Ukraine – La mise en œuvre du scénario chypriote se passe comme prévu

 

Plus les événements en Ukraine se déroulent devant nos yeux, plus

 

les prédictions de Daniil Bezsonov concernant le projet de scénario chypriote de Kolomoïski-Zelensky

 

s’avèrent juste, et semblent indiquer que ce plan se déroule jusqu’ici sans accroc.

 

Levée du moratoire sur la vente des terres et légalisation des jeux d’argent

La levée du moratoire sur la vente des terres agricoles, votée en première lecture par la Rada cette semaine fait d’ailleurs partie du plan, comme l’indique Bezsonov dans un de ses articles récents.

L’autre partie du plan consistera à légaliser les jeux d’argent, mais après, pour que la population ukrainienne ne voit pas venir l’entourloupe. Car il ne faut pas se leurrer, magouilles il y aura.

« Ses gens [ceux de Kolomoïski NDLR] achèteront des terres dans les régions, qui seront destinées à la création de zones de jeux d’argent, pour un prix dérisoire. Cela augmentera la valeur des terres des centaines, voire des milliers de fois, et les villageois ne se douteront de rien. Ensuite, les investisseurs étrangers commenceront à venir, à acheter des terrains et à construire des casinos, etc. Dieu sait combien d’argent Kolomoïski et Zelensky gagneront sur cette base », écrit Bezsonov.

Comme l’avait indiqué Bezsonov dans son analyse sur le scénario chypriote, Igor Kolomoïski est un homme intelligent et les plans de gens intelligents sont souvent des plans à tiroirs. En autorisant la vente des terres il fait d’une pierre trois coups :

1) Satisfaire le FMI et les autres institutions financières qui demandent cette mesure depuis longtemps. Potentiellement cela pourrait les amadouer assez pour qu’ils lâchent une nouvelle tranche d’aide, dont une partie finira dans les poches de Kolomoïski-Zelensky (ce qui ne serait pas une première pour ce cher Igor).

2) S’enrichir personnellement en achetant en premier des terres fertiles à bas coût et les revendant après avec une bonne plus-value, quelle que soit la destination de ces terres (agriculture ou casinos).

3) Attirer ainsi des investisseurs étrangers en Ukraine et s’arranger pour détourner une partie des investissements par un moyen ou un autre.

Kolomoïski fait monter les enchères et chanter Washington

C’est en ayant cela en tête qu’il faut analyser la déclaration d’Igor Kolomoïski concernant le fait que l’Ukraine pourrait se tourner vers la Russie, en mettant en avant que cette dernière serait prête prétendument à mettre 100 milliards de dollars sur la table pour récupérer l’Ukraine (ce dont je doute très fortement). Mais contrairement à ce que certains pensent, tonton Igor n’est pas devenu schizophrène, il négocie.

Il essaye à la fois de faire monter les enchères et de tordre le bras aux États-Unis pour les pousser à abandonner les poursuites judiciaires pour « création d’un réseau criminel » lancées par une cour du Delaware contre lui-même et plusieurs de ses ex-associés de la PrivatBank.

Il dit clairement dans l’interview que les États-Unis utilisent l’Ukraine pour faire la guerre à la Russie par procuration, mais que tout pourrait être oublié avec une bonne dose d’argent. En clair, si Washington n’allonge pas plus d’argent que ce que la Russie pourrait prétendument mettre sur la table, et ne laisse pas Kolomoïski et ses amis tranquilles, alors l’Ukraine arrêtera d’être le jouet des États-Unis, qui perdront leur investissement dans le pays. Ce que Washington ne peut pas se permettre.

Il y a donc de bonnes chances que les États-Unis, et dans leur sillage le FMI (qui va pouvoir utiliser les terres agricoles ukrainiennes comme hypothèque), vont sortir le chéquier pour donner à l’Ukraine de quoi lui donner envie de rester fidèle à Washington. Et une partie de cet argent ira certainement dans les poches d’Igor et Volodymyr, prélude au pillage généralisé qui aura lieu une fois le plan de Kolomoïski pleinement mis en œuvre.

C’est bien joli tout cela me direz-vous, mais pour l’instant il manque toujours la condition sine qua non pour y arriver : mettre fin au conflit dans le Donbass.

Comme l’avait annoncé Bezsonov, après des péripéties dignes de contes de fées, des batailles épiques avec les néo-nazis, et des manifestations « anti-capitulation » qui ont accouché d’une souris (l’ultimatum de Biletski à Zelensky a expiré depuis longtemps et n’a débouché sur rien je le rappelle), le retrait des troupes et des équipements militaire a enfin eu lieu sur les deux derniers sites pilotes qui étaient exigés par la Russie pour organiser la rencontre au Format Normandie.

Mais ce qui pourrait passer pour une volonté d’appliquer les accords de Minsk de la part de Kiev, n’est en réalité qu’une nécessité de se plier aux conditions de la Russie pour obtenir le sésame vers la réunion dont Zelensky a tant besoin.

Zelensky main dans la main avec les néo-nazis

Plusieurs informations récentes confirment d’ailleurs la proximité de Zelensky avec les néo-nazis ukrainiens et le fait que Kiev n’a pas l’intention d’appliquer les accords de Minsk.

Le fait le plus marquant qui prouve que Zelensky s’inscrit dans la continuité idéologique de Porochenko c’est le fait qu’une fois de plus, l’Ukraine (tout comme les États-Unis) a voté contre la résolution de l’ONU condamnant le nazisme.

Cette proximité idéologique s’exprime d’ailleurs aussi dans les écrits de certains officiels ukrainiens, comme Alexeï Danilov, secrétaire du Conseil National de Sécurité, dont une lettre présentant un plan de « réintégration » du Donbass a fuité sur internet. D’après Alexeï Jouravko, ancien député de la Rada qui a diffusé les photos de la lettre sur son mur Facebook, il avait entendu parler d’un tel plan avant de recevoir la lettre et il avait cru à une blague. Mais une fois qu’il a reçu et lu le document il a été tout simplement horrifié.

L’authenticité de ce document reste à établir, mais ce qui y est écrit reprend des propositions déjà entendues à de multiples reprises récemment sur les plateaux TV ukrainiens. Propositions qui n’ont jamais valu la moindre poursuite judiciaire contre ceux qui les ont énoncées.

Voici ce qu’on peut y lire :

« Après le transfert du contrôle de la frontière de l’État aux Forces Armées Ukrainiennes et au Service national des frontières, il est nécessaire de commencer immédiatement le processus de réintégration et de réukrainisation de la population des territoires occupés des régions de Donetsk et de Lougansk et leur réconciliation avec les autres citoyens d’Ukraine.
Étant donné que la population des territoires occupés des oblasts de Donetsk et de Lougansk a été influencée par la propagande russe et privée d’accès aux médias ukrainiens ces dernières années, la position politique de l’écrasante majorité des résidents des territoires occupés n’est pas pro-ukrainienne.
À cet égard, il est nécessaire de donner aux résidents des territoires occupés la possibilité de quitter le territoire de l’Ukraine et de se rendre en fédération de Russie pour y établir leur résidence permanente dans un délai d’un mois.
Les mesures suivantes devraient être prises à l’égard des résidents des territoires occupés, qui ne voudront pas saisir l’occasion de quitter l’Ukraine après cette période, notamment pour déterminer leur degré de complicité dans les activités des groupes armés illégaux et des administrations d’occupation.
Il est également nécessaire d’établir une liste des personnes qui travaillaient dans des entreprises enregistrées auprès de l’administration de l’occupation et qui payaient des « impôts » au budget de l’administration de l’occupation et de celles qui étaient sous le contrôle des autorités de l’occupation, des entreprises industrielles, des organisations publiques et autres institutions.
Selon le degré de complicité, leur appliquer des mesures pénales, administratives ou éducatives. En vue de réukrainiser les habitants des territoires occupés, les réinstaller dans les régions centrales ou occidentales de l’Ukraine.
Dans le même temps, les personnes déplacées temporairement qui, en 2014-2015, ont quitté les territoires occupés et se sont installées dans les régions de l’Ukraine, sans vouloir se soumettre aux autorités d’occupation, devraient bénéficier de toutes les conditions nécessaires pour retourner sur les lieux de leur ancienne résidence.
Ce sont ces gens, patriotes de l’Ukraine, qui peuvent et continueront à restaurer le Donbass. Ils devraient recevoir tout le soutien matériel et moral nécessaire. 
»

Vous ne rêvez pas, ce que semble proposer Danilov (si le document est authentique) n’est ni plus ni moins qu’une épuration ethnique digne de ce qui a eu lieu dans l’ex-Yougoslavie. Quand près de 9 personnes sur 10 en dans les Républiques Populaires de Donetsk et de Lougansk (RPD et RPL) ne sont pas pro-ukrainiennes, on comprend que ce plan est inacceptable et ne peut que susciter dégoût et rejet de la part de la population et des autorités des deux républiques (ces dernières ont d’ailleurs vivement réagi à ce document).

Aucun pays civilisé et respectant le droit international n’imposerait à la majorité de la population d’une région d’être déportée à l’étranger ou rééduquée en étant envoyée dans une autre région, pour avoir simplement refusé le résultat d’un coup d’État soutenu par, et utilisant des néo-nazis (parce qu’il n’y a pas plus d’occupation russe du Donbass qu’il n’y a d’arbre à spaghettis). Je rappelle que l’épuration ethnique est un crime contre l’humanité !

De telles des méthodes sont dignes des ancêtres idéologiques des autorités ukrainiennes actuelles à savoir les collaborateurs des Nazis. Et le fait qu’après la fuite de ce document il n’y a eu aucune réaction officielle de la part du gouvernement ukrainien, (ni confirmation de l’authenticité du document, ni infirmation et démenti du contenu ou de la méthode proposée) montre qu’il y a de bonnes chances que le document soit authentique.

Car si ce n’était pas le cas et que Zelensky était réellement l’ennemi des néo-nazis ukrainiens, qu’il voulait appliquer les accords de Minsk et faire la paix avec le Donbass, il aurait immédiatement démenti l’authenticité du document et déclaré que de telles méthodes sont inacceptables. Or là il n’y a rien, et comme le dit le proverbe « qui ne dit mot consent ». Si Zelensky ne dénonce pas le document c’est qu’il consent à ce qui y est écrit, et qu’il y a donc de bonnes chances qu’il soit authentique. CQFD.

Je pense même que la fuite a été organisée par Kiev. Pourquoi ? Pour rendre l’application des accords de Minsk impossible. Un point important du plan de scénario chypriote de Kolomoïski-Zelensky.

Saboter complètement les accords de Minsk

Car pour amener leur plan sur la table, il leur faut justifier qu’il est impossible d’appliquer les accords de Minsk. Et quoi de mieux que la menace d’une épuration ethnique façon solution croate dans le Donbass pour braquer les deux républiques populaires et s’assurer qu’aucun compromis ne pourra être trouvé lors des négociations.

Comme l’indique Bezsonov, maintenant Zelensky doit mettre sur la table des négociations des conditions inacceptables pour bloquer totalement le processus de Minsk. Une fois arrivé au point de blocage il proposera d’introduire une mission de casque bleus, ce qui sera refusé aussi.

Il pourra alors jouer à Caliméro devant les Occidentaux, prétendant avoir tout fait pour faire revenir la paix, mais puisque cela ne marche pas il ne reste qu’à couper temporairement le Donbass qui n’est pas sous son contrôle du reste de l’Ukraine pour mettre fin au conflit, et le tour sera joué.

La preuve ? Vadim Pristaïko, ministre ukrainien des Affaires étrangères l’apporte lui-même dans une déclaration récente, où il dit clairement que si appliquer les accords de Minsk prend trop de temps, et si cela n’avance pas lors de la prochaine réunion au Format Normandie (qui devrait avoir lieu le 9 décembre), alors l’Ukraine se réserve le droit de sortir de ces accords et de chercher d’autres moyens de rétablir la paix (en soulignant que cela ne plairait probablement pas aux partenaires occidentaux). Il n’est pas possible de faire plus clair.

Ces propos rejoignent ceux de Zelensky lors de sa conférence de presse marathon où il avait fixé un délai maximum d’un an pour mettre en œuvre les accords de Minsk.

L’autre fait qui montre que l’Ukraine n’est pas pressée d’appliquer les accords de Minsk, c’est la réaction de Kiev à la déclaration de Vladimir Poutine sur le retrait des troupes. En effet, maintenant que le désengagement des forces a eu lieu sur les trois sites pilotes, le président de la fédération de Russie a appelé à étendre le désengagement le plus vite possible à la totalité de la ligne de front.

La réponse de Kiev est claire comme de l’eau de roche : il n’y aura pas d’autre désengagement des forces tant que la réunion au Format Normandie n’aura pas eu lieu. En bref, Kiev a appliqué en freinant des quatre fers les quelques points qui étaient nécessaires pour que la réunion ait lieu, mais hors de question d’appliquer réellement les accords de Minsk, puisqu’il est prévu d’utiliser cette fameuse réunion pour les saboter et montrer aux Occidentaux qu’il est impossible de les appliquer.

L’autre point important du plan de scénario chypriote c’est la préparation de l’opinion publique ukrainienne, qui bat son plein depuis le mois de septembre. Les propos disant que la population du Donbass est infectée par le « virus pro-russe », et qu’il faut s’en séparer pour protéger l’Ukraine de l’infection, se multiplient dans les médias ukrainiens. Comme nous l’avons vu il y a peu, même Radio Svoboda joue le jeu et nous a sorti un micro-trottoir parfait pour convaincre les Ukrainiens qu’il vaut mieux laisser les deux républiques populaires de côté.

Comme on peut le voir le plan de Kolomoïski se déroule jusqu’ici sans accroc majeur, et il nous reste à attendre le 9 décembre pour voir de quelle manière Zelensky va saboter la réunion au Format Normandie et les accords de Minsk une bonne fois pour toute, avant de sortir son « plan B » miracle comme un magicien sortant un lapin de son chapeau.

Christelle Néant

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