aura pas de réunion au Format Normandie.

Comme je l’ai dit, l’Ukraine s’est placée dans une impasse, dont il va lui être difficile de sortir à présent, car la Russie a bien compris à quel jeu joue Zelensky. Les conditions imposées par Moscou pour que la réunion au Format Normandie ait lieu n’ont pas été choisies à la légère.

De son côté la RPD et la RPL se sont préparées au désengagement et ont notifié à l’OSCE l’emplacement des positions qui vont être évacuées. Demain nous verrons si l’OSCE a reçu la notification ukrainienne équivalente ou pas. Si tel n’est pas le cas, il sera alors clair que Zelensky n’a pas l’intention d’appliquer les accords de Minsk.

Christelle Néant

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2 Commentaires sur ce billet

  1. BERNARD MICHEL Le 8 octobre 2019 à 08h40min (commentaire N° 1)
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    BERNARD MICHEL

    Christelle
    Bonjour,
    Malgré l’accord de retrait des troupes et des équipements militaires dans les deux zones pilotes de la ligne de front convenu lors de la réunion des groupes de contact à Minsk, Kiev continue son rétropédalage post-signature de la formule Steinmeier, et fait tout pour ne pas avoir à appliquer cet accord.
    Le 5 octobre, le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Vadim Pristaïko, a ainsi commencé le travail de sape de l’accord de retrait des troupes et des équipements, en déclarant qu’il était inacceptable de demander aux Forces Armées Ukrainiennes (FAU) de détruire les fortifications qu’elles ont construites dans les zones pilotes de retrait. La justification étant que les troupes pourraient devoir revenir sur leurs positions. Il a aussi exigé que le cessez-le-feu soit respecté pendant sept jours d’affilée avant de lancer la procédure de désengagement des forces, appliquant ainsi la même bonne vieille technique de sabotage utilisée par l’administration Porochenko pendant cinq ans.
    C’est plus que stupéfiant, nous, nous demandons où se trouve le sens des accords passés et le respect?

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  2. Christelle Néant Le 8 octobre 2019 à 12h20min (commentaire N° 2)
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    Christelle Néant

    Bonjour
    Il n’y a aucun respect des accords signés de la part de Kiev. Aucun. Ils n’ont aucun honneur, ne respectent presque aucun accord qu’ils ont conclu. Même les accords de trêve locale pour réparer les lignes électriques ou autres infrastructures sont régulièrement violés par l’armée ukrainienne qui tire sur les équipes de réparation.

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