Méfiez-vous des brunes! 2ème épisode
olivier cabanel 2008-02-14 12:26:23

Marco savait tout cela.
Mais Marco c’était un peu Isnogood.
Toujours à vouloir prendre la place du Calife.
Marco n’avait qu’un but, gagner, et surtout s’enrichir, dominer, être à la tête et y rester le plus longtemps possible.
Qu’importe le moyen pourvu qu’on ait la place !
Il aimait s’encombrer de belles phrases faciles du genre :
« Quand on part de rien pour arriver à pas grand chose, on ferait mieux de rester couché ».
Faut dire qu’il avait des excuses, sa culture se limitant à la lecture en diagonale de vieux polars de Frédéric Dard ou à revoir pour la xiéme fois les films dont Audiard avait fait les dialogues.
Il pouvait réciter par cœur des séquences complètes des «tontons flingueurs ».
Carla aimait bien aussi son coté « bling-bling ». ses colliers, ses bagouzes, et ses lourdes montres rutilantes.
Un jour il avait même taxé en douce un stylo en or quasi massif, que Charly avait laissé traîner sur un bureau.
Il n'avait pas pu résister.
Pire qu’une pie, Marco, tout ce qui brillait l’intéressait, même l’intelligence.
C’est d’ailleurs comme çà qu’il avait commencé.
Il avait compris d’entrée que tout seul il n’y arriverait pas.
Alors il avait cherché à s’entourer des meilleurs.
Des avocats, des universitaires, des artistes notoires, des informaticiens, et naturellement des politiques.
Bien sur c’étaient pas des ministres ou du moins pas encore, mais il les avait tous mis dans sa poche.
Et il était patient, très patient, et obstiné, très obstiné. Il lâchait jamais.
Quand il avait planté sa mâchoire dans un morceau, il aurait fallu lui couper la tête pour qu’il laisse tomber.
Il avait un but, détrôner le vieux, et il savait qu’il y arriverait un jour.
Et Carla aimait çà.
Elle aimait çà et rien d’autre.
Çà l’amusait intensément de découvrir l’étendue de son ambition.
Elle était attirée par ce fou démesuré, toujours excité et insolite.
Elle le voyait comme un insecte amoureux d’une lumière qui lui brûlerait les ailes un jour.
Et puis, çà donnait un sens à sa vie.
Carla détestait s’ennuyer.
L’ennui c’était pour elle comme un sale vieux mouchoir jetable, un truc moche, qu’on prend, qu’on froisse et qu’on met dans une poubelle en espérant bien ne plus jamais le revoir.
Elle aimait les surprises et avec Marco, elle avait décroché le gros lot.
Ce mec avait les yeux plus gros qu’un furoncle bien mur.
Une telle avidité de pouvoir, çà la fascinait, Carla.
« Comment tu vas faire pour le supprimer, le vieux? » lui avait-elle demandé un jour.
Lui, n’avait rien répondu.
Il n’avait qu’une confiance relative.
D’ailleurs, il n’avait confiance en personne, et çà lui avait déjà sauvé la vie plusieurs fois.
Tous savaient ce qu’il voulait ou du moins ils s’en doutaient, mais ils ne savaient pas comment il s’y prendrait.
Marco était un solitaire, un loup abandonné par la meute.
Ce sont les plus dangereux.
Pas difficile, car les autres loups ne le sont jamais.
Ils attaquent en bande, seulement quand ils sont sûrs de gagner, sans prendre le moindre risque, et ils ont une trouille bleue de l’homme.
Mais lui était seul.
Dans sa banlieue, au nord de Marseille, on l’appelait aussi « le Barjot ». C’était un surnom amical, et il l’avait accepté avec un détachement agacé et un humour relativement amusé.
Alors patiemment il avait rassemblé tous les morceaux de son puzzle.
Le crime parfait : Celui dont beaucoup rêvent, et que peu concrétisent.
Il voulait tuer symboliquement.
A quoi bon faire couler le sang ?
« Je vais le détruire de l’intérieur, mais quand il s’en rendra compte, ce sera trop tard. » se disait-il.
Il avait constitué un solide fichier sur Charly.
Le faire tomber, c’était facile, mais prendre sa place, c’était autre chose.
Il fallait casser le mythe sans démolir le monument. Sinon à quoi bon prendre une place qui n’aurait plus de valeur.
« Si t’es le patron du vase, mais que t’as plus de fleurs à mettre dedans, ç’est un peu con », dicton qu’il s’était inventé, et qu’il balançait à tout bout de champ.
Donc, se disait-il « faut faire tomber le vieux, mais en douceur, sans même qu’il s’en rende compte. Faut que sa chute soit inévitable, et qu’elle fasse pas trop de vagues.
Pas besoin de le tuer, faut juste le salir.
Faut le discréditer, le mettre en porte à faux, lui accrocher tant de casseroles qu’il pourra plus bouger sans faire un raffut de tous les diables ».
Alors il avait monté son équipe.
La bande des Blanches Neiges
Il avait pris avec lui ceux qui l’admiraient, même ceux qui le jalousaient, parce que les risques étaient limités, et surtout ceux dont il avait besoin pour arriver à ses fins.
Il avait une fiche sur chacun.
Il les tenait tous d’une manière ou d’une autre.
Ils avaient tous à un moment ou à un autre fauté, et lui il le savait.
Ceux qui le trahiraient le paieraient très cher.
Ceux qui ne le savaient pas l’apprendraient à leurs dépens.
Un jour qu’il les avait réunis, pour calmer leur impatience à ramasser le gros paquet, il leur avait dit :
« Les mecs, vous êtes trop cons…Vous voulez braquer une banque. Bon, d’accord, vous allez ramasser un peu de tune, mais après, une fois que vous aurez tout dépensé, faudra recommencer, et fatalement, un jour ou l’autre votre doigt restera coincé dans le pot de confiture…. Se faire prendre pour un peu de douceur, c’est n’importe quoi…. Croyez-moi, çà sert à rien… moi, ce que je vais vous apporter, vous pouvez pas encore l’imaginer, et vous serez tous blancs-blancs.
Quasi intouchables.
La solution c’est de faire çà légalement.
Le vieux, on va lui faire le coup en douceur.
On va d’abord l’aider au-delà de ce qu’il souhaite, on va le gaver, l’enrichir pire qu’il espérait, et il aura tellement de fric qu’il saura même plus ou le mettre.
On va l’emmener au-delà de ses rêves, au point qu’ils vont devenir cauchemars ».
L’équipe de Marco, c’était pas des bras cassés, vous pouvez me croire ;
Ils avaient une solide réputation dans le milieu et un surnom collectif : Les 7 blanches neiges, dont lui, bien sur était le nain.
Méfiez-vous des brunes! 1er épisode
olivier cabanel 2008-02-13 16:50:39
Avis au lecteur
Tous les tordus qui se reconnaîtraient dans les personnages qui vont suivre ne seraient que de parfaits mythomanes, ces personnages n’ayant qu’une existence toute relative due seulement à mon imagination.
Carla regarda les techniciens de la scientifique ramasser à la pince des fragments, des choses invisibles qu’ils enfournaient dans des tubes en plastique ou des enveloppes en papier cristal. Elle était tranquille, elle savait que son amant avait imaginé toutes les éventualités, et elle tentait de se convaincre que jamais ils ne trouveraient la moindre preuve. Et pourtant au fond d’elle-même, elle avait peur qu’il ait oublié un détail, le détail qui tue, celui qui vous fait plonger.
Son subconscient faisait naître au plus profond d’elle-même des doutes, et ces doutes lui disaient qu’ils allaient trouver la preuve qu’ils cherchaient, mais çà, Carla ne voulait pas l’entendre.
Et puis au fond elle s’en tapait. Elle se rappelait leur première rencontre.Il s’appelait Marcovitch. Ses amis l’appelaient Marco et ses ennemis Napoléon, vu sa taille et son ambition.
Il n’était pas vraiment beau, avec un nez un peu trop long, et quand il faisait le con, ses grimaces le faisaient ressembler à Louis de Funes.
Sa paupière droite était agitée de soubresauts nerveux quand il était contrarié ou qu’il préparait un sale coup.
Marco avait quitté l’ex-URSS au moment de la chute du mur, et s’était gentiment constitué un pécule impressionnant, dans des opérations très glauques. Carla, dès la première rencontre, avait eu l’envie de rentrer dans son jeu, l’envie de le provoquer, de le piéger à son tour, de devenir le chasseur alors que lui pensait tomber sur une proie.
Faut dire qu’elle avait déjà un sacré tableau de chasse : elle avait fait son plein de redoutables séducteurs, des danseurs, des comédiens, des députés, des chanteurs, des écrivains, des journalistes, et pas des petites pointures, croyez-moi.
Mais elle en voulait plus.
Elle voulait surtout s’en payer un nouveau, d’un autre style.
Carla, elle aimait la nouveauté.
Elle s’était renseigné sur lui. Il avait commencé tout en bas de l’échelle du crime. Porte flingue, comme on dit. Porte flingue d’un parrain, Ennio Paoloni, que tout le monde appelait Charly, on ne sait pas trop pourquoi.
C’était en tout cas un des plus gros caïds du sud de la France.
Charly était respecté de tous. Il était puissant et personne n’avait jamais osé le défier.
Du moins, ceux qui avaient osé n’étaient plus là pour en parler.
Faut dire qu’il côtoyait les plus grands.
Les mauvaises langues affirmaient qu’il avait même des amis bien placés au gouvernement.
Charly avait du métier, de l’expérience, et un pédigrée long comme l’ennui d’un dimanche triste et pluvieux. Toujours suspecté, jamais pris. C’était sa devise. Plus blanc que la neige dont il était l’un des plus habile et efficace fournisseurs.
C’est d’ailleurs grâce à la blanche que Marco l’avait rencontré. De temps en temps Marco se poudrait les narines pour se donner du cœur au ventre, comme il disait.« une petite ligne, de temps à autre, çà peut pas faire de mal, puisque çà fait du bien »…disait-il. Charly était passionné par tout ce qui était interdit: Les armes trafiquées, le béton autoroutier, les marchés financiers, les femmes à vendre ou à louer, les salles de vente, les jeux clandestins et même les jeux permis.
Il possédait en sous main toute une smala de Casinos, et croyez moi c’étaient pas des épiceries de quartier, on y ramassait de l’argent à la pelle, et les gogos arrivaient en famille pour repartir en guenille.
Il avait même acheté quelques pizzerias, dans lesquelles on ne voyait jamais un client, mais qui lui permettaient de redonner une blancheur à des billets de banques qui ne s’étaient plus lavés depuis longtemps.
Il était plus dangereux qu’un concentré de scorpions, et pourtant quand on le croisait, avec son coté nounours pasteurisé, sa gentillesse alcoolisée, et son humour lourd comme un semi-remorque, on lui aurait donné l’absolution sans hésiter....
Le rire est en deuil une deuxième fois
lenfoire 2008-02-13 15:55:24

La maladie d'amour a emporté Henri Salvador.
Il s'est éteint ce 13 février 2008 d'une rupture d'anévrisme. Il venait de fêter ses 75 ans de succès sur la scène. Il avait 90 ans. Le coup du sort a choisi la veille de la fête de la Saint Valentin, fête des amoureux qu'il a toujours accompagnés en crooner. Crooner, il aimait l'être par dessus tout. Rire, il l'a fait toute sa vie. Rire forcé, le plus souvent. A quinze ans, à ses début, personne n'aurait pu avoir eu des études bien construites. Alors, il faisait avec les connaissances du coeur plus que celles du cerveau.
Le vieux lion est mort même si ce n'était pas le soir, lit-on dans la presse. Monument de la chanson française, que tout le monde connaissait. Attendrir toujours. Guitariste de jazz, ce qu'on oubliait un peu ces derniers temps. Amuseur public surtout. Avec toujours une petite envie de rire sous les lèvres. Personnalité dont le spectateur croyait l'exception jusqu'à la vie éternelle.
Il y a très peu, c'était Carlos qui s'en allait. Lui aussi avait choisi de rire de la vie. Autre gabarit, bien sûr. La pêche au gros chez ce dernier. La pêche à la tendresse ou à la pétanque avec la maigreur du visage comme décor, chez Henri. Même volonté de raconter des histoires gaies et entraînantes sans prétention par ses chansons envoutées ou mielleuses. Plus crooner que Carlos, Henri, après avoir lancé ses chansons paillardes et enfoireuses s'était réconcilié dans ce style avec l'amour comme toile de fond. La mélodie, il l'avait dans le sang. De mère d'origine Caraïbe et de père d'origine espagnole. La Guadeloupe chaloupée de ses parents associés comme source d'inspiration et Cayenne, lieu qui a vu ses premiers balbutiements le 18 juillet 1917. Un tel environnement de soleil l'inspira avec le soleil dans la voix. Pain d'épice sur la peau, plein d'optimisme dans le coeur, dès l'âge de 7 ans, il découvre la ville lumière. Paris l'accueille froidement au départ mais il est très vite découvert par des Django Reinhard, Duke Ellington, Ray Ventura, parmi bien d'autres. L'Amerique du Sud s'ouvre à lui dans un esprit d'équipe avec Ray. Créer son orchestre à lui pour fêter la libération. 1947 fait tourner son premier disque. Un tube sans être entubé par une gloire qu'il pouvait ressentir comme éphémère. Les risques, il n'aimait pas trop. La douceur, rien que la douceur, jamais présomptueux. Toujours "
Clopin, clopant", avec ta
Chansonnette, ta
petite souris Minnie et
ta Pipe.
Jouer aux boules avec lui, fallait faire attention. Une petite partie pour démarrer qui permettait de laisser croire qu'il y avait moyen de gagner contre lui. Mais alors, après, dès que les enchères commençaient, c'était: "Si on commençait par intéresser la partie", disait-il pour démarrer une série ininterrompue de coups gagnants pour lui et de déceptions pour les autres joueurs.
Une guitare à gratter, il l'a eu dès ses débuts et l'a un peu abandonné en fin de parcours remplacé par une chaise sur laquelle il pouvait se reposer. La canne, il ne paraissait pas l'utiliser que pour jouer le rôle de Chaplin ou de Maurice Chevalier. Et pourtant... Dormir, il aimait. Travailler en s'amusant sans jamais avouer qu'il devait endurer le travail comme tout le monde.
En 1977, quand ta moitié s'en va, Henri, tu as eu le revers. La boule qui te revenait, ton épouse Jacqueline te quittait. Tu fermes, tu t'en vas, tu plaques tout. Le
Chagrin d'amour fait mal. Alors, Adamo au Japon, Brel à Tahiti, te font, pour un temps, une place dans leur univers. En 1982, qu'espérer de mieux que l'amie de ta chère et tendre pour continuer un bout de chemin et reprendre le flambeau même si elle ne s'appelait pas
Mathilda comme dans tes rêves d'avant.
Ton Jardin d'hiver et surtout ta
Chambre avec vue sur ta vie seront notre jardin de printemps à ton retour. En 2000, Sinatra et Nat King Cole te refont danser sur les planches par petits pas toujours cadencés.
Ce
10 février, tu as connu ta dernière émission sur Europe 1. Une de plus.
Drucker, Sébastien ont enregistré tous tes rappels, tes bis de toujours. Des hommages, des images souvenirs à la pelle suivront.
Ton île t'attend, encore fois. Les copains t'y attendent déjà. Même si tu
préfères la marche à pied ou
faire de ronds dans l'eau. Tu pourras jouer le rôle de
Blanche Neige chez les Sept nains et
Vivre au soleil dans un autre
Tour de manège.
Faut rigoler et empêcher le ciel de tomber. Même si elle n'était pas toujours au soleil,
ton île, bien que tu le chantais et même si cela te rappelait
Syracuse en résumé quand il
faisait dimanche. Ta
Juanita Banana effacera toujours la
Vie grise.
Alors bon vent, Henri. Là-bas, au moins, le
travail, c'est la santé avec
Vingt-quatre heures par jour.
Attention la haut,
Zorro arrive ,peut-être avec un
petit disque de Count Basie, pour vous endormir avec la chanson douce de cet homme en blanc. Ici en bas, on continuera à t'écouter d'une oreille distraite ou passionée pour des années et des générations.
C'était hier, ce sera demain, ce
sera toujours la joie de t'entendre.
Ce sera déjà ça de gagner, si on pouvait s'endormir et seulement, vivre, vivre comme tu l'as fait sans penser au lendemain.
Merci, Henri, tu as fait du bien à tous. Tu as gagné ta vie sans Nobel.
Tu donnes, donnes, donnes.
Mais qui se souviendra d'ailleurs de la physique mieux qu'avec ton physique et ton chapeau de travers.
Tout ça c'est pas grave, d'ailleurs.
Pas de nostalgie à avoir, seulement des souvenirs et encore des souvenirs.
Bon voyage, cher Henri.

Un enfoiré de l'équipe du Panda. Les uns connaissaient tes chansons et les autres, tes coups de génie à la pétanque...
@T.REX, Il m'a fallu du temps et je donne jusqu'à lundi pour que toutes et tous vous trouviez les raisons du rejet par AV de son article et d'avoir mis à la place celui de Philippe :?: Faites travailler vos méninges et ceux qui utilise le net et le Web aurons trouver la réponse :?: Le Panda démardar :evil: juste à côté du puits :evil: