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Les Naissances au Québec

Cent Papiers 2010-08-27 18:03:54

La colère gronde. La population en a plus qu’assez de devoir accueillir une immigration toujours plus nombreuse. « Renvoyez les Tamouls chez eux! » titrait un texte relatif à un récent sondage questionnant les Canadiens et les Québécois sur la meilleure façon d’agir avec les soi-disant réfugiés tamouls (soi-disant parce qu’un sondage tenu privé par le gouvernement démontre que près de 70% des demandeurs d’asile tamouls retournent au Sri Lanka par la suite). Mais il se trouve toujours des âmes sensibles prêtes à nous ressortir le sempiternel argument usé selon lequel « on ne fait pas assez d’enfants » et qu’on devrait ainsi ouvrir encore davantage nos portes. En fait, ce n’est même plus une question de réfugiés. Nous sommes envahis, littéralement, par une immigration plus nombreuse que la plupart des pays développés. Comme je l’écrivais ici, si le Québec réussit à atteindre son objectif de 55 000 immigrants par année, nous en recevrions, proportionnellement à notre population, 1% de plus que l’Autriche, 15% que l’Angleterre, 18% que la Suède, 22% que la République Tchèque, 26% que la Corée du Sud et la Norvège, 83% que les Pays-Bas, 86% que les États-Unis, 104% que l’Italie, 108% que la Belgique, 111% que le Danemark, 140% que l’Allemagne, 150% que la France, 176% que la Hongrie, 189% que la Finlande, 202% que la Turquie, 391% que la Slovaquie, 539% que le Portugal, 601% que la Pologne, 1003% que le Japon et 1806% que le Mexique! C’est cela, une invasion. Or, l’argument selon lequel nous ne faisons pas assez d’enfants ne tient pas. Il ne suffit pas de compiler les données du nombre d’enfants par femme pour obtenir un résultat concret. Des pays extrêmement pauvres ont des femmes qui ont en moyenne près de quatre enfants, mais beaucoup ne survivent pas cinq ans et d’autres meurent très tôt par la suite, n’ayant pas la possibilité d’enfanter. Ces chiffres sont au mieux anecdotiques; ce qui compte, ce n’est pas le nombre d’enfants qu’une femme met au monde, mais plutôt le ratio total entre le nombre de naissances et de décès. En extrapolant: si nous vivons extrêmement vieux et en santé, nous n’avons pas besoin de beaucoup d’enfants pour assurer la croissance de notre population. Observez le graphique ci-dessous. Ratio naissances/décès des pays à l’indice de développement humain le plus élevé1
Pays Naissances (en milliers) Décès (en milliers) Ratio
Irlande 75 29 2.59
Islande 5 2 2.50
Nouvelle-Zélande 64 29 2.21
Australie 285 137 2.08
Corée du Sud 263 144 1.83
États-Unis 4247 2453 1.73
Québec 89 57 1.56
Canada 381 246 1.55
Norvège 62 41 1.51
France 822 546 1.51
Luxembourg 6 4 1.50
Royaume-Uni 790 560 1.41
Pays-Bas 185 134 1.38
Espagne 495 391 1.27
Suède 112 90 1.24
Suisse 78 63 1.24
Belgique 126 104 1.21
Finlande 60 50 1.20
Danemark 63 55 1.15
Grèce 118 110 1.07
Lichtenstein 0 0 1.00
Autriche 76 77 0.99
Japon 1108 1142 0.97
Italie 569 592 0.96
Allemagne 651 841 0.77
Si on observe ce graphique, on réalise que sur l’ensemble des vingt-cinq pays (incluant le Québec) à l’indice de développement humain le plus élevé, le Québec arrive au septième rang de ceux dont le ratio entre les naissances et les décès est le plus élevé. Concrètement, nous ne sommes pas en train de mourir et nous ne sommes pas en train de nous éteindre. La natalité québécoise se porte mieux que des pays très prospères comme le Canada, la Norvège, la France, le Royaume-Uni, la Suède, les Pays-Bas, le Japon et l’Allemagne. Si nous vivions en vase clos, le Québec verrait sa population augmenter plus rapidement que tous ces pays. Mais alors, pourquoi nous impose-t-on une immigration aussi nombreuse, sinon pour nous diluer dans un multiculturalisme à la canadienne faisant des Québécois une ethnie comme une autre? Pourquoi devons-nous subir une immigration beaucoup plus nombreuse à la fois que notre capacité d’intégration et que la plupart des pays développés? La colère gronde, mais elle n’est pas encore entendue. Nous pouvons accueillir de nombreux immigrants, leur offrir la chance de vivre dans une société pacifique et hautement développé, les aider à se réaliser parmi nous, mais à plus de 50 000 immigrants par année, nous n’arrivons ni à intégrer ces gens ni à nous offrir la chance de protéger notre langue, notre culture et nos valeurs. Il serait peut-être temps, au Québec, de réaliser que notre natalité se porte très bien et que nous n’avons pas besoin du fardeau d’une immigration trop nombreuse pour notre capacité d’intégration. Et si on osait accueillir un nombre d’immigrants plus restreint – peut-être 15 000 par année – et qu’on se permettait ainsi de mieux les intégrer? Les Tamouls doivent repartir. Mais qu’ils nous permettent d’avoir un sain débat sur le rôle de l’immigration et sur la pertinence de diluer encore plus une société plus en quête de sens que jamais. Les données sont pour l’année 2009 et proviennent d’Eurostat, sauf pour le Québec et le Canada, dont les données proviennent de Statistique Canada, l’Australie, les États-Unis et le Japon, dont les données sont pour 2008 et proviennent de l’INED et la Corée du Sud, dont les données proviennent d’une estimation de l’ONU pour la période 2005-2010. Louis Prefontaine, partenaire de Cent Papiers

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michele delpech

Vous avez des problèmes avec l'immigration. Rassurez-vous, demain ce sera pire. L'Occident n'a pas su garder son avance intellectuelle. Résultat, ce sont les peuples les moins favorisés qui nous tiennent la dragée haute. Ca va dans le sens de l'histoire. C'est toujours le plus fort qui gagne. En l'occurence, le plus fort, c'est le plus nombreux. Donc, à quand une Saint Barthélémy, un hollocauste, une tragédie ougandaise à la sauce occidentale, un nettoyage ethnique. Des bateaux à soupapes pour noyer ceux qui gènent, sur le Saint Laurent, comme en Vendée, sur la Loire, pour détruire les chouans, ça aurait une sacré gueule, non !!!!!! Bon, je digresse. Mais quand même, avouez que c'est tentant. Nous n'avons pas d'autre alternative que de nous entendre. Alors, mettons-nous les pendules à l'heure, et avançons de concert vers des jours meilleurs.

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Les métaux rares, l’arme économique du XXIème siècle ?

Cent Papiers 2010-08-27 17:59:24

Les matières premières minérales stratégiques, bien que nécessaires en très petites quantités, sont indispensables au développement de produits technologiques sophistiqués. Elles s’appellent indium, palladium, gallium ou encore antimoine et se trouvent aujourd’hui partout, du simple téléphone portable, de l’iPad jusque dans nos avions en passant par la voiture électrique. Si les pays occidentaux en sont très friands, ils n’ont en revanche aucun contrôle sur leur approvisionnement. La plupart de ces métaux sont des sous-produits, extraits de gisements d’où sortent d’autres minerais à titre principal, et nécessitent des procédés de raffinage et traitement métallurgique complexes. La difficulté et le coût élevé de production conduisent souvent à une forte concentration du savoir-faire et des installations nécessaires à ces procédés. Il en résulte que les entreprises exploitantes se trouvent souvent en position de quasi-monopole, quand ce ne sont pas les États miniers eux même. A l’instar de la crise de 2000 du Tantale dont le cours a été multiplié par dix suite à l’explosion des téléphones portables, l’inélasticité de la production des métaux rares ainsi que leur production très concentrée créent deux goulots d’étranglement critiques susceptibles de mener à de graves crises d’approvisionnement futures. L’Union Européenne s’est penchée sur cette problématique et a nommé un groupe d’experts chargé de plancher sur la question. Leur rapport a été publié début juin avec des résultats alarmants. Le développement économique de l’Union Européenne menacé par l’approvisionnement en matières premières critiques. Le comité d’experts, présidé par la commission européenne, a étudié 41 matières premières minérales indispensables au développement des nouvelles technologies à l’horizon 2030, notamment dans l’amorce du virage éco-responsable de l’Europe. Parmi les matières premières étudiées, 14 ont été qualifiées de critiques car présentant un risque d’approvisionnement élevé en conjonction avec une importance économique croissante. La production de ces matières critiques est concentrée en un nombre restreint de pays producteurs à savoir la Chine, la Russie, la République Démocratique du Congo et le Brésil. L’Europe se trouve ainsi dans une situation de dépendance quasi-totale avec une moyenne de 95% d’import de ces 14 matières premières critiques en 2006, et avec un faible taux de recyclage et peu d’options de substituabilité. L’inquiétude est d’autant plus grande que le rapport projette que la demande de ces matières premières va exploser dans les 20 prochaines années, proportionnellement à l’évolution des nouvelles technologies. Ainsi la demande de gallium pourrait être multipliée par 20 et celle de l’indium par 8 d’ici 2030. La sonnette d’alarme est donc tirée et bien que le groupe d’experts maintienne un discours politique neutre dans son rapport, l’opposant principal dans cet enjeu économique de demain est clairement identifié. Avec une concentration de production de 10 des matières premières critiques sur 14 et des mesures restrictives quant à leur exploitation et exportation importantes, la Chine est sans conteste leur préoccupation principale. La stratégie offensive chinoise Plus que préoccupante, la Chine agace, la Chine dérange. Refusant de jouer le jeu du commerce international, la Chine applique une stratégie commerciale, fiscale et d’investissement destinée à se réserver l’exploitation exclusive de ses ressources avec la mise en place de nombreuses mesures restrictives, telles que les taxes, quotas, subsides et règles d’investissements restrictives. Étant donné leur position dominante de fournisseur, ces restrictions influent sur les prix mondiaux mais faussent également la concurrence mondiale des industries en aval. Les mesures mises en place par la Chine sont en violation de plusieurs articles du GATT, mais également de plusieurs des engagements qu’elle a pris dans le cadre de son protocole d’adhésion à l’OMC. Des consultations y ont été entamées par l’Union Européenne sur ce point avec la Chine.N’ayant pas abouti,  l’Union Européenne s’est adressée à l’organe de règlement des différends de l’organisation. Les demandes de consultation avec la Chine ont été déposées le 23 juin 2009 à l’OMC. Le 29 mars 2010, la composition du groupe spécial de règlement des différends a été arrêtée par le directeur général, soit 9 mois plus tard. Malgré son importance stratégique, Le dossier n’a pas avancé à ce jour. En revanche, la Chine a depuis annoncé de nouvelles restrictions drastiques concernant les terres rares, matière première critique dont ils détiennent 97% de la production mondiale. L’exploitation sera désormais centralisée et restreinte à quelques grandes sociétés nationales avec des quotas d’exportation ne dépassant pas les 25% de la production et une interdiction de délivrer toute nouvelle licence d’exploitation. En somme, la Chine installe un monopole total sur une matière première indispensable au niveau mondiale, au vu et su de tous. Une guerre totale à armes inégales En sus des discussions entamées à l’OMC, l’Union Européenne étudie des pistes de résolution visant à réduire les risques d’approvisionnement en matières premières. Outre la mise en place de mesures stratégiques pour l’amélioration de l’accès aux ressources primaires, leur recyclage et les recherches pour des produits de substitution qui sont très longues et complexes à mettre en place, les deux grands axes passent par la mise en place de pressions sur la Chine via l’OMC et le développement de coopérations bilatérales avec l’Afrique. Sauf que la Chine ne se bat pas avec les mêmes armes que l’Union Européenne. Les grands champs de batailles d’hier sont les conflits économiques d’aujourd’hui et la Chine l’a bien compris. Aussi ont-ils déjà investis l’Afrique pour la question des matières premières et se jouent-ils des règles internationales, conscients de leurs faiblesses. La Chine possède aujourd’hui l’avantage du choix des armes et de l’initiative de l’attaquant. Ils s’inscrivent dans une temporalité différente de la nôtre et frappent efficacement lorsque nous peinons à lever le bouclier pour nous défendre, alourdi par le poids de nos structures peu efficientes. L’Union Européenne, première puissance mondiale par le PIB, avance une fois encore en ordre dispersé, face à une armée disciplinée et formée aux méthodes de combat de notre siècle. Quand les dirigeants européens prendront-ils le temps de lire Sun-Tzu pour comprendre que la lutte est inégale et qu’il faut changer de stratégie? Eve Pesesse, partenaire de Cent Papiers

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Sarkozy et la Woerthencourt

taverne des poetes 2010-08-27 08:49:07

Alors que l’affaire Bettencourt connait des rebondissements, j’ai souhaité faire passer mon message par une voie artistique. Le slam m’est apparu comme un moyen d’exprimer ce que j’ai sur le cœur. L’album de 7 titres est paru mercredi 25 août sous le titre "Elle court, elle court, la Woerthencourt". Les textes sont reproduits ici.  Plusieurs ont déjà été publiés sur Le Panda et CentPapiers mais les voici rassemblés dans un tout compact, et mis en musique. Bonne écoute (cliquez sur l'image) et bonne lecture ! "Rapide comme un coup de slam", on pourrait dire. Il est en effet plus facile de lire des textes et de les accompagner de fonds musicaux rudimentaires, que de créer des chansons avec couplets et refrains. J’ai utilisé les deux méthodes : les textes sont chantables (dont 3 sur des airs connus) mais c’est sous la forme de slams- quelquefois chantonnés -que je vous les fais découvrir sur cet album. Si vous n’aimez pas le "chantonné", zappez la première piste de lecture ! La Woerthencourt 23 juillet 2010 (sur l’air de "Il court, il court le furet") Elle court, elle court, la Woerthencourt, La Woerthencourt du bois d’Compiègne. Elle court, elle court, la Woerthencourt ça sent l’ambiance fin de règne. Elle est passé par Neuilly Elle est passée par le roi. Mais il y a Philippe Courroye Qui en fait des confettis. Refrain : Elle court, elle court, la Woerthencourt, La Woerthencourt du bois d’Compiègne. Elle court, elle court, la Woerthencourt ça sent l’ambiance fin de règne. Elle repasse par Nicolas La Woerthencourt de Neuilly. L’intouchable Sarkozy La refile à ses amis. Refrain : Elle court, elle court, la Woerthencourt, La Woerthencourt du bois d’Compiègne. Elle court, elle court, la Woerthencourt ça sent l’ambiance fin de règne. L’argent reste bien caché La Woerthencourt est passée. Faut penser à renflouer : “Au bon peuple de payer !” Refrain : Elle court, elle court, la Woerthencourt, La Woerthencourt du bois d’Compiègne. Elle court, elle court, la Woerthencourt ça sent l’ambiance fin de règne. En vla des Woerth et des pas mûres ! 23 juillet 2010 En vla des vertes et des pas mûres ! Sur les comptes du ministre Woerth Qui dit que l’enquête est ouverte. Mais la juge se heurte à un mur. En vla des vertes et des pas mûres ! Sur la femme du ministre Woerth. Entre elle et lui, il y a un mur, Dit-il. Mais c’est mensonge en pure perte. En vla des vertes et des pas mûres ! Sur la copine du couple Woerth Qui se retrouve face au mur, Qui jette l’argent par les fenêtres. En vla des vertes et des pas mûres ! Sur nos députés qui se murent Et puis qui votent en cachette. La réforme de nos retraites. Assez des vertes et des pas mûres ! Nous allons faire trembler vos murs. A l’Assemblée ! Aux baïonnettes ! Qu’on récolte, les blés sont mûrs ! Inspecteur d’Eric Connaissez-vous l’inspecteur d’Eric ? Il n’est pas comme le célèbre Derrick. Il est bien plus obéissant. Il se montre très complaisant Avec les bandits du pouvoir. Faut dire qu’il n’a aucun pouvoir. Aux ordres du procureur du roi Et de son ministre, il doit Se rendre au ministère Dans le cadre de la grosse affaire Qui met en cause Woerth, Eric ! Il n’est pas comme, à la télé, Derrick. Il le fait pas venir au commissariat Car le ministre du travail, Il a vraiment beaucoup de travail. A son bureau il se rendra. “Je vous ai convoqué…”, dit aussitôt Eric, Pour classer sans délai l’affaire. Il faut sauver la République !” Il lui tend un papier : “C’est clair ?” Oui, répond le futur commissaire A qui Eric a promis du galon S’il lui pose les bonnes questions, Et s’il sait étouffer l’affaire. De toute façon, il n’a pas le choix. Il est aux transmissions, Courroye, Et son ministre au gouvernail. Eric lui donnera la médaille. Il la donne bien sûr aux notables Mais aussi à certains comptables Comme aux généreux donateurs. Alors pourquoi pas à lui la Légion d’honneur ? Philippe Courroye 19 juillet 2010 Il a pour nom Philippe Courroye. Il est le valet du court roi. Il est au service de la cour, L’allié de Liliane Bettencourt. Avec lui, riches et puissants Trouvent toujours un arrangement. Un coup d’fil au proc de Nanterrre, C’est une affaire qu’on enterre ! Sarkozy donne ses instructions Pour qu’il n’y ait pas d’instruction. Philippe Courroye de transmission Accepte et brouille les transmissions : Il triera les informations En faisant surtout attention De mettre en avant toutes celles Qui empêchent que la chancellerie chancelle Impliqué par le majordome ? « Et alors quoi ? Y’a pas mort d’homme ! » Ce n’est pas l’inspecteur Derrick Qui s’occupera d’l’affaire d’Eric. Du proc, Sarko a fait un juge ! Et donc l’affaire il se l’adjuge. « Cuisine de justice et dépendances » Voilà l’image que donne la France. Elevé à l’ordre du mérite Par le puissant prince de Neuilly Si la confiance périclite, Il ne faut pas être surpris. Ce proc prononce des gardes à vue Et protège les gens en vue Il sait se mettre au garde à vous Mais comme il s’occuperait de vous ! Cet étouffeur d’affaires sensibles Sans pitié vous prendrait pour cible. Et pire sera la suppression De la fonction d’juge d’instruction. C’est désormais maître Le Borgne Qui s’exprime au nom d’Eric Woerth. Dans l’herbe court la souris verte Que s’apprête à cueillir le borgne… L’emmerdant, c’est l’Arros On se souvient de Le Luron Un soir à la télévision Qui jeta un froid dans les rangs De Mitterrand. Aujourd‘hui le gouvernement Peut bien faire cent remaniements C’est bien trop tard, l’embêtant court : Bettencourt ! L’emmerdant c’est l’Arros L’emmerdant c’est l’Arros L’emmerdant c’est l’Arros Crois-moi Toi qui passes pas sous les échelles Par crainte et par superstition, Sais-tu qu’il vole vers les Seychelles Ton pognon ? Elle s’est acheté l’île d’Arros, La dame qui roule en carrosse. L’paradis à trois sauts de liane Pour Liliane, Crois-moi, l’emmerdant c’est l’Arros, L’épine du gouvernement Qui te gouverne et qui te ment Quant toi tu bosses. Crois-moi, l’emmerdant c’est l’Arros, L’épine du gouvernement. Crois-moi cette fois il est vraiment temps Que tu le rosses ! Beaux bobards pour bobos verts 23 juillet 2010 Ah l’Eric, ah ! Ah l’Eric, ah ! Ah ! C’est bien pire que l’Erika, ah ! Moins sympa que la vague verte, Voici venir la vague Woerth ! Ah les bobos ! Ah les bobards ! Les Verts qui jurent mais un peu tard. La France souffre comm’ l’Amérique Il a pourri son âme, Eric. Les turpitudes de Liliane Font pire que BP en Louisiane. Ah les bobos ! Ah les bobards ! Les Verts qui jurent mais un peu tard. Nous sommes - mazette ! - englués Dans le mazout jusqu’au nez ! Malgré cette noire marée, Le ministre, il reste amarré. Ah les bobos ! Ah les bobards ! Les Verts qui jurent mais un peu tard. Il continue de se marrer Tout comme les riches évadés. Pour parer à cette situation, Il n’y aura pas d’juge d’instruction. Pas non plus de contrôle fiscal. “Ecrivez ça dans le journal !” Ah les bobos ! Ah les bobards ! Vous en lirez plein le canard. Je reviendrai à L’Oréal (texte construit sur l’air de Charlebois  : "Je reviendrai à Montréal") Je reviendrai à L’Oréal Dans mon grand Airbus bleu de mer J’ai besoin de briller en l’air Au-dessus des aurores boréales. J’ai besoin de cette lumière Du gros trésor qui là-bas dort Qui règne sur mon univers, Qui m’offre des habits cousus d’or. Je reviendrai à L’Oréal Une fois qu’j’aurai classé l’affaire, J’aurai viré ce grand cheval D’Eric Woerth bien avant l’hiver Je veux reprendre du dessert Dans une enveloppe grand format. Quant à ceux qui passent pas l’hiver, J’m’en fous, ceux-là m’regardent pas. Je reviendrai à L’Oréal Dans mon grand Airbus bleu de mer Je reviendrai à L’Oréal Retrouver mes petites affaires, Retrouver mes petites affaires. Lilli Bettencourt 15 juillet 2010 Elle a plein d’amis à Neuilly, Lilli Elle aime beaucoup Sarkozy, Lilli Et ce serait de mauvais gré Qu’elle irait en Suisse émigrer Du moins c’est c’qu’on dit à Bercy. C’est la patronne de L’Oréal, Lilli. Mais cela lui est bien égal, Lilli Et l’argent de ses cosmétiques, Il va droit chez les Helvétiques Grâce à ses amis politiques. C’est là qu’elle a connu Eric, Lilli Un gentil gars bien sympathique, Lilli. Qui vient souvent chercher du fric Dans sa belle maison de Neuilly Pour la campagne de Sarkozy. Si elle amasse autant de biens, Lilli C’est seulement parce qu’elle le vaut bien, Lilli. N’allez pas dire qu’c’est pas normal, D’échapper au contrôle fiscal Tout cela est parfaitement légal ! C’est qu’elle aime trop la liberté, Lily Et son credo, c’est l’amitié, Lily C’est pourquoi elle graisse la patte Du premier candidat de droite. C’est qu’elle aime bien son pays. Cette dernière chanson n’a pas été acceptée par le site Jamendo. Peut-être parce que c’est une parodie de la chanson de Pierre Perret. Mais j’avais modifié la mélodie.Sans doute pas assez... On peut donc l’écouter ici. (Je rappelle que c’est du slam donc c’est à peine chantonné).

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taverne des poetes

L'album a été écouté au moins 258 fois depuis sa sortie. Certains ont fait remarquer qu'il n'était pas aussi drôle que la tradition Voris le laissait espérer (cf : "Le vélo zélectrique" et autres chansons amusantes des débuts ou encore la chanson sur le ménisque de Guy dit l'Enfoiré). Mais ce n'était pas le but recherché ici. Le but est bien de dénoncer les turpitudes du président et de son gouvernement. Un second album sortira la semaine prochaine, cette fois sur la politique menée contre les Roms. Vous pouvez suivre l'élaboration de l'album au jour le jour, vu que je publie les textes au fur et à mesure sur mon blog : http://tavernedespoetes.lesdemocrates.fr/

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Concertos, symphonies, symphonies concertantes

taverne des poetes 2010-08-25 12:03:43

Ne vous laissez pas déconcerter par le risque de confusion de ces trois genres ! On peut aisément les différencier. C'est l'objet de cet article que de les décrire avec leurs particularités. Ces trois genres se distinguent essentiellement par leur origine et leur structure. Mais aussi par les grands noms qui s'y rattachent. I - Le concerto, une œuvre en trois temps d'origine italienne Le concerto est en trois mouvements (sauf exceptions) : rapide, lent, rapide. Le concerto, tout comme son nom, est d'origine italienne. Il se développa dès la période baroque. Le concerto classique est issu du concerto grosso baroque mais avec un contraste accru entre le soliste et l’orchestre. Quelquefois, les appellations sont trompeuses. Ainsi, alors que le concerto est une pièce musicale pour un ou plusieurs instruments accompagnés d’un orchestre, certains compositeurs, tel Béla Bartók, ont nommé des œuvres "concertos pour orchestre". Ce titre ne doit pas tromper ; il a été choisi afin de souligner le traitement virtuose des différents instruments de l’orchestre. Les inventeurs du concerto sont Antonio Vivaldi bien sûr, mais aussi Arcangelo Corelli, Giuseppe Torelli mais aussi Giuseppe Tartini, Francesco Geminiani, Pietro Antonio Locatelli. A la suite de tous ces Italiens, Bach composera les "concertos brandebourgeois", Mozart et Chopin s'illustreront aussi dans le genre. Pour un plus large descriptif du concerto, lire mon article "Le concerto, dialogue en trois mouvements avec un virtuose". II - La symphonie est une œuvre en 4 mouvements (au moins) qui nous vient d'Europe centrale (Autriche, Allemagne, Bohème) La symphonie se distingue du concerto par sa structure en 4 mouvements (au moins) : un mouvement rapide de forme sonate, un mouvement lent, un scherzo (ex-menuet : lire mon article "Comment le menuet est devenu le scherzo"), puis à nouveau un mouvement rapide pour le final. Cependant, la symphonie peut comporter jusqu'à 8 mouvements. Contrairement au concerto, on ne peut plus parler de forme fixe pour la symphonie dont les créateurs modernes ont fait éclater les structures classiques. Alors que le concerto est né à la période baroque, la symphonie proprement dite n'a vu le jour qu'au deuxième tiers du XVIII ème siècle avec Haydn et la période classique. Le père de la symphonie est Joseph Haydn. C'est lui qui en a fixé les règles. Mais il n'en pas l'unique inventeur. Le genre fut initié précédemment par Mannheim, Stamitz, Sammartini, Wagenseil. Si la symphonie est autrichienne et allemande, elle ne tire pas moins son origine lointaine de la sinfonia italienne qui était une ouverture d'opéra structurée en 3 mouvements (vif - lent - vif). C'est Beethoven qui fera de la symphonie une œuvre grandiose, magistrale. Haydn en a composé 106 (recensées à ce jour) contre seulement 9 pour Beethoven, qui sont cependant plus connues. Mozart, à la suite de Haydn, a également contribué au développement du genre. III - La symphonie concertante, autre genre autonome La symphonie concertante est la dernière à voir le jour. Elle apparaît quelques années avant la Révolution française. Née au croisement du concerto et de la symphonie, elle ne constitue pas moins un genre bien à part de ces deux autres. Elle tient de la symphonie parce que les parties du ou des solistes ne sont pas en opposition ou en conflit avec l'orchestre. Mais elle tient aussi du concerto parce qu'elle est écrite pour des solistes qui jouent leur propre partition. L'ancêtre de la symphonie concertante est le concerto grosso. Joseph Haydn, auteur de 106 symphonies classiques, n'a composé qu'une seule symphonie concertante : la Symphonie concertante pour violon, violoncelle, hautbois, basson et orchestre en si bémol majeur (1792), aujourd'hui classée comme sa Symphonie nº 105 (Hob. I:105). Encore cette symphonie tient-elle plus du concerto grosso que de la symphonie concertante de forme mozartienne. Mozart, influencé par l'école de Mannheim et par Johann Christian Bach (le « Bach de Londres »), en créa trois, la première étant la plus connue : La Symphonie concertante pour violon, alto et orchestre en mi bémol majeur, K. 364 (1779), la seule achevée et authentifiée. Ludwig van Beethoven n'en a composé aucune. Sur la symphonie concertante, je vous renvoie à l'article très complet de Fergus : "La symphonie concertante : de Stamitz à... Sarkozy" P. S : Vous trouverez sur mon site perso "Jazzytudes" mes modestes travaux : 2 mini symphonies.

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taverne des poetes

Illustration : des Shadocks déconcertés symphonisant en formation de concerto grosso modo.

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Le complexe du fumiste

Cent Papiers 2010-08-24 18:48:26

Plus que de marcher à côté de ses pompes, c’est le sentiment insurmontable qu’on ne les mérite pas. La plupart des histoires n’ont ni commencement ni fin et c’est particulièrement vrai pour le narrateur, qui ne peut raconter que bien après le début et sera bien en peine de commenter en direct sa propre mort. Parfois, tout commence bien avant nous, dans l’esprit des autres, leur regard, leurs propres peurs et insuffisances, leur capacité incroyable à asséner des jugements comme des vérités. Le plus souvent, tout tourne en boucle dans le chaos intérieur de nos propres doutes.

De grandes facilités

Peut-être que ça commence là. Ou pas. Comment savoir ? J’étais une élève avec de grandes facilités, sur ce point-là tout le monde accordait ses violons. Une éponge, encore que, comme le disait Woody Allen, une éponge n’a pas d’ennemi et que mon pire ennemi a toujours été moi-même. Un buvard. Un bon gros papier buvard au toucher duveteux qui pompait la constellation de taches que mon stylo-encre crachait sur mes cahiers. Le savoir qui coulait en moi comme une source rafraîchissante, et qui s’y fixait, dès lors, indélébile, n’attendant que l’occasion d’être ressorti, à ma sauce. Apprendre était plus que facile : c’était monstrueusement jouissif, un baume à peine apaisant sur une soif d’apprendre intarissable. Tout rentrait, tout se fixait et j’étais cette bonne élève indispensable pour flatter l’ego des professeurs, leur donner l’illusion qu’ils servaient tout de même à quelque chose. Alors, je m’appliquais à leur plaire, à partager avec eux l’intense satisfaction du savoir qui nourrit l’esprit, le chavire, le hisse à de nouveaux horizons. Et plus c’était facile, plus c’était plaisant, plus je faisais strictement ce que l’ensemble du système scolaire attendait de moi et plus je nourrissais le malaise insidieux, la sensation écrasante de ne pas mériter ma place, de n’être qu’une tricheuse qui devait sa réussite à sa bonne réputation et à l’art subtil de manipuler les autres. De l’autre côté du spectre scolaire, il y a les méritants, les besogneux, ceux pour lesquels rien n’est donné, rien n’est aisé, tout est laborieux, ceux pour lesquels chaque petite réussite, circonscrite autour du nombril de la moyenne, a été arrachée de haute lutte, par un travail acharné. Pas de jouissance dans l’apprentissage, que du travail. Rien de brillant, que du constant, une discipline de fer, des week-ends studieux, des cahiers de vacances religieusement remplis. Ceux-là forcent mon respect, alimentent mes doutes et une profonde culpabilité. J’ai l’impression de leur voler le fruit de leur travail, de les spolier de leur juste récompense, de bafouer leurs efforts. Je suis la ligne de la moindre résistance, du moindre effort et j’emporte le morceau haut la main. J’ai mal pour eux, je me vois parfois dans leur regard et je me déteste. Alors, je deviens le pitre de service, j’enrobe toute cette esbroufe dans un costard de Bozo le clown et à eux aussi j’offre le spectacle qu’ils attendent, je mets en scène ma propre fatuité, l’incroyable escroquerie de mes fameuses facilités.
  • Je suis un fumiste

C’est Étienne qui vient de lâcher ça, complètement à contre-temps, alors que nous traversons en bus Paris au crépuscule pour nous rendre à nos TP d’éthologie. J’ai continué ma carrière scolaire avec cette absence totale du sens de l’effort et j’ai atterri sous les lambris glorieux de la Sorbonne. J’ai débarqué comme un pèlerin dans un amphi bondé où se côtoient pas moins de 30 ou 40 nationalités, la crème d’une certaine élite internationale, le Mont-Blanc au garde-à-vous, l’uniforme discret de la bourgeoisie, chacun sapé pour un peu plus d’un trimestre de mes revenus sur le dos. L’impression de n’être pas à ma place n’est pas plus forte que d’habitude. Je vis avec depuis tellement longtemps qu’elle fait partie de moi. L’absolue certitude que toute ma vie n’est qu’une vaste imposture, la sensation permanente qu’à moment donné, une main va se poser sur mon épaule et qu’une voix basse va m’enjoindre fermement à regagner la sortie, parce que, désolés, mais la comédie a assez duré. J’attends d’être démasquée tout en poursuivant le jeu, faute d’un meilleur choix. Et puis, il y a ce grand type bizarre, là-bas, en haut des gradins, une sorte de Viking rouquin et hirsute qui disparaît presque entièrement dans sa barbe à la ZZ-top sans que cette dernière masque totalement le Canon qu’il porte en sautoir autour du cou. Le gars est tellement décalé dans le décor, tellement aussi incongru que moi, que je me dis qu’il ne peut pas être totalement mauvais et que je décide de m’en faire un ami. Je fais souvent ça, dans la vie. Je rencontre des gens qui entrent en résonance avec moi, des gens dont je me dis qu’ils valent la peine de faire des efforts pour eux et je décide d’en faire des amis. Envers et contre tout. Et généralement, ça marche. C’est comme cela qu’Étienne est devenu mon binôme. Un peu circonspect, mais pas hostile non plus. On s’entend plutôt bien, mais rien de bien intime. Jusqu’à cette déclaration à l’emporte-pièce. Je suis un fumiste Il vient pratiquement de se foutre à poil devant moi. C’est brutal et d’autant plus saisissant qu’en une seule et unique phrase, il vient de mettre un mot sur tous mes doutes. Nous avons en commun la certitude de notre imposture et de notre inadaptation flagrante, de notre capacité à tromper tout le monde, tout le temps, à commencer par nous-mêmes. Nous sommes définitivement amis. Sans faux-semblants, cette fois.

Le monde des pros

Mettre des mots sur son problème ne guérit pas. Cela éclaire, mais ne répare pas. Quand j’étais gosse, j’avais une drôle de manière de voir le monde du travail. C’était l’univers des grands, des adultes, de ceux qui savent et qui font. Le monde du travail était peuplé d’experts, de femmes impeccables gainées d’un tailleur strict et surmontées d’un chignon serré, d’hommes mandibulaires en costumes trois-pièces ou de MenPower efficaces et précis dont le regard d’aigle tutoyait des horizons inaccessibles de compétence concentrée. Le monde du travail c’était le monde des pros, un monde d’une perfection mathématique, avec des savoirs presque ésotériques qui nourrissaient des machines parfaites à produire des choses parfaites. Un monde archétypal dans lequel j’ai immédiatement eu l’impression d’entrer par effraction. Dès le départ, je n’étais pas à la hauteur des exigences de cet univers fantasmatique qui nous est aussi abondamment vendu par la pub. Je débarquais comme un jeune chien fou, impatient de bien faire, persuadé de la nécessité absolue de devoir faire ses preuves en étant totalement efficiente et plus précise qu’une machine, loin de mon monde intérieur, fait de sensations floues, d’intuitions, de fulgurances et d’approximations. Ce fossé entre mon imaginaire professionnel et la réalité du terrain était bien sûr impossible à combler et plus je me suis démenée pour toucher à cette perfection désincarnée, plus je me suis usée et convaincue de mon absolue incompétence, de mon inadaptation intrinsèque à la mécanique humaine d’un univers plus hiérarchisé que productif. J’étais illégitime dans mon travail, dans mes réalisations, sur mon bulletin de paie, dans l’ensemble de mes rapports dans le monde du travail, que ce soit avec les collègues ou les clients. Je faisais semblant d’appartenir à ce monde tout en me rendant parfaitement compte que la plupart des gens que je côtoyais faisaient strictement la même chose. Comment vivre avec le complexe du fumiste dans un monde qui glorifie les gens sûrs d’euxComment parvenir à se vendre quand on est intimement convaincu qu’on ne vaut rien ? Comment parvenir à vivre avec les autres, quand on craint sans cesse que notre vacuité et notre insignifiance finissent par éclater aux yeux de ceux que nous considérons comme nos amis et les détournent de soi ? Il m’arrive parfois de distordre tellement la réalité que je vois soudain un monde peuplé de fumistes, de gens étouffés par la même certitude de leur indignité. Je découvre alors l’immense Internationale des fumistes, de tous ces gens profondément humains, faillibles et imparfaits, contraints de jouer la comédie de la perfection dans un monde factice gouverné par des hommes-machines, par de foutus imposteurs qui nous forcent à nous conformer à leur cauchemar éveillé. Monolecte partenaire de Cent Papiers

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Un marché averti n’en vaut hélas pas deux !

Cent Papiers 2010-08-24 18:43:47

Comment expliquer aux investisseurs Américains et étrangers ayant placé leurs avoirs aux USA en Bons du Trésor, obligations diverses et autres produits d’épargne que le Gouvernement Américain ne les leur rendra pas intact? La Réserve Fédérale n’a-t-elle pas en effet annoncé à l’occasion de sa réunion d’Août la poursuite des baisses de taux quantitatives et – donc – la levée de toute protection (résiduelle) pour les heureux titulaires de papiers valeurs libellés en dollars? Les esprits chagrins seraient certes tentés de voir là une manipulation politique (à moins de trois mois des élections du « mid term ») visant à conforter – sur le court terme bien-sûr – ceux des électeurs Américains (c’est-à-dire pratiquement tous!) ayant emprunté sans compter… et tant pis si ces artifices contribuent activement à torpiller sur le long terme l’épargne de leurs propres citoyens! Cas d’école en réalité à la portée d’étudiants en première année de sciences économiques que ces injections massives de liquidités – via l’activation frénétique de la planche à billets – qui, à force de mettre du dollar dans le système, finiront pas lui supprimer toute valeur car les revenus payés par l’Etat Fédéral sur ces placements, eux, restent stagnants! Passe encore pour l’Américain moyen, peu sensible à la dépréciation de sa monnaie nationale, et encore persuadé que son Gouvernement protègera ses avoirs. La grogne commence néanmoins à se faire entendre globalement, illustrée par l’OPEP dont un des membres (l’Iran) vient de déclarer: « Ils achètent notre pétrole et nous donnent un papier sans valeur »… Et pour cause: les Etats-Unis d’Amérique, qui ont 234 ans, n’ont-ils pas crée sur ces seules quatre dernières années la moitié de la masse monétaire de toute leur Histoire? Un remake de 1929 avec son lot de défauts de paiement colossaux n’est certes plus d’actualité mais remplacer la banqueroute par la perte sévère du pouvoir d’achat (l’autre nom de l’inflation) n’est-il pas reculer pour mieux sauter? Le « Bureau of Labor Statistics » ayant ainsi récemment calculé que le pouvoir d’achat du billet vert avait décliné de 80% en l’espace de 60 ans environ et ce dans une conjoncture de connivence (ou d’inconscience?) généralisée puisque le marché obligataire US bénéficie d’un rush spectaculaire émanant de la classe moyenne Américaine et des investisseurs internationaux. Ces détenteurs de ce « papier sans valeur » ne sont-ils pas persuadés que le déclassement du dollar sera sans incidence sur ces placements et que les rendements sur les T-Bonds à leur plus bas historique induisent une inflation totalement absente des radars? Et tant pis si les marchés obligataires se trompent régulièrement dans leur prévision inflationniste…  Il est vrai que la grande préoccupation contemporaine serait plutôt la déflation dont le spectre est, à juste titre, entretenu par de très mauvaises statistiques du chômage.  Après tout, l’armée de sans emplois et de ceux qui sont sous employés consommera de moins en moins, contribuant ainsi à exercer une pression baissière sur les prix. Cercle vicieux qui, à écouter la quasi totalité des analystes, serait seul susceptible d’être éradiqué par une activation hyperbolique de la planche à billets… Pourtant, l’inflation et la politique monétaire de la Réserve Fédérale US, finiront tôt ou tard et immanquablement à diverger: comment ferez-vous ce jour là pour protéger votre patrimoine? Préparez-vous pour le sauve-qui-peut hors du dollar et hors du papier Américain! Michel Santi AVIS:  Un site internet spécialisé dans le trading Devises (forex) publie sous ma signature des recommandations sur l’Euro/Dollar et d’autres devises. En dépit de multiples demandes de ma part, les animateurs de ce site persistent à conserver ces pages et à faire un usage abusif de mon nom. Ceux qui m’ont écrit à ce sujet le savent: je ne fournis nul conseil d’investissement et refuse toujours de formuler des conseils en placement. Merci de votre compréhension Michel Santi partenaire de Cent Papiers

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L’anglomania laurentienne

Cent Papiers 2010-08-24 18:39:38

En revenant, voilà deux ans, dans mon patelin banlieusard de la couronne nord, j’ai remarqué un phénomène qui n’est habituellement pointé que du côté de l’île de Montréal (et Laval, il ne faut pas l’oublier), soit l’anglicisation. Je l’avais bien remarqué, mais l’avait aussitôt classé dans la catégorie « subjectif », faute de preuves. Mais une partie de ces preuves se retrouvent aujourd’hui dans l’article de Josiane Yelle, « Les Laurentides s’anglicisent lentement, mais sûrement », paru dans le journal L’Écho de la Rive-Nord, d’après le bilan du Mouvement Laurentides français. Selon l’indice de vitalité linguistique (IVL), on y indique que la « langue anglaise possède désormais une vitalité près de quatre fois supérieure à celle du français dans la région des Laurentides. » Et pour pointer encore plus précisément le phénomène, les municipalités de Blainville et de Sainte-Anne-des-Plaines ont vu une croissance accrue « de leurs anglophones de langue d’usage de près de 47 % » en cinq ans. La goutte :
Par ailleurs, la croissance de l’indice de vitalité linguistique de l’anglais est anormalement élevé à Blainville, Boisbriand et Rosemère, où les données indiquent une vitalité entre 6 et 36 fois supérieure à celle du français. La Ville de Sainte-Anne-des-Plaines atteint toutefois un sommet avec une croissance de l’indice de 45 %.
À ce point, le président du Mouvement Laurentides français avoue que son mouvement « agit surtout à titre de chien de garde, du moins, pour le moment. » De mon côté, je me demande bien ce qui pourrait, soit renverser la vapeur, soit stabiliser le phénomène, parce qu’il ne faut surtout pas oublier qu’il s’agit d’un phénomène où le libre-choix est important. On ne parle pas d’anglophones ou d’allophones qui refusent d’apprendre le français (même si dans l’absolu il est aussi question de libre-choix, on ne peut pas le nier). Une chose est sûre, c’est que cela démontre bien le caractère extrêmement attractif de la langue anglaise au Québec, malgré sa majorité francophone qui devrait agir comme un rempart (au niveau de l’usage). Mais cela ne semble pas assez… Et c’est aussi une preuve que le bilinguisme (qu’on nous vend comme une panacée) n’est pas que positif, puisque cela participe au déclin du français comme langue commune. Ça me fait penser à une anecdote. J’étais dans une boutique de Bois-des-Filion, attendant de payer mes achats. Le client devant moi ne parlait qu’anglais et la dame qui s’occupait de lui à la caisse ne lui répondait qu’en français. Ils se comprenaient, mais je sentais bien que la dame voulait par cela lui rappeler qu’on est au Québec et qu’au Québec on se parle français en public. Peut-être que certains seront outrés par le fait que quelqu’un qui travaille au service à la clientèle se permette de ne pas répondre en anglais à un anglophone, mais ce que je sais, c’est que le propriétaire de la boutique était à côté d’elle et l’aidait, tout en conversant en français. (Pour y avoir déjà été avec un ami, et qu’il m’ait un peu raconté l’historique de la place, il se pourrait bien que la dame en question soit la femme du propriétaire, donc sûrement la copropriétaire…) Des francophones sont libres de vivre en anglais. Des allophones et des unilingues sont libres de ne pas apprendre le français. Alors pourquoi ne serions-nous pas libres de tenter par tous les moyens de faire passer le message que le français est la langue commune au Québec, tout en étant fiers, voire même hautains? Il est grand temps de sortir du complexe d’infériorité. Renartleveille partenaire de Cent Papiers

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michele delpech

Le français est ma langue. C'est aussi celle qui exprime avec le plus de sensibilité les idées, d'où qu'elles viennent, de quelles que sortes qu'elles soient. Elle est le fruit d'une association subtile du latin et du grec, du germain et de l'arabe, et même d'autres peuplades, dans un lointain passé. Elle fut la langue des ambassadeurs, même chez les arabes du Golfe. Touche pas à ma langue, et enrichis-t-en !!

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Chasse aux Roms : Sarkozy, applaudi par l’extrême droite italienne, obéit au Front national

Cent Papiers 2010-08-24 18:30:17

A quand Marine Le Pen au gouvernement ? Si la surenchère xénophobe actuelle de Sarkozy – avec ses hommes de main du gouvernement, Hortefeux-le-condamné-pour-injures-raciales et Besson-le-traître – déchaîne les critiques de la presse internationale, de l’ONU et de la Commission européenne, il en est qui applaudissent à tout rompre : la Ligue du Nord italienne. Son député Claudio d’Amico a en effet estimé que les actuelles expulsions de Roms étaient la « ligne juste à suivre » et devraient servir d’exemple à l’Italie : « Nous devons intervenir au plus vite, dans la mesure où le risque est que les Roms expulsés de France se dirigent aussitôt vers l’Italie. Il faut donner un signal fort pour éviter que cela se produise. Qu’il soit clair pour tous, Roms et non-Roms, que dans notre pays, ceux qui vivent d’expédients et de violations de la loi ne sont pas tolérés et ne doivent plus remettre les pieds sur notre territoire. » C’est beau comme du Estrosi et son désormais fameux : « Français ou voyou, il faut choisir« . Pour bien mesurer la « qualité » de ce soutien à la politique sarkozyste, il faut savoir ce qu’est exactement la Ligue du Nord. Extrait de notre billet du 31 mars dernier, juste après son « triomphe » aux élections régionales, Vent mauvais sur l’Italie, lui-même reprenant en partie un article de 2006 (merci à nos archives !) : « ce n’est pas d’hier que Berlusconi montre sa sympathie envers l’extrême droite. Lorsqu’elle remporte les législatives de 2001, sa coalition s’appuie entre autres sur la Ligue du Nord d’Umberto Bossi, ce dernier étant nommé ministre de la Réforme du premier gouvernement Berlusconi de l’histoire, poste qu’il occupera jusqu’en juillet 2004, lorqu’il est victime d’un accident cardiaque. La Ligue du Nord revendique l’autonomie régionale d’une région mythique baptisée Padanie, pour éviter que ne soient versées des aides au Sud du pays, qualifié de « véritable Tiers-Monde italien« . Xénophobe obsédé par l’immigration, Bossi a proposé l’érection d’un mur le long des côtes italiennes, pour empêcher les clandestins d’arriver. Ses troupes en chemises vertes, la « garde nationale padane », diffusent des tracts au contenu sans équivoque : « Usines de la Padanie, n’embauchez pas de Méridionaux« . Bossi lui-même vitupère le « nazisme rouge né de l’alliance entre banquiers et francs-maçons [qui] tient l’Europe avec le lobby des gays« . Marqué par un nouveau souci de santé, un accident cérébral, il a pourtant fait son retour sur la scène politique à la fin de la campagne, pour tenter d’apporter à Berlusconi les 4% de voix que peut mobiliser la Ligue, ce qui lui vaudrait de conserver des ministères. » Parenthèse avant de poursuivre la citation de notre billet d’avril 2006 : notons que les 4% sont aujourd’hui devenus 12,7% ! Où s’arrêtera une formation capable de plus que tripler son score en quatre ans ? En s’alliant à l’extrême droite dès 2001, Berlusconi n’a-t-il pas joué à l’apprenti sorcier ? « Dans le gouvernement sortant lui appartenaient en effet les portefeuilles du Travail, de la Justice et de la Réforme, du moins jusqu’à la démission du titulaire de ce dernier, Roberto Calderoli. Ce roi de la provocation proposait l’année dernière : « Pour chaque journée de captivité d’un otage italien, il nous faut expulser et renvoyer chez eux mille musulmans vivant en Italie et originaires des États voyous. » Le 16 février, un ultime dérapage entraîne son départ du gouvernement : il ouvre sa chemise pendant le « 20 heures » de la première chaîne de la RAI pour montrer un tee-shirt qu’il s’est fait confectionner, représentant les fameuses caricatures de Mahomet. Le lendemain, en Lybie, se déroule une violente manifestation devant le consulat d’Italie de Benghazi, qui est incendié, et les affrontements entre protestataires et policiers font onze morts. Berlusconi lui demande sa démission le soir-même et il obtempère le 18 février. » Les sinistres membres de la Ligue du Nord aujourd’hui, qui vont gouverner deux régions italiennes, sont loin de s’être calmés. En témoigne l’opération suivante, à laquelle Celestissima consacrait un billet le 19 mars dernier : « Toujours à l’avant-garde de la xénophobie (et pourtant la concurrence est rude) la Lega Nord a inventé une nouvelle ignominie. Dans la province d’Arezzo, ses militants distribuent aux passants des échantillons de savon liquide en leur recommandant de les utiliser après avoir touché un (ou une) immigré(e). Indigné, à juste titre, Alfio Nicotra, chef de file de la Fédération de gauche et membre de Rifondazione Comunista s’est étonné que Maroni, le ministre de l’Intérieur, n’intervienne pas pour lutter contre cette « apologie du racisme » : « Ce qui se passe dans la Province d’Arezzo est très grave (…) le message délivré est dévastateur : il signifie que, parce qu’ils sont étrangers, des êtres humains sont sales et porteurs de maladies. N’ayant pas la moindre proposition politique pour combattre la crise qui frappe aussi dans notre région et dont le gouvernement Berlusconi est responsable, les dirigeants de la Ligue du Nord, qui appartiennent au gouvernement, préfèrent distraire l’opinion publique en prenant des initiatives répugnantes qui doivent être immédiatement et sans restriction, condamnées par toutes les forces politiques. Qu’attend le ministre de l’Intérieur qui doit appliquer la loi interdisant l’apologie et la diffusion du racisme pour alerter les forces de l’ordre afin de mettre fin à cette honte ? » Un coup d’oeil au journal ou à la propagande électorale de la Ligue du Nord parachève la démonstration : l’extrême droite italienne décomplexée est encore pire que notre Front national ! » Voilà la formation qui plébiscite les expulsions de Roms opérées par le pouvoir sarkozyste ! Ah il y a certes de quoi être « fier d’être Français« … Marine Le Pen ordonne, Sarkozy le fait Tiens, justement, qu’en disent ceux qui n’ont que cette devise à la bouche, notre Front national ? Communiqué de Marine Le Pen, 28 juillet : « La réunion consacrée aux nomades à l’Elysée est l’occasion pour un Président de la République en grande difficulté de gonfler les biceps devant les caméras, espérant faire croire aux Français qu’il agit. En réalité, comme d’habitude depuis huit années que Nicolas Sarkozy est en charge de la sécurité, il n’y aura que discours, vagues déclarations d’intention et détermination feinte. Comme sur tous les sujets, aucune action concrète ne suivra et la situation continuera de se dégrader, dans nos villes et nos villages où des centaines de camps illicites perturbent gravement la vie de nos concitoyens. La technique de communication sarkozyste est maintenant bien connue et elle trouve dans la gauche et les associations bobos des complices bien commodes. Les cris d’orfraie de ces « idiots utiles » permettent au gouvernement de faire croire à l’opinion qu’il est sur une ligne dure. Que ces professionnels de l’indignation se rassurent : le gouvernement ne fera strictement rien. » Raté, Marine ! Sarkozy, Hortefeux et Besson exaucent en réalité ses désirs : « Marine Le Pen, vice-présidente du Front national, demande à Nicolas Sarkozy de cesser l’esbroufe médiatique et d’engager enfin une action de restauration de l’ordre public sur l’ensemble du territoire national. Les camps illicites doivent être démontés, les populations nomades en situation illégale renvoyées chez elles, sans pécule et avec l’assurance qu’elles ne reviendront pas, contrairement à ce qui se passe aujourd’hui. » Bon, pour obéir pleinement à l’injonction de la formation d’extrême droite française, il n’eût pas fallu verser 300 euros par adulte et 150 par enfant à ces Roms « volontaires » pour retourner en Roumanie et en Bulgarie. Quant à obtenir « l’assurance qu’elles ne reviendront pas« , la Le Pen gonfle les muscles mais ne trompe personne : c’est strictement impossible. Et la grande majorité de ces Roms, citoyens européens de plein droit bénéficiant de la liberté de circulation à l’intérieur de l’Union, reviendront. Parce que s’ils vivent en France dans des campements qui sont d’innommables amas de détritus, dans la misère la plus noire, c’est pourtant encore pire chez eux. En attendant, puisque la clique sarkozyste fait si bien ce que demande le FN, une suggestion : pourquoi ne pas confier le ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale à Marine Le Pen ? Au point où l’on en est… Olivier Bonnet partenaire de Cent Papiers

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T.REX

"la grande majorité des Roms Volontaires au retour contre argent sonnantreviendront. Parce que s’ils vivent en France dans des campements qui sont d’innommables amas de détritus, dans la misère la plus noire, c’est pourtant encore pire chez eux" Je tiens à signaler que si ces campements sont des amas de détritus c'est avant tout grace à eux ! Des aires d'accueil aménagées sont prévues par la Loi 2000-614 du 05 juillet 2000 et personne n'est dispensé de respecter la Loi! En conséquence, Il n'y a aucune raison d'accepter des camps "illicites" sur le territoire. Si les Roms se complaisent à vivre dans leurs détritus et excréments ce n'est tout de même pas la faute aux élus des communes. La Roumanie et la Bulgarie accueillent sans doute moins bien que la France leurs propres Roms et les pousseraient avec plaisir vers la sortie sans que cela ne dérange personne et quand la France ("expulse des volontaires?")les ramène parce qu'ils occupent des campements sauvages de manière illégale, le Monde entier crié au scandale !!?? Jusqu'au pape qui les invite à le rejoindre au vaticamping ! Le gouvernement Roumain devrait balayer devant sa porte ! Vous nous prenez pour des Benêts,Olivier! :mrgreen:
taverne des poetes

Attention ! Voilà de la bombe « Elle court, elle court la Woerthencourt », mon album de slam politique et musical paru aujourd’hui : http://www.jamendo.com/fr/album/73832 Je prépare une suite sur la politique à l'égard des Roms...
Gasty

Un auteur nommé RAKOVA a écrit ceci : Gestionnaire d’une aire d’accueil (par la SARL GDV) des gens du voyage à Jaux proche de Compiègne, j’ai été surpris après 1 année d’activité d’apprendre la dépense engagé par l’ARC auprès du délégataire dont j’étais salarier. En effet depuis mon arrivée dans cette entreprise j’avais relevé beaucoup d’anomalie voire dysfonctionnement quant aux procédures de fonctionnement de cette entreprise sous couvert de l’agglomération de Compiègne. J’ai donc fait mon enquête sur les points ci-dessous. Liste nominative des nomades avec listing des dettes ou interdiction d’entrée sur les aires d’accueil géré par cette SARL. Nous devions réclamer les dettes sur ce listing et aprés paiement seulement les autoriser à séjourner sur l’aire ou interdire l’accès aux nomades qui ne payer pas une dette, les dettes était parfois des pénalitées donnée par la SARL GDV sans motif et surtout sans pouvoir de police ou autres, la liste des gens du voyages ne respecter pas les droits de la liberté, les renseignements donnée sur cette liste sur des nomades sont incroyable et non vérifiable (vol, détérioration, mauvais comportement) Tarifs électrique surfacturé jusqu’à 20 fois le prix normal. Cette entreprise subventionné par l’agglo et la CAF à auteur de 361 000 euros/ans, surfacturé l’électricité aux gens du voyage 25cts du kw/h alors qu’il la payer parfois seulement 3 cts ou 6 cts suivant les périodes à l’année et pour cette aire les nomades ont payer 65 000 euros (loyer, eau, électricité), depuis mon intervention l’ARC à fait baissé le tarif électrique à 3 cts du kw/h. Malheureusement la SARL GDV refuse d’établir les factures et les remboursements aux quel ils ont droit. Non respect du droit du travail. A ce jour 3 salariés ont déposé plainte aux prud’homme contre cette entreprise pour : travail dissimulé, harcèlement moral, licenciement abusif, non respect des procédure de licenciement..... Non respect du contrat de délégation du service public Le contrat avec l’agglo de Compiègne n’est pas respecter depuis l’ouverture de l’aire en 2008, aucun équilibre des comptes, non respect des clauses de permanence sur l’aire 365 jour ans 24h/24h, entretien non effectuer ou seulement quand il y a des visite officiel. Les chiffres des interventions social complétement injustifiée et augmenter. Le rôle de l’ARC le délégant Non seulement averti depuis le départ sur cette entreprise et leur méthode de fonctionnement peut avouable, l’ARC dont M. Philippe Marini (Sénateur maire de Compiègne) qui est aussi le président de l’ARC, protège cette entreprise de toute sanction, il est vraie déja que l’appel d’offre était de 234 000 euros alors pourquoi rémunéré 361 000 euros cette entreprise qui ne respecte pas le service publique ? Quel est l’intérêt de l’agglo, ou de M. Marini à maintenir cette entreprise en place ? Est ce que GDV fait des dons à des partis politique ? J’ai du mal a comprendre mais en tout cas les chiffres sont la : budget total gens du voyage 950 000 euros en 2009, et pourtant voici ce qu’on leur attribut 85m² de bitume une douche un toilette, il paie l’eau 5.65 euros le m3 et ont payer 25 cts le kw/h leur place 4.5€ par jour pour 1 caravane plus leur caravane de cuisine soit 135€ par mois. Voici mon constat beaucoup d’argent dépensé pour les gens du voyage dans les chiffres mais concrètement rien. La SARL GDV le délégataire Basé à Marseille cette entreprise fait l’objet de beaucoup de scandale la ou ils ont des aires d’accueil et pourtant tout en étant délégataire d’un service publique elle engrange des bénéfice record pour une petite entreprise. 1 280 000 euros, la gérante ce rémunère 25 0000 euros /net mensuel et pour les bénéfice à pris 600 000 euros de dévident. Un salaire mensuel moyen de la gérante de 75 000 euros pour un CA de 3 280 000 euros, ceci est déjà un scandale mais malheureusement légal. Cette entreprise achète des bien en Outre Mer. Elle ne respecte pas leur salarié mais aussi les gens du voyage, elle font aussi beaucoup de chantage et provoque la peur de nos élus, "si nous lachons les nomades vont tout détruire" voici les propos de M. Klumpp directeur de l’AREAT et Conseillé technique de GDV sa concubine étant la gérante M. Guilloteau. Et la justice ? Des plaintes sont déposé aussi pour fausse déclaration auprés de la CPAM auprès du procureur de la république, diffamation, mise en danger. Au prud’homme malheureusement la procédure des prud’homme est lonque et laisse en déshérence plusieurs ex-salairè, quand aux procureur de la république c’est est encore pire, ayant fournit les courrier et fausse déclaration auprès de la CPAM que cette entreprise à fait avec une plainte le procureur semble ne pas donné suite. les plainte de mes collègues pour harcèlement moral ne semble rien donné non plus... Politique et justice semble encore étroitement liè. Dernièrement je me suis rendu sur l’aire d’accueil des gens du voyage afin de rassuré les nomades et de leur proposé un collectif afin de défendre leur droit, il apparait que les gendarmes est chercher à m’en dissuadé en insistant sur le but de mes passage sur l’aire en me tenant de faux propos notamment celui que cette aire est un terrain privé ce qui est faut bien entendu, mais je ne cède pas aux pressions. J’ai besoin par contre d’aide et un journaliste d’investigation qui pourrait faire une enquète sur toutes les autres aire géré par cette entreprise, dont j’ai déja des témoignage édifiant des salariès travaillant pour eux.
michele delpech

S’ils se prennent pour un peuple élu, comme d'autres qui vivent de l'innocence des gens qui les accueillent, il ne faut pas qu'ils s'étonnent qu'un jour, les pillés se révoltent et veuillent les virer. J'ai vu une aire aménagée spécialement pour les gens du voyage, avec tout le confort qu'on peut désirer lorsqu'on déambule de la sorte, être saccagée par la première vague de roms venue, alors que la municipalité normande où je vivais avait tout fait dans les règles. Que doit-on en conclure. Que les gens du voyage méprisent les gens qui les accueillent et que les autres finissent pas leur rendre la politesse, puisque ceux-ci ne veulent absolument pas s'intégrer. C'est si facile de faire la charité auprès de populations laborieuses et compatissantes. Je me souviens d'une petite fille de quatre ans environ, de cette communauté, qui me dit, lors que je passais par son campement pour rejoindre les transports en communs, à Nantes, il y a quelques années : « vous les gadgés, vous êtes méchants ». Je lui répondis que nous ne l'étions pas plus qu'eux, simplement. C'est dire si l'éducation de ces gosses est particulièrement dangereuse pour l'avenir. Sans doute y a-t-il des irrégularités de la part des sociétés qui gèrent les aires de repos pour les gens du voyage. Cela dit, ce n'est pas ça qui inquiète les sédentaires. Non, ce qui les inquiète, c'est le racket, la mendicité forcée et même les soi-disant ouvriers issus de ces communautés. Ceux-ci ne sont pas spécialement qualifiés, et n'ont pas autorité auprès des assurances. Ainsi, un travail mal fait, dans sa maison par exemple, et qui porte atteinte à l'intégrité de celle-ci, ne peut être remboursé. De plus, la rapine étant souvent sous-jacente à ces individus, il leur est facile d'effectuer un tour de tout ce qui est intéressant dans une propriété, et d'y revenir ultérieurement. Malheureusement, quand on accepte un camp de manouches, roms, et autres dénominatifs, près de chez soi, les larcins deviennent monnaie courante, y compris pour l'eau qu'on vous pique allègrement s'il n'y a pas de point d'eau publique à l'endroit. Ce que nous redoutons, c’est que la force devienne nécessaire pour faire respecter nos lois par des gens qui s’en moquent éperdument et qui ne se gênent pas pour détruire le mobilier urbain quand un des leurs s’est fait buté par la police parce qu’il fonçait sur un des fonctionnaires avec une voiture volée. Que les esprits chagrins cessent leur mauvaise foi coutumière et regardent la réalité. Que les pseudo-intellectuels cessent de nous embobiner avec leur discours facile de respect des droits de l’homme qui ne devraient à priori respecter qu’une certaine classe de population, à savoir les emmerdeurs et les voleurs.
michele delpech

J'ai oublié un détail fort désagréable. Lorsque les gens du voyage font leurs besoin, ils les font en groupe, sur les chemins, et ne recouvrent pas le produit de leurs efforts. Le papier hygiénique vole partout, et ces lieux d'aisance improvisés deviennent impraticables pour les promeneurs. Quand on dit qu'il faut apprendre le caniveau aux chiens, on pourrait ordonner qu'il en soit de même pour ces individus.
T.REX

Posté par 5856 :
Voici mon constat beaucoup d’argent dépensé pour les gens du voyage dans les chiffres mais concrètement rien.
à Gasty, Tout ce que cela prouve c'est qu'il y a des escrocs partout et que les gens du voyage ne sont pas à l'abri de ces derniers. Cela conforte également l'idée que confier une mission de service public à une entreprise privée n'est jamais très bon pour la collectivité ! Mais cela n'apporte pas d'argument qui nous éclaire sur les raisons de l'expulsions des camps de roms illégaux. :?:
T.REX

Posté par 5856 :
Que doit-on en conclure? Que les gens du voyage méprisent les gens qui les accueillent?
à michèle et Gasty, Un extrait des arguments en faveur d'un projet de loi du sénat en 2002 et le lien vers ce projet datant de 2002 et depuis pris en compte pour modifier la loi 2000-614 : http://www.senat.fr/leg/ppl02-039.html Aujourd'hui encore, les maires sont trop souvent confrontés au stationnement illégal des nomades qui s'installent en toute impunité en dehors des aires d'accueil aménagées à leur intention. Certes, le maire peut interdire, par voie d'arrêté, le stationnement des gens du voyage en dehors de ces zones lorsque la commune a rempli ses obligations en matière d'accueil. Dans ce cas, il peut saisir le juge des référés pour obtenir l'évacuation des terrains occupés illégalement. En fait, la législation sur le stationnement des nomades est trop laxiste car avec l'arrivée massive de flux d'Europe orientale, les campements sauvages se multiplient : terrains de sport, espaces verts, parkings... Pour s'installer, les intéressés n'hésitent plus à dégrader les équipements publics ou à pirater les boîtiers électriques et les bouches à incendies. A cela s'ajoute une délinquance d'autant plus difficile à réprimer qu'ils sont très mobiles, ce qui ne facilite ni leur recherche, ni leur condamnation, ni même l'exécution des peines. Pire, lorsqu'après des semaines de démarches, les communes obtiennent enfin l'expulsion des nomades, c'est aux frais des contribuables honnêtes qu'il faut ensuite enlever les monceaux d'ordures abandonnées ou réparer les équipements vandalisés. Ces problèmes ne résultent d'ailleurs pas seulement des carences de la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000, ils sont aussi liés à l'insuffisance des modalités du contrôle prévues par la loi n° 69-3 du 3 janvier 1969. Celle-ci distingue en effet deux types de titres de circulation : le livret (article 4) pour les nomades qui « justifient de ressources régulières » et le carnet (article 5) pour ceux qui ne remplissent pas ces conditions. Le carnet de circulation est soumis à validation périodique, le décret d'application n° 70-708 du 31 juillet 1970 précisant que les autorités habilitées à délivrer les visas sont les commissaires de police et les commandants de brigade de gendarmerie. Toutefois dans les faits, le contrôle reste très aléatoire. C'est assez édifiant, non ? :-?
michele delpech

A force de tout mélanger, on finit par gripper la machine politique. C'est facile de traiter de facho un maire confronté à des exactions de roms. Celui-ci a deux solutions : soit se taire et laisser faire jusqu'à ce que ce soient les citoyens de sa commune qui réagissent de manière musclée, soit faire marcher la machine judiciaire. La deuxième solution est lourde et mise en oeuvre seulement quand il y a des preuves de dégradation de la vie dans sa ville. Avec ce raisonnement, la France va de nouveau droit au fanatisme et à l'ordure politique - voire l'extrême droite.
Thym-Thym

A quand Marine Le Pen au gouvernement Bientot, bientot ........:lol:
michele delpech

Malgré leurs pitoyables prestations, les gens de l'extrême droite gagneront parce que les autres formations politiques sont trop frileuses à régler des problèmes de société que tout le monde laisse pourrir, y compris le front national d'ailleurs. L'hypocrisie mélangée à la crise de conscience et aux droits de l'homme, c'est une bombe qui va nous péter à la gueule un de ces jours. Alors, continuons à nous foutre du monde et ce sont les salauds et les cons qui tireront les marrons du feu encore une fois. L'humanité n'évoluera jamais, de la sorte. Merci la conscience ; merci les pets foireux ; merci les langues bien pendues et les muscles saillants !

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Nicolas Sarkozy: chronique d’une mort annoncée.

Cent Papiers 2010-08-24 18:26:42

55% de français veulent le retour de la gauche au pouvoir en 2012 ? Que du bluff  mais, que reste-t-il du sarkozysme triomphant de 2007 ? Rien ou presque. Arnaque à tous les étages, tricherie visible, refus délibéré de se rendre à l’évidence d’un échec cuisant, roulement de tambour et conduite à tombeau ouvert à chaque fois qu’un petit détail vient grimer la machine. Violation de la Constitution, promesses non-tenues : un chapelet de griefs tellement palpables qu’on se demande bien ce qui peut encore sauver le roitelet élyséen de plus en plus isolé, finalement soutenu par des  pseudo républicains, ces zélateurs qui sont à leur service et non celui de la France. Ambiance. Victoire en 2007 ? Ce qui est sûr, victoire oui, mais entachée d’irrégularités. Pas besoin d’avoir fait Science Po pour comprendre que l’affaire Woerth-Bettencourt, vraie arnaque républicaine qui se transforme de jour en jour en véritable eau de boudin pour le système Sarkozy. Comment peut-on expliquer que dans une affaire, relative aux conflits d’intérêts avérés, au financement illicites d’un ou de certains micro partis politiques, exode fiscal, démantèlement de société à l’image de l’affaire Molex  ne puisse trouver un juge d’instruction-indépendant-, pour diligenter l’affaire ? Dans une République digne, les protagonistes seraient aujourd’hui, tous sans exclusive, poursuivis devant les tribunaux. On a plutôt eu droit à des….gardes à vue relativement hypocrites, qui n’ont éclairé la lanterne de personne et la tendance sera un non-lieu généralisé à moins que le juge et partie Courroye ne vienne nous démentir. Vous avez dit République bananière ? Or, pour des petits délits de route, de vol de cigarettes, de petites arnaques à la carte bleue, la prison vous ouvre les mains alors que ceux qui fourvoient la République, eux, se pavanent sur les plateaux de télévision pour pérorer sur leur bonne foi. Au pays des aveugles, les borgnes sont rois. Il n’y a pas pire aveugle que celui qui ne veut pas voir, dit le dicton. Mais, jusqu’à quand le coq acceptera-t-il de continuer à chanter les pieds dans la merde ? Après le New York Times, le Times, l’Union Européenne et même le Vatican, hier, on a vu un ecclésiastique, le père Hervé, dont la parole a sans doute dépassé la pensée qui a souhaité la mort du chef de l’Etat par arrêt cardiaque suite au traitement qu’il inflige aux Roms. Il s’en est excusé. Ceci montre bien le désarroi d’un homme qui ne comprend pas les machinations xénophobes du pouvoir Sarkozy. Aussi, Yannick Noah l’a égratigné hier sur le plateau du 20h de TF1. Cette grande filouterie anti-Roms est surtout de la poudre aux yeux et, in fine, de l’argent jeté par les fenêtres. Les Roms sont Européens et non des Africains qu’on peut expulser en toute impunité, avec la bénédiction même des sous-préfectures africaines, pseudo Républiques. A quoi ça sert de donner 300 euros et 100 euros par enfant mineur plus une petite somme pour se construire une nouvelle en Roumanie ou en Bulgarie alors que la plupart reviennent en France ? Cet acte, n’ayant pas peur des mots, est une nouvelle forme de déportation à but électoraliste heureusement…mais, l’extrême-droite italienne salue Paris, c’est dire.… Les promesses n’engagent que ceux qui y croient ! Il avait dit en 2006 que, quand il sera président, plus personne ne dormira dehors dans les 2 ans. Voulait-il dire que les SDF se multiplieraient par 2 ? C’est un constat amer et, du côté de l’UMP, on justifie très vite cet échec par la crise économique. Il avait promis un plan Marshall pour la banlieue avec son gadget Fadela Amara. Rien n’est encore arrivé. Il avait promis une République irréprochable. Hélas, tout le monde voit comment la Françafouquet’s écrase tout sur son passage. Le chapelet de promesses du Monarque est tellement criard que de façon factuelle, il est possible de tout énumérer sans faire un abécédaire exhaustif. Cet exercice osé demande juste de parcourir les discours du voltigeur démagogique. Ainsi, les promesses non-tenues s’étalent sur plusieurs points : retraites, franchises médicales, police de proximité, pouvoir d’achat, rénovation des prisons, chômage, protection des sources des journalistes. En juillet dernier, il faisait même une autre promesse non-tenue, aux ouvriers du chantier naval de Saint-Nazaire, qui devaient construire avec les Russes, selon ses dires, deux BPC (bâtiment de projection et de commandement de type Mistral) etc… Qui peut encore croire en cet homme ? Allain Jules partenaire de Cent Papiers

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Une économie mondiale planifiée

Cent Papiers 2010-08-24 18:22:27

L’humanité à un moment décisif – 3e partie « La race humaine est en train de devenir trop pour elle-même et trop pour le monde. » – William Saroyan, citation provenant du livre Mankind at the Turning Point (1974) Le Club de Rome est un groupe de réflexion de premier plan composé d’environ 100 membres, dont des scientifiques, des philosophes, des conseillers politiques et de nombreux autres personnages qui se cachent dans l’ombre du pouvoir. Cette série d’articles décrit les principales conclusions du livre publié en 1974: Mankind at the Turning Point: The Second Report to The Club of Rome [1]. La première partie décrit leur désir pour le développement d’un système mondial totalitaire présenté sous l’euphémisme d’une société «organique». La deuxième partie décrit la nécessité de créer un nouveau système de valeurs pour assurer l’acceptation du gouvernement mondial à venir. Ce nouveau système de valeurs sera basé sur «une conscience du monde». Mankind at the Turning Point a utilisé un modèle informatique absurde basé sur des facteurs exponentiels du système mondial dans une tentative de cacher leurs conclusions prédéterminées derrière le voile de la science. L’un des principaux scénarios élaborés par le modèle fut une analyse des prix du pétrole. Ce fut un choix évident en raison de l’importance du pétrole pour l’économie mondiale et de la crise du pétrole du Moyen-Orient qui a débuté l’année précédente (1973). La conclusion de cette analyse est qu’un prix optimal existe pour le pétrole. Un prix trop élevé favoriserait le développement d’alternatives et entraînerait des pertes à long terme pour les pays exportateurs. Un prix trop bas encouragerait l’utilisation abusive et l’épuisement des ressources qui se traduirait par des pertes à long terme du pays importateurs qui n’auraient pas suffisamment de temps pour développer des alternatives. Par conséquent, il existerait un prix «optimal» du pétrole et la seule façon de l’obtenir serait par la coopération. Naturellement, un prix optimal pourrait exister pour tous les produits et la seule façon d’obtenir ces prix passerait par une économie mondiale planifiée. Après tout, une économie planifiée fonctionnait si bien dans l’Union soviétique, pourquoi ne pas l’étendre au reste du monde? Tiré de Mankind at the Turning Point: «La conclusion ne s’applique pas uniquement au pétrole, mais à l’ensemble des ressources limitées – la nourriture, les engrais, le cuivre et ainsi de suite. La gamme de prix «la plus bénéfique» et le taux d’augmentation appropriée diffèrent pour chaque produit, mais un niveau optimal existe pour tous et doit être déterminé, puis à l’échelle globale, maintenu par tous les participants du système mondial – si nous voulons éviter les crises économiques récurrentes dues à des contraintes de ressources. » [Souligné par l'auteur] – 100 «En effet, rien de moins qu’une intégration complète de toutes les couches, à partir des valeurs individuelles en passant par l’écologie et les ressources minérales – et ce, à l’échelle mondiale – suffira pour apporter une solution aux crises alimentaires mondiales … » [Souligné par l'auteur] – 87 La redistribution de l’Industrie Insatisfait de la maîtrise des prix des ressources, le rapport souligne également la nécessité d’une redistribution planifiée de l’industrie à travers le monde, en particulier en Asie du Sud. «Le cinquième scénario – le seul moyen pour éviter une catastrophe sans précédent en Asie du Sud – requiert l’émergence d’un nouvel ordre économique mondial. La diversification industrielle devra être mondiale et soigneusement planifiée avec une attention particulière à la spécificité régionale. L’utilisation la plus efficace du travail et du capital, ainsi que la disponibilité des ressources, devront être évaluées sur une base globale et à long terme. Un tel système ne peut pas être laissée à la merci des intérêts nationaux étroits, mais doit s’appuyer sur des arrangements économiques mondiaux de longue portée… Mais la pression exercée sur la capacité de production alimentaire mondiale serait moindre si les habitudes alimentaires dans la partie riche du monde changeaient, en gaspillant moins.  » [Souligné par l'auteur] – 127 Système mondial d’allocation des ressources Une économie planifiée entraînerait un gouvernement central puissant avec le pouvoir d’affecter des ressources à des régions qu’il décrèterait les plus méritants. «Le moment est venu d’élaborer un plan directeur pour une croissance organique durable et le développement mondial fondé sur la répartition globale de l’ensemble des ressources limitées et d’un nouveau système économique mondial. Dans dix ou vingt ans d’ici, il sera probablement trop tard…»[Souligné par l'auteur] – 69 «La solution de ces crises ne peut être développée que dans un contexte mondial, avec une reconnaissance complète et explicite du système mondial émergeant et sur une base à long terme. Cela nécessiterait, entre autres changements, un nouvel ordre économique mondial et un système d’allocation des ressources mondiales.» [Souligné par l'auteur] – 143 Les horreurs de ce système proposé devrait être évidentes pour quiconque, mais pour ceux qui ne peuvent imaginer, voici une citation de L’impact des sciences sur la société (The Impact of Science on Society [2]) écrit par Bertrand Russell, qui était également un partisan d’un gouvernement mondial. La citation ci-dessous met en évidence l’un des avantages – selon Russell – d’un tel système d’allocation mondial. «Pour faire face à ce problème [croissance de la population et diminution de l'approvisionnement alimentaire], il sera nécessaire de trouver des moyens de prévenir une augmentation de la population mondiale. Si cela doit être fait autrement que par des guerres, la peste et les famines, cela demandera une autorité internationale puissante. Cette autorité devrait distribuer la nourriture mondiale aux diverses nations en proportion de leur population au moment de la mise en place de l’autorité en question. Si par la suite une nation augmente sa population, elle ne devrait pas recevoir plus de nourriture. Le motif de ne pas augmenter la population serait donc très convaincant. La méthode préférée d’empêcher une augmentation devrait être laissée à la discrétion de chaque État.» – 124 [1] Citation de Mihajlo Mesarovic et Eduard Pestel, Mankind at the Turning Point: The Second Report to The Club of Rome (1974). ISBN 0-525-03945-7 [2] Citation de Bertrand Russell, The Impact of Science on Society (1952). ISBN 0-415-10906-X * Texte basé sur le matériel original de Brent Jessop : « Mankind at the Turning Point, Part 3 – A Planned World Economy » Traduction par François Marginean, partenaire de Cent Papiers

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Recherche médicale: utilisation d’auteurs fantômes

Cent Papiers 2010-08-24 18:17:36

Lettre au journal Le Devoir, 04 septembre 2009 Si on se fie à l’article d’un vrai «scientifique», la recherche médicale est souvent une tricherie organisée. À vous de juger des pratiques de ce monde dont dépend notre santé. La corruption ne semble pas seulement exister en politique… http://www.ledevoir.com/2009/09/04/265495.html Marc-André Gagnon, Chercheur postdoctoral pour le Centre des politiques en propriété intellectuelle de l’Université McGill Le New York Times et la revue PLoS Medicine dévoilaient plus tôt ce mois-ci comment tout un système de ghostwriting avait été mis en place par la compagnie Wyeth dans le but de promouvoir l’hormonothérapie pour les femmes ménopausées. Le ghostwriting (utilisation d’auteurs fantômes) consiste, pour une firme, à produire une étude favorable à ses intérêts puis à la faire signer par un expert reconnu afin qu’elle soit publiée «comme si» elle avait été produite de manière indépendante. La communauté scientifique québécoise a été indignée d’apprendre qu’une chercheuse reconnue de McGill, Barbara Sherwin, avait signé une de ces études favorables à l’hormonothérapie et produites par Wyeth. Le geste est évidemment condamnable, mais il faut le savoir: il est devenu d’une banalité déconcertante dans le monde de la recherche médicale. Articles rédigés Quatorze grandes firmes pharmaceutiques se partagent les deux tiers d’un marché mondial de 850 milliards de dollars et dépensent normalement deux fois plus en promotion qu’en recherche. Le problème s’aggrave lorsqu’on constate que la recherche scientifique est organisée comme des campagnes promotionnelles visant à produire des arguments de vente pour les produits. Ainsi, des documents internes de Pfizer obtenus par le chercheur David Healy ont permis de révéler qu’entre 1998 et 2000, pas moins de 85 articles scientifiques sur la sertraline (l’antidépresseur Zoloft) avaient été rédigés à l’initiative directe de Pfizer. Durant cette période, l’ensemble de la littérature scientifique comptait seulement 211 articles sur cette molécule. Pfizer avait ainsi produit une masse critique d’articles favorables au médicament, ce qui lui a permis de noyer les études critiques. En janvier 2008, on apprenait que l’industrie avait systématiquement «omis» de publier les études défavorables sur la nouvelle génération d’antidépresseurs, y compris sur le Zoloft. Sur 74 essais cliniques consacrés aux antidépresseurs, 38 étaient favorables au médicament, tandis que 36 considéraient le médicament douteux ou inutile. Néanmoins, 94 % des études favorables avaient été publiées, 15 % des études défavorables avaient été publiées dans un langage laissant croire que les résultats étaient favorables, et à peine 8 % des études défavorables avaient été publiées telles quelles. En lisant les études disponibles, un médecin ne peut qu’avoir une opinion subjective des bienfaits de la nouvelle génération de médicaments, ce qui explique la grande facilité avec laquelle les médecins en sont venus à prescrire les antidépresseurs de manière systématique. Fausse revue médicale Pour orienter la recherche en faveur de son antidépresseur Paxil, on apprenait la semaine dernière que GlaxoSmithKline avait organisé une campagne secrète pour publier des études favorables au produit. La campagne de ghostwriting avait été nommée, non sans humour, Case Study Publication for Peer-Review, ou CASPPER, en référence au célèbre «friendly ghost». Pour promouvoir son tristement célèbre Vioxx, Merck avait aussi monté une campagne de ghostwriting, omettant de mentionner la mort de certains cobayes durant les essais cliniques. Au cours des audiences d’un recours collectif contre le Vioxx en Australie, on apprenait en mai que Merck avait aussi mis sur pied une fausse revue médicale, l’Australasian Journal of Joint and Bone Medicine, publiée par l’éditeur scientifique Elsevier, laissant croire que les articles publiés étaient revus par les pairs. Ces pratiques sont omniprésentes et corrompent la recherche médicale. Pire: une firme qui refuserait de jouer le jeu par souci éthique perdrait rapidement ses parts de marché. Les profits pharmaceutiques ne reposent pas sur l’innovation thérapeutique améliorant la santé des patients, mais plutôt sur la capacité de modeler le savoir médical pour se créer des niches de marché. Le professeur Sherwin soutient qu’elle n’a pas été payée par la firme qui a produit l’étude de Wyeth, et que l’étude publiée était scientifiquement correcte et ne contenait aucun mensonge. Fort bien; mais là n’est pas la question. Résultats Il faut comprendre comment se construit le savoir médical. Supposons que dix recherches portant sur la même molécule soient toutes menées selon des protocoles de recherche approuvés. Les résultats divergeraient selon que l’on mettrait l’accent sur certains éléments ou sur d’autres. Supposons que sept de ces recherches obtiennent des résultats défavorables, et trois des résultats favorables. Le savoir médical devrait se construire en tant que synthèse de ces dix recherches. Toutefois, par des ententes de partenariat avec les universités, les firmes sont parties prenantes de la recherche et dirigent leurs fonds vers les recherches dont les résultats sont les plus susceptibles de leur être favorables, empêchant même parfois la divulgation des résultats défavorables. C’est là une des raisons fondamentales qui expliquent qu’il y ait si peu de littérature portant sur les dangers liés aux effets secondaires des médicaments, des dangers que l’on ne peut trouver que si l’on obtient les moyens de les chercher. Maintenant, supposons qu’un chercheur produise des études et des interprétations scientifiquement correctes, mais présentées d’une manière sympathique aux intérêts des firmes. Obtenant, sur la base de cette sympathie, plus de fonds de recherche, il jouira en conséquence d’un plus grand prestige et aura une voix plus importante dans la communauté scientifique. Un plus grand financement lui apportera aussi une plus grande reconnaissance de son université et plus de tribunes lui seront ouvertes, ce qui fera de lui un expert plus influent. Savoir médical Que se passe-t-il toutefois si un chercheur interprète (aussi correctement) les résultats de manière plus critique et soutient qu’un produit est peu efficace ou encore dangereux, comme l’ont fait plusieurs avant le scandale du Vioxx? Dans des courriels internes de la firme Merck, divulgués en cour, on constate que la firme avait dressé une liste noire de chercheurs «voyous»: «Discredit, Neutralize, Destroy!», explique l’un des courriels. Les chercheurs critiques, ou pas assez complaisants envers l’industrie, sont souvent marginalisés dans la communauté scientifique et deviennent incapables d’obtenir des fonds pour poursuivre leurs recherches. Ce fut le cas du Dr Olivieri, de l’Université de Toronto, qui avait publié les résultats défavorables pour un médicament d’Apotex, grand donateur pour cette université. Le Dr David Healy, quant à lui, a perdu le poste qu’il avait obtenu à l’Université de Toronto à la suite d’une conférence trop critique sur le Prozac. Le fabricant du médicament, Eli Lilly, était aussi partenaire de l’université. En fait, le problème est peut-être là: tant que les firmes tiendront les cordons de la bourse de la recherche médicale et académique, le savoir médical se construira de manière sélective, comme un argument de vente, et non pas comme un savoir critique visant à améliorer la santé et le bien public. Et tant que les universités, chroniquement sous-financées, encourageront de tels partenariats avec des firmes subventionnaires, la porte restera grande ouverte pour la poursuite de la corruption de la recherche scientifique. GAETAN PELLETIER partenaire de Cent Papiers

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Nicolas Sarkozy le petit valet

taverne des poetes 2010-08-23 10:09:07

En acceptant de se poser en chanoine de Latran, le président Sarkozy acceptait sa place de subalterne dans la hiérarchie catholique : subordonné du pape Benoît XVI. Aujourd'hui, le Vatican adresse un coup de semonce à son subordonné à propos de sa politique agressive et raciste à l'égard des Roms : "Les textes liturgiques de ce jour nous redisent que tous les hommes sont appelés au salut. C'est aussi une invitation à savoir accueillir les légitimes diversités humaines." Le pape a tenu à prononcer ces mots en français ce dimanche, comme pour bien marquer à qui ils s'adressent. Si l'on élargit l'examen de la question de la subordination, on s'aperçoit que Sarkozy s'est fait aussi le subordonné de l'Amérique, avec sa décision de faire entrer la France dans le commandement intégré de l'OTAN et ses courbettes répétées auprès de l'ex-président Bush. En poursuivant encore, on ne peut que relever la filiation directe entre Sarkozy et le monde du grand capital et des milliardaires. Quémander des sous auprès de Liliane Bettencourt - par micro-partis et Eric Woerth interposés - et s'obliger à donner des avantages en retour est une marque de soumission. Nous rappellerons ici de mémoire une citation du président : "Je serai intraitable avec les faibles et servile avec les puissants". Il ne saurait être plus clair : il revendique son statut de valet... Un valet peut-il prétendre servir le Peuple et incarner l'intérêt général ? Un valet est-il le mieux placé pour défendre la devise de notre République, "Liberté, égalité fraternité" ? Un majordome (celui des Bettencourt) aura fait preuve de plus de civisme que ce "président de tous les Français". L'homme qui se voulait prince (il est quand même co-prince d'Andorre) n'est finalement qu'un valet. Un petit valet... Qui se soucie des Roms ? (Chanson) Qui se soucie des Roms ? Mais Rome ! Qui se soucie des Roms ? Mais Rome ! En ce lundi vingt-et-trois, L’évêque André vingt-et-trois Sermonne l’esprit très étroit De Sarkozy au nom des trois… Des trois principes de la Trinité. Au nom aussi du lien étroit Du chanoine français à sa Sainteté : « Chanoine », un véritable cheval de Troie ! Qui se soucie des Roms ? Mais Rome ! Qui se soucie des Roms ? Mais Rome ! Pour que le pape Benoît Treize et Trois A son enfant de chœur octroie L’absolution ou l’indulgence, Sarko fait preuve de diligence En dépêchant Brice Hortefeux. Il faut dire qu’il y a le feu Car la question du sort des Roms Est le souci pressant de Rome. Qui se soucie des Roms ? Mais Rome ! Qui se soucie des Roms ? Mais Rome !

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taverne des poetes

Chanson Qui se soucie des Roms ? Mais Rome ! Qui se soucie des Roms ? Mais Rome ! En ce lundi vingt-et-trois, L'évêque André vingt-et-trois Sermonne l'esprit très étroit De Sarkozy au nom des trois... Des trois principes de la Trinité. Au nom aussi du lien étroit Du chanoine français à sa Sainteté : "Chanoine", un véritable cheval de Troie ! Qui se soucie des Roms ? Mais Rome ! Qui se soucie des Roms ? Mais Rome ! Pour que le pape Benoît Treize et Trois A son enfant de chœur octroie L'absolution ou l'indulgence, Sarko fait preuve de diligence En dépêchant Brice Hortefeux. Il faut dire qu'il y a le feu Car la question du sort des Roms Est le souci pressant de Rome. Qui se soucie des Roms ? Mais Rome ! Qui se soucie des Roms ? Mais Rome ! Voris.
taverne des poetes

Si jamais Pierre prenait cet article pour le publier sur CentPapiers, je suggère qu'il y ajoute le texte de la chanson. :lol:
taverne des poetes

Attention ! Voilà de la bombe "Elle court, elle court la Woerthencourt", mon album de slam politique et musical paru aujourd'hui : http://www.jamendo.com/fr/album/73832

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LE PANDA A LA CEREMONIE DE LA LIBERATION DE BANDOL

Le Panda 2010-08-22 20:20:06

La ville de Bandol fête son 66ème anniversaire de sa libération par les forces alliées qui eurent lieu le 21 août 1944 avec à sa tête le Maréchal Delattre de Tassigny. Le 21 août 2010. Ce fut une journée du souvenir qui marque le destin de la France. Il s’agit de pardonner mais de ne pas oublier. A la date d’aujourd’hui, si nous sommes des hommes libres, respectueux et dignes, c’est simplement parce que d’autres ont payé de leurs sangs, leurs faits d’armes le fruit de notre liberté. Je m’y suis engagé, je le respecterai. Le Panda auprès de la tribune officielle vous livrera sous peu les 762 prises de vue qu’il a effectué, le non moins célèbre feu d’artifice qui couvre avant les bals populaires l’embrasement de toute une cité, un département, une région et le cœur de tous les français, je n’y vois là aucune connotation politique. J’ai réalisé un D V D qui ne sera en ligne qu’après l’approbation des services de communication de la ville. La première des choses à mes yeux dans cette région où j’ai passé plus d’un demi-siècle de ma vie, le respect de la parole donnée vaut toutes les fortunes du monde. Monsieur le Maire, merci de nos entretiens. Vous les vétérans, vous les jeunes avec qui j’ai pu m’entretenir : « vous pourrez dire, le Panda était là mais nous aussi » vos témoignages seront purs et nobles comme vos paroles dans ma boite. Quelle victoire lorsque le corps des Sapeurs-Pompiers ouvre le défilé pour se poursuivre par les vues que vous aurez l’occasion de voir par la suite. Ces jeunes dans le cadre des associations que j’ai pu rencontrer, ainsi que les primes enfants m’ont donné un sacré coup d’élan au cœur. Sous peu, vous trouverez les bannières, oriflammes et les valeurs de la France profonde dans ses cultures, sa vivacité, son savoir-faire, cela je m’y engage, ainsi que tous les dérivatifs qui vont avec. Les voix du Panda tout comme Le Panda étaient présents sur place. Je ne laisserai à quiconque le soin de parler en mon lieu et place. Lorsque je donne ma parole je la respecte et je tente au maximum de m’y tenir. A la suite de l’entrevue avec le 1er magistrat de la ville de Bandol, plus de 4h, je lui remets, le 23 août 2010, le compte rendu de notre entretien et j’en suis ravi. Tout comme de mon ouvrage Le roseau et Le Ravi. Les sources de cet article ci-dessous sont issues de la ville de Bandol, que nous remercions vivement. Discours du Maire : Le lien que vous trouverez ici, vous donnera un échantillon des prises de vues sauf celles de la nuitée, à genoux face à ces femmes et hommes je me sens encore grandit, la médaille de la ville dans mon patrimoine. A l'occasion des cérémonies commémorant l'anniversaire de la Libération de Bandol, le 21 août 1944, le Dr Christian Palix, Maire de Bandol a prononcé un discours : "Ce 21 Août 2010, 66ème anniversaire de la Libération de Bandol, vous êtes venus nombreux pour marquer par votre présence un attachement indéfectible au devoir de mémoire. Vous êtes venus nombreux pour montrer que seul le ciment intergénérationnel peut unir notre amour de la patrie et notre idéal de liberté. Vous êtes venus nombreux pour imposer le silence respectueux des traditions républicaines et dire aux nations que l'innocence de la paix doit triompher de la violence haineuse de la guerre. Mais vous êtes surtout venus nombreux pour commémorer les actions héroïques de ceux qui ont redonné la liberté à Bandol et à la France.  Les 16 et 17 Août 1944, les troupes américaines, canadiennes et coloniales débarquent sur le sol varois. Le 20 Août 1944, les troupes d'occupation allemande vont miner et détruire le pont de la gare ainsi que le grand viaduc. Le pont de la gare saute et trois arches du viaduc sont détruites. Le 21 Août 1944, une partie du 7ème régiment des Chasseurs d'Afrique et un escadron du 2ème Spahis Algériens descendent du Beausset jusqu'à la mer. C'est durant ces deux jours meurtriers que seront atteints mortellement : • L'Adjudant GUILLONEAU et le canonnier SEFFAR du 65ème régiment d'artillerie aérienne. • Le cavalier Ali FATANI du 7ème régiment des Chasseurs d'Afrique. • Les sapeurs GAILLARDO et BANULS du 83ème génie. • Le Maréchal des logis VIOLON, chef de char du « Bagarreur » qui saute sur une mine anti personnel au moment où son tank destroyer atteint la route de la Corniche. C'est à la mémoire de ces 6 combattants morts pour Bandol et pour la France que nous rendons hommage. Notre devoir de mémoire s'ouvre aussi vers tous les combattants et à tous les résistants dans l'ombre ou la lumière. Ils dorment tous égaux dans le courage, à jamais abattus mais toujours vivants dans notre mémoire et la mémoire des survivants. Nous leur devons de ne pas marcher sur les autoroutes de l'indifférence et de l'égoïsme loin de toute solidarité. Nous leur devons de condamner toutes les violences verbales ou physiques qui étranglent notre République et sa fraternité. Nous leur devons de respecter les symboles de l'histoire de notre nation et de notre sol bien aimé. Nous leur devons de ne jamais oublier leur mort et leur sacrifice car cet oubli ferait de l'ombre à nos consciences : Ils voulaient vivre debout pour nous et pour leur pays mais la mort les a couchés. Grâce à ce respect des traditions républicaines et à l'acquisition, la construction et la consolidation de notre humanité nous pourrons continuer à raconter l'histoire de ceux qui nous ont libérés et construire pour nos enfants l'histoire que nous voulons : celle de l'esprit et du cœur de tous les combattants pour la liberté de notre pays. Que cet alizé de liberté souffle toujours la paix, l'égalité et la fraternité sur cette commune aimée et sur ce pays que nous défendrons toujours contre toute forme d'agression. « Vive la République, Vive Bandol et Vive la France » =================== A bientôt, je vous avais promit des surprises ce n’est que le début à vos claviers pour dicter vos impressions, les miennes vous les avez quant au complément il va venir. Le Panda Patrick Juan

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T.REX

Vive la France et vive l'arrêt Public de Bandol ! Car c'est chouette les vacances à Bandol, hein LE PANDA ? Assis indolant sur un banc d'un bandol sous les banderolles à écouter un air de bandoléon en l'honneur de ces héros ! Petit veinard ! :mrgreen:

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De Guindonville à Oka, la loi doit s’appliquer

Cent Papiers 2010-08-20 17:00:10

Vous êtes propriétaire d’un terrain. Vous avez tous les papiers, le terrain lui-même est sur le territoire du Québec, dans une municipalité reconnue. Vous allez visiter votre propre terrain, y faire des travaux pour la sécurité des citoyens, et on vous insulte, on vous menace de mort, on s’attaque à votre voiture. La police arrive. Pour vous protéger, croyez-vous? Erreur! Elle vous demande de quitter les lieux et n’a pas l’intention de faire quoi que ce soit contre ceux qui ont violé la loi – notre loi. Deux poids, deux mesures. Il y a une loi pour les Québécois, et une autre pour les autochtones. Richard Ducharme, de la compagnie Norfolk, qui possède le terrain, a bien raison: « C’est peut-être une région sensible, mais c’est une région qui fait partie du territoire intégral du Québec. Elle est assujettie au code civil du Québec, ces terrains sont sous la juridiction de la ville de Oka et ils sont enregistrés au cadastre officiel du Québec. » Ne s’agit-il pas là de la plus pure des vérités? Dans quelle sorte de société vivons-nous si nous ne pouvons pas garantir les droits de ceux qui ont respecté toutes les règles du jeu et qui se font aujourd’hui floués par des gens préférant présenter poings et menaces plutôt que d’agir en personnes civilisées? Imaginons une situation analogue. Tiens, pourquoi pas l’ancienGuindonville, à Val-David. En 2003, suite à un règlement municipal décidant de transformer le terrain en stationnement, des gens ont été expropriés, on a démoli leurs maisons, ils ont tout perdu. A-t-on demandé à la ville de discuter, de trouver un compromis? A-t-on demandé aux démolisseurs de faire demi-tour à cause du chahut causé par leur présence? Non. On a envoyé la police, on a délogé les manifestants de force et on a tout rasé. Ce n’étaient pas des Mohawks armés jusqu’aux dents qu’on a arrachés à leur tranquille existence; ce n’étaient pas des « Warriors » criminalisés: c’étaient des enfants, des familles, des personnes âgées. C’étaient des Québécois. Quand la loi du Québec doit être appliquée et qu’il faut faire face à des Québécois, on éprouve soudainement beaucoup moins de scrupules. On applique la loi, simplement. « Désolé madame, votre maison va être détruite, mais c’est la loi, si vous n’êtes pas contente vous savez pour qui ne pas voter dans quatre ans. » Bingo, c’est si facile. Nous sommes grands, nous sommes une démocratie, nous appliquons la loi. C’est ce qui différencie un État de droit d’une République de banane: la loi est légitime, les règlements sont démocratiques, et la police a le mandat de les appliquer. Mais dès qu’il est question des autochtones, ou d’autres minorités – on se souvient que la ministre Courchesne avait modifié le calendrier scolaire pour accommoder des écoles juives – tous nos beaux principes prennent le bord. Soudainement, plutôt que d’appliquer des lois et règlements pour tous, on désire l’accommodement, la discussion, le dialogue, la « non-provocation ». Vous imaginez? La loi qui, contre les Québécois, s’applique d’elle-même, est devenue provocation contre les minorités! Alors qu’à Guindonville on a démoli et que la police a constitué – avec justesse – le bras armé de la loi, à Oka, elle se refuse à jouer son rôle et elle demande à un individu dans son droit le plus strict et possédant légalement un territoire, de ne pas y avoir accès. Pire, elle ne fait rien contre les manifestants qui le menacent. Deux poids, deux mesures, vous dites? Il faut tracer une limite On peut être sensible aux revendications territoriales des autochtones, mais il faut tracer une limite. Il n’est pas plus question pour nous de leur redonner l’île de Montréal qu’il ne serait justifié pour les Acadiens de réclamer toutes les provinces maritimes du Canada sous prétexte que ces provinces sont devenues anglaises après la Déportation – et le génocide – qu’ils ont subi en 1755. L’Île-du-prince-Édouard, la Nouvelle-Écosse et le sud du Nouveau-Brunswick sont principalement anglaises; Oka appartient au territoire du Québec. C’est injuste, mais c’est ainsi. Le passé ne peut être entièrement réparé. On ne peut pas plus redonner l’Amérique aux dizaines de peuples autochtones qu’on ne peut empêcher l’arme atomique d’exister. Il faut bâtir à partir de ce que nous avons, aujourd’hui. Si, un jour, nous décidons de morceler un peu plus notre territoire pour satisfaire les ambitions de minorités pratiquant l’exclusion raciste de ses habitants blancs, refusant d’apprendre notre langue et méprisant jusqu’à la plus fondamentale de nos lois, ce sera un choix qui devra être respecté. Mais en attendant, la loi s’applique, le terrain possédé par Norfolk est sur le territoire du Québec et la police devrait faire son travail, en garantir l’accès à son propriétaire et arrêter quiconque viole la loi. Si nous acceptons de vivre dans le traumatisme de la crise d’Oka de 1990, si nous écoutons les sirènes de la défaite agitées par des ministres à-plat-ventristes prônant le refus d’appliquer notre loi sur notre propre territoire pour ne pas « envenimer la situation », ce ne serait pas seulement la « situation » qui « s’envenimerait », mais ce serait notre propre capacité à former une société cohérente où les lois s’appliquent pour tous qui serait menacée. En reculant collectivement devant une bande de voyous armés qui méprisent nos lois, nous ouvririons la porte aux pires des demandes, aux plus folles revendications, aux pires dérogations à cet esprit pourtant si noble qui devrait nous habiter: celui de faire partie d’une société qui traite chacun des siens de la même manière. Aujourd’hui, l’État québécois recule sur son propre territoire contre une bande de Mohawks. Demain, qu’en sera-t-il? Quel message lance-t-on à tous ceux qui ne rêvent que de détruire nos lois, d’affaiblir notre territoire et de s’attaquer à nos valeurs? Bloquez la route, menacez de mort, et on vous écoutera. C’est cela qu’on leur dit. Voilà bien le pire des messages. De Guindonville à Oka, dans un État de droit, la loi doit s’appliquer. C’est tout. Si la loi est injuste, qu’on la modifie, mais en attendant, qu’on envoie la police et qu’on permette à cet honnête citoyen de jouir de son terrain. Entre les inconvénients possibles d’une offensive policière et la certitude d’un terrible recul si on laisse une minorité dicter sa loi à la majorité, le choix est clair. Cent Papiers

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eliseaurelie

Bienvenue parmi nous ^^

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Canada Fasciste ?

Cent Papiers 2010-08-20 16:55:51

Qui l’eut cru. Le Canada, ce pays si respecté sur la scène mondiale pour son aide internationale, son respect des droits de l’homme, sa justice sociale et son respect des préceptes démocratiques glisse lentement, si la tendance se maintient, vers le fascisme sous l’égide des conservateurs. Le gouvernement de Stephen Harper, fidèle à sa coutume depuis le début de sa gouvernance, ne se gène pas pour contourner les lois et profiter de toutes les occasions possibles pour faire avancer ses réformes de droite antidémocratiques. Avec et depuis l’élection du Parti Conservateur en 2006, les citoyens canadiens ont vu progressivement leurs droits démocratiques reculés et la libre circulation de l’information brimée. Tout d’abord, il y a la mainmise du bureau du premier ministre sur toute l’information émanant du gouvernement. En effet, toute communication vers l’externe doit passer par les mains de Stephen Harper lui-même. Sans compter que ce dernier tient en laisse l’ensemble de ses ministres qui ne peuvent pas ouvrir leurs bouches sans son accord explicite. Et, fait inquiétant, seuls les journalistes autorisés peuvent poser des questions lors de déroulement de conférences de presse! Mais ce n’est pas tout : le groupe Journalistes canadiens pour la liberté d’expression s’est déclaré inquiet de la tournure que prend le cabinet Harper dans l’accès à l’information. Selon un rapport du groupe, 43 % des requêtes d’accès à l’information n’ont pas été traitées à l’intérieur du délai prescrit de 30 jours. Par ailleurs, dans 23 % des cas, plus de 60 jours ont été nécessaires avant qu’une réponse soit donnée. Autre dossier : les arrestations massives du dernier G20 à Toronto, avec la présence sur place de 5 000 agents de la GRC, font transpirer que le gouvernement fédéral actuel ne lésine pas avec la sécurité ainsi que sur son credo de « la loi et l’ordre ». Et, cet été, le gouvernement conservateur essaie de faire passer incognito et insidieusement certains pans de son agenda en pleine période de vacances estivales dans laquelle les citoyens ne sont pas autant à l’affût de l’actualité politique. On tente ainsi de nous en faire passer des « p’tites vîtes ». Prenons le cas du changement du formulaire obligatoire de Statistique Canada en un caractère volontaire. Ils ont annoncé ce changement en attestant qu’il s’agissait d’une demande expresse de l’organisme public. Ce qui s’est avéré éminemment faux tout en suscitant la colère du statisticien en chef de Statistique Canada qui remit immédiatement sa démission. Dans le même temps, Maxime Bernier, l’inimitable député de Beauce, renchérit en stipulant que des milliers de plaintes ont été adressé à son bureau de circonscription. Monsieur Bernier proclame qu’il représente une « majorité silencieuse». Or, celle-ci doit être vraiment silencieuse ou Bernier mythomane, car seulement trois personnes se sont plaintes au près de Statistique Canada depuis 2001! Quoi qu’il en soit, on réalise très bien que cette décision est idéologique. Quelques mois plus tôt, Statistique Canada, une institution reconnue mondialement pour sa neutralité et la justesse de ses sondages, a sorti une donnée démontrant la diminution de la criminalité au Canada, ce qui n’a évidemment pas plu aux conservateurs qui élèvent en dogme le « Law and order » et la sévérité des lois en matière criminelle. Il est à noter que le passage à un formulaire volontaire réduit considérablement la précision des données de Statistique Canada et ainsi fait l’affaire des conservateurs. Dans l’avenir, ils pourront alors mettre en doute la précision des conclusions de Statistique Canada. Autre affaire épineuse : la fin de la discrimination positive dans l’embauche de la fonction publique fédérale. Outre le fait que cette décision mettra fin à un rééquilibrage de la proportion de fonctionnaires fédéraux issus des minorités visibles – ces dernières représentent 12,4% de la population active mais n’occupent seulement que 9,8% du fonctionnariat fédéral- cela sonnera l’arrêt de mort d’une juste représentation culturelle et ethnique du pays dans la cohorte des employés de l’État. Mais, plus précisément, cela traduit la volonté des conservateurs d’exclure le plus possible les minorités au sein de l’appareil gouvernemental. Ce qui demeure, évidemment, un sentiment exclusif et xénophobe contraire aux valeurs fondamentales de ce pays. Citons aussi l’octroi de 9 milliards de dollars à l’achat de 65 F-35 en pleine période de restrictions budgétaires. La situation économique avec son lot de détresses personnelles ne demanderait-elle pas plutôt des investissements plus ciblés socialement? De plus, pourquoi ainsi exporter ces milliards en dehors de nos frontières pour engraisser la compagnie américaine Lockheed Martin au-lieu de les investir directement dans l’économie canadienne? La militarisation est à l’ordre du jour chez les conservateurs tandis qu’ils annoncent de prochaines coupes sombres dans la structure gouvernementale à la suite des coûteux programmes de relance de l’économie. On voit dès lors où résident leurs priorités. Un pays qui dérive vers l’exclusion des ethnies minoritaires, le contrôle de l’information, la répression et le militarisme ne vous rappelle-t-il pas un schème familier? L’Histoire nous apprend que la déviation totalitaire ne s’est jamais opérée du jour au lendemain, mais, insidieusement, progressivement, pour finir par étendre son étreinte à toutes les sphères de la vie publique. Il revient aux citoyens d’être vigilants car la démocratie ne doit jamais être tenue pour acquise. Elle est un combat perpétuel devant les forces cherchant à la corrompre. Les conservateurs ne sont même pas majoritaires, et déjà, ils tentent de modeler le corps social selon leurs paradigmes idéologiques. Imaginez si le Parti Conservateur était majoritaire… Jimmy St Gelais partenaire de Cent Papiers

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Des Roms, des femmes, des rafles nom de Dieu

taverne des poetes 2010-08-20 15:25:50

Des Roms, des femmes, des rafles nom de Dieu Au son d'l'accordéon, en virer tant qu'on veut. Des Roms, des femmes, et des enfants peureux Qu'les wagons les emportent, on n'a rien trouvé d'mieux Oh oh oh oh oh on n'a rien trouvé d'mieux I Hello Besson fais briller tes galons Et reste bien au chaud, Brice monte sur le pont Nous, c'est Le Pen que l'on voit sur le Front Alors tiens bien les rênes, tu connais la chanson refrain : Des Roms, des femmes, des rafles nom de Dieu Au son d'l'accordéon, en virer tant qu'on veut. Des Roms, des femmes, et des enfants peureux Qu'les wagons les emportent, on n'a rien trouvé d'mieux Oh oh oh oh oh on n'a rien trouvé d'mieux II Ça fait une paye qu't'as atteint le quorum, Faudrait quand même pas te prendre pour un sur-Rom. ça va bientôt rappeler les pogromes. ça nous rappellera un certain vélodrome... refrain : Des Roms, des femmes, des rafles nom de Dieu Au son d'l'accordéon, en virer tant qu'on veut. Des Roms, des femmes, et des enfants peureux Qu'les wagons les emportent, on n'a rien trouvé d'mieux Oh oh oh oh oh on n'a rien trouvé d'mieux III "Tout est gravé quelque part sur leur peau Tu leur ouvre les bras, ils te plantent un couteau ! J'leur fais la guerre, coups d'matraques, lacrymos. "Tant qu'il y aura des Roms, je serai le héros !" refrain : Des Roms, des femmes, des rafles nom de Dieu Au son d'l'accordéon, en virer tant qu'on veut. Des Roms, des femmes, et des enfants peureux Qu'les wagons les emportent, on n'a rien trouvé d'mieux Oh oh oh oh oh on n'a rien trouvé d'mieux IV "J'démonte des camps pour remplir les journaux On donne l'aide au retour, c'est bon pour la photo." C'est une action inefficace et veule : Ils reviennent aussitôt reprendre autant qu'ils veulent. refrain : Des Roms, des femmes, des rafles nom de Dieu Au son d'l'accordéon, en virer tant qu'on veut. Des Roms, des femmes, et des enfants peureux Qu'les wagons les emportent, on n'a rien trouvé d'mieux Oh oh oh oh oh on n'a rien trouvé d'mieux V La route du Rom, c'est la route Hortefeux. L'effet des expulsions, il ne fait pas long feu. Ils vont et viennent tout-à-fait légalement. "Il faudra bientôt faire comme on fait les Allemands..." Des Roms, des femmes, des rafles nom de Dieu Au son d'l'accordéon, en virer tant qu'on veut. Des Roms, des femmes, et des enfants peureux Qu'les wagons les emportent, on n'a rien trouvé d'mieux Oh oh oh oh oh on n'a rien trouvé d'mieux VI "Je chasse les gosses, les femmes et les Gitans. Pas encore les Arabes ni les Juifs mais j'y tends. Je suis ignoble mais les électeurs demain, Ils se rendront aux urnes en votant des deux mains." Des Roms, des femmes, des rafles nom de Dieu Au son d'l'accordéon, en virer tant qu'on veut. Des Roms, des femmes, et des enfants peureux Qu'les wagons les emportent, on n'a rien trouvé d'mieux Oh oh oh oh oh on n'a rien trouvé d'mieux

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taverne des poetes

Bon alors là, on ne peut pas m'accuser de faire dans la musique ancienne. C'est de la chanson moderne ! Pour ceux qui diront que les Roms sont expulsés en avion et non en train (je l'attends celle-là...), je dis que le train, c'est pour la force de l'évocation. Vu ?
T.REX

Très chouette ta chanson La taverne, Il y a de jolies rimes riches ! Pourrais-tu me l'aggraver sur CD-ROM ? J'ai relevé une petite faute de frappe : « Il faudra bientôt faire comme "on" fait les Allemands… » Le "on" doit être un "ont" j'imagine ! A bientôt Gipsy :mrgreen:

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L'inspecteur d'Eric

taverne des poetes 2010-08-20 10:13:38

On l'appelle l'inspecteur d'Eric. Il n'est pas l'inspecteur Derrick. Il est bien plus obéissant. Il se montre très compatissant Avec les bandits du pouvoir. Faut dire qu'il n'a aucun pouvoir. Aux ordres du procureur du roi Et de son ministre, il doit Se rendre au ministère Dans le cadre de la grosse affaire Qui met en cause Woerth, Eric ! Il n'est pas comme, à la télé, Derrick. Il le fait pas venir au commissariat Car le ministre du travail, Il a vraiment beaucoup de travail. A son bureau il se rendra. "Je vous ai convoqué...", dit aussitôt Eric, Pour classer sans délai l'affaire. Il faut sauver la République !" Il lui tend un papier : "C'est clair ?" Oui, répond le futur commissaire A qui Eric a promis du galon S'il lui pose les bonnes questions, Et s'il sait étouffer l'affaire. De toute façon, il n'a pas le choix. Son ministre est au gouvernail. Et aux transmissions, c'est Courroye ! Eric lui donnera la médaille. Il la donne bien sûr aux notables Mais aussi à certains comptables Comme aux généreux donateurs. "Merci pour La légion d'honneur !" Post Scriptum : Ceci est une parodie. Les faits ne sont pas rigoureusement exacts.

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Etre no.2 : ça se mérite !

Cent Papiers 2010-08-19 17:32:16

Le Japon a été détrôné par la Chine comme seconde économie mondiale et pourrait bien prendre la première place au podium devant les Etats-Unis avant 2030, c’est entendu … mais que d’évènements pourraient se passer en une petite vingtaine d’années. En effet, le Japon – qui s’est maintenu quarante ans durant comme numéro deux – n’était-il pas donné numéro un pour la fin des années 80? Du reste, la Chine, qui occupe aujourd’hui cette place tant convoité dans le peloton de tête des économies mondiales, n’est même pas nécessairement plus riche que certains autres pays n’appartenant pas au Top-10 : elle est simplement plus vaste et plus grande… Et c’est là que l’on s’aperçoit que certaines statistiques, y compris les plus médiatisées, ne sont pas vraiment significatives: le P.I.B. chinois du second trimestre 2010 est certes - à 1’340 milliards de dollars – plus important que son équivalent japonais pour la même période à 1’290 milliards, tous deux loin derrière le chiffre US à 3’500 milliards… Pour autant, les citoyens Américains et nippons restent les plus riches du monde avec un revenu annuel moyen respectif de 42’240 et 37’800 dollars alors que le revenu du chinois moyen se situe autour de … 3’600 dollars! Certes, la semaine dernière fut très intéressante car des chiffres chinois furent rendus publics faisant état de montants de l’ordre de 9’300 milliards de Yuans (1’400 milliards de dollars) de revenus non décomptés dans les statistiques officielles représentant ainsi du cash de l’ordre de 30% du P.I.B. national dont il n’avait pas été tenu compte… Néanmoins, et même si la Chine venait à supplanter les USA à l’horizon 2020, les revenus réels des chinois maintiendront ce pays au rang de nain parmi les nations aisées de ce monde. En effet, la croissance économique – tout aussi brillante fut-elle puisqu’elle est y attendue autour des 10% entre 2010 et 2011 – n’est pas vraiment parlante en tout cas du point de vue qualitatif. Cent Papiers

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Mon Pote le Gitan

Cent Papiers 2010-08-19 17:15:12

Les mesures gouvernementales contre les Gitans ne font pas, loin s’en faut, l’unanimité et même à droite des voix s’élèvent pour dénoncer la stigmatisation des nomades. Qu’ils soient Manouches (de l’indien Manusch qui signifie Homme) ou Sinti, Gitans, Roms (qui signifie Homme aussi), ou Yeniches, ils ne sont pas à la fête aujourd’hui. Ils sont, d’après un rapport du Sénat entre 220 000 et 250 000 en France. lien et 12 millions en Europe. Ils subissent de plein fouet des problèmes d’accès à l’éducation, au logement, à l’emploi, à la santé. Ils sont victimes d’un racisme prouvé, et leur espérance de vie est de 10 à 15 ans inférieure à la moyenne. lien Ils ont l’obligation (article 7 de la loi du 3 janvier 1969) de choisir une commune de rattachement. Or les communes de plus de 5000 habitants sont tenues de réaliser une aire de séjour avec une dalle bétonnée et un point d’eau pour une halte de 48h maximum afin d’accueillir les gens du voyage. Cette obligation n’est malheureusement pas respectée partout, malgré la loi du 5 juillet 2000. lien Il manque plus d’un millier d’emplacements pour les Roms, dans notre pays. lien (Seulement 808 aires d’accueil alors qu’il en faudrait 1853). Mais les communes fautives ne s’en soucient pas, aucune sanction n’est prévue dans la loi pour ceux qui ne la respectent pas. Sur ce lien, le cadre juridique prévu. Parfois le cynisme va un peu plus loin : on  installe les gens du voyage sur des terrains pollués, comme à Louviers par exemple. lien « L’analyse des sols avait relevé une forte présence de déchets toxiques (PCB, hydrocarbures, métaux lourds…) à des taux dangereux pour la santé humaine ». D’autres communes de la région parisienne proposent aux gitans un terrain à coté de la plus grande usine d’épuration du monde. lien En attendant, les 663 Roms de St Ouen vont être expulsés d’ici fin août, puisque le terrain qu’ils  occupaient est prévu pour des logements sociaux. 300 d’entre eux ont postulé pour habiter ces logements, mais seulement une centaine seront acceptés. Quant aux autres, ils devront se débrouiller comme ils le pourront. lien Et ce n’est pas un cas isolé, la même situation se reproduit à Aubervilliers, à St Etienne, à Alès, etc… En tout cas, la France vient d’être reconnue raciste par des experts de l’ONU, et a été sommée de rendre des comptes les 11 et 12 aout 2010 devant le CERD (comité pour l’élimination de la discrimination raciale). lien Les experts ont épinglé le gouvernement français évoquant « une recrudescence notable du racisme et de la xénophobie ». Ils ont posé la question : évoquer un « français d’origine étrangère » est-il compatible avec la Constitution ? lien On a l’impression d’être revenus aux pires jours de Vichy. Le député de droite Jean Pierre Grand compare ces méthodes « aux rafles pendant la guerre ». un autre député villepeniste, François Goulard qualifie cette politique de « choquante ». lien Tout çà nous rappelle de bien mauvais souvenirs : En décembre 1942, les nazis décidèrent de déporter à Auschwitz tous les Roms d’Allemagne, leur imposèrent un triangle noir, et leur firent tatouer un Z sur le bras. 5600 furent gazés, et 13700 moururent soit de faim, de maladie, ou d’expériences médicales pour lesquelles ils servaient de cobayes. lien D’après le conseil de l’Europe, le nombre des disparus serait de 250 000, mais d’autres  études évoquent le chiffre de 500 000. lien Mais revenons à nos Roms en France. Ou est-il ce temps ou Christine Boutin déclarait dans les colonnes du « Figaro » : « nous devons avoir le courage d’imposer en Europe un regard accueillant » ? lien Elle proposait même que le délai de rattachement de 3 ans des Roms à une commune soit raccourci, afin faciliter leur droit de vote, et elle souhaitait qu’ils puissent avoir une carte d’identité. lien …des vœux bien pieux aujourd’hui. Aujourd’hui elle critique « une stigmatisation de telle ou telle communauté (…) qui exacerbe la violence ». Heureusement les Roms ont d’autres appuis, comme celui du milliardaire George Soros, qui grâce à sa fondation a su provoquer le 3 février 2005 une conférence internationale visant à « abolir la discrimination et surmonter l’abîme inacceptable qui sépare les Roms du reste de la population ». lien A la suite de cette intervention, 5 chefs de gouvernement, et 3 vice-premiers ministres ont signé une déclaration commune visant à lancer la « décennie 2005-2015 de l’intégration des Roms » avec 4 priorités : l’éducation, l’emploi, la santé, le logement. lien Les promesses ne manquent pas, mais ne sont pas suivies d’effet. lien A mi-chemin de cette décennie, le résultat est catastrophique. C’est bien ce qu’avait compris Rudko Kawczynski, président du Forum Européen des Roms et des gens du voyage qui avait déclaré lors de cette conférence : « Nous subissons aujourd’hui un gentil bla bla sur l’intégration, alors que cela fait 800 ans qu’on essaie de nous expulser d’Europe ». lien En Italie, ce n’est pas mieux : En 2008 Berlusconi voulait les ficher, (lien) après avoir déclaré qu’ils sont « nés pour voler ». lien et aujourd’hui Sarkozy lui emboite le pas en les stigmatisant, suite aux évènements de Saint-Aignan. La volonté sarkozyste de démanteler les camps de gitans n’est pas une nouveauté. Déjà en 2002, il était fermement décidé à traiter « le problème Rom » en en faisant une « affaire personnelle ». En 2005, l’émission d’Yves Calvi, « C dans l’air » proposait comme débat : « délinquance, la route des Roms ». Tout était dit dans le titre. Débat partisan, sans le moindre Rom bien sur, avec un policier du syndicat alliance tendance UMP, Xavier Raufer, ex militant de l’association d’extrême droite Occident, Yves Marie Laulan, un militant anti-immigration, et un Juge jugeant tous que ces « communautés là » faites de « prédateurs (…) effroyablement dangereux », « impossible à intégrer à la population française », et concluant paradoxalement, que nous, les français « sommes moins racistes que d’autres peuples ». lien Les médias n’ont jamais été tendres avec les Gitans : fin 2003 ils étaient les « vedettes » d’une émission de TF1 (les 7 péchés capitaux) Là aussi, tout était dans le titre de l’émission. Police et presse étaient déjà main dans la main pour stigmatiser les Roms. Comme par hasard, c’était au moment d’un fort mouvement social contre le gouvernement : grève de l’éducation nationale, grève contre la réforme des retraites, grève des intermittents du spectacle. Les vieilles ficelles marchent toujours. En attendant, la police d’Hortefeux démantèle à tour de bras les modestes baraques, prétendant, comme à Nice, leur avoir proposé un relogement, ce que démentent les expulsés. lien Du coup, on ne parle plus du chômage, de la retraite, de l’affaire Woerth Bettencourt. lien Pour signer l’appel pour une justice indépendante et impartiale, qui a dépassé les 40 000 signatures, on peut aller sur ce lien. Comment alors ne pas être d’accord avec Daniel Cohn Bendit quand il déclare que « pour masquer son impuissance politique » le chef de l’état fait de la « surenchère sécuritaire ». Il dénonce un « populisme de l’exclusion » et termine en affirmant que « stupidité et malveillances sont les deux mamelles du sarkozysme »  lien Les Français racistes n’aiment donc pas les Gitans, sauf quand ils s’appellent Django Reinhardt, ni les Noirs sauf lorsqu’ils s’appellent  Armstrong ou Cissé, ni les Arabes, sauf quand ils s’appellent Zizou. Ils sont bizarres, ces français. Quant à Sarkozy, quelques jours après son élection, il avait déclaré : « je serais servile avec les puissants, et ignoble avec les faibles ». Et pour une fois, il ne nous a pas déçu, il a tenu parole. lien Mais où est donc passé cette « douce France » ? Alors, comme disait mon vieil ami africain : « Le fleuve fait des détours, parce qu’on ne lui montre pas le chemin ». Cent Papiers

Commentaires

michele delpech

Mes amis américains, je désirerais savoir le statut qu'ont les premiers habitants indiens de vos pays respectifs. Je pense qu'il serait bon que chacun balaie devant sa porte, en matière d'exclusion. Taper sur vos cousins n'est pas synonyme d'entente cordiale. Ce qu'il faudrait, c'est que nous convenions ensemble d'un autre mode de fonctionnement que celui basé sur les échanges matériels. Payer son pain avec un poëme, ça aurait un impact beaucoup plus positif que de me mettre la main à la poche, ne pensez-vous pas. Ainsi, nous nous élèverions tous à notre rythme, même si on peut imaginer que dans ce cas de figure, il y en aura toujours pour transgresser l'harmonie des sens. J'ose espèrer qu'à ce moment-là l'intelligence se démarquera vraiment et fera son office.

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La trahison des patriciens

Cent Papiers 2010-08-19 17:01:21

Source de l’image: memo.fr *** Quelques réflexions estivales sur la structure de nos sociétés, avec zooms sur les IIIème et XIVème siècles, et moult commentaires pseudo-scientifiques, que les lecteurs auront à cœur de démonter. Ces deux périodes n’ont pas l’air d’avoir grand chose à voir, mais ce sont deux tournants de l’histoire de l’occident : la fin de l’empire romain et du moyen-âge qui en a résulté. Ce sont deux périodes d’effondrement social. L’été est un bon moment pour se replonger dans les livres d’histoire. J’en profite pour développer quelques réflexions sur la structure de notre société. Elles prendront ici la forme d’un roman noir, afin de vous faire frémir sur les plages, de manière je l’espère modérée. Dans un article cette année, j’ai comparé la période actuelle au XIVème siècle qui a vu le début du « monde plein » et de l’écroulement des structures médiévales. Je vais y revenir ici, mais aussi sur le troisième siècle, qui a vu le début de la fin de l’empire romain. C’est devenu une banalité de parler du déclin de l’empire occidental, après entre beaucoup d’autres Emmanuel Todd et Denys Arcand. Mais chaque spécialiste a tendance à voir les choses à travers le prisme de ses propres investigations. A l’heure actuelle, il n’y a pas vraiment de consensus sur les causes de la chute de l’empire romain, bien qu’il y ait beaucoup d’explications convergentes. Je vais en présenter ici une vision assez sociale. Ce n’est heureusement pas pour un doctorat, car je ne connais pas grand chose à ces périodes. J’ai remarqué qu’il y a des spécialistes parmi les rédacteurs. Ils voudront bien signaler et corriger les erreurs. Mon but est de rappeler quelques éléments qui éclairent notre époque, et tendent à montrer qu’elle est grosse de changements. Qu’est-ce qui conduit le destin des nations ? Amha, ce sont la géographie physique (climat et ressources naturelles) et la technologie. La « politique », c’est à dire la manière selon laquelle une société s’organise et peut arriver à gaspiller les atouts que l’histoire lui a donnés, peut aussi y jouer un rôle négatif. Il me semble que les éléments économiques, monétaires, démographiques, les domaines militaires et la géographie politique en sont des conséquences. Ceci repose sur une vision assez mécaniste de l’humanité, qu’il convient d’expliciter tout d’abord. Comme un vol de gerfauts hors du charnier natal Le couple géographie-technologie détermine la quantité de nourriture produite. Celle-ci engendre une économie et une démographie. Comme toutes les espèces animales sans prédateurs, l’humanité n’est limitée en nombre que par la quantité de nourriture disponible, car elle dispose d’une importante marge de fécondité, qui lui permet par exemple de se reconstituer rapidement après une catastrophe : il lui est arrivé de doubler en nombre en moins d’un siècle. En général, elle régule sa fécondité, et la démographie, comme la monnaie, est normalement une anticipation de l’économie. La manière la plus répandue est le contrôle spontané des naissances, qui n’a pas été inventé au vingtième siècle. Il s’accompagne assez bien d’un contrôle par la société, comme le célibat forcé – trait caractéristique des meutes de loups où la fécondité est monopolisée par le couple dominant. L’infanticide a été aussi pas mal pratiqué. Le cocotier et d’autres ballades de Narayama ont permis parfois d’éviter que les vieux improductifs ne n’incrustent trop. En cas d’échec de la prévision, il y a la famine, les épidémies et les guerres civiles. La performance de la production de nourriture détermine la quantité d’actifs qui pourront se consacrer à autre chose, donc l’activité industrielle. Je ne défend pas une thèse physiocrate comme quoi seule l’agriculture serait productrice, mais je constate qu’il n’y a pas d’industrie sans une certaine productivité agricole. Géographie et technologie expliquent raisonnablement les phénomènes économiques, démographiques, et l’on subodore facilement comment ils entraînent des conséquences militaires et politiques. Pour ce qui est du domaine monétaire, dont un certain nombre d’auteurs, surtout ici, font une cause de phénomènes économiques, en particulier des crises, nous verrons plus loin que de mauvaises utilisations de monnaies se retrouvent effectivement dans les grandes crises, mais pour des raisons politiques. Constatons déjà que l’histoire de la monnaie est contingente. Par exemple la monnaie scripturale, c’est à dire la capacité formelle des banques à créer de l’argent par le crédit, a été introduite en pratique aux XVIIIème et XIXème siècle pour accompagner la révolution industrielle. Celle-ci ayant débuté en Angleterre, les premiers billets de banque ont été émis en Ecosse puis en Angleterre. Le crédit est devenu indispensable dans une période de forte accélération économique où la population a doublé. En cas d’excès démographique, on peut toujours essayer de piquer ses ressources au voisin. Quand les criquets ont des conditions fertiles favorables, ils se mettent à se reproduire à une telle vitesse qu’ils ne sauraient subsister là où ils sont. Ils s’envolent alors en nuages et vont dévaster d’autres coins jusqu’à épuisement. Il est patent que la conquête des Amériques a débuté dans une Europe surpeuplée. Elle a entraîné ce qui a sans doute été le plus grand génocide jamais réalisé, grâce à un écart technologique de millénaires. Dans les guerres de conquête, depuis la plus haute antiquité la technologie joue le premier rôle. Mais une « politique » inadéquate peut amoindrir les capacités militaires. La quatrième vague Quelles ont été les grandes évolutions technologiques ? Commençons par le roman rose qui dit à peu près ceci. Il y a eu au paléolithique l’agriculture et la civilisation, puis au XVIIIème siècle la révolution industrielle permise par les progrès scientifiques et techniques, puis au XXème siècle la tertiarisation (les « trois grandes vagues » d’Alvin Toffler en 1980). Tout ceci traduit un mouvement permanent de l’humanité vers des sociétés de moins en moins contraintes par leurs activités primaires, développant en permanence de nouvelles connaissances, où les humains seront de plus en plus épanouis, et tout cela est porté par l’occident bienveillant qui guide les autres. Nous allons ici « déconstruire » cela. La révolution industrielle a bien eu lieu, mais il ne faut pas se tromper sur ses causes. Ce n’est pas la technologie industrielle seule qui a permis la révolution industrielle, c’est d’abord le fait que la production agricole a pu nourrir des ouvriers. Rien n’aurait eu lieu si un paysan ne pouvait nourrir qu’à peine plus d’un paysan, et la population n’aurait pas doublé à production constante. Les productivités par tête et par hectare ont joué un rôle déterminant. La cause principale de la révolution industrielle, c’est la révolution agricole, qui a permis l’augmentation de la population et mis sur les routes des candidats ouvriers. La population européenne a à peu près doublé en un siècle, lors d’une « transition démographique » où fertilité et mortalité se sont écroulées, puis pas mal stagné ensuite. La population française a triplé de 1750 à 1850 – et c’est d’ailleurs là qu’elle s’est mis en tête de coloniser l’Algérie. La révolution agricole a débuté en Angleterre au début du XVIIIème siècle. Mais en quoi a-t-elle consisté ? Elle ressemble à un catalogue de Jacques Prévert : remembrement, assolement continu, drainage, marnage, semoir, socs en acier, etc … Or selon Georges Duby ces évolutions ont été continues sur cinq siècles. Pourquoi ont-elles cristallisé à ce moment ? Il y a il me semble deux points qui doivent mériter toute notre attention. Le premier point est la fin du « petit âge glaciaire ». On constate vers 1300 le début d’une période froide encore inexpliquée aujourd’hui. Certains y voient une conséquence d’une activité volcanique importante. En tout cas, la température moyenne semble avoir baissé de 1°C, et il y a au début du XIVème siècle une succession d’hivers très rigoureux. Selon Jared Diamond dans « Collapse », ceci suffit à expliquer par exemple la disparition des vikings du Groenland. La température est remontée … au XVIIIème siècle. Je ne vois pas bien pourquoi l’on accuse la météo quand les choses vont mal, et l’on loue l’ingéniosité humaine quand elles vont mieux. Je suis surpris de n’avoir jamais vue documentée la participation du réchauffement climatique à la révolution industrielle. Le second point est le début de l’utilisation massive d’engrais, bien qu’elle n’ait été introduite en France que lentement. Au début, on a utilisé des engrais naturels, mais ils ont été vite épuisés. Les premiers engrais chimiques ont été fabriqués en 1850. Les sols en Europe en 1700 n’étaient pas en très bon état, et l’augmentation des rendements que l’on cherchait accélérait leur dégradation. Il a donc fallu les « compléter ». A aucun moment de l’ère industrielle l’Europe n’a été autonome en termes de matières premières pour la production de nourriture. Considérons le cas de l’azote, qui était ce qui manquait le plus dans les champs à l’époque. Il est normalement fixé de manière lente dans les sols par des bactéries à partir de l’air. Il est vite épuisé par une agriculture intensive. Au début, on a utilisé du « guano », c’est à dire des excréments fossiles d’oiseaux, importé d’Amérique. Il a été épuisé en moins de 50 ans. On est passé ensuite à la synthèse de l’ammoniac, toujours pratiquée aujourd’hui. Elle consiste à récupérer l’azote avec de l’hydrogène et de l’énergie. Dans l’état actuel de nos technologies, ce derniers proviennent du gaz naturel, c’est à dire d’hydrocarbures fossiles. On utilise par exemple du méthane et la synthèse dégage du gaz carbonique. L’usage d’engrais a permis de ne plus se soucier de l’état des sols, et ils sont aujourd’hui complètement épuisés. Il leur faudrait longtemps pour se reconstituer, et la plus grande part des consommateurs – des humains – disparaitrait entretemps. Autrement dit, pas de pétrole, pas de pain, au sens le plus direct. L’ensemble de notre société depuis deux siècles est construit sur un « modèle économique » qui n’est pas durable et qui n’est pas autonome. Il repose fortement sur l’exploitation de ressources naturelles « allogènes ». Cette « vague » de la révolution agricole balaye la planète. Si l’on parle de l’enrichissement des pays émergents depuis 40 ans, souvent pris comme exemple des bienfaits de la mondialisation, du libre-échange, du capitalisme, des technologies, il tient en fait quasiment uniquement à l’agriculture. La Chine et l’Inde sont presque auto-suffisantes en termes agricoles, mais cela a eu deux prix. La Chine est aujourd’hui et de très loin le premier consommateur mondial d’engrais chimiques. Par ailleurs, comme l’agriculture intensive consomme aussi beaucoup d’eau, elle a pratiquement épuisé ses ressources. Sans parler de la pollution créée par un nitratisation sans discernement … comme chez nous. Cela lui a permis de libérer de la main d’œuvre pour ses sweat-shops, comme nous au XIXème siècle. La conséquence démographique en a été la généralisation à la planète de l’explosion démographique européenne du XIXème siècle. Le même modèle de transition démographique s’est ensuite mis en place, sauf en Afrique, c’est à dire que, comme je l’ai signalé dans l’article cité, la fécondité est presque partout en chute libre. Cela créera au mieux un papy-boom vers 2030, au pire une population totale qu’il ne sera pas possible de nourrir, surtout si la production agricole n’augmentait plus ou peu. Mais dans tous les cas, et sauf révolution technologique qui ne s’annonce pas aujourd’hui, l’humanité est déjà et depuis longtemps trop nombreuse pour ses ressources renouvelables. Le pic mondial d’extraction d’hydrocarbures fossiles n’est pas connu avec certitude, mais peu d’auteurs le situent après 2030, et presque aucun après 2040, sachant qu’il est déjà passé pour certains. Ce « modèle économique » est par ailleurs, on l’a vu, très sensible au climat. Depuis 1800, la température est bien remontée, mais ne s’est pas arrêtée là, et l’on peut craindre qu’elle ne devienne trop élevée. Les paysans ne sont jamais contents. Si cette augmentation est d’origine humaine, c’est bon signe, car cela signifie qu’elle pourra être contenue à terme, quand l’humanité aura été divisée en nombre. Mais cela laisse dans tous les cas une période de transition douloureuse. Les scénarios que l’on peut envisager aujourd’hui sont les suivants :
  1. Scénario miracle : découverte et mise en oeuvre d’une nouvelle source d’énergie pas connue aujourd’hui.
  2. Scénario officiel : croissance de la population, puis papy-boom et décroissance concomitant avec la baisse de production d’énergie. Dans la plupart des projections, la population passe par un pic de 9 milliards, et la production de nourriture n’arrive jamais à cette capacité, même avec les hypothèses optimistes sur le peak oil. Il y a dans toutes les variantes de ce scénario un ou plusieurs milliards de vieux en trop vers 2030.
  3. Scénario noir : le changement climatique et l’épuisement du pétrole conduisent la production de nourriture à baisser.
Il y a la certitude au XXIème siècle d’un miracle ou d’une transition plus que délicate. Si le risque climatique global devait se manifester, ça deviendrait un effondrement. Cela me permet d’introduire les deux périodes d’effondrement que je souhaitais décrire : d’abord le XIVème siècle et le début du « petit âge glaciaire », et ensuite, constatant que notre société, vivant de ressources prélevées ailleurs, est de nature impériale, le IIIème siècle et la chute de l’empire romain d’occident. La féodalité meurt à Poitiers La période de 1100 à 1300 a été climatiquement favorable en France. La croissance démographique a été forte. On lançait des croisades. Le défrichement a été intense, et en 1300 toutes les terres cultivables sont cultivées. En fait, il n’y aura plus jamais dans l’histoire de France une telle surface cultivée. Aux plans technologiques et politiques, c’est la barbarie, par exemple relativement aux romains. Les soldats de 1300 ne sont pas mieux armés que les légionnaires et beaucoup plus mal organisés. mais le pouvoir étatique, en chute libre depuis Charlemagne, commence à se réaffirmer. Il avait été contesté entre rois et papes, mais l’échec des croisades a porté un coup fatal aux prétentions papales. Philippe le Bel affirmera le pouvoir monarchique vers 1300 en ayant la peau de Boniface VIII puis en dissolvant l’ordre des templiers, l’ordre de Malte et les Teutoniques ayant jugé plus prudent de se reconvertir et aller conquérir ailleurs. En 1300, les rois peuvent battre monnaie, mais toujours pas lever l’impôt. La période froide commence vers 1300. Il s’ensuit des hivers rigoureux puis des années de disette. La production agricole chute. Des terres défrichées sont abandonnées. Vers 1350, une épidémie de peste tue un quart de la population européenne. Le quatorzième siècle est également consacré à ce qu’on appellera la « guerre de cent ans ». Famines, maladies, guerres, le lot des mauvais temps, les cavaliers de l’apocalypse. Rien d’étonnant à ce que l’humeur devienne maussade, voire franchement macabre. Le citoyen a du mal à comprendre pourquoi les temps sont devenus si durs. Les processions et massacres de juifs n’y changent rien. Il serait faux d’imaginer que la guerre de cent ans a opposé françois et anglois. C’est avant tout une guerre féodale et une guerre civile. Le « journal d’un bourgeois de Paris » parle peu des anglais, plutôt des Armagnacs et Bourguignons. On se battra, selon les allégeances, entre bretons, entre normands, entre aquitains, … L’époque est, en termes politiques, très incertaine. La monarchie française manque de disparaitre. Les féodaux arbitrent les conflits pour étendre leurs propres privilèges. La bourgeoisie, représentée par Etienne Marcel, tente de prendre le contrôle de l’état . Enfin, de grandes et terribles insurrections de paysans, qui sont les plus nombreux et ceux qui souffrent le plus de la situation, appelées « jacqueries » et dirigées contre les féodaux, sont très brutalement réprimées. Le lien social est fort délité. Il n’y a plus en 1350 d’évidence de l’existence en France d’une société constituée. Le quatorzième siècle a également été une période d’inflation, grâce à la « détitrisation », c’est à dire la baisse continue de teneur, par exemple en argent métal, d’une pièce d’argent émise par le roy. Celui-ci peut battre monnaie mais pas lever impôt. Il se finance donc pour la guerre par la création de fausse monnaie. La guerre de cent ans a été une longue négociation toujours recommencée entre la demande d’impôt de l’état pour la guerre, et la demande par ses sujets d’une monnaie fiable. Finalement, l’ordre monarchique l’emportera grâce à la guerre. La féodalité avait démontré son inefficacité militaire à Azincourt et Poitiers, et les peuples avaient besoin de défense militaire. La guerre permettra aux rois de lever enfin impôt. La structure de l’état telle qu’elle existait aux temps des romains reprend forme. Elle s’affirmera aux siècles suivants. La baisse de population sera rapidement compensée, et puis le nombre stagnera jusqu’au dix-huitième siècle, grâce à la nuptialité tardive et aux célibat forcé. Les gerfauts écloront à nouveau, et Colomb arrivera en Amérique cent ans plus tard. Pendant quelques siècles, quelques royaumes et empires européens s’affirmeront et s’enrichiront grâce aux Amériques. Inflation, famines, épidémies et guerres civiles, une mauvaise période pour la France, tout ça pour 1°C. Mais il y a eu aussi la création d’une nouvelle organisation politique et sociale qui tiendra … jusqu’à la révolution agricole. Et par moments la création d’un « sentiment national ». L’empereur bling-bling Comparée à la Grèce dont elle est culturellement issue, avec ou sans passage à Carthage, Rome est barbare. Elle n’a rien créé ni laissé en termes philosophiques, scientifiques, techniques et même artistiques si l’on cherche l’originalité. L’empire romain s’est créé et a reposé sur deux seuls piliers : la technologie militaire (machines de jet, de siège, manœuvres, …) et la technique administrative. Cela a suffi pour vaincre des peuples supérieurs en nombre, comme les gaulois, et occuper une surface qui défie l’imagination actuelle. Tout ceci s’est créé dans un régime assez démocratique. Les romains en ont eu vite assez des rois, et ont organisé des élections, une assemblée, … Les élections n’étaient pas vraiment égalitaires : les patriciens – c’est à dire les gens riches – étaient mieux représentés que la plèbe -c’est à dire le reste sauf les esclaves qui ne votaient pas. C’était un système devenu « oligarchique ». Vers -50, un général ambitieux réussit une superbe conquête. Toute la Gaule ? Oui, toute. Il veut le pouvoir et usera d’une quantité de démagogie qui laisserait même Sarkozy admiratif. La constante de sa politique sera de s’appuyer sur la plèbe contre le Sénat patricien, pour finir par renverser celui-ci, puis ses associés et se faire proclamer empereur. C’est la malformation congénitale de l’empire : l’empereur est patricien, et gouverne comme oligarque, mais doit donner des gages à la plèbe pour conserver le pouvoir. A peine couronné, Jules César est assassiné par des sénateurs qui ne veulent pas du retour de la monarchie, mais il aura bien vite des successeurs, tout aussi patriciens que lui, qui se prendront au jeu. Et progressivement l’empire va continuer à s’étendre pendant que l’Italie va sombrer. Il y a à peu près consensus sur la cause du désastre italien : c’est la « mondialisation ». Les produits prélevés en tribut ou bien fabriqués par des esclaves dans des terres conquises coûtent moins cher, même avec le prix du transport, que ceux fabriqués en Italie. Bientôt, on mange à Rome plus de blé d’Egypte que d’Italie. Le chômage augmente. Les patriciens s’enrichissent avec les colonies, la plèbe s’appauvrit. L’état va dépenser beaucoup de sous pour maintenir l’ordre social, mais n’investira rien en Italie. Pas rentable. Il donnera des sous, ou bien financera des travaux militaires, comme les voies romaines, mais n’en profite pas pour industrialiser le pays, ce qui était possible. Avec la pauvreté grandissante, comme il n’y a pas trop de banques de crédit à cette époque, l’usure est une plaie endémique. Les friches se répandent. Mais d’où l’état tire-t-il ses sous pour payer à la plèbe le « pain et les jeux » qui assurent l’assise du régime sans aucun bénéfice pour l’économie ? Il s’est donné le monopole de l’extraction des métaux, il bat monnaie métallique. S’il n’a plus assez de métaux en stock, il lui arrive de « détitriser ». Le premier à avoir beaucoup pratiqué cela est Néron, mais ce sera démultiplié sous Aurélien. Progressivement, la défense de l’empire va aussi échapper aux légionnaires romains. Il est plus simple et moins cher d’utiliser des troupes « barbares ». Vers la fin de l’empire d’occident en 451, à la bataille des champs catalauniques, l’armée commandée par Aetius qui va affronter Attila ne contient pas d’autre romain : des deux côtés, il y a surtout des germains. Finalement, le centre de l’empire ne produit plus rien et ne contrôle plus rien. Assez rapidement, les peuples alliés vont jouer leur propre destin. Rome est pris en 476 par Odoacre, allié wisigoth, et c’est la fin de l’empire d’occident. Mais les historiens datent en général le début des ennuis à la « grande crise du IIIème siècle ». La nature de cette crise ne va pas vous dépayser : pauvreté grandissante en Italie, désarroi des légions romaines pas payées, menaces militaires croissantes, … En 240, il y a une grande épidémie … de peste. Entre 256 et 280, les prix sont multipliés par 10, par une inflation créée par la détitrisation, la création monétaire servant à l’état à payer la défense militaire d’un empire trop grand et trop pauvre. Dioclétien tentera d’abord sans succès de bloquer les prix, puis abandonnera carrément la monnaie, et l’impôt sera ensuite prélevé en nature, ce qui a permis à l’empire de fonctionner encore deux siècles. A la fin du IIIème siècle, la moitié est de l’empire fera sécession, et survivra ainsi mille ans à la moitié ouest. Finalement, amha, la cause de la chute de l’empire d’occident est son système oligarchique, et la rupture du contrat social entre plèbe et patriciens. Les patriciens n’ont pas investi dans l’économie italienne car elle ne leur rapportait pas assez personnellement. Ceci a été facilité par un régime impérial populiste, qui vivait de démagogie et a gaspillé ses dépenses. L’empire d’occident est mort de la trahison des patriciens. La chute de l’empire occidental Si les éléments précédents ne vous ont pas suggéré quelque rapprochement vers l’époque actuelle, je ne suis pas doué pour l’insinuation. A tout hasard, j’explicite quelques points. Les périodes de défrichement rapide sont souvent le prélude d’un effondrement. Elles traduisent en effet une augmentation démographique peu soutenable, et une situation de vulnérabilité maximale : s’il faut défricher dans les coins pour survivre, alors une mauvaise récolte sera mortelle. C’est un point clairement mis en évidence par Jared Diamond. Or aujourd’hui sur terre on défriche énormément le peu de forêts qu’il reste. Ce que nous pouvons espérer de mieux en termes démographiques est d’avoir divisé notre nombre par 3 ou 4 avant l’épuisement du pétrole. C’est en effet la population que peut soutenir une économie durable. On n’en prend pas tout à fait le chemin, mais celui-ci est de toutes façons très périlleux car il se trace à climat constant, et ceci est tout sauf acquis. En cas de changement climatique massif, comme les -1°C de 1300, peu de nos sociétés y résisteront. On a vu que les chocs agricoles se manifestent en général d’abord par famines et épidémies de grande ampleur, puis par transformations et restructurations sociales. La comparaison entre les deux exemples cités cherchait à montrer que ce qui fait la différence est la poursuite d’un lien social, d’un contrat économique et militaire mutuellement avantageux entre tous les acteurs sociaux. C’est là que nous sommes le plus faibles. Notre société occidentale est complètement oligarchique, même si ce n’est pas institutionnel. Ce comportement oligarchique fait qu’à mon avis beaucoup d’auteurs, surtout ici, se perdent inutilement en recherche de complots. Ce serait trop beau, car cela signifierait que nos dirigeants savent ce qu’ils font. A quoi pensaient Cicéron et les autres patriciens ? A leurs rivalités au Sénat ? A leurs fermes d’Espagne ou d’Anatolie ? Ou à quelque jolie esclave nubienne ? A quoi pensait César ? A se débarrasser de Pompée ! MM Arnault et Pinault ont l’impression de vivre dans un monde de libre expression, puisque nos médias n’ont pas trop pris partie dans leurs rivalités. Mais n’ont pour autant jamais publié un article qui déplairait aux deux à la fois. Les patriciens trahissent inconsciemment. Cela s’appelle un « effet de système ». Les mêmes mécanismes de trahison patricienne ont été à l’œuvre dans l’Espagne de l’époque moderne, qui s’est fort appauvrie de l’or qu’elle pillait aux Amériques, et dans l’Angleterre du XVIIIème siècle. Le système financier anglais étant à l’époque le plus « créatif » d’Europe, il s’est mis à investir un peu partout, sauf en Angleterre, et ce pays a été de ce fait le premier désindustrialisé involontairement. Ca a été caractéristique de la crise argentine, qui a été à mon avis la répétition générale de ce qui va arriver à tout l’occident. Je sais que certains lecteurs se réjouissent par avance de la disparition de l’empire occidental. Mais, outre le fait qu’il y a eu deux siècles entre la grande crise financière de 280 et la chute de Rome, je tiens aussi à signaler que la chute des empires profite rarement aux peuples asservis, surtout ceux qui ont beaucoup de ressources naturelles et peu de technologie militaire. Ils changent en général simplement d’occupant, ou bien sont exterminés par de nouveaux conquérants. J’imagine que tout le monde connait ou se doute des grandes perspectives que j’ai résumées ici. Elles expliquent à mon avis l’état d’esprit désenchanté de ce début de XXIème siècle. Comme en 1300, nous pressentons que l’abondance n’est plus, que l’avenir est difficile et sera marqué par de grands changements. L’humanité a survécu à tous les bouleversements passés, et elle survivra à ce siècle. On peut imaginer à long terme une humanité maîtrisant son nombre et s’organisant pour que ce genre de difficulté ne soit pas résolu par des conflits. Mais l’homme est un animal caractérisé par une très forte agressivité, et il est peu dans sa nature de résoudre les problèmes de manière coopérative avant d’y être contraint. Que Dieu protège les martiens quand nous débarquerons chez eux ! Cent Papiers

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Ils appelleront Eva Joly

taverne des poetes 2010-08-19 10:57:25

"Ils", ce sont les Verts. Ils ont décidé de laisser la voie libre à Eva Joly pour l'élection présidentielle de 2012. Corinne Lepage est écartée. Il n'y a pas de place pour deux leaders centristes. Corinne Lepage ne se représentera donc pas. Voici la présidente de Cap21 reléguée au rang de leader honoris causa des Verts. Sa place au sein de ce mouvement est purement honorifique et vise à capter peut-être des voix du MoDem. Evidemment, Madame Lepage apprécie modérément le piège où on l'a fait tomber : "Je crains un virage trop à gauche, avec par exemple la position des Verts sur les retraites et cela me paraît très loin des positions de Daniel Cohn-Bendit." Eh oui, vous avez signé un pacte avec les gauchistes, Madame Lepage ! Mais d'autres tensions persistent au sein de ce groupuscule momentanément gonflé comme la grenouille de la fable. Ces tensions vont-elles s'effacer le temps d'une campagne ? Et si c'était pour les faire taire, cette candidature unique et prématurée d'Eva Joly ? On nous cache tout, on nous dit rien. Mais les Verts sont sur la bonne voie pour faire un PS bis avec ses couteaux tirés et ses coups bas. En attendant, vous me connaissez, je préfère le dire en chanson : On appellera Eva Joly {x2} Pour préparer l'grand Rendez-vous, Pour un mandat présidentiel sur ses ailes "On voudrait tous voter pour vous, mammy. Oui, c'est ça vous m'avez compris Alors dites-moi oui" On appellera Eva Joly Qui rêve de voler la nuit Partir voir le soleil Et qui aime voler dans les plumes, Du président Sarkozy. "Oui, c'est ça vous m'avez compris Alors dites-moi oui" Mais y a tant de choses à voir avant De partir pour le firmament Y a tant de Lepage à tourner La campagne fait que commencer Y a tant de voix à taire avant De partir pour le firmament Y a tant de jours et tant d'ennuis Pour Europe écologie Y'a des rancœurs à taire avant Des Verts rêvent d'être président. Eva Joly fera des bonds Si vous lui chantez ma chanson On appellera Eva Joly {x2} Jean-Vincent Placé dit qu'elle est vieille. Il ne montera pas sur ses ailes Sur la route du paradis Prends le temps de vivre ta vie Ma petite Eva Joly. Tu sais dans les pages rêvées. Les Français ne sont pas pressés...

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T.REX

Oui mais même si Eva jOLY n'est pas à la page, elle fut une véritable héroïne en tant que juge incorruptible luttant contre les abus de biens sociaux de nos grands patrons voyous ! Idéale en ces temps de Woerthmania ou Cleptomania. Depuis quand être Gauchiste est une insulte? Avant c'étaient les réactionnaires les mal vus mais grace à la droite décomplexée ce sont les socialistes !! J'arrivve pas à le croire ! Bayrou est un écolo avec son tracteur ! C sûr ! ! :mrgreen:

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BETTY BAPACOULE Conclusion

michele delpech 2010-08-19 08:54:22

De Michele Delpech Conclusion Les experts s'étaient pliés en quatre pour l'inspecteur. Ils avaient relevé toutes les empreintes restées sur l'arme. Ils avaient même poussé l'analyse jusqu'à retrouver la signature génétique de ceux qui l'avaient empoignée. En effet, démontant l'arme, l'un deux avait trouvé, dans une échancrure, du sang séché. Sans doute l'un des utilisateurs s'était-il coincé un doigt lors d'une manipulation et le sang avait-il giclé. Les procédés employés pour réussir ce genre d'analyse étaient onéreux. C'était grâce à la performance des différentes techniques utilisées que la Police Judiciaire pouvait désormais avoir une sûreté de résultat sans égale. Goitreux avait en ce sens beaucoup de chance d'être aimé pour sa rigueur professionnelle. Les portes du laboratoire lui étaient toujours ouvertes et sa dernière enquête lui permettrait de partir en beauté, comme cela. Le pistolet avait été acheté à un collectionneur. On en était sûr maintenant. Cependant, on ne put établir formellement son identité. Malgré tout, on était certain que le dernier propriétaire en avait été Cul Pourri. "Enfin quelque chose qui cloche dans son pedigree ! Souffla Goitreux à John Duchemin, son auxiliaire préféré. Les deux flics furent brusquement interrompus dans leur travail de reconstitution. Le téléphone, avec sa sonnerie désagréable, vint leur rappeler qu'ils n'étaient pas tout seul, dans le bistrot. Le cabaretier arriva précipitamment à leur table. - Messieurs ! C’est Paris qui vous demande." Un ange passa... Pendant ce temps, Louis et Betty avaient enfin décidé d'inviter leur nouveau voisin. Louis était donc parti avec Suzette, le coeur joyeux. Il serait bientôt papa d'un petit être fragile dont il aurait grande joie. Tout ce que lui avaient raconté les vaisseaux du désert était vrai. "Fonde une famille de bon aloi", lui disaient-ils dans le creux de l'oreille, et reconstruis tout l'environnement qui est si défait par les hommes de mauvaise volonté. L'aventure se trouvera aussi chez toi". Il comprenait toutes ces paroles sages. "Nous, continuaient-ils, sommes habitués à marcher dans le sable. Nous possédons de larges sabots pour cela. Pas toi !" Il fut bientôt en vue de la propriété de l'homme si distingué qu'il n'avait qu'entrevu, auparavant. Cependant, la lumineuse journée qui s'offrait à tous, ce jour-là, ne fit qu'accroître le grand désordre apparent de l'endroit. Un break était garé à sa place, les portes ouvertes. Les volets de la demeure étaient clos et la porte d'entrée entrebâillée. Dans la cour, hormis la voiture, de nombreux outils jonchaient le sol. Louis ne comprenait pas. Il demanda à voix haute s'il y avait quelqu'un, fit le tour de la maison et revint sur ses pas. Se dirigeant vers l'entrée de la bâtisse, il se risqua à l'intérieur et fut pris immédiatement par une odeur de décomposition et d'excréments. Il dût ressortir précipitamment de là. Puis, après avoir repris son souffle, il retourna à l'intérieur et alluma. Le spectacle qu'il découvrit sentait l'abandon. Il se mût avec précaution dans l'espace clos. Il entrevit un rongeur qui fuit à son approche. Puis, dépassant l'angle de la table massive qui prenait une grande partie de la pièce, il faillit buter sur un corps. "Bon sang !" L'être qui dormait là, depuis sans doute un moment, avait eu le visage littéralement grignoté par des milliers de petites dents tranchantes spécialisées dans ce genre d'ouvrage. L'homme n'avait plus de visage mais seulement encore la face d'un crâne recouvert de chair noirâtre. Louis eut un haut le coeur, cette fois-ci. Il ressortit précipitamment, laissant tout en plan. Le temps de recouvrer ses esprits, il s'enferma dans sa voiture et ça le calma un peu. Ensuite, enclenchant la première et desserrant le frein à main, il repartit de ce lieu maudit. L'instant qu'il venait de vivre l'empêchait de penser plus loin que son retour chez lui. Il avait l'impression d'avoir vieilli, tout d'un coup. Il pensa à ses parents, partis, eux aussi. "Peut-être qu'on est fou de vouloir un enfant". Quand il arriva chez lui, il fila vers le téléphone, avant même que Betty ne lui demande : - Ca ne va pas ? Quand il eut l'inspecteur au bout du fil, il lui expliqua en peu de mots ce qu'il avait découvert. Puis il repartit aussitôt après avoir succinctement décrit l'événement à sa compagne. Il reprit Suzette en main et fila vers Mansard. Quand il stoppa sur le trottoir de l'auberge où l'inspecteur avait élu domicile, il se hâta. Lorsqu'il ouvrit la porte, Goitreux lui fit signe discrètement. Il y avait du monde au bar. Arrivé à sa hauteur, Louis prit une chaise et s'assit dessus. Ensuite il commanda un demi pression. Puis, passant aux choses sérieuses, il entretint le policier de sa découverte. " Voyez-vous, Monsieur, dit-il. C'est mon deuxième cadavre en l'espace de quelques jours et j'avoue que je ne m'y fais pas. Quand je pense que nous attendons un enfant, ma femme et moi !" Goitreux avait écouté, sans l'interrompre, son interlocuteur. Il avait changé d'attitude, progressivement, au fil du récit. Au départ, il était plutôt tendu. Puis il s'était relâché peu à peu. Un sourire s'était dessiné sur sa face rubiconde. " Voulez-vous que je vous raconte une histoire, Monsieur Lagrange ?" Louis but une gorgée de bière. Il n'eut pas le temps de répondre. Ce n'était d'ailleurs pas nécessaire car l'inspecteur avait envie de parler.- « Tout d'abord, il faut que vous sachiez que l'homme que vous venez de découvrir est, selon toute vraisemblance, le gorille de feu une fille peu recommandable connue dans le milieu sous le nom de la Sauterelle. Or, cette femme était la fille naturelle de votre premier cadavre, le banquier. Si je n'ai pas fait le rapprochement entre le gorille, monsieur Bakou Lorgian et mademoiselle Cul Pourri, du nom de son géniteur, c'est que l'adjudant Karnage n'avait pas fait son boulot convenablement. Personne, dans leur gendarmerie, n'avait effectué le rapprochement avec l'appel de votre compagne pour une plainte contre x. Vous vous souvenez ? » - Oui, oui ! répondit machinalement Louis. - L'inspecteur continua : Voyez-vous, il est probable que le début de cette histoire, le détonateur en soit la mort de cette jeune femme, assassinée par monsieur Lorgian, dans un moment de folie. Mais lui-même n'avait aucun souvenir de son acte. Par contre, il est probable qu'on ne saura jamais ce qu'il s'est passé pour que Lorgian se fasse assommer. Louis commençait à comprendre dans quel bourbier Betty avait failli se perdre. Heureusement qu'elle s'en était échappée. - Vous êtes songeur, Monsieur Lagrange ! - En effet. - Je crois deviner. Et je vais, si vous n'y voyez pas d'inconvénient... - Faites, Monsieur l'Inspecteur. Betty m'a parlé de son existence à Paris. Et l'inspecteur reprit ses explications. - Puisque votre compagne vous a parlé, j'espère que ma version des faits corroborera la sienne. D'ailleurs, nous en étions à la mort de la Sauterelle. A mon avis, cela remonte au moment où votre amie a retrouvé un jeune homme nommé André Quantord, après qu'il eût été passé à tabac. Heureusement qu'elle passait pas là car il était plutôt mal en point. C'est elle-même qui est allée prévenir mes collègues du commissariat d'arrondissement. Il lui raconta que le jeune homme avait été l'amant de la Sauterelle. Il en avait conclu à une jalousie entre femmes. - Mais Betty n'a jamais été sa maîtresse. Elle le connaissait bien, c'est tout. Louis avait eu une pointe de jalousie envers le blanc bec en question. Betty l'avait rassuré sur ce point. - J'aimerais que mademoiselle Bapacoule m'explique tout cela. En effet, j'ai trop de morts sur les bras pour rentrer bredouille. Je vous assure qu'elle ne sera pas inquiétée, n'étant en aucun cas responsable de ce qui est arrivé ultérieurement. - Très bien Inspecteur. Vous me suivez ! Dites, vous resterez bien à dîner ? Goitreux s'ouvrit d'un sourire sans malice. Betty, radieuse de s'être confessée, accommodait gentiment le dîner lorsque son homme arriva, suivi de près par le policier. Quelque peu surprise, elle ouvrit la porte et attendit. Les deux hommes se dirigèrent promptement vers elle car il commençait à pleuvoir. Louis passa un bras au cou de sa compagne, future maman de son petit, avec une fièvre particulière, ce soir-là. Michele Delpech

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michele delpech

Betty a eu la chance de trouver enfin un compagnon digne. Moi-même j'ai pu réaliser cette partie remarquable de mon existence pendant un temps. Malheureusement, la vie nous a séparés, par l'intermédiaire de sa faucheuse aveugle, sourde et muette. Maintenant, je vis en recluse, invitant mes amis à des moments sympathiques et enrichissants. J'ai tellement tourné de pages que je me suis accommodée de la solitude. Je suis d'ailleurs heureuse de devoir me battre seule. Si je réussis à survivre, c'est que j'ai décidé d'être plus forte que l'adversité, quelle qu'elle soit !!!

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LIBERTAD Chapitre 8

Pierre JC Allard 2010-08-19 08:28:33

De Pierre JC Allard Chapitre 8 ? C’est Cardoso au téléphone, dit Scalp à Marius. ? Cardoso lui-même? ? Non, bien sûr, un de ses types. Cardoso fait dire qu’ils ont un «deal» avec un ami ? je suppose qu’il veut dire avec Ben Saïda ? et que «a deal is a deal». Si on continue dans cette voie ? je comprends qu’il veut dire si on essaie de récupérer la marchandise ? on va créer un déséquilibre. Donc, ils ne pourront pas nous soutenir. ? Comme s’ils nous avaient soutenus! ? On va avoir toutes les familles de New York contre nous. ? Mensonges. Cardoso ? si c’est bien Cardoso qui a fait l’appel ? ne parle que pour lui. Attendons de voir comment se positionnent les types de Johnny. ? Et les Colombiens? ? Les Colombiens sont sans doute déjà partis puisque le stock et ici et qu’ils ont été payés. La prochaine fois, ils attendront de voir qui a gagné et ils traiteront avec le gagnant; on ne peut pas leur en demander plus. ? Qu’est-ce qu’on fait? ? À midi pile, je dis à Bantam d’amener le petit Ben Saïda sur la rue University et de lui faire sa fête. Il reste une heure et quinze minutes à Mohamed pour jouer sa carte… À moins qu’on ne se dégonfle. Est-ce que tu penses qu’on devrait se dégonfler, Scalp? ? Non. Est-ce que je réponds à Cardoso? Et qu’est-ce que je lui réponds? ? Tu ne parles pas à Cardoso. Si les choses tournent bien, nous nous excuserons en disant que nous avons confondu son porte-parole avec un agent de Ben Saïda. Si les choses tournent mal, ce que pense Cardoso de nous n’aura aucune importance. Téléphone plutôt à Mohamed et dis-lui textuellement: à midi, on prend le Beur et l’argent du Beur. ? Quoi? ? C’est une blague de Français. Il va la comprendre. * * * Delo regarda par le judas de la porte et les vit tous les trois: Roger, Normand, Jean-Pierre. Il jura doucement. Il avait expliqué tellement souvent qu’il ne FALLAIT PAS venir chez lui à Outremont. Surtout pas arriver sans prévenir. Il se demanda si Jean-Pierre et Normand avaient finalement décidé de mettre Roger dans le coup quant à leur projet d’assassinat, ce qui créerait un problème supplémentaire. Parce que Roger est un imbécile, bien sûr, mais aussi parce que ce qui avait été, jusqu’à présent, des promesses ambiguës et des engagements équivoques pris seul à seul avec Normand risquait, tout à coup, de se transformer en un acte criminel bien précis. Delo n’avait nullement l’intention d’être mêlé à un complot visant à assassiner Marcel Leblanc. Il décida d’ouvrir quand même; tout, plutôt que l’incertitude. Ils s’engouffrèrent tous les trois dans la maison, essoufflés, et c’est Jean-Pierre qui parla le premier, les yeux brillants. ? Ça va péter en tabarnak! ? As-tu vu le portrait de Marcel à la TV, avec le drapeau, demanda Roger? ? C’est au boutte, renchérit Normand. ? Qu’est-ce qui se passe, je n’ai rien vu, dit Delo. ? Tu regardes pas la TV? Tu lis pas les journaux? ? Rarement… Jamais quand j’ai vraiment quelque chose à faire. Que s’est-il passé? ? Il y a eu une bagarre à Pointe-Saint-Charles entre motards. Marcel est apparu avec un drapeau du Québec et ils se sont calmés. Il est devenu le négociateur et le drapeau du Québec flotte à Pointe-Saint-Charles. C’est au boutte! ? Et ce que Normand ne dit pas, c’est qu’avant que Marcel arrive, ils s’étaient tirés quelque chose de sérieux. Des mitrailleuses, des grenades, des fusées… ajouta Jean-Pierre. Delo, habitué aux exagérations de Jean-Pierre, ne saisissait pas très bien l’importance ni l’intérêt de cette situation. Il ne comprenait surtout pas ce que Marcel faisait dans toute cette histoire. Il décida cependant de maintenir la stratégie déjà amorcée: ne jamais les contredire. ? Comme tu disais, Jean-Pierre, ça pète! ? Ah, mais tu n’as pas tout compris. Tu ne sais pas tout. Cette nuit, on est allés à Westmount et on a fait le chemin de croix de 63. On a mis un hostie de gros pétard dans toutes les boîtes à lettres. Y a pas un maudit chien en ville, ça va sauter en tabarnak! Cette fois, Delo comprenait. ? Ça va sauter quand? ? À partir de midi, pis à tous les quarts d’heure jusqu’à huit heures à soir. On en a mis trente-deux! ? Où avez-vous pris les explosifs? ? Ça fait longtemps qu’on était prêts. C’est Marcel qui «tétait», qui «tétait»… ? C’est pour ça, ajouta Normand, qu’on était un peu choqués contre lui l’autre soir. Mais à c’t’heure, on sait que c’est un vrai gars. On est tous du même bord. ? Est-ce que c’est Marcel qui vous a dit de faire ça, demanda Delo? ? Non, Marcel est là-bas, à Pointe-Saint-Charles sur la ligne de feu. Mais on a compris l’idée. ? Quelle idée? ? On met le trouble, l’armée arrive comme en 70, sauf que là, on tire dessus. Les Nations Unies interviennent, puis on est indépendants. ? C’est Marcel, qui vous a dit ça? ? Pas de même, dit Roger, mais ça voulait dire ça ? Qu’est-ce que vous faites, maintenant, demanda Delo? ? Si tu veux, on prend une bière avec toi puis on regarde la TV. Ça va péter en tabarnak! Delo estima que la première priorité était de les sortir de là. ? J’aimerais ça, mais il faut que je travaille avec mon père. Il se passe des choses, des choses importantes. Je vous retéléphone. N’appelez pas, on est probablement sur écoute. ? On comprend. ? Salut! ? Salut! On va les avoir, ajouta Jean-Pierre en levant le poing gauche! Quand ils furent partis, Delo se dit qu’il n’y avait rien de mieux à faire, en effet, que de regarder la télévision. C’est là que tout se passait, que la réalité prenait son sens et que se ferait l’indépendance si elle devait se faire. ? … de source bien informée que ceux qui occupent l’entrepôt de Pointe-Saint-Charles sont bien des trafiquants de drogue et que la police de Montréal a demandé en vain une intervention à la Gendarmerie royale du Canada. Devant le refus de la GRC, un émissaire du gouvernement serait intervenu auprès d’un club de cyclistes de l’Est de la métro-pole, lesquels ont accepté de venir aider les policiers à régler le problème «entre Québécois». Pour nous en parler davantage, nous avons ici le lieutenant Lafontaine de la police de Montréal. Bonjour lieutenant Lafontaine. ? Bonjour monsieur Sarrazin. ? Alors, ce sont bien des trafiquants qui sont terrés dans ce vieil entrepôt désaffecté? ? Nous en avons la quasi-certitude. ? Et il est bien vrai que la Gendarmerie royale du Canada a refusé d’intervenir? ? Nous avons d’abord communiqué avec la Sûreté du Québec, puis avec le ministre de l’Intérieur du Québec. Celui-ci aurait demandé l’intervention de la GRC qui aurait refusé d’intervenir, compte tenu de la situation politique actuelle au Québec. ? Et cet «émissaire du gouvernement», il s’agit bien de Marcel Leblanc, l’ancien terroriste des années soixante, compromis également dans les événements de soixante-dix? ? Monsieur Leblanc est intervenu à titre privé, pour faciliter la reddition des trafiquants, lesquels menacent de vendre chèrement leur peau. L’entrepôt est une véritable forteresse. En ce genre de circonstances, nous acceptons toute l’aide offerte pour effectuer une médiation honnête et efficace. Je ne peux ni nier ni affirmer que monsieur Leblanc soit un émissaire du gouvernement du Québec, mais je puis vous assurer que cette considération, si elle avait été mentionnée, n’aurait pas joué dans le fait que nous acceptions d’utiliser ses services de médiateur. ? Mais n’est-ce pas Leblanc qui a amené ce qu’on a appelé «un club de cyclistes», mais que toute la population reconnaît comme un gang de motards ayant sa propre forteresse rue Hochelaga et bien connu de vos services? ? Je ne peux vous dire que c’est monsieur Leblanc qui a amené ces gens sur place, mais nous constatons qu’ils ont agi dans le cadre des prérogatives que la loi concède à tout citoyen d’intervenir directement et avec toute la force nécessaire pour prévenir la commission d’un acte criminel ou aider à l’arrestation d’un malfaiteur. Ils l’ont fait avant que la police de Montréal arrive sur les lieux et, en ce sens, ils nous ont donc rendu un fier service. Je ne porte pas de jugement ? et je n’ai pas à en porter ? sur leur comportement en d’autres circonstances. Je constate qu’hier matin, c’est grâce à eux que les trafiquants ont été identifiés et ont été forcés de se retrancher dans un entrepôt dont c’est maintenant la tâche des corps policiers de les expulser. ? Donc, vous collaborez avec le gang d’Hochelaga. ? Absolument pas. Les gens auxquels vous faites allusion ont découvert des criminels, les ont cernés et les ont empêchés de fuir jusqu’à ce que la police arrive sur les lieux. Il serait tout à fait inconvenant de le leur reprocher ou de leur demander des comptes. Je vous souligne que pas un seul coup de feu n’a été tiré par ceux que vous appelez le gang d’Hochelaga depuis que la police est sur place. À plusieurs reprises, au contraire, des tirs nourris en provenance de l’entrepôt ont été dirigés contre eux comme contre nous. ? Donc, vous n’avez pas du tout l’intention d’intervenir contre ceux qui, ce matin encore, étaient désignés comme les assaillants? ? Ce n’est pas nous, monsieur Sarrazin, qui préparons les manchettes des nouvelles. Nous avons constaté les faits et nous ne voyons pas ce que nous pourrions reprocher à ces gens. En ce qui nous concerne, ils ont rempli leur rôle en nous prévenant et ils sont libres de partir à leur convenance. ? Et pourquoi ont-ils hissé le drapeau du Québec sur leurs positions? ? C’était l’équivalent du «drapeau blanc» pour engager les négociations. Nous n’en avions pas d’autre. Je ne vois rien de mal à ce qu’un drapeau du Québec flotte où que ce soit au Québec. Y voyez-vous un inconvénient? ? Certainement pas, lieutenant Lafontaine. Encore une fois, merci. ? Et maintenant, continua Sarrazin, nous avons un complément d’information en provenance de Québec. À vous Janine. Une jolie femme blonde apparut à la télévision sur décor de Parlement pour annoncer que le ministre de l’Intérieur avait nié que Leblanc ait eu un mandat pour intervenir, qu’il avait prétendu ignorer si la police de Montréal avait ou non demandé l’intervention de la GRC mais en serait surpris. Il avait expressément nié que l’on ait pu faire appel aux forces armées du Canada. Il n’y aurait pas, avait dit le ministre, d’autre octobre 1970 au Québec. Jamais. Un reporter d’Ottawa vint dire que le gouvernement fédéral avait nié que l’aide de la GRC ou de l’Armée canadienne ait été demandée «par les autorités compétentes», ce qui laissait supposer que la police de Montréal, sans en avoir le droit, l’avait peut-être, en effet, demandée. ? C’est pas vrai! On va se couvrir de ridicule! Delo se parlait à haute voix, à lui tout seul, en déambulant dans le salon des Pinard. ? C’est comme si on disait que c’est un gang de motards qui est devenu l’armée du Québec. Et c’est un policier qui vient nous dire ça! À la télévision! Pour la première fois, Delo Pinard doutait de la Cause. * * * Il était onze heure quand Bantam appella Marius: ? À ce que je peux voir, il n’y a pas de gars de Johnny dans le secteur Peel-Sainte-Catherine. Du moins, je n’en ai pas vus. ? Scalp, dit Marius, il semble que les Italiens soient réguliers. On procède? Scalp acquiesça et Marius revint à Bantam. ? Bantam, écoute-moi bien. Tu prends la petite ordure qui a fait sauter Paloma, tu prends ce Abdallah, tu le mets sur une selle de bicycle au coin University et Maisonneuve et tu l’encules. Vu? Il y eut un silence. ? Marius, ch’ pas aux hommes! ? C’est pas pour le plaisir, Bantam. Un trou est un trou. ? Je comprends, mais, maudit… je pourrais pas y faire rien que la même chose que t’as faite à l’autre, hier? ? Non . Y a-tu un gars avec toi qui est «bi» ou qui a passé pas mal de temps à Archambault? ? Une minute… Jonas! ? cria Bantam ? Es-tu «game» pour enculer le petit serin? C’est Marius qui demande ça. Bantam revint aussitôt à Marius. ? Y dit: pas vraiment… Scalp intervint: ? Passe-le moi. ? Bantam? C’est Scalp. Passe-moi Jonas. Jonas? C’qu’on te dit, c’est important, c’est pas pour le fun. T’en as déjà fourré des gars? Bon, ça fait qu’arrête-moi ça, on n’a pas le temps de niaiser. Fais-le pour Paloma. Fais-le pour Cric. Fais-le pour toute la gang! Commence à midi. Non, midi et cinq, au cas où le frère changerait d’idée. Fait-le crier, OK? Go! ? Pis les «beux», demanda Jonas.? ? Y’en a pu de beux; y sont tous icitte. Arrivez avec les deux plus gros guns que vous avez, pis montrez-les à tout le monde. Y’a personne qui va t’achaler avant que t’aies fini. ? OK, midi et cinq. Scalp raccrocha. ? T’as la manière avec les mecs, dit Marius. Je veux dire: t’as le tour avec les gars. ? On fait une crisse de bonne équipe, répondit Scalp en souriant. Marcel, qui avait vu toute la scène, songea qu’en effet, à eux deux, ils donnaient à peu près la même performance que Bayard. ? Je vais aller voir ce qu’on peut faire avec les «dicks», dit-il. Marius le prit par le bras. Doucement, mais fermement. ? Tu comprends que je ne partirai pas d’ici sans le stock, n’est-ce pas? T’a compris ça, hein? ? J’ai compris que c’est ça que tu voulais. Je comprends que les autres veulent pas te le donner. Je vois que vous avez pas ce qu’il faut pour sortir les gars de l’entrepôt. Je comprends qu’on peut pas rester là longtemps et que chaque minute qui passe augmente les chances que quelqu’un ait le courage de vous attaquer. ? Tu n’as pas tout le topo. Il n’es pas sûr du tout que nous soyons obligés de reculer. ? Je ne veux surtout pas le savoir. J’ai déjà appris il y a longtemps que la seule chose qu’on est sûr de ne pas dire, c’est celle qu’on ne sait pas. Toi, tu continues à jouer ta «game». Moi, laisse-moi travailler sur une solution de rechange. ? D’accord, dit Marius en lui donnant la main. Allez, bonne chance. * * * C’est Cardoso lui-même qui appela Ben Saïda. ? The deal is off. On avait dit 10 heures, il est onze heures et demie. On vous a attendus jusqu’à la dernière minute. On sait depuis hier qu’il y a des difficultés, mais on a tout de même attendu aussi longtemps qu’on a pu. Maintenant, on ne peut plus attendre. Il est clair que vous ne pourrez pas sortir la marchandise de Pointe-Saint-Charles sans passer sur le corps des types de Scalp et de l’autre. Même si vous y parveniez, vous avez la moitié de la police de Montréal de l’autre côté qui vous attend et qui, c’est clair, a un arrangement avec les types d’Hochelaga: on regarde la télévision, nous aussi. Donc, notre contrat est rompu. Nous considérons que nous pouvons renégocier l’affaire avec n’importe qui. ? Avec les gens de Scalp? ? Avec n’importe qui. Y compris avec le lieutenant Lafontaine, si c’est nécessaire. ? J’ai compris. Mohamed Ben Saïda avait parfaitement compris que Cardoso venait de le libérer. On considérait qu’il avait fait tout ce qu’il y avait à faire. Il ne pouvait en faire plus. Cardoso avait donc la décence, connaissant les menaces de Marius, de le libérer à temps de ses engagements pour qu’il puisse sortir Abdallah du pétrin. Tenir le suspense plus longtemps aurait été inutile. On ne lui demandait pas ce sacrifice. Les jeux étaient faits de telle façon qu’il ne pouvait mener cette transaction à bien. Dommage, mais il y en aurait d’autres. Pour l’instant, il s’agissait de récupérer Abdallah, de fermer les livres et de partir. Le Québec n’avait plus rien à lui offrir. Il était onze heures quarante-cinq. Il donna ses instructions à ceux de l’entrepôt puis fit sans tarder deux réservations vers Amsterdam puis de là vers Moscou. * * * Cette fois, il s’agissait bien d’un vrai drapeau blanc. Un des défenseurs de l’entrepôt s’avançait sur la place, lentement, comme Marius l’avait fait la veille. On le fouilla à l’entrée, puis on l’emmena à Marius et Scalp. ? OK, dit l’homme, prenez le stock. Le boss a dit de relâcher son frère. Nous, on veut sortir de là. Ça a l’air que vous avez les contacts pour passer les «beux». ? Vous avez tout compris, bluffa Marius, je vais passer chez vous voir ce que vous avez. Tu restes là. Il confia l’émissaire du Marocain ? qui lui n’avait rien d’un Marocain ? à la garde de deux de ses hommes et se retira avec Scalp dans une pièce attenante. ? Je commence à penser qu’on va sortir d’ici vivants. Vivants et riches. Je vais là-bas et je m’assure qu’on nous refile bien la poudre, pas des vitamines C. Après, je te fais signe et tu avertis Jonas de remettre son pantalon. Après, il faut amener assez des nôtres là-bas pour contrôler la place. J’essayerai de savoir combien ils sont, mais n’écartons pas l’hypothèse d’un guet-apens. ? Et si c’est un guet-apens? ? Nous avons toujours Ben Abdallah bien en main, virgo intacta ? en autant qu’on puisse connaître ce genre de chose ? et nous avons encore assez de ressources pour prendre la place d’assaut. ? Tu crois? ? Je vais voir sur place, mais je le pense. Idéalement, nous amenons nos ressources là-bas peu à peu, de façon à minimiser nos risques. Ensuite, nous testons le barrage policier, question de voir s’ils nous laissent sortir. Si Marcel a fait son travail correctement, nous passons. S’il a échoué, on leur passe dessus. À n’importe quel prix. ? Et les types de Ben Saïda qui sont là-bas? ? Si on voit qu’on peut passer le barrage facilement, on les désarme et ils passent avec nous. Si on s’aperçoit qu’il va falloir se bagarrer avec les policiers, on se débarrasse d’abord des types de Ben Saïda, histoire de ne pas les avoir sur nos arrières. ? Tout ça, en supposant qu’ils ne sont pas plus nombreux que nous. ? Je ne crois pas; ils auraient joué ça autrement. Marius prit à son tour le drapeau blanc et s’engagea sur la place, direction entrepôt. Il savait que toute l’affaire tenait à la valeur relative qu’accordait Ben Saïda à la drogue et à son frère, à sa vie à lui, Marius, par rapport à la vie de l’émissaire qu’on leur avait envoyé et aux chances que l’on pût traverser le barrage policier grâce à l’intervention de Marcel. Il y avait bien des variables dans l’équation. * * * Marcel avait bien apprécié l’interview de Lafontaine. Il avait eu beaucoup de plaisir, également, à voir sa tête de vieil anarchiste, à lui Marcel, à la télévision, sur le vidéo qu’on avait fait de sa traversée de la place, fleurdelisé cla-quant au vent. Il savait que chaque minute qui passait rendait sa position plus forte. Chaque coup de feu qui n’était pas tiré par les assaillants était une plume à son chapeau. Chaque dénégation du Ministre de l’Intérieur était une approbation tacite de sa démarche. Chaque fois que le gouvernement d’Ottawa corroborait son refus d’intervenir, il savait que grâce à lui le Québec marquait des points. Maintenant, Lafontaine avait dit de si merveilleuses et compromettantes âneries que personne ne pouvait plus reculer. Marcel avait en main le contrôle véritable des événements. Il avait ce contrôle, il le savait, parce qu’il contrôlait via Marius une force de frappe bien supérieure à celle dont disposaient les policiers. Au fond, pensa Marcel, il leur sauvait la vie. ? Lieutenant, dit un policier à Lafontaine qui prenait tranquillement un café avec Marcel, il y a un messager de l’entrepôt avec un drapeau blanc qui traverse la place. ? Je crois, dit Marcel à Lafontaine, que nos négociations portent fruits. Marcel continua ensuite à parler d’autre chose. Il continua également à parler d’autre chose quand on leur annonça que le drapeau blanc retraversait maintenant la place en sens inverse. Marcel Leblanc reprenait goût à la vie. * * * Marius se garda bien d’entrer dans la place comme en pays conquis. Il aurait pu le faire, les défenseurs de l’entrepôt avaient visiblement mis bas les armes. C’est un grand maigre aux épaules voûtées et à la peau très claire qui semblait mener l’opération et qui vint confirmer la reddition. ? Le stock est là. Prenez-le. Mais, tu ne sors pas tant que le boss n’a pas son frère et que les beux nous ont pas laissé partir. Les autres partent, moi je reste avec toi jusqu’à ce que les autres aient traversé le barrage. Après, tu pourras encore essayer de me garder moi, mais tu vivras pas vieux. Marius analysa froidement la situation. Laisser partir Abdallah le premier était un risque énorme. D’autre part, ce qu’il voyait devant lui ne semblait pas représenter un bataillon bien crédible. Il joua le tout pour le tout. ? Vous permettez? Sans attendre la réponse, il se dirigea vers la fenêtre et fit le signal convenu. ? Votre boss aura son frère dans quelques minutes. S’il ne vous téléphone pas pour vous le dire, c’est qu’il aura décidé que vous valez mieux morts que vivants. * * * Scalp, pour la quatrième fois, essayait de joindre Bantam au téléphone. Évidemment, un cellulaire coin University et Maisonneuve… Il était midi moins deux quand il eut la communication. ? Jonas? ? Oui, OK, le gars a déjà les fesses à l’air. T’a-vais raison pour les beux. Il y a deux chars qui ont passé, ils ont regardé de l’autre côté pis y sont partis. ? Tu peux débander; on a fait un deal. Lâche le kid, il va savoir de quel côté courir. C’est à ce moment précis que Jonas, Scalp et la plupart des Montréalais entendirent la première explosion qui venait des hauteurs de Westmount. * * * Marius fut de ceux qui ne firent pas attention à cette première explosion. Il avait l’esprit ailleurs. Il se sentit mieux quand le téléphone sonna. Encore mieux quand son vis-à-vis eut raccroché et hoché la tête. ? OK, le boss a son frère. Maintenant, sors-nous d’ici. ? Qu’est-ce qui vous fait penser que je peux vous sortir de là? ? Le boss a dit qu’il l’avait entendu à la télévision. ? Vous êtes combien? ? Neuf. Nous sommes huit, plus Arthur, qui est chez vous. ? Avez-vous une voiture? ? Oui, en arrière dans la cour, sous le porche. ? Parfait. Nous allons y aller par groupes de trois. Trois avec moi. Venez, on traverse chez les copains. ? Tu penses que je vais te laisser partir avec trois de mes gars, Frenchie? ? Si j’avions pas voulu, j’aurions pas venu. Tu as eu le frère, la coke est chez vous. Si je ne reviens pas, c’est qui le perdant? L’autre haussa des épaules. ? Toi, toi et toi… allez avec lui. Prenez le char. * * * Marcel vit la voiture quitter l’entrepôt et traverser la place, en direction du repaire des assiégeants. ? Lieutenant, je crois que nos négociations ont finalement abouti. Je retourne aux sources. C’est à ce moment que la deuxième bombe de Jean-Pierre explosa, là-bas, sur la montagne, et personne n’accorda à Marcel plus qu’un minimum d’intérêt quand il partit à son tour vers la maison occupée par les motards. * * * ? Il y a eu quatre blessés, dont un grave, lors de l’explosion de la première boîte, rapporta le sergent Gendron, impeccablement au garde-à-vous. Nous avons immédiatement demandé aux médias d’avertir la population de se tenir loin des boîtes à lettres. Nous n’avions alors, cepen-dant, encore aucune raison de penser qu’il y aurait d’autres explosions ni qu’elles seraient circonscrites à Westmount. Je souligne, monsieur le Ministre, que nous ne savons pas en-core si le phénomène est bien localisé à Westmount. Quand la deuxième bombe a explosé et qu’on a eu deux autres blessés, dont un écolier, on a dégarni le périmètre de sécurité à Pointe-Saint-Charles pour envoyer des autos patrouille écarter la population de toutes les boîtes du secteur présumé ciblé. Depuis, onze autres boîtes ont explosé, mais sans faire de blessés. Elles explosent au rythme d’une tous les quarts d’heure, plus ou moins deux minutes. Les premières analyses indiquent qu’elles ont été élaborées par des artificiers habiles, mais travaillant avec du matériel de fortune. Le directeur de la police de Montréal, le représentant personnel du maire de Montréal, un observateur de la Sûreté du Québec, un consultant d’une société privée, un sous-fifre quelconque du bureau de Bayard… Le ministre de l’Intérieur se demanda s’il n’aurait pas mieux valu que tous ces gens retournent faire leur boulot plutôt que de se mettre à cinq à hocher la tête, en écoutant le rapport d’un policier compétent mais dépourvu d’autorité qui ne demandait, lui, qu’à retourner faire le sien. C’est à la tête qu’il y avait un problème. C’étaient les chefs, qui ne faisaient pas leur travail. Il en était bien conscient, comme il était conscient de faire partie de cette cohorte de «responsables» qui n’avaient plus aucun contrôle sur les événements: ? Merci, sergent Gendron. Et la situation à Pointe-Saint-Charles? ? Confuse. Il y a eu du va-et-vient vers midi entre le repaire des assiégeants et l’entrepôt des assiégés. On présume, mais on ne sait pas vraiment, que c’est Marcel Le-blanc qui mène ce qui semble être des tractations entre les parties en cause. Le lieutenant Lafontaine a la situation bien en main mais, conformément aux instructions reçues, nous n’intervenons pas. ? Qui a autorisé cette entrevue du lieutenant Lafontaine a la télévision qui accrédite de plus en plus l’hypothèse que les motards sont là avec l’accord de la police? ? Le lieutenant Lafontaine a été en contact étroit avec monsieur le Directeur ici présent, avec votre chef de cabinet et avec le bureau du Coordonnateur. Je ne sais pas d’où il a reçu les instructions formelles d’accorder cette entrevue. ? Vous étiez là, ce matin? ? Oui monsieur le Ministre. ? Est-ce que vous suggérez d’intervenir plus activement? ? Négatif, monsieur le Ministre. Nous ne savons pas combien il y a d’assiégés, mais nous sommes certains qu’il y a, ou qu’il y a eu, plus d’une cinquantaine de motards armés de fusils-mitrailleurs, de bazookas et de lance-roquettes qui ont donné l’assaut hier matin. Une seule personne armée d’un lance-roquettes pourrait, à partir de la positon des assiégeants, pulvériser en quelques minutes toutes nos voitures patrouille et leurs occupants. Les instructions que nous avons reçues de demeurer à l’écart semblent donc justifiées. ? Quels sont les effectifs des forces de l’ordre sur le périmètre? ? Nous avions 427 agent en ligne, officiers compris, à midi aujourd’hui. Nous avons dégarni pour faire face à la situation de Westmount, mais il reste certainement plus de trois cents policiers sur les lieux. ? Et ils sont cinquante? ? Négatif, monsieur le Ministre. Ils sont une cinquantaine face à l’entrepôt, mais nous savons qu’il y a au moins cent, peut-être deux cents autres éléments connus de nos services qui se promènent à l’extérieur du périmètre de sécurité. Tout se passe comme si tous les gangs de Montréal s’étaient unis. Ils sont certainement armés, mais nous n’avons pas eu l’occasion de faire l’inventaire de leur armement. Ils sont probablement beaucoup mieux équipés que nos policiers. ? C’est vous qui êtes encerclés, c’est ça? ? Nous ne sommes pas vraiment encerclés dans la mesure où personne ne gêne nos mouvements. Cependant, surtout depuis qu’il a fallu dépêcher trente voitures pour assurer la vigilance à Westmount, il ne semble pas que nous soyons en mesure d’imposer l’ordre dans le secteur Pointe-Saint-Charles. ? Si la SQ avait accepté de nous aider, s’exclama le directeur de la police de Montréal… Les autres le regardèrent sévèrement et il se tut. Le ministre continua. ? Pourquoi dites-vous «il y a ou il y a eu» cinquante assaillants? Est-ce que vous les laissez partir? ? Nous suivons les instructions de non-intervention. Si un individu ou plusieurs prétendent qu’ils sont des résidants du secteur et demandent qu’on les laisse franchir le barrage, on les laisse passer. ? Le faites-vous même s’ils sont connus de vos services? ? Nous avons de bonnes raisons de penser qu’il faudrait utiliser la force pour les retenir. Ceci serait contraire aux directives que nous avons reçues. ? En clair, vous me dites que c’est la pègre qui contrôle Montréal, aujourd’hui? ? Inexact, monsieur le Ministre. En fait, la ville est remarquablement calme, mis à part les incidents terroristes de Westmount ? lesquels sont ennuyeux mais désormais inoffensifs dans la mesure où les gens sont tenus éloignés des boîtes à lettres ? et quelques affaires courantes sans importance. Le problème de Pointe-Saint-Charles est tout à fait circonscrit. L’ordre règne à Montréal. Le directeur de la police de Montréal sourit. Enfin, ce Gendron disait quelque chose de sympathique. Le représentant du maire songea qu’il ne serait peut-être pas nécessaire de redorer le blason de la ville en changeant le directeur de la police. L’homme de la Sûreté du Québec pensa que les conséquences de la position ferme que son corps policier avait adoptée ne seraient peut-être pas aussi dramatiques qu’on ne l’avait craint, ce qui était une bonne nouvelle. Le consultant de l’extérieur, à quatre cent cinquante dollars par jour, était un ami et n’écoutait pas. L’homme du bureau de Bayard prenait des notes, mais ne montrait aucun signe d’émotion. Il avait été bien formé. ? Je comprends, continua le ministre, sans montrer lui non plus d’émotion, que tous les bandits de Montréal se sont réunis pour une petite fête intime, mais que vous n’avez pas un filet assez grand pour les prendre! Gendron répondit sans broncher. ? Ni le filet, ni les ressources humaines, ni les armes… ni les ordres, monsieur le Ministre. * * * Dans la tiédeur de cet après-midi de la fin mai ? les hostilités ayant apparemment cessé entre les belligérants ? le secteur Pointe-Saint-Charles avait pris la couleur et les odeurs d’une fête foraine. Des milliers de curieux déambu-laient sereinement à l’extérieur du périmètre de sécurité, envahissant les terrains vagues et les petits espaces oubliés par l’histoire que le CN, par habitude plus que par intérêt, avait interdits au public depuis des décennies. Des vendeurs ambulants de crème glacée offraient leurs produits aux pas-sants, deux Antillais faisaient la navette entre un dépanneur voisin et la foule, offrant des boissons douces aux passants. Quelques bières avaient fait leur apparition sans que les policiers protestent: aujourd’hui, ils s’occupaient de choses plus sérieuses. De temps en temps, quelques badauds s’approchaient du barrage policier, tentant de jeter un coup d’œil sur la place, aussi vide qu’une arène espagnole avant la corrida. Vide, sauf quand la petite voiture verte, périodiquement, comme un balancier, faisait la navette entre l’entrepôt et le château fort des assiégeants. Les assiégeants qui, apparemment, n’assiégeaient plus personne. Moins tendus, les policiers qui se tenaient près des voitures patrouille se permettaient d’échanger des plaisanteries avec les filles en minijupes. Ceux qui contrôlaient les accès à la place avaient relâché quelque peu leur surveillance, chaleur aidant, et ne jetaient qu’un regard distrait sur la pièce d’identité qu’il continuaient d’exiger de ceux qui voulaient traverser, dans un sens ou dans l’autre, cette frontière artificielle qu’on avait dressée. Au milieu de cette foule, on distinguait à peine certains individus plus sérieux, plus actifs, mieux vêtus, qu’on pouvait soupçonner d’être liés aux véritables protagonistes du drame. Il y en avait beaucoup. Il y avait cependant encore plus de journalistes, de pigistes, de reporters amateurs, de représentants de la radio et de la télévision, d’envoyés de magazines, toute une faune bizarre de porteurs de carte de presse pour qui la situation avait le double avantage d’être à la fois une nouvelle et des vacances. Les «communicateurs», dans cette foule, étaient bien plus affairés et plus visibles ? surtout ceux portant caméra ou vidéo ? que les pègreux ou mafieux de tout acabit. Il était trois heures dix quand les vrais toreros arrivèrent. Précédés d’une escorte policière, ils fendirent la foule sans difficultés. On s’écarta diligemment sur leur passage. Les communicateurs, surtout, manifestèrent les plus grands signes de déférence. Les cameramen de CBC et de Radio-Canada firent courtoisement signe de passer aux nouveaux arrivants. CNN était là. Quelques adolescentes qui connaissaient déjà les faits de la vie firent des minauderies, mais n’intéressèrent pas les cameramen qui ne se parlaient qu’entre eux, comme la légende veut que les Cabots de Boston ne parlent qu’à Dieu. Quelques enfants dépenaillés assis par terre, qui bouffaient des échafaudages précaires de crèmes glacées multicolores furent, eux, touchés par la grâce sans même s’en apercevoir. La caméra se posa sur eux. Si une des séquences survivait au montage, l’un de ces enfants pourrait dire un jour à ses enfants et à ses petits-enfants, qu’un soir, en 1996, son menton dégoulinant avait été vu, brièvement, par le président des États-Unis et celui de la Russie, par le Secrétaire général des Nations Unies, ainsi que des milliardaires et autres maîtres du monde. Les seigneurs d’Atlanta continuèrent d’avancer et le périmètre de sécurité cessa d’exister devant eux. Ils firent quelques pas dans l’espace interdit, vérifièrent la position du soleil ou si quelque toit, quelque part n’offrirait pas un meilleur point de vue, puis s’installèrent. Pierre JC Allard

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Le prout de la discorde

Gasty 2010-08-19 01:04:29

A ceux qui ont eu la chance de lire les articles de la série de Léon sur les instruments insolites et en particulier  sur les instruments à vent  ont pu constater avec moi qu'il avait sciemment omis les origines des incongruités qui parfois ne manque pas de choquer les narines fragiles. Mais Léon dis-je, a passé sous silence leurs origines. Pourtant ces origines remontent à la nuit des temps. Elles sont non seulement universelles mais sont le fondement même de la première vibration de l’univers et de la vie. J’aurais pu titré mon article « Le prout de DIEU » en hommage au big bang et en réponse au boson de Higgs se réclamant de « La particule de DIEU »,mais je préfère rester en arrière et m'incliner sur les causes de la discorde. Sur l'un de ses articles, voici ce qu'il dit: « ce sont les lèvres elles-mêmes du musicien qui se mettent en vibration appuyées sur une embouchure en forme de petite cuvette, en y effectuant un « prout » disgracieux et contrôlé qui, par les miracles de la technique et de l’acoustique, se transforme en un son harmonieux. On trouvera dans cette grande famille, les clairons, trompettes, cornets, bugles, trombones, cors, tubas et quelques autres instruments utilisés en fanfare comme les ophicléides… » Il est évident que celui-ci a sciemment esquivé une autre technique de vibration, une pudibonderie qui l’oblige à nous faire un « prout » vite étouffé par les miracles de la technique et de l’acoustique. Or, comme je tiens à réparer cette disgracieuse omission, je dirais que la technique du Prout ( http://video.jeuxvideopc.com/search/?q=prout ) est universellement connu de toutes les espèces. La série des instruments ainsi nommé dans son article, "la clarinette, saxophone, saxotrombas, saxhorns, saxtuba, trombone à sept tuyaux, trompette", sont l'aboutissement de plusieurs mises au point par des générations d'ancêtres musiciens attentif à leur environnement. Prenons le cas par exemple du Saxtuba, je ne pense pas qu’un seul d’entre vous puisse voir dans celui-ci une gracieuse colombe se posant sur un rebord de fenêtre. Ne voyez-vous pas plutôt un pachyderme ??? Lorsque j’étais enfant, j’ai eu la chance de voir et d’entendre un Saxtuba . C’est énorme, ça éclabousse à la ronde, ça laisse des traces au point que mes parents furent dans l’obligation et sur recommandation du maitre d’école de m’emmener au Zoo le plus proche afin que j’identifie définitivement la silhouette d’un éléphant. POURQUOI ??? Mais parce que je dessinais des saxtubas gambadant avec des gazelles. Pour la flute! Vous voyez de quel animal il s’agit ? L’histoire de la musique comme il me plait de le dire, nous la devons à la diversité du règne animal, nous y avons apporté quelques aménagements supplémentaires dû à notre curiosité artistique et créatrice. Voir à quelques excès car je ne vois toujours pas à quel animal le trombone à sept tuyaux dont il parle peut faire allusion ! Lorsque je dis "caisse de résonance" tout le monde bien sûr sait de quoi il s’agit ! Alors si je vous dis « lâcher une caisse » c’est comme gratter une guitare, ça s’apprend. Question technique, nous avons la chaise musicale. La position du « Pétomane » ( http://www.youtube.com/watch?v=evwLzR57wsc ) est très importante. Tantôt à gauche ou à droite, étiré vers l’avant ou contorsionné vers l’arrière, c’est à dire en biseau, on obtient une modulation des turbulences sur un octave. Le revêtement de la chaise et le diamètre des barreaux ne sont pas négligeable dans la sonorité obtenu. Cette discipline d’apprentissage a pu voir le jour grâce à des associations dont la plus connu est celle des « Garçons bouchés de la narine ».La chaises renaissance avec accoudoir molletonné est recommandé pour la position facile des mains et la pression exercé sur l’accoudoir qui donne une gamme chromatique des plus colorés. La gamme s’étend sur plusieurs registres : Le pete gras Le pete sec Le pete mou Le pete fuyant Le peteux Le gros pete Et il est strictement interdit de fumer durant une représentation ou une répétition. J’évoquerais dans la série suivante....puisque Léon semble ne pas vouloir en parler, l’utilisation du banc musical et de ses sonorités. Ainsi que le Prout diphonique. Léon doit s'expliquer! Qu'il ressorte ses articles. Une perche amicale lui a été tendu par "Cent Papier" afin qu'il puisse éventuellement s'excuser. Gasty

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taverne des poetes

salut Gasty, as-tu conservé une copie des articles de Léon ?
Gasty

Salut taverne Hélas non! Et il ne reste visiblement rien, je n'ai pas retrouvé un seul de ses articles y compris sur son site qui renvoi sur des liens morts (Agoravox).
taverne des poetes

Demande-lui : "Léon, t'as pas les mêmes à la maison ?" Je suis sûr qu'un de ses potes du célèbre trio a conservé religieusement des copies...
Gasty

Ils ne lâcheront rien. Ce qu'il faut ce sont les originaux....inestimable. :lol:

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Eden Abargil: la Lynndie England de Tsahal !

Cent Papiers 2010-08-18 17:19:36

Eden Abargil est officier et fasciste. La presse française floute ses photos. Étonnant. Elle a fait son service militaire comme ça se passe pour tout le monde en Israël. Mais, le couac est venu de son comportement avec les prisonniers Palestiniens qu’elle détenait. La question est de savoir qui est le photographe de l’horreur. L’affaire fait grand bruit et la journaliste et blogueuse Lisa Goldman a contacté cette extrémiste et, elle lui a répondu: « Je ne parle pas aux gauchos ». On a donc à faire à l’extrême droite la plus dure de Netanyahou. Le défenseur infatigable des droits de l’homme Yishaï Menuchim, directeur du Comité israélien contre la torture, a stigmatisé dans un communiqué le comportement de la soldate, estimant qu’il “illustre une attitude qui est devenue une norme consistant à traiter les Palestiniens comme des objets et non des êtres humains”. Mais, face à cette indignation, vous noterez qu’elle ne risque rien. Va-t-on assister comme à Abou Ghraïb à une condamnation à de la prison de cette jeune femme comme le fut la soldate américaine Lynndie England dont elle s’est probablement inspirée ? C’est moins sûr tellement, la haine de l’arabe est plus forte que la raison au niveau du Régime en place, qui plombe tout, faisant croire que les Israéliens sont tous des racistes. Il y a quelque chose qui me fait sourire quand je parcoure la presse. En France, en Suisse, les photos de la soldate sont floutées. On se demande bien pourquoi puisqu’elle pose à visage découvert sur Facebook. C’est dans un site belge que j’ai trouvé une de ses photos pas floutées. (merci à EL !) Cent Papiers

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La politique chinoise au Moyen-Orient : tout faux!

Cent Papiers 2010-08-18 17:12:33

La Chine, croyant ainsi défendre ses intérêts au Moyen-orient, s’est constamment employé ces dernières années à amoindrir les sanctions internationales contre un Iran avec qui elle entretient d’étroites relations commerciales. Pourtant, un conflit ouvert entre Iran et Israël – probable résultante de messages discordants envoyés à la République Islamique par la communauté internationale – aurait des effets dévastateurs sur … la Chine qui subirait de plein fouet une envolée des prix pétroliers. Le monde serait à coup sûr affecté par un baril qui pourrait bien dépasser les 200 dollars mais ces conséquences économiques pour la Chine se doubleraient très vite d’une instabilité politique qui remettrait en question son régime actuel. Comment interpréter dans ces conditions le refus de la Chine d’adopter des sanctions et une attitude  explicites vis-à-vis de l’Iran si ce n’est par une perception – complètement erronée de sa part – selon laquelle Israël hésiterait à attaquer l’Iran par crainte des conséquences géopolitiques et internationales. Israël, qui n’a jamais reculé devant la défense de ses intérêts vitaux, a cependant bien tenté ces derniers mois et années d’expliquer à la Chine les implications d’un regain de tension dans la région tout en l’assurant de sa ferme intention de ne pas tolérer un Iran nucléaire. Pourtant, la Chine, qui pourrait apporter sa contribution en amenant l’Iran à plus de réalisme et en le persuadant de négocier de manière loyale, se refuse à endosser ce rôle de médiateur pour des motifs strictement commerciaux certes mais également à cause d’une déficience de clairvoyance motivée par son intention de nuire aux Etats-Unis. Erreur ou étroitesse de vue stratégique car, en dépit de son importance diplomatique croissante, la Chine n’a rien d’une superpuissance à l’Américaine, nulle force armée redoutable ou présence militaire au Moyen-Orient à mobiliser en cas d’attaque Israélienne… En fait, la Chine démontre qu’elle est d’autant moins un partenaire diplomatique fiable que son attitude vis-à-vis de la Corée du Nord – par exemple suite à la récente attaque de Cheonan – regorge d’ambiguïtés. De surcroît, l’alliance objective de semi-connivence envers l’Iran qu’elle forme actuellement avec la Russie pourrait très rapidement voler en éclats du fait d’une divergence évidente d’intérêts entre ces deux nations en cas de déclenchement de la guerre. Les pays producteurs de pétrole n’appartenant pas au Golfe Persique – dont la Russie - ayant effectivement tout à gagner d’une escalade des prix du brut et ce contrairement à la Chine… A cet effet, le New York Times révélait la visite cette année d’une délégation Israélienne à Pékin dont le but était d’alerter les chinois quant aux conséquences d’une nouvelle guerre au Moyen-Orient tout en insistant sur l’importance de leur intervention afin d’en prévenir le déclenchement. Selon le NY Times, les autorités chinoises au plus haut niveau furent épouvantées par le scénario décrit par leurs  interlocuteurs. Cent Papiers

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Ou va t'on??

Thym-Thym 2010-08-17 21:15:31

Les voix du Panda deviendrait il le forum de la musique ancienne? Thym Thym

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Le Panda

Thym Thym J'ose croire que tu as passé de merveilleuses vacances. Le Forum est effectivement en train de changer énormémemnt mais dans le bon sens de tous les termes :wink: Il faut être juste un peu patient, puis rien n'empêche personne de publier ce qu'il souhaite en respectant La Charte qui nous régit. L'évolution, hé bien il faut juste attendre que le pied posséde sa chaussure pour rentrer dans celle de Cendrillon. Puis par La taverne des Poétes bien des gens apprennet des choses réjouissantes. Voila je ne vais pas en rajouter et je vous adresse à toutes et tous mes plus sincéres amitiés. Le Panda :lol:
Thym-Thym

Posté par 5666 :
J’ose croire que tu as passé de merveilleuses vacances.
Debut septembre
Posté par 5666 :
puis rien n’empêche personne de publier ce qu’il souhaite en respectant La Charte qui nous régit
???
Posté par 5666 :
par La taverne des Poétes bien des gens apprennet des choses réjouissantes.
????????????????
taverne des poetes

Bonjour Thym Thym, Bonjour Le Panda, Puisque l'on parle de mes articles, je vais les défendre. Ces articles sont très lus. ce qui me fait dire que s'ils ne correspondaient pas à une demande spontanée, ils ne laissent pas indifférents (je z'yueute vite fait mon dernier article : 282 visites sur CentPapiers et au passage cela fait un peu de pub pour Le Panda : CQFD.). Ceux qui n'aiment pas le classique peuvent s'armer de patience. j'ai presque fini ma série. Il reste juste les concertos et les symphonies. Eventuellement les fugues. Après, j'arrête, promis ! Mais je ne m'intéresse pas qu'aux musiques anciennes, j'ai aussi écrit sur le jazz, le rock et la chanson (voir mon site). J'aurai l'occasion sans doute de publier d'autres articles sur ces genres-là. :lol:
Pierre JC Allard

Mise a jour: 252 pour le ballet, 290 pour la scherzo… en plein mois d'août. Une série sur le jazz a l'automne ferait un malheur… Dites, quelqu'un sait où est Leon et ses instruments inusités ? Je repasserais tous ses articles avec plaisir ? PJCA
taverne des poetes

salut Pierre à l'automne ? Pourquoi pas ? En attendant, la cigale Voris a composé une mini symphonie ici : http://www.jamendo.com/fr/album/73404?refuid=706183
Le Panda

Salut Taverne, Merci de ne surtout pas cesser c'est tout à fait le sens de mon message. Oui nous avons des accords avec CP et d'autres, personnes n'empêchent personnes d'écrire sur d'autres sujets :idea: Vais je pouvoir prendre quelques vacances méritées :?: Pierre Allard, Merci de cette intervention, et merci de m'envoyer un message en "privé" pour convenir d'un débat comme d'habitude heure f=France 19h :wink Bien amicalment à toutes et tous, il faut du temps pour faire les choses et surtout un homme seul ne peut rien et moi encore moins :-P Le Panda :lol:
Thym-Thym

Posté par 5666 :
personnes n’empêchent personnes d’écrire sur d’autres sujets
J'ai compris le message Panda
taverne des poetes

Le menuet a passé les 500 visites. Merci Mickey ! "J’ai compris le message Panda" : moi aussi thym thym et je vais différer de qq jours la suite
Pierre JC Allard

Bonjour Panda. Je suis hors Montreal et incommunicado par skype . Mieux dit, c'est sans doute possible, mais je ne saurais pas communiquer par skype de là ou je suis … Bonne nouvelle, cependant, pour patienter, la bannière vers le Panda est active sur CentPapiers. A Pierre JC


[...] doit s’expliquer, qu’il ressorte ses articles. Une perche amicale lui a été tendu par « Cent Papier » afin qu’il puisse éventuellement [...]
Les Voix du PANDA » Blog Archive » Le prout de la discorde

[...] doit s’expliquer, qu’il ressorte ses articles. Une perche amicale lui a été tendu par « Cent Papier » afin qu’il puisse éventuellement [...]
taverne des poetes

Je suis repassé voir le compteur : le menuet continue de cartonner sur CentPapiers. article le plus lu. Qui aurait parié un kopek sur le menuet ? Hein, qui ? Répondez franchement ! Comme quoi,il ne faut pas chercher à suivre le public,il faut le guider sur les voies qui nous passionnent.

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Les ruses de Pharma-City (Big Pharma)

Cent Papiers 2010-08-17 17:22:15

L’épisode H1N1 a fait long feu, et il ne reste aux Français qu’a constater les dégâts, et à en payer les conséquences : 700 millions d’euros. Or, le contrat passé entre l’état et les labos, vient de voir son secret levé. Roselyne Bachelot prétend dans un communiqué AFP en être à l’origine mais, c’est un gros mensonge. lien On le doit à la pugnacité de « Rue 89 » et à l’action de Gérard Bapt (député PS) (Totalité du document sur ce lien). Aux 700 millions qu’a couté l’achat des vaccins, il faut ajouter la dispendieuse campagne de promotion gouvernementale pour la vaccination. (500 millions) et le prix du « Tamiflu » qui sera périmé dans 15 jours. Les 30 millions de dose ont dépassé la barre des 500 millions. lien Total définitif, au moins 1,7 milliards d’euros. lien. Certains ont démissionné pour moins que çà. La pilule est dure à avaler, même avec cette chanson A la lecture du contrat dévoilé on apprend que « la « survenance d’effets indésirables attendus ou inattendus ou le manque d’efficacité ne constitueront pas une violation de la garantie ». Dans un rapport récent, présenté par Alain Milon, la France est soupçonnée au mieux d’incompétence,lien au pire de conflit d’intérêt. lien Depuis que l’OMS a donné la liste des 15 experts qui ont géré la crise, on sait que 5 d’entre eux ont collaboré étroitement avec les laboratoires. lien L’OMS est accusée, tout comme la France d’avoir été sous le joug des laboratoires. François Autain, (sénateur PC), appuyé par Alain Milon (sénateur UMP) déclare : « pour l’industrie pharmaceutique, la déclaration d’une pandémie était vitale (…) le gouvernement à dramatisé la communication et travesti la réalité au lieu de modifier son plan pour l’adapter à la réalité du risque » lien Il dénonce les liens financiers entres les experts consultés et les laboratoires. vidéo Après le bonimenteur présidentiel, voici venu le temps des « médicamenteurs ». C’est le titre d’un film réalisé par Stéphane Horel, Annick Redolfi et Brigitte Rossigneux diffusé sur « la 5 » le 24 juillet 2010 (reprogrammé le 20 août, à 1h25 du matin) Dans ce documentaire passionnant, on découvre par exemple le « Vioxx » médicament censé combattre l’arthrose, commercialisé en 1999, et retiré de la vente le 30 septembre 2004. lien Il produisait des effets secondaires graves, voire mortels. vidéo Pourtant une revue indépendante, « Prescrire » sans sponsors médicaux, avait alerté clairement les consommateurs en juillet 2000 des dangers induits par ce médicament. lien Le « Vioxx » est responsable aux USA de 140 000 accidents cardio-vasculaires, et de la mort de 60 000personnes. lien Pour la France on suppute 1000 cas d’effets indésirables, et la mort de 32 patients, mais la politique du secret semble de rigueur. En 2001, une étude avait mis en évidence ces risques, mais l’AFSSAPS (agence françaises de sécurité sanitaire des produits de santé) n’en avait pas tenu compte. La France détient le record du monde de consommation des médicaments, lien et celui des décès dus aux médicaments. lien Pour comprendre les risques que nous courrons, il faut suivre le parcours du médicament. Le Professeur Philippe Even, membre de la CAMM (commission d’autorisation de mise sur le marché des médicaments) a découvert avec effarement les coulisses des décisions. Comme il l’affirme : « je ne crois pas qu’on puisse être libre quand on juge son employeur ». L’indépendance de cette commission pose en effet problème, puisqu’elle est financée à 80% par les entreprises pharmaceutiques (lien) ce qui a été dénoncé par le Sénat dans un rapport. lien De plus, les experts consultés par la commission ont des liens d’intérêt avec les laboratoires et ils sont67% à avoir des liens avec l’industrie pharmaceutique et on comprend mieux pourquoi 95% des médicaments obtiennent le feu vert. La HAS (haute autorité de santé) a une autre mission, c’est celle d’estimer les performances des médicaments mis sur le marché, sur une grille allant de 1 à 5. On constate alors que 83% des médicaments disponibles sont peu ou très peu efficaces. lien Les enjeux du marchés sont importants, puisqu’un médicament peut rapporter jusqu’à 1 milliard de dollars par an, comme par exemple le Plavix, du laboratoire Aventis, qui permet de fluidifier le sang, tout comme l’aspirine, (ou même comme deux verres de vin, dixit le professeur Even) sauf qu’il vaut beaucoup plus cher. (Près de 60 € la boite), soit 27 fois le prix de l’aspirine. On comprend mieux l’une des raisons du trou de la sécurité sociale, puisqu’elle rembourse un médicament très cher, et quasi inutile. Une autre aventure est intéressante, c’est celle du Mopral (il soigne les problèmes gastriques, les ulcères). Il allait tomber dans le domaine public, ce qui permettait la diffusion d’un médicament générique, à bas prix. Le fabricant eut donc l’idée « géniale » de lancer un nouveau médicament, quasi identique au précédent, l’Inexium, lequel occupa tout le marché, condamnant le médicament générique à l’oubli. Aujourd’hui, pour augmenter leurs bénéfices, les laboratoires font un marketing de plus en plus assidu, et chaque jour d’une année, un docteur reçoit l’un des 25 000 « visiteur médical ». Pour être plus efficace, considérant que la plupart des médecins sont des hommes, les entreprises pharmaceutiques choisissent comme représentant des femmes, à 75%. lien Face à eux, l’UNCAM (union nationale des caisses d’assurance maladie) n’a que 2500 conseillers. C’est le pot de fer contre le pot de terre. D’autant que les entreprises pharmaceutiques financent la quasi-totalité de la formation continue des médecins, tout en affirmant leur totale indépendance des uns envers les autres. lien Hubert Allemand, directeur adjoint de l’UNCAM s’est refusé à tout commentaire sur la convergence d’une campagne gouvernementale contre le tabagisme, avec le lancement d’un produit proposé quasi en même temps, par l’entreprise Pfizer, le Champix. On découvrit par la suite, qu’il provoquait d’importants effets secondaires, provoquant des dépressions pouvant conduire au suicide. lien D’autres surprises attendent les patients, tel l’Acomplia, (76 € la boite) médicament destiné à soigner l’obésité et le diabète. Il permet de perdre des kilos et de les regagner des que l’on arrête le traitement. Ce « médicament » a connu une campagne promotionnelle exemplaire de 2 mois dans tous les médias, y compris Internet, sauf que le médicament miracle provoque des dépressions en chaîne, voire des suicides. lien De plus le laboratoire ciblait les USA où le nombre d’obèse impressionnant autorisait tous les espoirs, mais ceux-ci ont refusé le médicament. On comprend mieux la volonté de Sanofi, et de son directeur de la stratégie, Philippe Tcheng, de neutraliser la presse grand public. lien Autre scandale à venir : GSK aurait tenté de dissimuler les effets vasculaires négatifs d’un remède contre le diabète, « l’Avandia » menacé d’interdiction. lien L’opacité est la règle chez GSK. lien Or l’Avandia a provoqué 83 000 accidents cardiaques aux USA, et l’EMA (agence européenne du médicament) a décidé de « procéder à des compléments d’analyse ». lien Les mauvaises actions de l’industrie pharmaceutique sont mêmes parfois du domaine du chantage. En Grèce, par exemple, des labos ont refusé de livrer certains médicaments, dont ils étaient tenus de baisser le prix de 25%. lien Pour relancer la consommation, on en est aujourd’hui à proposer de nouvelles maladies, (et donc de nouveaux remèdes) comme la « maladie du lundi matin », dénommée pompeusement le TDLM (trouble dysphorique du lundi matin). Pour faire simple, c’est la déprime de recommencer une semaine de boulot. Pour cela, Luc Ratif, psychopharmacologue nous explique le plus sérieusement du monde qu’il s’agit « d’un problème majeur de santé publique, caractérisé par un ensemble de symptômes qui ont pour caractéristique de survenir durant la matinée du premier jour de la semaine ». Il continue, « les symptômes sont les suivants : manque d’énergie, irritabilité, un repli social, une anxiété, un ptosis bilatéral (difficulté à relever les paupières) ( !)… » En gros, on n’a pas envie de bosser, et on préférerait un weekend end de trois jours, voire d’une semaine. Et tant pis si Sarkozy n’est pas d’accord, lui qui proposait de « travailler plus pour gagner plus » car si pour travailler plus, il faut dépenser plus, on n’en voit pas l’intérêt. Aujourd’hui l’industrie pharmaceutique est donc, on l’a bien compris, une industrie avant tout, plus préoccupée par remplir ses caisses, que par nous soigner. Car comme disait mon vieil ami africain : « Pas besoin d’atteindre le soleil pour profiter de ses rayons ». Cent Papiers

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Comment le menuet est devenu le scherzo

taverne des poetes 2010-08-16 19:41:25

On dit que le menuet d'Exaudet a servi de timbre à plus de 200 chansons. Quant aux scherzos, le plus célèbre est certainement celui de Paul Dukas repris par Walt Disney dans Fantasia : "L'Apprenti sorcier, scherzo symphonique". Le menuet fut la seule danse de la suite baroque à survivre à la disparition de celle-ci au profit des formes plus évoluées : sérénades, sonates et symphonies. Il disparaît définitivement avec le scherzo beethovenien. Du menuet "à petits pas"... C'est pour le divertissement du roi que Jean-Baptiste Lully, compositeur officiel du Roi Soleil, donna au menuet son heure de gloire. Le souverain adorait danser. De plus, le menuet est une danse à la chorégraphie noble et imposante qui, alliée aux fastes de Versailles, peut offrir à la monarchie tout son éclat et lui permettre d'éblouir les cours d'Europe. Mais la danse est plus ancienne. Elle serait originaire du Poitou et tirait son nom de ce qu'on la dansait à pas menuets (à petits pas). Le menuet faisait partie des danses facultatives de l’ancienne suite baroque au même titre que la gavotte ou la bourrée, autres danses traditionnelles à la structure formelle d'ailleurs très proche. Le menuet est une danse à trois temps égaux et à mouvement relativement modéré car, si son tempo est relativement rapide, la chorégraphie, les mouvements, sont basés sur les mesures (sur les blanches pointées), ce qui en fait une danse finalement assez lente. Par cette force toute contenue, le menuet est gracieux, aérien, noble et élégant. Ce qui explique qu'au XVIII ème siècle, les théoriciens en défendront la spécificité et la pureté face aux diverses altérations populaires qui l’assaillent. Le célèbre menuet du violoniste français André-Joseph Exaudet, tiré d’une de ses sonates en trio, deviendra un modèle pour bon nombre d’autres pièces. Il a servi à plus de deux cent danses jusqu’au début du XXème siècle. Le menuet ne disparaît pas avec l'appartion de la sonate. Il y sera intégré, en troisième position. Rappelons que dans la suite baroque, le menuet s'insérait après la sarabande et avant la gigue. Mais sa présence était facultative. La structure du menuet est binaire comme toutes les danses anciennes. Chaque partie est répétée, supportant alors quelques ornements supplémentaires. Dès que le premier menuet se termine, un second commence. On le nomme trio car souvent, il était écrit à trois voix, la basse se taisant lors son exécution. Le trio, plus lent et plus sentimental en général, adopte la même structure binaire et répétée. Suit alors le retour du premier menuet joué, cette fois, sans les reprises. Il y aura encore des menuets dans les symphonies de Haydn, de Beethoven, de Stamitz, mais il disparaît ensuite, remplacé par le scherzo. ... au scherzo symphonique monumental D'origine italienne, le scherzo désigne une composition de caractère plaisant ou divertissant (littéralement « plaisanterie »). Puis il désigne une évolution du menuet dont il garde la structure de deux reprises, un trio d'une ou deux reprises, un da capo (retour au début) sans reprise, et se terminant souvent par une Coda ("queue"). La carrure thématique est généralement de seize mesures se divisant en deux demi-phrases égales articulées en deux fois quatre mesures. Les menuets et les scherzos s'écrivent toujours avec une mesure à trois temps, 3/4 le plus souvent. La différence essentielle réside dans la manière de prendre la pulsation, de battre la mesure : - le menuet, battu à la noire le plus souvent dans un tempo modéré, est une danse à trois temps binaires, le premier un peu appuyé, le deuxième en écho, le troisième rebondi ; - le scherzo est pris à la mesure, le temps égal à la blanche pointée devient ternaire ; contrairement à la valse qui suit une évolution parallèle, ce n'est plus une danse mais uniquement une musique instrumentale. Le trio change souvent de tonalité et parfois de mesure. Le scherzo devient une pièce à part entière comme chez Chopin (Scherzo dit le « Banquet Infernal »), Brahms (Scherzo pour piano) ou encore Stravinski (Scherzo fantastique, Scherzo à la russe… ). Ou bien la troisième partie d'une sonate ou d'une symphonie. Généralement en troisième position dans la forme musicale sonate traditionnelle, on le retrouve aussi bien en deuxième mouvement comme par exemple dans la symphonie n° 9 de Beethoven où il prend des proportions monumentales, ou encore dans la troisième sonate de Chopin. Le plus célèbre est sans nul doute le poème symphonique de Paul Dukas d'après la ballade de Goethe et popularisé par Walt Disney dans Fantasia : L'Apprenti sorcier, scherzo symphonique. Mes dernières compositions musicales n'ont absolument rien à voir avec les menuets et les scherzos. Mes "Mélodies sophistiquées" sont des variations autour des accords de septième (dissonant sans être jazz...). A découvrir sur jazzytudes. Mais un "confrère" sur Jamendo  a composé un brillant menuet et je vous donne le lien (piste 4) : Jako Jake.

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taverne des poetes

Bonjour Z'à tous ! Mon dernier album, "Mini symphonie NO 2" vient d'être publié sur Jamendo. Lien : http://www.jamendo.com/fr/album/73478 N'hésitez pas à laisser un avis sous l'album. :lol:

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BETTY BAPACOULE Chapitre 5

michele delpech 2010-08-15 08:51:41

De Michele Delpech Chapitre 5 La mort, près de lui, avait un goût sucré. Les nocturnes avaient déjà entamé le festin. Le cadavre, à moitié enseveli sous un lit de feuilles mortes, était zébré de morsures d'où jaillissaient des caillots d'un sang noir, séché par le temps. Sa veste était déchirée et l'un de ses membres supérieurs avait été sectionné malproprement à l'aide d'un outil émoussé. Des lambeaux de chair racornie pendaient du moignon. La terre avait bu le sang du membre coupé. - Chef ! Chef ! Goitreux avait opéré une volte-face, aux hurlements de l'agent qui accourait, tout en sueur. - Qu'y a-t'il, John ? Le gardien de la paix était né dans une famille en pleine adoration de Shakespeare. L'homme tenait dans la main un drôle de cuissot. L'inspecteur toussa légèrement. L'aspect chronique de son mal mettait ses subordonnés mal à l'aise, parfois. - Ce n'est pas le moment de bouffer ! s'exclama-t'il. - C'est pas du chevreuil, Chef. C'est un avant-bras qu'a été cuit au feu de bois. On a même commencé à le déguster avec un grand cru. Regardez ! fit-il en lui tendant un tesson de bouteille. L'inspecteur prit l'objet et lu : "Gévéor 1997. Ouais ! Un grand cru, et gouleyant avec ça en effet !" Sous les ongles de la main qui lui restait, le mort avait accumulé des débris de terre et de végétaux - Ca n'était pas une belle mort, pouvait-on lire sur les traits figés dans l'éternité : "J'ai souffert de me retrouver devant mes juges". Il avait une sale entaille au visage. Les croque-morts devraient rivaliser d'adresse pour lui ravaler la façade. C'était Louis qui, un beau matin, marchant vivement dans le bocage, à la recherche d'un sanglier, était tombé sur une carcasse de voiture au pare-brise éclaté, gâchant par sa seule présence le site tout entier. Louis avait été intrigué par cette masse inerte, encastrée entre deux chênes qui n'avaient surtout pas voulu cela. En effet, à force de recevoir des débris de ferraille dans l'épiderme, ils souffraient de rhumatismes aigus. Des entailles que le véhicule leur avait faites, coulait leur chagrin d'être une fois encore agressés par les hommes. Il avait beau se gratter la tête, Louis ne se souvenait pas qu'on ait parlé d'un accident de la route récemment, dans le secteur. Après avoir fait le tour de la carcasse, il allait partir lorsque la brise, qui venait de changer de direction, lui apporta des nouvelles olfactives - une odeur subtile de viande avariée. Son nez l'amena à un petit bosquet. Puis, scrutant le feuillage avec attention, il découvrit une sente étroite, encombrée de ronces. En la suivant sur quelques mètres, il buta sur un corps mou. Regardant à ses pieds, il aperçut avec horreur un homme enseveli sous un lit de feuilles mortes et couronné de chèvrefeuille. Quand Betty lui ouvrit la porte, ce matin-là, il avait une tête de déterré. - Qu'est-ce que tu as, Louis ! Ca ne va pas ? Louis s'était dirigé, tel un automate, vers le combiné du téléphone qu'il avait décroché dans la foulé et avait composé un numéro à 2 chiffres. Se tournant vers Betty, il lui dit : - Je viens de trouver un cadavre. C'est pas beau ! Elle était allée lui préparer un café. Pendant ce temps, la liaison s'était établie avec la gendarmerie de Vire les Ploucs. Lorsque l'estafette des képis bleus parvint sur les lieux de l'accident, l'adjudant Karnage prit note de tout ce qu'il voyait. - Vous n'avez touché à rien, j'espère, Monsieur ! Louis répondit par la négative. Le mort ne parla pas à l'adjudant. Il refusa obstinément tout indice clair de mort naturelle. Le macchabée s'était même élevé au-dessus de son enveloppe terrestre. Il reluquait le gendarme dont le nom, étiqueté soigneusement sur le torse, à son pull de grosse laine, sembla l'inspirer, tout d'un coup : "Monsieur Karnage est venu constater celui de mon accident". Il fut pris d'un rire énorme, à cette blague que lui seul pouvait apprécier, maintenant. Il faillit bien s'en décrocher la mâchoire, pour l'occasion. Karnage, jugeant que l'affaire le dépassait, demanda à Paris d'envoyer un gars de la criminelle. La carcasse du véhicule, une 4 L usagée, immatriculée à Paris, était irrécupérable. En accordéon, dans le même style que celui d'Yvette Horner, elle avait un aspect délicat, comme si elle avait eu envie de mourir. Le mort fut soigneusement emballé et transféré à la morgue du chef-lieu du canton. Mis dans une boite, après avoir vécu dans une boite, s'être véhiculé dans une boite, avoir travaillé dans une boite, ça ne le changeait donc en rien, en dehors du fait qu'il ne possédait plus son intégrité physique. Le médecin légiste découpa le corps après avoir englouti un bon casse-croûte. " Ce métier-là donne de l'appétit aux vivants", clamait-il souvent. Il tripota les tuyaux de vidange et ouvrit l'estomac. " Tiens, il a bouffé chez Juliette". L'aubergiste citée là oeuvrait à rendre agréable la pire charogne, à l'aide d'aromates et d'autres préparations sorties tout droit des recettes de ses ancêtres extrême-orientaux. Au temps de la marine à voile, les cuisiniers chinois étaient fort prisés et s'achetaient à prix d'or dans les comptoirs des Indes Orientales. Lorsqu'il examina le coeur, il observa une malformation du ventricule droit, ainsi qu'un rétrécissement aortique phénoménal. Le crâne portait des entailles plus ou moins profondes. Ces blessures avaient résulté de chocs, peut-être issus de l'accident lui-même. " Bah ! Goitreux trouvera bien le fin mot de l'histoire ". L'inspecteur était en face d'un cas atypique. Un cannibalisme d'amateur, des blessures plus ou moins profondes à la tête, circonscrites au visage, pour les plus marquées. La réunion de travail avait été riche en suppositions. Les réflexions désagréables à l'endroit du mort allaient bon train parmi les poulets. Apparemment, cet individu était sexuellement permissif. Il devait refiler des morpions à sa légitime, quand il vivait encore. Il faudrait qu'il s'occupe du cannibale en herbe. Ca devait être quelqu'un de torturé. Un affamé par exemple, pour avoir bouffé de la viande en putréfaction. Avec son adjoint, Goitreux partit vers la morgue. Il était fasciné par les coupes de cadavres. Quand il était encore à l'université, lui qui travaillait pourtant d'arrache-pied, n'avait pas obtenu assez de points pour se lancer dans la carrière médicale. Il s'était donc rabattu sur la police nationale où il n'avait par contre eu aucune difficulté à gravir tous les échelons, jusqu'à celui qu'il occupait aujourd'hui. Il toussa trois fois à la porte du médecin-chef. Une voix atone l'invita à entrer. - Alors Robert, tu ne t'arranges pas, on dirait. Tu aurais dû choisir médecine. L'inspecteur prit une chaise et se laissa choir dessus. - Cette enquête me laisse perplexe, Sébastien. A ton avis, est-ce que le maccabée a une blessure mortelle à la tête? - Ca mon vieux... Honnêtement, je te dirais non. Cependant, l'accumulation des coups peut avoir été la clé de la mort. C'était un gaillard au coeur d'argile, ce type-là ! - Cardiaque ? - Tu as deviné. Quand au cannibale, j'espère que tu ne vas pas l'emmerder. C'est un pauvre type. Ca lui prend de temps à autre. Il ne bouffe pas ce qu'il veut tu sais ! - Comment s'appelle-t'il ? - Si je te le dis, tu n'vas pas aller le voir, au moins ? L'inspecteur regarda fixement le toubib avec un petit rictus. Il était fatigué par cette enquête sans queue ni tête et tellement habitué aux déclarations les plus extravagantes. - C'est Fernand Cargousse. Il habite rue des Pochetrons à Mansart la Vertu. Il est pris en charge par les habitants du lieu. C'est un ancien combattant qui a été pris sous les bombardements, en 44 et qui a crevé de faim. Il est fragilisé. - Ecoute-moi bien. Ton Cargousse, je m'en tape. La presse ne sait rien, pour l'avant-bras. Mais je vais t'en apprendre une bonne. Tu connais le nom du mort ? - Non ! - C'est un banquier. Jean Cul Pourri de la Motte Braisée. Un sifflement admiratif sortit des lèvres du toubib. - Alors, c'est la revanche du pauvre sur le nanti. Heureusement que Jacques Veinard n'est pas sur la piste. Sinon, la France entière serait déjà au courant. - On peut dire çà, en effet. Bon ! Je te quitte, j'ai besoin de prendre l'air. Ca pue le formol, ici ! L'inspecteur restait perplexe, malgré l'assurance goguenarde de son ami légiste. Peut-être que Cargousse était un parent du mort. Peut-être projetait-il un coup fumant, dans le genre des affaires qui émaillaient alors le monde politique. Ca faisait beaucoup de "peut-être" à se mettre sous la dent. Et on a beau l'avoir dure, on n'en est pas moins homme et donc limité, quoiqu'on dise, intellectuellement. L'intuition géniale est l'apanage des chanceux. Or Goitreux était dans une mauvaise passe, sur un plan strictement personnel. Il ne parvenait pas à distinguer sa droite de sa gauche. Dans ces conditions, il n'avait plus qu'à relever ses manches et à se creuser un peu plus les méninges. Il atteignit Paris par le train de huit heures trente. Il avait eu le temps de passer à son bureau de la P.J. pour y glaner quelques informations sur la famille du mort. Goitreux se retrouva bientôt dans une ruelle bordée de bâtiments vieillots. Il n'y avait pas de trottoir et la pluie qui tombait s'écoulait directement dans le passage. Ses chaussures, en crocodile de Saint Isidore de la Couette, étaient trempées. Il maugréa tant et si bien en pataugeant dans les flaques, qu'il faillit rater la lourde porte à guichet de l'hôtel particulier. Une naïade d'un beau bronze patiné en constituait le heurtoir auquel l'inspecteur dût frapper pour accomplir sa triste besogne. Un larbin en livrée se présenta immédiatement au guichet : - Monsieur, vous désirez ? - Inspecteur Goitreux, de la Police Judiciaire, répondit-il en sortant sa carte et en la plaçant devant les yeux du valet de chambre. L'autre ouvrit grand ses mirettes et fit un effort désespéré pour articuler : - C'est pour Monsieur ? - Non, mon brave ! Pour Madame. Et c'est officiel! Ajouta-t'il en lui montrant une commission rogatoire. Mes hommes viendront effectuer un examen des lieux. On le fit entrer avec réticence dans ce qui se révéla une caverne d'Ali Baba. Des Rubens accrochés aux murs, des chefs-d'oeuvre de tapisseries orientales, des meubles sortis tout droit du château de Versailles. Goitreux, précédé du valet de pied, rasait les murs, captivé par tant de bon goût. On l'introduisit auprès de la femme de Cul Pourri. - Madame ! -Monsieur l'Inspecteur... - Goitreux Robert, de la Police Judiciaire. J'ai une pénible nouvelle à vous annoncer ! La femme était toute desséchée. C'était le genre vieille carne avec des dents en or. On lui avait tellement ravalé la façade qu'à chaque fois qu'elle émettait des vents, elle devait être obligée de sourire. Elle regarda l'inspecteur, pensive. - Votre mari est mort ! Le squelette se figea aussitôt, se composa un masque de circonstance et resta les bras ballants. Un léger tremblement animait sa carcasse, maintenant. - Mon mari ? D'un signe, l'inspecteur acquiesça. L'air devint alors si épais que même Parkinson cessa sa tremblote. Le visage défait de la dame fut le révélateur de sa faiblesse. Il blêmit soudain, les lèvres sèches et minces alignèrent des mots muets dont l'écho se perdit dans le regard absent de la banquière. Le corps de la vieille de soixante ballets roses vacilla dans son fauteuil préféré. L'égarement fut désormais de rigueur. Goitreux était bien emmerdé. Il avait été un peu brusque. Il les aimait tellement, ces bourgeois de Calais, qu'il leur mettait de temps en temps la corde au cou, en pensée du moins. Son hôtesse se releva péniblement et défroissa sa robe. Elle toisa le fonctionnaire de Police d'un air minaud. - Que puis- je faire qui vous soit agréable, monsieur ? Le côté face de l'hôtesse avait vacillé et sa pile était chargée de farce. - Mon équipe va venir, dans quelques minutes, pour effectuer une perquisition chez feu votre mari. Son bureau l'intéressera particulièrement. Ce sont des gens méticuleux. Ils ne créeront pas de désordre, je m'y engage. " La maîtresse de maison ne savait pas pourquoi la police venait l'ennuyer chez elle. Son mari n'était pas un saint, mais il n'avait trempé dans aucune magouille du grand banditisme. Ils avaient tous deux dû leur fortune à quelques juteuses transactions avec des pays du tiers-monde. Ils possédaient une mine de cuivre et une d'uranium. L'avenir doré de leurs descendants était assuré jusqu'à la troisième génération. Cependant, vu la chance qu'ils semblaient avoir, désormais, ils avaient décidé de tâter de la bourse. Ils avaient bien failli s'y brûler les ailes quand un maquignon leur avait vendu un cheptel de lamas en colère qui, dès lors, avaient passé leur temps à cracher sur la statue en pierre de Sainte Thérèse de Lisieux, située au centre de leur hacienda, en Argentine. Personne, dans ce foutu pays catholique, n'avait voulu prendre la responsabilité d'acheter un troupeau aussi mal élevé, à des gringos qui n'habitaient même pas le pays. Heureusement qu'un jour un dictateur avait réussi à comprendre l'humour bien français de ces bêtes. Il les avait lancées sous forme de petits cubes enrobés de pâte à frire, sur le marché extrême-oriental des Etats-Unis d'Amérique. Les dividendes en furent assez satisfaisants pour le couple. Il put agrémenté son train de vie de deux magnifiques Roll Roys aux banquettes garnies de cuir rouge et au tableau de bord en teck. - Nous ne sommes pas des assassins, Monsieur ! Goitreux savait des moments où il vaudrait mieux faire la sourde oreille aux propos des gens. Cependant, il rétorqua avec dédain : - Non plus que des philanthropes, Madame ! L'équipe technique venait d'arriver. On la conduisit immédiatement dans le bureau du mort. L'ordre régnait dans cette pièce bien éclairée par une porte-fenêtre donnant sur la ruelle, six mètres plus bas. La perquisition s'effectua en présence de la veuve, estomaquée de constater que ses relations au Ministère de l'Intérieur ne lui servait décidément à rien. - M'expliquerez-vous, à la fin, Monsieur ? Elle avait agrippé le bras de Goitreux et ne le lâchait pas. - Madame ! fit l'inspecteur. Je vous en prie. Vous voulez savoir pourquoi nous sommes ici, n'est-ce pas ! Je vais vous le dire. Il lui raconta sans trop approfondir, l'endroit où l'on avait trouvé le cadavre de son mari, ses recherches à la P. J. sur les activités de cet homme. Il se trouvait justement qu'on avait relevé son nom sur le carnet d'un trafiquant de drogue complètement abruti, au point de laisser de telles informations traîner à la portée de tout le monde. - Voilà, madame ! La vieille, effondrée, voyait déjà tout son héritage compromis. Mais Goitreux n'avait rien trouvé de suspect chez Cul Pourri. Il en avait été pour ses frais. Son supérieur hiérarchique l'avait même menacé de l'envoyer grossir la liste des personnes s'occupant des dossiers fastidieux de la Sécurité Routière, s'il persistait à emmerder cette famille. Le mur des lamentations en avait vacillé sur son socle ; le maréchal Pétain était tombé de son piédestal et Jeanne d'Arc en avait subi une ablation des ovaires. Goitreux balança sa croix de Lorraine dans la poubelle de son percepteur et retourna pêcher en eaux calmes, à Mansard la Vertu. Jafé avait effectué un travail considérable, dans ce court laps de temps. Il avait cartographié les espèces animales et végétales des alentours de la commune. Ce matin-là, suivant une énième piste à la recherche de l'objet rare, il ratissait dans un lieu d'une grande richesse botanique, non loin de l'endroit où l'on avait trouvé le cadavre. Heureuse coïncidence, penseront en ricanant les mauvais plaisants. Et il fouilla tant et si bien l'endroit qu'il dénicha un objet bien singulier qui n'avait pas encore l'honneur d'être répertorié dans le grand livre de la nature. Il s'agissait d'une boite parallélépipédique de couleur bleu ciel dont le volume était divisé en de nombreuses petites cases, une pour chaque moment de la semaine. Des couvercles à glissière obturaient chaque jour avec docilité. Jafé, intrigué, laissa choir la botanique à l'instant. L'objet était pour ainsi dire neuf, vaguement souillé par des débris végétaux et légèrement humide à l'intérieur. Dans chaque case étaient soigneusement disposées des pilules, par ordre de prise. Certaines avaient pris l'humidité. Le naturaliste envoya le tout prestement vers un labo parisien. Celui-ci, au terme de quinze longues journées d'attente, lui communiqua les résultats de l'examen. Certaines pilules étaient conçues pour stimuler le coeur, d'autres pour réguler la tension artérielle, certaines permettaient un relâchement mesuré du sphincter anal. Pas de quoi fouetter un chat ! Il aurait pourtant aimé apporter son aide à l'inspecteur. Il avait un faible pour les asthmatiques. Goitreux, justement, venait d'arriver de Paris. Il s'était installé sur un banc planté sous les ramures d'un magnifique platane rescapé de la terrible épidémie ayant abattu tant de ses frères de sève. L'arbre dispensait une ombre bienfaitrice à ses hôtes. Il chassait si bien les bruits que l'endroit était propice à la réflexion. Jafé se porta au devant du policier, d'un pas assuré. - Alors, Monsieur l'Inspecteur. Toujours rien, dans votre enquête ! lui fit-il en arrivant à sa hauteur. Après une franche poignée de main, Goitreux le salua à son tour. - Bonjour, monsieur le Naturaliste. Non, rien de neuf. Et vous-même ? J'ai ouïe dire que vous dressiez un tableau exhaustif des ressources naturelles de la région. Tout ce qui porte plumes et poils n'a plus de secret pour vous, n'est-ce pas ? - Comme vous dites, Monsieur ! Jaffé sortit de sa poche le pilulier qu'il avait trouvé. - Vous savez ce que c'est ? Interrogea-t'il. - Un pilulier, sans aucun doute ! Puis, soudainement replongé dans son enquête : "Où l'avez-vous trouvé ? - Devinez, monsieur l'Inspecteur. Ce n'est pas difficile, allez ! - Pas très loin de l'endroit où nous avons trouvé le cadavre. Mais nous n'avons rien vu, nous,... alors ! - Alors, c'est simple. Quelqu'un l'aura balancé assez loin pour qu'on ne le retrouve pas, pardi ! - Et les pilules. Suspectes ? - Le labo qui les a analysées ne m'a rien signalé d'anormal. Mais peut-être que vous trouverez autre chose, Vous ! Jaffé lui donna l'objet. Goitreux le remercia et fila à ses affaires illico. Le labo de la P.J. révéla des empreintes de mains propres, dont une partie avait été effacée. Rien ne justifiait un examen plus approfondi des pièces à conviction. CHAPITRE SIXIEME Goitreux commençait à suffoquer, dans cette affaire. C'était un peu comme si une bonne âme s'ingéniait à dissimuler une vérité dont il ne pourrait avoir soupçon quoiqu'il entreprendrait comme recherches. Rien n'étayait la thèse du meurtre. La dépression guettait notre homme, on le sentait bien. Il toussa deux fois de trop et n'eût plus bientôt de collaborateurs à ses côtés. " Et si j'allais voir le cannibale. Qu'est-ce que je risque : une bonne engueulade de Sébastien. Au point où j'en suis, il n'a pas intérêt à la ramener, celui-là !" Fernand Cargouse habitait une vieille demeure aux murs rongés par le lierre et au toit fuyant de toutes parts. L'intérieur de l'habitation produisait assez de salpêtre dans l'année pour fournir en poudre noire une escouade de mousquetaires. L'homme pratiquait la sieste quotidiennement. La surprise se lut donc sur ses traits quand il entendit frapper avec insistance à la porte d'entrée. En effet, la charité venait de passer, une heure auparavant. Il n'attendait personne, lui le prisonnier d'un passé tonitruant. -Tiens, marmona-t'il dans ce qu'il lui restait de barbe. Qui ça peut être !... trez ! Gueula-t'il. La porte grinça en s'ouvrant. Un monsieur en chapeau et costard cravate se détacha de l'encadrement de celle-ci. - C'est pour quoi ! lança obséquieusement l'animal dans sa tanière, en se relevant sur le coude. - Inspecteur Goitreux Robert de la Police Judiciaire ! Se présenta l'autre. - Ah bon ! j'croyais qu'on m'apportait encore des déchets du restaurant. - Rassurez-vous, mon brave, je suis comme vous. J'aime les cadavres bien refroidis ! Lâcha le flic, mine de rien. La perche était trop bien tendue pour que l'autre ne la saisisse pas. - Oh non, ça recommence. Dites, vous avez pas fini de m'embêter avec le macchabée, M'sieur ! - Puisque vous en venez au fait, je désire savoir ce qu'il s'est passé ce jour-là ! A ces paroles, se fut comme si une chape de plombs s'était abattue sur le bonhomme. Le Fernand se recroquevilla sur lui-même. Assis sur son lit, il ne cessait de tripoter ses chaussures. Le regard tourné vers le plancher, on le sentait mal à l'aise et on avait envie de le laisser tranquille. Goitreux d'ailleurs se serait bien barré, s'il n'y avait pas eu de couac dans son enquête. Malheureusement, il en était réduit aux conjectures. Il persista donc dans sa déstabilisation du pauvre gars trop sensible du carafon. Le récit de Fernand était sans équivoque. Il en avait assez de bouffer toujours les reliefs des repas de l'auberge de juliette. A la fin, il en avait conçu des maux d'estomac, à cause des épices qu'elle ajoutait systématiquement à ses plats. Alors, un jour qu'il marchait sur une des rives de la Perche, il avait été attiré par une tâche anachronique sur le fond de verdure de l'endroit. C'était un mort. Il avait eu peur, sur le coup. Il s'était remémoré ses camarades déchiquetés par les obus, pendant la guerre. Il s'était assis par terre et avait attendu, regardant fixement le cadavre, pour voir s'il bougeait encore. Il y avait beaucoup d'insectes, déjà, à se disputer leur part. Il avait eu l'impression qu'on voulait le ramener sur un champ de bataille. Et puis, soudain, tout cela s'était estompé. Alors, la tension nerveuse aidant, il avait fini par confondre son rêve de grande bouffe sauvage et sa réalité de crève la faim. Par chance, le cadavre n'était pas encore pourri. Il avait donc découpé juste de quoi faire un bon repas. Il était allé chercher des branches et avait préparé le feu sur lequel il avait étendu la viande. La cuisson de la barbaque fut lente et frisa même la catastrophe. Puis il avait eu des remords. Le voile se déchirait par endroit. Il revenait à une conscience ordinaire de ses faits et gestes. Il avait mordu dans la chair presque carbonisée. Il lui avait trouvé un goût de cochon, mais en plus fade. Puis sa tête malade l'avait réveillé et il avait eu comme un sursaut. Sa mémoire religieuse lui avait fait cracher la troisième bouchée. Il avait eu de ces spasmes si terribles qu'on pense souvent qu'ils vont être les derniers, aussi dévastateurs qu'une colique de miserere. Il s'était vidé la tripaille. Les yeux hagards et le corps flageolant, il avait tout laissé en plan, y compris le pinard qu'il avait emporté par habitude. Il avait envoyé valser la bouteille qui s'était fracassée sur le rocher lui faisant face. Non, décidément, son instinct cannibale ne voulait pas se réveiller comme à l'accoutumée, depuis ce jour de 1940 où il avait goûté à la chair humaine. Depuis, il ne cessait de passer de très mauvaises nuits en compagnie de sa victime qui s'éveillait à lui sous les traits de sa mère qui, elle, avait passé l'arme à gauche l'année précédente. Il n'en pouvait plus de ces fantômes malfaisants. Goitreux lui avait pressé le citron si fort que le cannibale ne put y tenir plus longtemps. Il mit l'inspecteur à la porte en gueulant. Puis, de nouveau seul enfin, il revint à son lit, prit un tube de Gardénal et s'allongea sur sa couche. Deux jours plus tard, une bonne âme qui venait lui apporter du beurre le trouva tout froid et alla signaler le fait aux autorités. Goitreux, dont on connaissait la visite, fut l'objet de commentaires acerbes de la part du délégué aux affaires sanitaires et sociales, en vacances dans la région. -Vous rendez-vous compte, Inspecteur. Qui va payer l'enterrement ? Goitreux l'aurait giflé, s'ils n'avaient été en public. Cependant, il lui réserva un chien de sa chienne, un tour de cochon que l'énarque n'allait pas apprécier du tout. Au cours d'une conférence de presse de l'infâme, il lui fit envoyer un jet d'eau glacé en plein thorax. De quoi attraper une pneumonie, car l'air n'était pas chaud, encore, à cette époque de l'année. C'était le pompier, monsieur Pranlseaux qui effectuait un essai de sa motopompe. La désinvolture, de l'homme coupa court au discours officiel, mais n'eut pas de conséquence fâcheuse pour sa personne. Goitreux le couvrait. Au bal organisé pour la venue de cet éminent personnage, le couple Goitreux-Pimbêche s'ingénia, dans un deuxième assaut de la montagne humaine, à chahuter le délégué et sa femme, une quinquagénaire replète à peu près souriante. Les crocs-en-jambe furent très réussis. Toutes ces gamineries eurent un effet salutaire sur l'imbécile car il se fit pardonner ses égarements en promettant de "cracher au bassinet" pour l'enterrement de Cargousse. "C'était un bon bougre", décida-t'il enfin, tard dans la soirée. Heureusement que les gens du cru n'étaient pas vindicatifs car sinon, le délégué aurait passé un quart d'heure beaucoup plus désagréable. Car enfin, l'indigence gagnait une fois de plus le pays tout entier. Et comme d'habitude le pays, ce petit pays qu'était la France, qui avait eu les moyens de construire une flotte impressionnante de vaisseaux de guerre et d'avions de chasse, ainsi que des blindés ultrasophistiqués à canons pour tirer dans tous les coins du monde ; ce pays qui vendait sa technologie ultime à tous les émirats pétroliers ; ce petit bout de terre, en regard de ce qu'était la mappemonde à notre échelle, peuplé de près de soixante dix millions d'habitants devenus noirs de honte à la suite des guerres coloniales ; ce misérable trou verdoyant peuplé de veaux et de cochons n'avait pas les moyens d'enterrer décemment un pauvre bougre qui était tombé dans la toile de la misère par le truchement de toutes les transactions malhonnêtes de ses dirigeants ! C'en était beaucoup trop à supporter. Heureusement que le fâcheux délégué aux bidets usagés de nos maîtres avait fini par se rendre à la raison de tout le village. Sinon, peut-être l'eût-on alors pendu avec ses tripes. Pourquoi pas, en ces temps de pagaille prérévolutionnaire ! Robert Goitreux, quant à lui, apprécia qu'on ne l'ait pas pris à partie. Son enquête piétinait et le seul élément sérieux qu'il possédait désormais était le témoignage du suicidé. Même son supérieur hiérarchique n'était pas au courant, pour le cannibale. Il passa en revue sa troupe et s'aperçut qu'il ne lui restait plus qu'un auxiliaire. - Gaspard ! Appela-t'il donc. - Monsieur ! fit l'autre. - Venez ici, je vous prie ! Les deux hommes s'attablèrent devant une boisson chaude et élaborèrent une stratégie impressionnante pour conjurer le sort qui s'acharnait à démolir l'enquête. - Vous allez retourner à Paris et fouiller dans les archives. Allez même voir son percepteur. Ce sera bien le diable si vous ne trouvez pas un indice, Bon Dieu ! jura Goitreux. « Ce n'est pas normal qu'un type de son rang arrive ici sans crier gare dans une 4 L usagée, alors qu'il possède au moins deux Rolls chromées à aveugler le premier passant venu et que son portefeuille possède au moins trois cartes American Express. Vous n'avez rien trouvé dans ses relations ? Pas de maîtresse ? Ils en ont tous une quand ils commencent à prendre de la brioche. Et puis il y a autre chose, Gaspard. Notre supérieur hiérarchique, la plus grande pédale de l'histoire, après Dave et Elton John, m'a défendu de fouiller dans sa vie. Sinon, il m'a promis de me virer de la brigade. Tu vois ça, Gaspard ! Cul Pourri, giton d'un membre éminent de la Police Nationale! - Ecoutez, Chef ! rétorqua le subalterne, après avoir attendu patiemment la fin de l'exposé. Moi je m'en fous qu'il soit pédé, mon patron. Du moment que c'est pas mon cul qu'il prend pour cible. J'ai pas envie d'être viré, moi. - Ouais, excuse-moi. Mais j'en ai marre de cette enquête de merde, tu comprends ? - Je comprends, Chef ! N'empêche qu'il est peut-être blanc comme neige, le macchabée ? - Tu ne trouve pas ça bizarre, qu'un oiseau de la haute finance aille dans un trou perdu comme un péteux, au lieu de faire le coq et de se servir de ses atouts pour qu'on lui cire les pompes. Il aurait eu le maire et toute sa cour à ses pieds. Il aurait pu leur vendre n'importe quoi, ou acheter n'importe quoi, même le plus illicite ! - Il n'y a rien d'autre que des marais, une rivière et du bois, ici ! Y-a pas de mines de charbon, de cuivre ou d'argent. - Ecoute-moi bien, Sherlock Holmes pour minables. Je patauge, ça m'emmerde. Mais mon petit doigt me dit que je n'ai pas tord de vouloir approfondir cette histoire. Alors, tu files à Paris, O.K. ! - Bien Chef ! Michel, Jacques et Francis, de l'équipe de nettoyage, avaient réussi à dégager un tronçon de la rivière, dans un lieu situé en amont de Mansard la Vertu. Ils avaient dû abattre quelques arbres qui encombraient le cours d'eau jusqu'à l'obstruer complètement. Cela créait un bouchon de végétaux en voie de décomposition qui empêchait une bonne oxygénation du milieu aquatique. La vase s'y était accumulée de telle manière qu'on ne pouvait même plus le traverser à gué. L'équipe s'était mise à l'ouvrage avec entrain. Le travail avait été difficile. Jacques, le tronçonneur avait travaillé en équilibre instable, juché sur l'un des troncs enjambant la rivière. Il avait à plusieurs reprises risqué un bain forcé. Quant aux autres, armés de leurs crocs, ils s'étaient acharnés à retirer le fatras de branches entrelacées qui formait le bouchon. A bout de bras, c'était plus de dix kilogrammes de matière en putréfaction qu'ils évacuaient à chaque fois. La valse des crocs enjambant le dénivelé pour aller poser leurs colis deux mètres plus haut avait duré un certain temps. La sueur avait coulé à flots, malgré la fraîcheur de cette matinée vouée à l'effort. Mais la récompense était là, à présent, devant leurs yeux humides de fatigue. Les pêcheurs à la ligne et autres flâneurs pourraient de nouveau passer de bons moments à contempler l'espace aéré. En une année, la végétation aurait repoussé et de nouveau les poules d'eau pourraient venir nicher. Le coeur se serrait, malgré tout, lorsque les machines avaient terminé leur travail. Le paysage que l'on avait la veille sous les yeux s'était transformé en un gigantesque cimetière de végétaux. Les critères de beauté, on s'en apercevait alors, étaient différents d'un homme à l'autre. Les uns criaient à la mort de contempler un tel spectacle. Les autres étaient heureux d'avoir débarrassé la rivière de ce qui nuisait à sa survie. Il ne faut pas oublier qu'un cours d'eau se transforme facilement en marécage, et que le marécage lui-même devient un sol à peu près solide au bout de nombreuses années de dépôts d'un limon riche en matière organique qui attirera, alors, la graine de beaux arbres qui aspireront le peu de liquide subsistant encore dans le sol. C'est une forêt qui s'épanouira et la rivière disparaîtra ou modifiera son cours. Cette mécanique, dans nos régions surpeuplées le long de tous les cours d'eau provoquerait des drames si on laissait faire Dame Nature. Dès que son lit fut propre, la Perche offrit un fond propice aux truites. Un rayon de soleil perça la surface et les multiples cailloux tapissant le lit de la rivière furent autant de pépites pour les observateurs qu'étaient devenus Jacques et ses camarades. C'est à ce moment-là que l'un d'eux entrevit une tâche qui dépareillait l'ensemble si bien mis en valeur par le feu céleste. Déjà, Michel s'était précipité à l'eau. Arrivé à l'endroit qu'il visait, l'homme se pencha et reçu le choc de sa vie en ressortant un magnifique Walter P.P.K. tout neuf. Pressé par l'aventure, il éjecta le chargeur et s'aperçut qu'il y manquait une cartouche. Quand il fut revenu près de ses camarades, il tendit l'arme à Jacques qui s'en empara avec précaution, puis la recouvrit de son mouchoir et la rangea dans l'une de ses poches de pantalon. - Pas la peine de vous faire un dessin, les gars, lâcha-t'il. Les deux autres hochèrent la tête. "T'as intérêt à la porter aux flics, Jacques ! Nous on va aller manger. Tu nous déposes... Ils firent comme cela. Puis Jacques fila chez le patron. Quand il atteignit la demeure de Lagrange, des gouttes d'eau commençaient à tomber. Il avait à peine mis le pied sur le paillasson de l'entrée que la porte s'ouvrait et lui livrait une vision très fraîche. C'était Betty en tenue de gymnastique. - Oh ! Bonjour, monsieur Massard. Entrez donc. Qu'est-ce qui vous amène ? - Merci Madame. Je voudrais voir Louis, s'il vous plaît ! - Il n'est pas là. Mais je puis peut-être le remplacer. C'est à cause du chantier ? - "Oui Madame". Il tira l'arme de sa poche délicatement, avec son mouchoir. - Oh ! Mon Dieu. Ou avez-vous trouvé ça ? - Dans la rivière, Madame. Pas très loin de l'endroit où l'on a trouvé le banquier. - Betty se trouva bien embarrassée par cette découverte. Elle proposa : "Vous prendrez bien un café ? Je vais tâcher de contacter Louis". Puis, réfléchissant plus longuement : "ou plutôt je vais appeler l'inspecteur de police". Tout en acquiesçant à la réponse de sa patronne, Jacques alla s'asseoir à la table de la cuisine. Betty composa le numéro de l'auberge. A l'autre bout du fil, il y eut un déclic. Puis une voix sourde intervint : - Allô ! -Allô ! Bonjour Monsieur. Je voudrais parler à l'inspecteur, s'il vous plaît ! - L'inspecteur ! Ne quittez pas. Il y eut un court silence, puis : - Allô ! Bonjour, Madame. Je suis l'Inspecteur Goitreux. - Bonjour, Monsieur. Notre équipe a trouvé un pistolet dans la rivière. - Un pistolet ? Puis, après une courte hésitation, il ajouta : ne seriez-vous pas la compagne de monsieur Lagrange. Il me semble reconnaître votre voix. - Si Monsieur ! C'est cela. Vous pouvez venir ? - Bien sûr. J'accoure immédiatement. Gardez-là bien au chaud! Goitreux , depuis qu'il était revenu, avait réussi à rassembler une grande partie des pièces du puzzle. Il lui manquait encore la mise en évidence de ses cogitations récentes. C'est dans cet état d'esprit qu'il prit la route et arriva chez les Lagrange. La pluie avait cessé. Cependant, une mare d'eau s'étalait dans la cour de leur propriété. Il longea donc le mur de l'habitation pour ne pas se mouiller les pieds. C'est bien par les pieds que l'on s'enrhume et il était assez mal en point comme cela - sinusite aiguë ; rhume des foins ; arthrose et compagnie. Il avait un pied au purgatoire et l'autre chez les carabins. Mais il était bien résolu à ne mourir qu'avec esprit, en pleine enquête. Betty l'attendait avec impatience. Avoir une arme aussi compromettante chez elle l'ennuyait. Elle fut bien soulagée d'entendre le moteur, dans la cour. Elle ouvrit la porte et son visage s'éclaira : - Bonjour, Monsieur ! Venez par là. Elle le précéda. Dans la cuisine, Goitreux aperçut enfin l'objet de sa visite. Tirant un mouchoir de sa poche, il prit l'arme et l'observa sous tous les angles. - Vous y avez touché, Monsieur ! fit-il à l'adresse de Massard. - Oui, bien obligé. Elle était dans l'eau. Elle y serait encore d'ailleurs, si nous n'avions pas nettoyé l'endroit où elle se trouvait. Même qu'un de mes gars en a retiré le chargeur et qu'il s'est aperçu qu'il y manquait une cartouche. - Vous semblez être au courant du maniement des armes, vous autres ! - Oh, vous savez... j'ai fait la guerre d'Algérie, comme la plupart de mes camarades, alors... - N'empêche, vous m'enverrez votre déposition, Monsieur... - Massard, Inspecteur ! Nous ne sommes pas des enfants. Nous savons que le mort a été retrouvé assez près de l'endroit d'où nous étions. Nous sommes disciplinés, aussi. - Je vois ça. C'est tout à votre honneur. Bon ! fit-il, se tournant vers Betty. Je vais l'envoyer au labo. On aura besoin des empreintes de vos gars, pour vérifier !" Puis il repartit aussi sec, après un petit salut à ses vis-à-vis. Ce soir-là, Betty eut des visions étranges. L'arme de l'après-midi lui rappelait celle qu'elle avait elle-même achetée "sous le manteau". Cette arme, elle l'avait gardée en souvenir. Elle tressaillait à présent de l'avoir encore. Mais enfin, Louis et elle se posaient des questions sur les événements qui, depuis peu, défrayaient la chronique nécrologique de l'endroit. Jamais, depuis la guerre, Mansard n'avait connu pareil imbroglio. - Je me demande ce qu'il se passe ici ! dit Betty. - Bah ! Ni toi ni moi ne sommes concernés par ce fait divers. De ma vie, je n'ai eu affaire à la justice, à part quand il a fallu que je témoigne, dans ma jeunesse, pour un camarade qu'on accusait de vol. Quant à toi,..." L'interrogation n'était pas si appuyée qu'elle devait y apporter un démenti. Or, Betty, croyant avoir perçu un je ne sais quoi de bizarrement tourné dans les propos de son compagnon, se colla à lui, doucement, ronronnant comme une petite fille qu'on a prise en défaut. Et puis, avec grâce, le vermillon de ses lèvres se mélangea, par quelque alchimie habilement dispensée, à la Sienne Brûlée de celles de son amant. Calmée par la tendresse qui l'enveloppait encore, Betty se dégagea juste un peu. L'expiation sans doute était au bout de cette course folle de l'amour en bataille. Elle lui avoua un peu ; puis de plus en plus. Le torrent vertigineux de sa mémoire s'offrit enfin aux oreilles attentives de Louis. Les quelques écueils de sa vie passée furent balayés sans coup férir par la raison que transpirait sans retenue leur belle demeure. Et Betty sortit de l'aventure plus nette encore que lorsqu'elle y était entrée. Les démons qu'elle avait côtoyés hier se retrouvaient dans un néant philosophique, dans un trou noir de l'inconscient, six pieds sous la terre de leurs ancêtres respectifs. -Ce qu'il y a de merveilleux avec toi, mon Louis, c'est que la montagne la plus sournoise s'efface vite en regard de ton immense sagesse ! Tu sais, dit-elle en aparté, je veux bien faire un bébé. Mais on prendra une aide, d'accord ? Louis, étonné de ce revirement, ne lui dit cependant rien d'autre que ce qu'elle voulait qu'il lui réponde. Oui, elle aurait une aide, précieuse, pour leur petit. Dès lors, les deux elfes de Mansard la Vertu volèrent de concert sur les ondes bienfaitrices du sentiment partagé. Une graine fructifia bientôt dans le sein de Betty. Michele Delpech

Commentaires

michele delpech

Décidement, j'adore relire mon roman. je le trouve très frais, léger et si actuel !

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LIBERTAD Chapitre 7

Pierre JC Allard 2010-08-15 08:27:05

De Pierre JC Allard Chapitre 7 Marcel se leva tôt et constata qu’une fois de plus le ciel offrait une journée de soleil aux Québécois. Un autre congé ensoleillé, un autre point dans les sondages. Gott mit Uns! Il mit la radio, le temps de prendre un café et de plani-fier sa journée. ? … Aujourd’hui 24 mai, il fait beau – disait l’animateur. On s’amuse mieux au Québec depuis qu’on a décidé de sortir du Canada. La vraie indépendance, est-ce que ce ne serait pas de découper la province et de la faire flotter sur la Mer des Antilles? Aujourd’hui, Jour Q – 30. Fête de Dollard au Québec, Fête de Victoria pour les autres. Où en est-on, Michel, dans les sondages? ? Merci Jeannot. Côté indépendance… sondage d’hier, le oui fait 53%. En baisse depuis le sommet de 56,3% du 2 mai, mais en hausse sur la semaine dernière. Du soleil, encore aujourd’hui. Encore quelques congés payés ensoleil-lés et Monsieur Parizeau va aller chercher son 60%. Pour le reste, tout le monde demeure sur ses positions. ? Donc, Michel, rien sur le front des négociations? ? Rien, toujours rien. À trente jours de l’indépendance, Monsieur Chrétien demande toujours une reddition sans conditions. Il veut le retrait pur et simple de la Loi de sécession avant de négocier. ? Ce qui est devenu tout à fait impossible, n’est-ce pas? ? Il est clair qu’on ne réussira pas à régler en trente jours ce qu’on n’a pas réussi à régler en trente ans. Donc, c’est l’expectative, chacun… ? Excuse-moi, Michel, une nouvelle de dernière heure qui peut avoir son importance. Il y a eu, il y quelques minutes, une fusillade à Pointe-Saint-Charles. Un nombre impressionnant de motards ont donné l’assaut ? c’est le bon mot je crois ? il y quelques minutes à peine, à un entrepôt apparemment abandonné, mais qui, en fait, avait été transformé en forteresse, sans doute par une bande rivale. Il y aurait eu des blessés, mais on n’en sait pas plus pour l’instant. La police serait sur les lieux mais ne serait pas encore intervenue. ? Et bien dis donc, Jeannot, on ne rigole pas du côté des motards, hein? En attendant d’en savoir plus, je disais donc que c’était l’expectative sur le front de la négociation menant, ou ne menant pas, à l’indépendance. Partout, c’est l’expectative. Expectative des gouvernements, bien sûr, mais aussi expectative sur les marchés financiers. Le dollar cana-dien se maintient toujours à 71 cents US, ce qui semble mi-raculeux. Le ministre des Finances du Canada, a d’ailleurs remercié hier les investisseurs étrangers de leur confiance et les a assurés que le Canada, avec ou sans le Québec, ferait face à tous ses engagements. ? Ouf! Ça ferait une sacrée facture à payer pour Toronto, ça! ? Oui, mais le Québec ne perdrait rien pour attendre… ? Excuse-moi, Michel, nous avons maintenant un reporter sur les lieux de la fusillade de Pointe-Saint-Charles. Je lui donne la parole. Jean-Marc, vous m’entendez? ? Je vous entends, Jean. ? Que se passe-t-il, exactement? ? On n’en sait rien, mais la rumeur veut qu’il y ait un otage à l’intérieur; les autres veulent le reprendre. ? Il semble que les policiers ne soient pas encore intervenus, ai-je raison? ? C’est vrai, les policiers ne sont pas intervenus. Mais, il faut comprendre la situation. Ici, à l’extérieur, il y a au moins soixante motards en embuscade. Du moins, c’est le nombre de motos garées dans le secteur immédiat, selon notre propre décompte. Bien sûr, il y en a sans doute d’autres qui ne sont pas venus en moto. On sait que nos motards ont les moyens de se payer de grosses voitures… De l’autre côté, il semble que les défenseurs aient été prévenus. Ils ont, en tout cas, répondu immédiatement avec des armes automati-ques lorsqu’ils ont été attaqués et il y a eu au moins trois morts ou blessés chez les assaillants. Donc, il ne s’agit pas d’une escarmouche. La police est prudente. ? Où sont les policiers? ? Il y a ici, un peu à l’écart, une quinzaine de voitures de patrouille et il en arrive d’autres constamment. Pour le moment, cependant, ils se contentent de créer un périmètre de sécurité et d’éloigner les curieux. ? Est-ce qu’on peut dire qu’ils ont encerclé les combattants? ? Oui, mais je le répète, les combattants, comme vous le dites si justement, sont lourdement armés. ? Est-ce que tout ça ne nous ramène pas à l’affaire des Warriors de Kanesatake, quand il était clair que la Sûreté du Québec n’avait simplement pas les armes pour faire respecter la loi? ? Je n’ai aucun commentaire des policiers, mais j’ai vu, de mes propres yeux, plusieurs tirs de bazooka contre l’édifice. ? Est-ce que l’on sait qui sont les combattants? ? Du côté des assaillants, il semble que ce soit le groupe des motards dont le quartier général est situé rue Hochelaga, ceci dit sous toute réserve. On ne sait pas vraiment qui est à l’intérieur. Il semble que ce ne soient pas des motards. Si c’était le cas, ils auraient garé leurs motos à l’intérieur puisque l’on n’en voit pas dans la cour de l’entrepôt. Personne ne sait non plus combien ils sont là-dedans. ? Peut-on penser à des gens de la mafia? On sait qu’il y a eu parfois des accrochages entre mafieux et motards. ? Je n’en ai aucune idée. ? Est-ce que vous pouvez parler à l’un des assaillants, puisqu’il semble que, pour l’instant, la situation soit calme? ? J’ai essayé, il y a quelques minutes, mais on m’a demandé de ne pas insister. ? Je vois… Eh bien à plus tard. Alors, Michel, qu’est-ce que vous pensez de tout ça? ? De toute évidence, c’est un règlement de compte entre pègreux. Peut-être pour une affaire de prise d’otage, probablement reliée au trafic de la drogue. Ce qui surprend, ce matin, c’est l’ampleur des hostilités. Je ne crois pas que l’on ait vu un tel déploiement de force depuis l’Été des Indiens… Marcel ferme la radio. Il vient de se souvenir qu’il a un ami chez les gars de la rue Hochelaga. * * * Les renforts sont arrivés peu à peu; il y a maintenant une trentaine de voitures de patrouille dans les rues entourant l’entrepôt où sont réfugiés les hommes de Ben Saïda encer-clés par ceux de Scalp et Marius. C’est le lieutenant Lafon-taine qui mène l’opération, mais il le fait avec prudence. Il est en liaison téléphonique. ? … Oui chef. ? … ? Non chef. ? … ? Chef, on ne peut pas savoir combien ils sont. Il y en a partout. Je n’ai pas assez d’hommes ici pour les comp-ter. Ce que je peux vous dire, c’est qu’il y a eu des tirs de mortier ou de quelque chose qui ressemble à des mortiers. Ils sont armés jusqu’aux dents. De la façon dont les gens de l’entrepôt retournent le feu, ils sont probablement tout aussi nombreux. Ce n’est pas à notre niveau. Il faut appeler la SQ. Appeler la GRC. Il faut appeler l’Armée. Ce n’est pas nous qui pouvons régler la situation. Il n’est pas question que mes hommes rentrent là-dedans avec des .38! ? … ? Je peux peut-être en arrêter un autour, un de ceux qui n’est pas directement engagé dans la fusillade, mais c’est un risque. Si les autres s’en mêlent, on sortira pas d’ici vi-vants. Il raccrocha et s’adressa à ses adjoints qui faisaient cercle autour de lui. ? Ils ont appelé le Ministre. Ils vont nous informer. Jusque là, pas de panique. Complétez le périmètre de sécurité, mais pas d’action agressive. Notre rôle, c’est d’abord de protéger la population innocente. Éloignez les curieux. * * * L’ex-ministre de la Sécurité publique, promu depuis quelque temps ministre de l’Intérieur, est en communication avec le Premier ministre. ? Je regrette, monsieur le Premier ministre, mais la Sûreté du Québec ne veut pas bouger. Son analyse de la situation, sur la base des données disponibles ? et c’est la mienne aussi ? révèle qu’il ne s’agit pas d’actes de banditisme simples mais d’une véritable offensive concertée dont la cause et les objectifs demeurent inconnus. Nous n’avons pas devant nous une bande de malfaiteurs. Nous sommes en présence de deux groupes solidement armés, disciplinés, de deux troupes chacune de la taille d’une compagnie qui s’affrontent avec des armes modernes. Voudrions-nous intervenir pour les séparer, que nous ne saurions même pas de quel droit nous pourrions désigner l’une des parties combattantes comme cible principale de notre attaque. Sur la base de ce que nous voyons, Monsieur le Premier ministre, les gens qui sont dans l’entrepôt ont été attaqués et sont en état de légitime défense. Il est surprenant qu’ils aient riposté, mais ils sont en état de légitime défense. Est-ce que nous allons également leur tirer dessus? Allons-nous au contraire prétendre que nous allons à leur secours, alors qu’ils sont armés de fusils mitrailleurs et qu’il sont soupçonnés d’une prise d’otage? L’opinion des corps policiers sur place ? et je répète que la Sûreté du Québec ne voit aucune raison d’intervenir ? c’est que la seule intervention policière raisonnable consiste à tenter d’abord de séparer les combattants. Pour le faire, il ne faut pas prendre parti, mais parlementer. C’est ce que nous faisons. ? … ? Oui, j’ai de bonnes raisons de croire que les négociations sont déjà engagées. Au moins avec les assiégeants. Je vous tiens au courant monsieur le Premier ministre. ? … ? Je n’ai aucune raison de croire qu’il s’agisse d’un coup monté pour embarrasser le gouvernement. Il est possible que ça le soit. Je l’ignore. Bien sûr, l’intervention de l’armée canadienne pourrait devenir nécessaire au cas où nous serions dans une position difficile. ? … ? Oui, monsieur le Premier ministre, il y aura peut-être matière à tractations. Je ne pense pas, toutefois, qu’il soit urgent que vous vous adressiez à la population. Vous en êtes le seul juge, monsieur le Premier ministre, mais il est clair que tout ceci peut avoir un impact, voulu ou non, sur les négociations avec le gouvernement fédéral. Voulez-vous que je communique avec le Coordonnateur? ? … ? Oui, monsieur le Premier ministre. Je suis et resterai à mon poste. * * * Marcel se dirigea vers une voiture de patrouille et aborda le policier en souriant: ? «Take me to your leader.» ? Hein? ? Qui est en charge des opérations ici? ? J’sais pas. Demande au sergent, la voiture à côté. Marcel fit quelques pas. ? Sergent? ? Oui, qu’est ce qu’y a? ? Je pense que je pourrais vous aider. Je connais un des types qui est là-dedans et je pense que je pourrais le raisonner. ? Y a personne qui passe. ? Est-ce que le capitaine Dubuc est ici? ? Qui? ? Le capitaine Dubuc. Vous ne le connaissez pas? ? Non. C’est le lieutenant Lafontaine qui est en charge. ? Il est où? ? De l’autre côté de la place. Passe par là, là! Marcel fit docilement le tour du périmètre, localisant l’homme à cheveux gris et à casquette et s’en approcha en écartant gentiment ceux qui l’en séparaient, comme s’il eût été porteur d’un message important. ? Lieutenant Lafontaine? ? Oui. Vous êtes monsieur? ? Marcel Leblanc, lieutenant. J’ai été avisé par Qué-bec qu’un individu connu sous le nom de Marius est impli-qué dans cette affaire et qu’il serait opportun que j’intervienne pour essayer de le raisonner. ? Qui, à Québec? ? Des amis, au bureau du Coordonnateur. Un policier s’approcha du lieutenant Lafontaine et lui parla à voix basse, ce qui n’empêcha pas tout le monde d’entendre dans un rayon de dix mètres. ? C’est Marcel Leblanc. C’est un gars qui s’est battu à mort pour le Québec. ? Pis? ? S’il dit qu’il peut les calmer, peut-être qu’il peut les calmer. S’il dit qu’il connaît du monde à Québec, c’est parce qu’il connaît du monde à Québec. C’est sa peau, pas la nôtre. Faites ce que vous voudrez, mais… ? OK, dit le lieutenant Lafontaine à Marcel, envoye, allez-y. ? Est-ce que vous auriez quelque chose que je pour-rais utiliser comme drapeau blanc, demanda Marcel. En principe, on porte un drapeau blanc pour pas se faire tirer dessus. Les policiers haussèrent les épaules. ? Non…, non… ? Quelqu’un a-t-il un drapeau du Québec? ? Jérôme en a un dans son char, dit l’un des poli-ciers. Il l’avait apporté pour la fête de Dollard, ce soir, au parc Angrignon. * * * Marcel s’avança lentement sur la place, tenant bien haut le drapeau du Québec. Il ne savait pas si Marius était là. Il ne savait pas ce que signifiait le drapeau du Québec pour les motards de la rue Hochelaga. Il ne savait pas qui était dans l’entrepôt de l’autre côté. Il marchait lentement, pour n’inquiéter personne. Comme un marguillier portant l’étendard du Sacré-Cœur dans une procession de la Fête-Dieu. Il avait déjà entendu dire que l’on n’entend pas le coup de fusil qui nous tue. Parce qu’il était dans son caractère de relever ce genre de défi, il prêtait l’oreille… Il arriva sans encombre à la porte d’une des maisons délabrées vers les-quelles s’étaient repliés Scalp, Marius et les autres après le premier assaut infructueux contre l’entrepôt. ? Laisse-le venir, dit Marius à Scalp. Je le connais. ? Personne tire, cria Scalp aux autres. Puis, il demanda à Marius: ? Pourquoi, le drapeau? ? D’habitude, on porte un drapeau blanc pour parlementer. Mais on fait avec, n’est-ce pas? ? OK, qu’il vienne, dit Scalp. Marcel était à la porte. ? Je veux parler à Marius. Je peux vous aider. ? Entre, dit l’un des motards. Marius est en haut. Marcel monta l’escalier et revit Marius. ? Tu me re-connais? Je pense que je peux vous aider. ? Comment? ? Vous êtes complètement encerclés et vous n’avez pas une chance de sortir d’ici. Monte d’abord le drapeau du Québec: la police ne tirera pas sur vous autres. Ensuite, je vais faire évacuer vos blessés, j’ai appris que vous en aviez. Enfin, avec un peu de chance, je vais vous avoir une retraite honorable. Comme les Warriors en 1992. (Et ce, pensa Marcel, pour la même raison; vous ne le savez peut-être pas, mais vous êtes simplement beaucoup plus forts qu’eux.) Marius regarda Scalp. Celui-ci haussa les épaules. ? On n’a rien à perdre. De toute façon, l’indépendance, je suis pour. Pour les blessés, dit-il en s’adressant à Marcel, forget it. On n’en a plus. On a trois corps, mais ça peut attendre un peu, il y a des choses plus urgentes. OK, dit-il aux autres, montez le drapeau, aussi haut que vous pouvez. Le geste ayant été interprété comme une provocation par ceux de l’entrepôt, l’apparition du drapeau fut immédia-tement saluée par une rafale de fusil mitrailleur. Ensuite, tout se calma encore une fois. ? Maintenant quoi, demanda Marius? ? Maintenant, dit Marcel, on attend. * * * ? Oui, monsieur le Premier ministre, je vois la même chose que vous à la télévision: des hommes armés qui font le siège d’un bâtiment et qui arborent le drapeau du Québec. Je ne sais pas pourquoi ils le font. ? … ? Je suis Coordonnateur des activités de transition; c’est au ministre de l’Intérieur de nous dire ce qui se passe dans ce qui me semble, à moi, un règlement de compte entre pègreux. ? … ? Oui, je suis bien conscient de l’impact négatif de voir flotter un fleurdelisé au dessus d’une bande de motards armés. Toutefois, je n’ai pas de solution immédiate à offrir. Je réfléchis. Je vous jure que nous réfléchissons tous. ? … ? Oui, sans une minute de délai, monsieur le Premier ministre. Dès que nous avons une solution. Bayard raccrocha. ? Appelez-moi le ministre de l’Intérieur Dès que l’autre fut en ligne, Bayard passa aux directives sans s’occuper des mondanités: ? Demandez à la police de Montréal d’augmenter au maximum ses effectifs, mais d’élargir le périmètre de sécurité. Je veux qu’ils sortent de l’image. ? Pardon? ? Qu’ils reculent et qu’ils n’interviennent pas. Qu’ils n’interviennent sous aucun prétexte. On va parlementer. Et, au fait, essayez de savoir pourquoi ils se tirent dessus. Je viens de parler au Premier ministre. ? Entendu. Bayard ne demanda à personne de composer pour lui le numéro de Pinard: il le savait par cœur. ? Monsieur Pinard? Vous voyez comme moi ces événements incongrus à la télévision. Je compte sur vous pour rassurer tous ceux qui pourraient s’inquiéter. Ce drapeau du Québec est un malentendu. Il n’est pas question que nous ayons recours à la violence et les corps policiers n’interviendront pas. Cette situation se réglera dans le calme. Nous maintiendrons cette position, même si quelqu’un hisse le drapeau canadien sur l’entrepôt. Il raccrocha. * * * Le soir du 24 mai fut fêté joyeusement au parc Jeanne-Mance, au Vieux Port, au parc Jarry, au Stade Olympique et dans une douzaine d’autres endroits. À trente jours de l’échéance, ceux qui prônaient l’indépendance occupaient la rue et la ville était couverte de fleurdelisés. Suivant les consignes du gouvernement fédéral, ceux qui étaient contre maintenaient un silence prudent. Ils attendaient que le temps, inévitablement, joue contre ceux qui tentaient ? sans en avoir les moyens ? de renverser l’ordre établi. De tous les fleurdelisés qui flottaient sur la ville, il n’y en avait aucun, toutefois, qui fût aussi ostensible que celui qui flottait, à Pointe-Saint-Charles, sur un groupe de motards dont l’indépendance n’était absolument pas le premier souci. * * * Parsifal Ewen avait toujours eu pour Toronto cette condescendance que partagent tous les Québécois, sans distinction de langue ni d’origine. Il devait bien constater que, du haut des airs, la nouvelle mégalopole offrait un plus joli coup d’œil que les toits plats de Montréal et voulait bien admettre que c’était ici, non plus là-bas, que battait le cœur du Canada. C’est ici que se brassaient les affaires, que se finançaient les projets, que les décisions étaient, sinon prises, du moins préparées. Il convenait aussi que ce que le Canada pouvait offrir de culture et d’originalité était là plus qu’ailleurs. Tous les petits chemins du Canada menaient à Toronto et c’est de là que ceux qui faisaient leurs preuves pouvaient faire le grand saut vers les USA et le monde entier. Il était d’accord avec tout, mais il gardait le préjugé tenace que cette ville n’était que riche, que prospère, que dynamique et qu’il lui manquait une histoire et une âme. Aucune évidence ne le détromperait. Il reportait la même condescendance sur les Torontois en général et sur les membres de sa famille qui s’y étaient établis, des oncles et cousins germains qu’il plaignait de n’avoir pas connu une ville bigarrée, cosmopolite comme Montréal. Il venait régulièrement à Toronto et regardait sans les voir les Indiens, les Pakistanais, les Chinois et les autres qui avaient fait désormais de Toronto une ville non seule-ment plus populeuse mais aussi plus hétéroclite que Montréal ne l’avait jamais été. Il ne les voyait pas. Comme il ne voyait pas les boîtes et les bars qui rendaient ici le péché aussi accessible que dans toute autre grande ville. Il voyait toujours Toronto du haut des airs: une ville-jardin adossée au lac, une ville où des gens bien sages et bien blancs allaient en procession le dimanche au Sunday School. Parsifal ne voyait pas Toronto. Il ne voyait que le terminus de la fatidique 401 qui, si tout allait vraiment telle-ment mal au Québec, serait un jour la route de l’exil pour les anglophones québécois. Toronto était la poire pour la soif, la terre d’asile. C’est avec la même condescendance que Parsifal ex-pliqua à Janet, la sœur de son père, et à son mari Geoffrey, le grand ralliement qui avait marqué le premier mai à Montréal et qui avait fait trembler Bloor Street. ? Vous voyez, dit Parsifal, rien n’est vraiment si simple au Québec. Vous avez vu à la télévision une marche de prolétaires, le couteau entre les dents, à l’assaut des len-demains qui chantent. La réalité, c’était une partie de plaisir, un souvenir nostalgique, une fête costumée dans le style des années cinquante offerte à de petits cadres syndicaux bien bourgeois qui voulaient boire une vraie bière qui ne goûte pas le pipi de chat et flirter avec une French girl comme il n’en existe que dans leur imagination de provinciaux. ? Mais l’esprit, derrière tout ça? La menace d’un bouleversement social? Que fera un pays à gouvernement social-démocrate comme le Québec, si la chance lui est donnée de bâtir vraiment son projet de société? ? Le gouvernement «novateur», «idéaliste», et «gauchiste» du Québec est en fait un gouvernement de vieux politiciens roublards dont aucun membre important n’a moins de cinquante ans. Les sociaux-démocrates dont vous parlez sont, sans exception, des petits-bourgeois bien éduqués, des intellectuels, des gens qui se blesseraient avec un fusil de chasse et qui craignent plus que Dieu tout se qui ressemble à un bouleversement social. S’il y a un problème au Québec, il n’est pas à gauche: il est à droite. ? L’Église, est encore là, n’est-ce pas, demanda Janet? Parsifal rit de bon cœur. ? Il y a aujourd’hui plus de pratiquants dévots dans la seule ville de Moscou qu’il n’y en a dans tout le Québec. Les commentaires du pape sur la sexualité et le contrôle des naissances ne choquent même plus; ils fournissent surtout du matériel aux chansonniers. ? Tu ne crains aucune violence au Québec, demanda Janet? ? Il n’y a pas, dit Parsifal, plus pacifique qu’un Québécois. Nous sommes pacifiques à en paraître trouillards, contre la violence au point de nous laisser écorcher! ? Et ces histoires de bombes, demanda Victor, le plus vieux de ses cousins? ? Dans le cas de la jeune Latino-américaine, dit Parsifal, je la connais personnellement. Nous savons tous qu’elle a été malheureusement à la mauvaise place au mauvais moment et qu’elle a été victime d’un règlement de compte entre mafieux. Dieu merci, maintenant elle va bien. Mais, croyez-moi, je connais l’homme qui est mort dans cet attentat. Tout le monde le connaissait à l’Université Concordia. C’était l’homme qui contrôlait la vente des drogues sur tout le campus. Il faut vraiment une imagination débridée pour penser que cette histoire peut avoir eu le moindre rapport avec l’indépendance du Québec. ? Et l’autre bombe dans un collège? ? Un canular. Un canular ou une manœuvre subtile pour faire basculer quelques indécis d’un côté ou de l’autre. Vous savez, tout se joue sur les sondages. C’est idiot, mais le Québec n’OSE pas aller jusqu’au bout de son projet s’il n’a pas au moins la majorité des francophones derrière lui. Sans qu’on sache comment ni pourquoi, le gouvernement fédéral est entré dans le jeu et suit la même logique. Ce qui fait que même si le PQ a gagné son référendum, l’indépendance ne sera pas déclarée le mois prochain si le nombre de ceux qui supportent l’indépendance ne se stabilise pas au-dessus de 53%. ? Pourquoi 53%? ? 53 et des poussières… Le chiffre magique, c’est 66% de l’électorat francophone. Si ce résultat est atteint, il y aura des pressions internationales pour que le gouvernement fédéral n’insiste pas et soit beau joueur. Le mot clé, c’est: « Business as usual! » Parsifal était tout à fait convaincu de les avoir rassurés quand Nancy, la plus jeune des cousines, fit irruption au salon. ? Daddy, Mammy, Percy… Come quick! La guerre est déclarée! Ils se levèrent tous de bonne grâce et suivirent l’enfant au salon, un peu amusés par son émoi, jusqu’à ce qu’ils eurent vu, de leurs propres yeux, aux nouvelles de CBC, les voitures de patrouille qui encerclaient Pointe-Saint-Charles. Ils cessèrent alors d’être amusés et devinrent même franchement inquiets, Parsifal le premier, quand le commentateur expliqua qu’on tirait du mortier, qu’il y avait eu trois morts ou blessés, et que le drapeau du Québec flottait sur un pâté de maisons d’où des gens armés défiaient les forces de l’ordre. Janet et son mari, les enfants, ils regardèrent tous Parsifal avec un air de reproche. Ils lui en voulaient un peu, pas tant de leur avoir menti que d’avoir dit «nous» plutôt que «eux» quand il avait parlé de ces Québécois qui n’aimaient pas la violence. Le Victoria Day fut célébré sans éclat à Toronto. L’anxiété qu’avaient ressentie les milieux financiers en apprenant la nouvelle de ce qui apparaissait comme une insurrection au Québec s’était propagée peu à peu à travers toutes les couches de la population. Ceux qui aimaient bien la reine, les Windsors malgré leurs petits travers et le trône d’Angleterre, n’avaient pas le cœur à la fête. Quant à cette multitude d’Indiens, de Chinois, de Pakistanais, d’Antillais et autres néo-Torontois qui formaient maintenant la majorité de la population de la ville, le nom de Victoria évoquait chez eux de mauvais souvenirs plutôt qu’une nostalgie du Raj britannique. Parsifal revint le lendemain à Montréal, ce qui lui évita d’avoir à expliquer aux autres pourquoi il était tout à fait normal que la police de Montréal collaborât avec un groupe de motards et comment un vieux séparatiste, deux fois condamné pour des actes criminels sérieux avait pu devenir le héros du jour. * * * La nuit du 24 au 25 mai à Pointe-Saint-Charles se passa sur le qui-vive mais sans escarmouches. Puis la deuxième journée du siège commença. Marius et Marcel avaient eu le temps de refaire connaissance. ? Donc, dit Marcel, ce sont là les types qui ont tué Paloma? Je comprends que vous leur couriez après, mais je ne comprends pas pourquoi vous vous êtes laissés piéger ici, entre deux feux, avec eux en-dedans et la police tout autour? ? Parce qu’on pensait entrer facilement. On pensait prendre ce qu’on avait à prendre et partir avant même que la police ne soit informée. On les croyait une douzaine tout au plus, dans un vieil entrepôt, mal armés… Je crois plutôt qu’ils nous attendaient. Maintenant, il est vrai que nous avons la police tout autour, mais ce n’est pas aussi grave que tu crois. Marius sait que la situation est encore bien plus confuse que Marcel ne le croit. Il sait que Scalp a battu le rappel du gang au complet et de ses alliés et qu’ils sont déjà encore bien plus nombreux, sans motos, invisibles mais bien armés, AUTOUR des policiers qui pensent sans doute avoir encerclé le petit groupe des assaillants. Marius se doute aussi que, quelque part autour, les gens de Ben Saïda ont aussi des leurs qui rôdent. Et les gens de Johnny sont sans doute aussi présents. Comme les gens de la SQ et de la GRC, même si on ne les voit pas. Le tout ressemble à ce jeu japonais de go où chacun s’enroule ainsi autour de l’adversaire. Les voitures de patrouille ont disparu, les rues sont vides. Comme si le reste du monde avait décidé de leur laisser vider leur querelle entre eux. Mais il sait que c’est une illusion. ? Marius, dit Scalp, je viens de recevoir un téléphone de Johnny. Il m’a dit: on est avec vous. ? Tu crois que c’est vrai? ? Il aime peut-être mieux se battre de temps en temps avec du monde qui connaît, comme nous, plutôt qu’avec Ben Saïda qu’y connaît pas. Peut-être. De toute façon, le message, c’est qu’il ne nous frappera pas dans le dos. Tu crois toujours que c’est lui qui a Cajun et qui a fait tuer Cric? ? Je ne sais pas. On ne peut faire confiance à personne. ? Qu’est-ce qu’on fait maintenant? On demande aux autres de percer le barrage policier? ? Non, ça ne ferait qu’en faire venir d’autres. Concentrons-nous sur l’entrepôt. ? On attaque encore une fois? ? Non, j’appelle Ben Saïda. ? Tu crois encore que tu peux échanger le frère contre le stock? Et puis pourquoi pas? Il peut bien nous le donner, il le sortira jamais d’icitte. Nous autres non plus, même si on l’avait, on serait pas sortis du bois. Ça sera pas facile de charger le barrage policier, surtout avec la TV qui passe tout en direct. On a assez de gars pour le faire, mais ça va coûter cher en maudit!. ? Un problème après l’autre, si tu veux. Pour le moment, récupérons la poudre. Marius avait longtemps pensé à ce qu’il fallait dire à Ben Saïda. ? Monsieur Mohamed Ben Saïda, s’il vous plaît. ? De la part de qui? s’enquit une secrétaire bien stylée. ? Dites-lui que c’est son vieil ami Marius et que je veux échanger des nouvelles d’Abdallah. ? Seulement Marius? ? Oui, il me connaît bien. ? Je vous écoute, dit une voix grave avec un léger accent. ? Écoute-moi bien, mon petit père. Nous sommes tous dans un merdier. Alors, si tu veux, on se refile nos atouts et on simplifie la donne. Les mecs d’en face nous passent la came, on te renvoie le frangin. Si je n’ai pas de nouvelles avant midi, on se le farcit à la grecque sur une selle de moto coin Peel et Sainte-Catherine. Vu? ? Je ne sais pas de quoi vous parlez, mais j’ai pris note. L’autre raccrocha. ? Qu’est-ce qu’il dit? demanda Scalp. ? Il ne peut rien dire: ce n’est pas Ben Saïda. ? Comment le sais-tu? ? Ben Saïda n’a pas de dossier, il n’est pas assez bête pour même laisser entendre sa voix au téléphone alors que chaque parole que nous disons est non seulement enregistrée mais, analysée pour détecter le stress et les mensonges. Il écoutait, mais c’est un autre qui a parlé. Maintenant, il doit réfléchir et je lui ai laissé tout le temps. ? C’est la première fois que je te vois te gêner pour une écoute téléphonique, remarqua Scalp. ? D’habitude, il y a vingt mille cellulaires en opération à Montréal, continuellement. Bonne chance pour nous trouver. Aujourd’hui, je suis sûr qu’il y a déjà des antennes paraboliques orientées vers nous et que rien, absolument rien ne sort sans être enregistré. Il n’est même pas absolument certain qu’ils n’entendent pas ce que nous disons actuellement, même si tu vois que j’ai choisi un endroit fermé et bien abrité. Excuse-moi un instant. Marius recomposa: ? Bantam? Je te dirai une autre fois que je te trouve extraordinaire. Pour le moment, je veux que tu surveilles le secteur Peel et Sainte-Catherine et que tu m’avertisses immédiatement si tu vois apparaître des types de Johnny. Je te rappelle. Il raccrocha. Scalp approuva de la tête. ? Si les gars de Johnny apparaissent dans le secteur Peel et Sainte-Catherine, c’est Ben Saïda qui va leur avoir dit; donc, on saura qu’y sont contre nous autres pis on pourra même penser que c’t’eux autres qui ont tué Cric. Eux, ou eux travaillant avec Ben Saïda. Si les types de Johnny n’apparaissent pas, on procède avec le petit frère? ? Oui, mais pas au coin de Peel et Sainte-Catherine; devant les bureaux de Ben Saïda, rue University. ? Excuse-moi, dit Marcel, mais pourquoi voulez-vous le… «farcir à la grecque» comme tu dis? ? Pour neutraliser complètement Ben Saïda. Si on tue Abdallah, on commence une vendetta. Si au contraire on lui fait des gentillesses, si on peut dire, devant tout le monde, on crée à Ben Saïda un problème insoluble. D’un côté, il est le salaud qui a laissé enculer son petit frère: quelle confiance ses hommes peuvent-ils désormais avoir en lui pour les sortir du pétrin si jamais ils en ont besoin? Ensuite, le petit frère ne lui pardonnera pas. Donc, il faudra que Mohamed surveille ses arrières jusqu’à la fin de ses jours. Troisièmement, même si le petit frère lui pardonnait, Mohamed ne croira jamais que le petit frère lui a pardonné. Pas plus qu’il ne croira que ses gens ont oublié qu’il a laissé tomber son petit frère dans un moment difficile. Donc, déshonneur, avanie et zizanie. C’est le principe des Grecs et des Bulgares, l’adversaire a tellement d’ennuis qu’il ne peut plus vous embêter. ? Les Grecs et les Bulgares? ? Oui. Au Moyen Âge, des dizaines de milliers de Bulgares ont été fait prisonniers par les Grecs qui ne les ont pas tués mais les ont renvoyés chez eux après leur avoir crevé les yeux, sauf à un sur dix qu’on avait juste éborgné, pour qu’ils puissent reconduire les autres à domicile. Tu vois le bordel? Des milliers de héros qui rentrent chez eux et dont il faudra prendre soin pendant trente ans. Toute l’économie du pays n’y arrive pas. C’est la pauvreté. Chacun tire à soi la couverture. Les enfants des victimes ne le pardonnent pas aux autres. Le pays est complètement démotivé, démobilisé, rendu inoffensif pendant une génération. Beaucoup plus efficace que d’avoir tué tous les prisonniers. J’ai dit que c’était les Grecs qui l’avait fait aux Bulgares, mais il se peut bien que ce soit les Bulgares qui l’aient fait aux Grecs. Enfin, tu comprends le principe? ? Je comprends que tu vas foutre un bordel sans nom dans les troupes de Ben Saïda, et pour longtemps. Mais dis-moi, tu crois que tu vas pouvoir lui faire ce genre de truc en public, sur la rue University, en plein midi? ? Il n’y a plus de policiers. Tu vois bien, dit Marius en montrant les rues désertes, ils se sont retirés si loin que c’est comme s’ils n’existaient plus. Je pense d’ailleurs que c’est grâce à toi. Ton truc du drapeau a été extraordinaire; j’aimerais y avoir pensé. Bref, il n’y a plus de policiers à Montréal, puisqu’ils ont reçu l’ordre de ne pas intervenir. Si Johnny n’a pas menti, la ville est à nous. * * * Le lieutenant d’Intelligence Smith qui avait assisté à la réunion du Comité du Non et répondu aux questions un peu vives de Gérard est cette fois-ci dans le rôle de celui qui interroge. Il le fait poliment, comme une personne disciplinée qui interroge non pas son supérieur, mais quelqu’un qui, en diagonale, se situe à un niveau plus élevé de la pyramide hiérarchique. Il le fait poliment, mais il suinte l’exaspération. ? Donc, encore une fois, c’est la situation de Kanesatake. On circule, on manœuvre, on discute…, mais on n’intervient pas. ? … ? Je comprends que ce sont les ordres du cabinet du Premier ministre et je ne les discute évidemment pas. Je dis simplement qu’il y a de plus en plus d’éléments criminels qui comprennent qu’il n’y a plus de loi dans ce pays. Plus de loi soutenue par une force réelle. Hier les Indiens, aujourd’hui les motards, demain les Québécois! ? … ? Excusez-moi, Monsieur, j’ai été un peu vif. Je dis simplement que les gens n’obéissent plus à la loi que par habitude. La force qui soutient le droit est devenue un bluff; on nous a imposé tellement de contraintes que nous sommes devenus ce que les Chinois appelaient un «paper tiger». Un tigre en papier, un truc pour effrayer les enfants. ? … ? La SQ parlemente? Je veux bien, mais nous avons une responsabilité fédérale concernant le trafic de la drogue. Est-ce qu’on va négocier avec les trafiquants, comme les Colombiens avec Escobar? Est-ce qu’on va offrir à nos motards des cellules décorées à leur goût, avec des droits de visite et de sortie à leur guise? ? … ? Monsieur, il n’y a plus de lois dans ce pays. Bientôt il n’y aura plus de pays du tout. La police de Montréal est invisible, la Sûreté du Québec n’intervient pas, on nous demande de ne pas bouger et l’armée n’a pas été prévenue. Qui, aujourd’hui, fait respecter la loi dans ce pays? ? … ? J’ai compris: stand-by. Vous n’avez pas à me le répéter, j’ai déjà reçu mes instructions et je les respecte. Mais vous me permettrez de vous dire que je vais vérifier, dès demain, à quel prix et à quelles conditions je pourrais prendre une retraite que je crois avoir bien méritée. Il ne claqua pas vraiment l’appareil, mais le déposa plus rudement que le protocole n’eut exigé qu’il le fît après une conversation un peu houleuse avec le chef de cabinet d’un ministre. Les officiers d’Intelligence avaient traditionnellement droit à leur franc-parler bien au-delà des normes permises aux officiers ordinaires: on ne tenait pas à se mettre à dos quelqu’un qui avait accès à tant de renseignements confidentiels. Cette fois, il y avait été un peu fort. Il haussa les épaules, regarda encore une fois ses dossiers, puis sortit, prit sa voiture et décida tranquillement qu’il passerait la journée dans le parc de la Gatineau. On peut amener l’âne à la rivière, songea-t-il, mais on ne peut pas le forcer à boire. Qu’ils aillent tous se faire foutre. * * * Gérard regardait la télévision comme tout le monde. Il était aussi en contact avec bien des gens qui en savaient plus ou prétendaient en savoir plus. Le matin du 25, quand il vit que le drapeau du Québec flottait encore à Pointe-Saint-Charles et que pas un seul policier n’était en vue, il téléphona directement au bureau du Premier ministre et y rejoignit l’attaché politique qu’il voulut. ? Je tiens pour avéré, dit-il, qu’aucun corps policier ne veut ni ne peut intervenir. Ils n’ont simplement pas les outils pour le faire. Qu’est-ce que fait l’armée? ? L’armée a été avisée. Ils ont étudié la situation. L’état-major demande six jours pour un déploiement efficace. ? On recommence la plaisanterie de Kanesatake! Et le plan Colborne? ? Le plan Colborne avait été prévu pour faire face à une déclaration d’indépendance spontanée du Québec. Il avait été prévu pour mâter des émeutes et des ouvriers dans la rue avec des pancartes. Au pire, on en tirait un, on arrêtait les meneurs, les autres se dispersaient. Je dis bien au pire. Nous ne nous attendions même pas à ce que les choses en arrivent là. Aujourd’hui, on parle de tout autre chose. On parle de gens qui ont des armes et qui savent s’en servir. Des gens qui sont invisibles et qui sont prêts à vous tirer dans le dos au travers d’un sac en papier. Il s’agit de tout autre chose. ? En clair, vous n’envoyez pas les troupes? ? On n’envoie pas les cadets de Westpoint parader dans le Bronx. ? Et ce déploiement? ? Si je puis vous parler franchement, monsieur, ? et cette information est naturellement tout à fait confidentielle ? il s’agit de gagner du temps, de déplacer suffisamment de monde pour impressionner la population et de tourner autour des gars pour leur faire peur. Quand ils ont assez peur, ils s’en vont et on les laisse partir. Vous l’avez bien dit, c’est le scénario de Kanesatake et de Kanawake. ? Je pensais que le Canada avait une force armée efficace. Chypre… ? Oui, Chypre… mais c’était il y a longtemps. Aujourd’hui, on tire un Somalien et on passe en conseil de guerre. On te tire dessus en Bosnie, tu dois t’excuser d’avoir été à la mauvaise place. La troupe n’a pas toute la motivation que l’on souhaiterait. ? Vous me dites que nos gars ne veulent pas aller se faire «snipper» pour donner du «leverage» politique aux clowns qui sont en place. C’est bien ça? ? Je ne me permettrais pas de le présenter de cette façon, Monsieur. ? Alors passez-moi votre patron. Il ne fallut que deux minutes avant que quelqu’un de plus important prenne l’appel de Gérard. Il n’en avait pas fallu plus pour que celui-ci se mette vraiment en colère. ? Écoute, veux-tu me dire qui le mène, ce pays, bon Dieu! L’autre soupira. ? Ce matin, personne. Du moins, personne que je connaisse. Non, si c’est ce que tu veux savoir, l’armée n’interviendra pas. D’abord, ils ne veulent pas intervenir. Ensuite, si on envoie des francophones, on ne sait pas s’ils vont tirer. On ne sait pas de quel bord ils vont tirer s’ils tirent. On ne sait pas comment ils vont réagir après le premier coup de fusil. Si on envoie des non-Québécois, on a l’air d’une armée d’occupation; en ce cas, on perd la guerre des sondages et des appuis internationaux… Or, c’est là que ça ce passe, tu le sais comme moi. ? Alors vous faites quoi? ? On attend. On annonce surtout pas qu’on pourrait intervenir. Tu veux un conseil, fait comme si on n’existait pas. Gérard ne fit qu’un autre téléphone, très bref. ? C’est moi. Achetez de l’américain. Ça presse. Tout ce que vous pouvez. Vendez aussi du canadien à terme, 30 jours, 90 jours… tous les marchés que vous pourrez. Bougez vite. Je ne comprends pas que ça n’ait pas encore plongé. À sa façon, Gérard venait de voter « Oui. » Pierre JC Allard

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La fin nous laisse sur une forte impression de chienlit et de cynisme financier. En tout ca, monsieur Bayard a bien fait de se reposer sur Monsieur Pinard, un type qui a de la bouteille. Ok, je sors, oh la la ! C'est par où...?
michele delpech

Quand les mots ne remplacent pas les maux, que peut-on faire ? Presser sur la détente ! Le terrorisme d'Etat et celui de la rue se confondent, de nos jours.
Pierre JC Allard

@ Taverne du poete: Cynisme ? Vous n'avez encore rien lu… :-) Bayard, aujourd'hui, aurait peur… et on lui ferait des reproches. Quand au Pinard, un patronyme commun au Québec, on en fait peu de bon, mais on aime bien…. @ MD: Je crois qu'ils se sont toujours confondus. C'est seulement qu'avec l'internet tous les complots sont découverts et que la distinction entre gouvernance et banditisme s'estompe. http://nouvellesociete.wordpress.com/2008/03/12/174-la-fin-des-complots/ PJCA

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Les splendides valses et ballets

taverne des poetes 2010-08-14 12:07:06

La musique classique sait aussi faire danser. Les valses et les ballets en mettent plein les mirettes. Les peintres le savent bien qui les ont immortalisés dans leurs chefs-d'œuvre. Les deux genres musicaux se mélangent parfois : des valses célèbres comme celles de "Casse-Noisette" ont illustré des ballets. La valse a ce rythme bien particulier qui emporte les danseurs et les grise plus que toute autre forme musicale. Le fait que les partenaires se déplacent en tournant sur eux-mêmes n'est-il pas fait justement pour faire tourner les têtes ? Pour une fois en musique classique, les corps sont autorisés à s'exprimer. I - La valse La valse est restée très populaire. Elle fait encore rêver les gens. Avant cette danse célèbre que l'on a tant de fois admirée au cinéma, à la télévision, était la valse lente. C'est la forme la plus ancienne. Mais cette forme ancienne à deux temps a laissé la place à la valse viennoise à trois temps, au pas plus rapide. Il existe des particularismes : la valse anglaise (forme de des valse lente), la valse musette française . Mais ce sont les valses de Vienne rendues célèbres par Johann Strauss, père et fils, qui sont les plus nobles et les plus prisées. C’est le fils qui composa la fameuse valse "Le Beau Danube bleu". Quelques exemples de belles valses lentes : Carulli, un compositeur italien du XIXème, fut l’un des premiers à écrire des œuvres pour guitare. Exemple cette petite valse à la guitare (vidéo YouTube). Une valse lente de Carulli Valse lente du compositeur finlandais Oskar Merikanto Valse triste de Sibelius Valse no 2 de Chopin Les valses nobles et sentimentales de Maurice Ravel (exemple) Quelques grandes valses viennoises : Le Beau Danube bleu Aimer boire et chanter Valse de l'empereur Sang viennois La valse reste moderne. "Jazz Suite n°2 : Valse n°2" de Chostakovitch a été rendu célèbre par la publicité. Nous avons découvert "Amour et Printemps" d’Emile Waldteufel comme générique de l’émission télé "ciné-club". Ce compositeur français méconnu a aussi composé quelques autres grandes valses comme : "Les Patineurs" et "Valse de la poupée". La "Valse d’Amélie" du compositeur Yann Tiersen a illustré le film "Le fabuleux destin d’Amélie Poulain". II - Les musiques de ballets Le ballet est un genre dramatique dont l'action est figurée par des pantomimes et des danses. Ses origines remontent à la Renaissance italienne (XVe siècle). Les valses on toute leur place dans les ballets classiques. Très connues, les valses du ballet "Casse-noisettes" de Tchaïkovski sont ici superbement mises en scènes : Casse-noisette (Nutcracker) - Valse des fleurs (YouTube) Valse des flocons (YouTube) Le Lac des cygnes (YouTube) Un peu d'histoire : Le ballet ("ballo") a vu le jour à la cour italienne de la Renaissance où les mariages étaient somptueusement célébrés. L'épouse du roi Henri II, l'italienne Catherine de Medicis, l'importa en France et lui donna son soutien financier. Mais c'est au XVIIe siècle, à la cour de Louis XIV, que le ballet connaîtra un développement important. Le ballet intercalaire, inséré dans un opéra, devient ensuite une spécificité de l'art lyrique français (Lully, Rameau), mais aussi chez Gluck. Le ballet moderne va le supplanter, les conceptions wagnériennes rendant caduque la pratique du ballet intercalaire : le ballet comportera désormais une comprend une succession d'épisodes qui s'enchaînent de manière continue. La compagnie des Ballets russes est fondée par des Russes exilés à Paris après la Révolution de 1917. Elle ravive l'intérêt du public pour le ballet. Mon site de créations musicales personnelles : jazzytudes. Dernier album paru "Simples mélodies" (qui précède "Mélodies sophistiquées" à paraître)

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Les ballets russes ce soir sur Arte à 22 h 55. Ce lundi 16 août. http://television.telerama.fr/tele/emission.php?onglet=critique&id=17874640

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Des caprices et des cavatines

taverne des poetes 2010-08-13 01:17:03

"Sur vos lèvres alors meurent les cavatines..." ce vers de Rimbaud ("on n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans") m'a paru convenir au sort de la cavatine, musique très ancienne qui meurt sur les lèvres sans aucune chance d'un rappel puisque la cavatine est sans "da capo" : on ne revient jamais au début pour la rejouer. Sonnez les cavatines ! La cavatine est donc une musique, une chanson, d'ordinaire assez courte, que l'on ne répète pas et qui se rencontre souvent dans un récitatif obligé (opéra). A l'origine, elle était toujours composée d'une seule partie. Une des cavatines les plus connues est Casta diva. Elle est extraite de l'opéra Norma créé par Vincenzo Bellini en 1831 à la Scala de Milan. La plus célèbre interprétation est celle de Maria Callas. Ou encore "Salut, demeure chaste et pure" tirée du célèbre Faust de Gounod, "Una voce poco fa" tirée du Barbier de Séville de Rossini.... Une autre cavatine célèbre est tirée des Noces de Figaro de Mozart : c'est l'air du début du quatrième acte « L'ho perduta » (Je l'ai perdue) chanté par Barberine (en italien Barbarina). Elle est reprise dans Les Témoins d'André Téchiné (2007). (source : Wikipédia) La cavatine est morte aussi avec le "lied" allemand. Voici des cavatines à écouter. Je n'ai mis ici en lien que les airs instrumentaux. Cavatine opus 144 de Saint-Saëns Superbe ici avec le piano et le trombone ! Cavatine Di Donna Caritea opus 60 Une cavatine de Debussy Une jolie cavatine de Carl Reinecke, compositeur allemand de talent éclipsé par ses contemporains illustres, Liszt, Mendelssohn ou Schumann. Et celle-ci pour conclure. Les amateurs d'opéras trouveront facilement des cavatines chantées. Les compositeurs s'offrent des caprices (ou cappricios) Un capriccio ou caprice est une pièce musicale souvent enjouée et de forme libre. Le capriccio typique est rapide, intense et souvent virtuose. Johannes Brahms a écrit plusieurs "capricci" pour piano à la fin de sa vie. Ces œuvres marquent la fin de la période romantique. Ecoutons quelques-unes jouées ici par Hélène Grimaud : Opus 116 partie une Opus 116 partie trois Opus 116 partie sept On ne peut qu'être frappé par le caractère inhabituel de ces compositions. Niccolò Paganini a composé ses 24 caprices pour violon seul. Opus 1 Andante Le même à la guitare Cappriccio no 4 à la guitare toujours Cappriccio no 9 encore à la guitare parce que vous le valez bien Et puisque nous sommes avec la guitare, comment passer à côté de ce chef-d'œuvre de Francisco Tarrega "Cappriccio arabe". Un Cappricio qui Malher pas mal. Nous ne pouvons conclure sans évoquer Bach qui conclut la Partita en C mineur BWV 826 par un caprice. BWV 992 BWV 993 Son contemporain Haendel HV 467 Le cappriccio en musique baroque est souvent une courte pièce pour clavier (Frescobaldi, Bach). Dans la grande musique classique, il peut être utilisé pour des œuvres orchestrales : Tchaikovsky : Cappriccio italien opus 45 Rimsky-Korsakov a composé un "Capriccio italien" et un "Capriccio espagnol" opus 34 (partie I aubade). Saint-Saëns. Jazzytudes (mon site personnel avec mes compositions classico-jazzy. Album "Simples mélodies" à paraître le 13 août) La Taverne des Poétes

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Les genres fokloriques en musique classique

taverne des poetes 2010-08-11 13:40:05

[caption id="attachment_5641" align="alignnone" width="186" caption="mazurka"][/caption] Le bicentenaire de la naissance de Frédéric Chopin nous rappelle les célèbres "Polonaises" du compositeur et ses Mazurkas. D'autres formes rendent hommage au folklore ou empruntent aux genres traditionnels comme la tarentelle, le fandango, le boléro, la polka. I - Les imports de la tradition polonaise Evidemment, le nom de Chopin vient ici en premier. Avec ses Polonaises, ses mazurkas. La Polonaise entre dans le genre classique au XIXe siècle avec Micha? Kleofas Ogi?ski, Ignacy Dobrzy?ski, mais surtout avec Frédéric Chopin. Il ne faut pas la confondre avec la Polka qui est en réalité issue de Bohême et s'est développée dans les pays voisins de la Pologne. La mazurka est une danse paysanne qui sera introduite dans les salons européens par Jan Stefani et Maciej Kamie?ski. Parfois les genres se confondent et Chopin puise directement dans la mazurka traditionnelle. Sa "Polonaise en Fa dièse mineur, Op. 44" pour piano seul (surnommée la "tragique" polonaise) est composée comme une Mazurka. Sa Polonaise la plus connue est sa "Polonaise héroïque". L'air est dans toute les têtes. Sur YouTube. II - Les imports venant de Bohême Nous avons évoqué la Polka. La polka est une danse originaire de Bohême (actuelle République tchèque). Le mot polka ne désigne pas une musique polonaise mais vient du tchèque p?lka (moitié ou demi), décrivant le pas chassé (demi-pas) servant de base à la danse. Il s'agit d'une forme dérivée de danses issue de danses plus anciennes : nimra, bourrée, écossaise, scottish... Avec ses 160 numéros d'opus, Johann Strauss Fils est sans conteste le « maître » de la polka de la fin du XIXe siècle. Mais les compositeurs tchèques comme Smetana, Dvo?ák ou Zden?k Fibiche cherchent une authenticité plus « nationale ». Jacques Offenbach l'intègre dans nombre de ses opéras bouffes. Georges Bizet, Gioachino Rossini (Petite polka chinoise), Bohuslav Martin?, Jose. III - Les imports d'origine italienne - La tarentelle nous vient du Sud de l'Italie. Très ancienne, il s'agit d'une musique particulièrement vivace. Elle donnait lieu à des danses effrénées qui pouvaient durer des journées entières, à l'occasion de cérémonies destinées à guérir ceux que l'on croyait être victimes de morsure d'une araignée légendaire, la tarentule. Le ballet de Jean Coralli, La Tarentule (1839), a beaucoup contribué à la popularité de la tarentelle au XIXe siècle. Plusieurs compositeurs classiques ont écrit des tarentelles : Rossini, Chopin, Bizet, Saint-Saëns, Massenet, Fauré, Debussy, Liszt, Stravinski, Chostakovitch. Et bien d'autres. D'autres danses italiennes ont nourri la musique classique. - Le Saltarello : Le compositeur Felix Mendelssohn inclut le saltarello dans le mouvement final de sa symphonie italienne. - La Sicilienne : Plusieurs compositeurs célèbres, tels Bach ou Fauré, ont écrit des partitions sur cette forme (6/8 ou 12/8) et les ont baptisées « Sicilienne ». - La forlane : cette danse originaire du Frioul fut introduite en France par André Campra à la fin du XVIIe siècle. Elle devint une danse de cour. Longtemps tombée en désuétude, elle fut utilisée par Chausson dans ses Quelques danses en 1896 et par Ravel dans Le Tombeau de Couperin en 1917. IV - Les imports d'origine espagnole - Le boléro : Cette forme espagnole, rendue célèbre par Maurice Ravel, est une danse de bal et de théâtre à trois temps, apparue en Espagne au XVIIe siècle puis codifiée par Lorenzo Cerezo. Django Reinhardt s'est inspirée du boléro, spécialement de l'œuvre de Ravel, pour développer sa technique rythmique de guitare. - Le Fandango : C'est un style musical et une danse traditionnelle espagnole de couple, d'origine andalouse, accompagnée de castagnettes et de guitare qui peut être chantée. De grands compositeurs ont écrit des fandangos. Parmi eux de Espagnols bien sûr : Antonio Soler (Fandango pour clavecin, dont l'attribution est douteuse), Isaac Albéniz (Málaga, de la suite Iberia, 1905-1908), Granados (El Fandango del candil et Serenata del espectro, de la suite Goyescas, 1912-1914), Manuel de Falla (Danza del molinero, du ballet Le Tricorne, 1919), Ernesto Halffter (Danza de los jóvenes, du ballet Sonatina, 1928). Mais aussi des compositeurs non espagnols : Gluck (Don Juan, 1761), Mozart (Les Noces de Figaro, 1786), Rimski-Korsakov (Capriccio espagnol, 1887), Macandé, Luigi Boccherini (Quintette à cordes avec guitare Del Fandango, G.448), Bernard Herrmann (générique de La Mort aux trousses, 1959). - La Romance : La romance est un genre musical, de forme brève, généralement conçu pour voix et accompagnement instrumental. C'est aussi un style de la musique espagnole. Mais la Romance en musique classique désigne des œuvres purement instrumentales (romances pour violon op. 40 et 50 de Beethoven), voire une partie seulement d'une telle œuvre (par exemple dans le Concerto pour violon de Beethoven, 3e mouvement). Le genre connaît son âge d'or pendant la Révolution et l'Empire, puis il décline et sera finalement supplanté par le lied d'origine germanique. On trouve une romance à la scène 4 de l'acte II du Mariage de Figaro ou la Folle journée de Beaumarchais. Elle est inspirée du style médiéval. Cette romance est un poème sous forme de chanson, le tout sur la mélodie de Marlbrough s'en va-t-en guerre, destiné à séduire la comtesse. (Source principale : Wikipédia) Et bien dansez maintenant ! LIEN : Jazzytudes Mon site de musiques personnelles (dernière création, 11 août 2010 "Piano's experience")

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BETTY BAPACOULE Chapitre 4

michele delpech 2010-08-11 08:48:21

De Michele Delpech Chapitre 4 Louis avait, depuis quelque temps déjà, une idée qui lui trottait dans la tête. Il voulait redonner vie à sa propriété, car les idées peuvent changer sur les choses et les gens, parfois. Il s'était donc enquis du prix de quelques bovins et d'une chèvre, pour qu'ils aient du lait et, de temps à autre, un veau ou un chevreau à se mettre sous la dent. Il avait donc, avec Betty, pris le chemin du marché aux bestiaux qui se tenait à la ville voisine, ce jour-là. La route était encombrée par les voitures sans fin des gens du cirque, les véhicules des futurs clients ainsi que les bétaillères des éleveurs. Leur 4 L toussait un peu plus qu'à l'accoutumée et Louis redoutait qu'ils ne restent en carafe, chemin faisant. Et quand la ville leur apparut, au détour d'une colline, ils poussèrent en coeur un "Ouf" de soulagement. " Nous y sommes presque, mon coeur ! - Ce n'est pas trop tôt ! s'exclama Betty. Je sens que Suzette a besoin d'une bonne révision. - C'est en effet une très vieille fille ! rétorqua Louis d'un air entendu". Au son d'une valse musette, les animaux descendaient doucement de leurs vans. Ils n'étaient pas rassurés. Certains piaffaient d'impatience. D'autres, placides, se contentaient de subir leur sort, en bons moutons qu'ils étaient, voués aux coups du boucher. Cependant, dans les lots proposés, certains auraient la chance de survivre, choyés car vigoureux, dans une vie amoureuse de bas étage ; dans des maisons de passe pour animaux. Ils donneraient leur matière première à des bipèdes exigeants, pas aimables ou trop peu avec eux ; des gens sans autre scrupule que de les garder en vie le plus sainement possible jusqu'à ce qu'ils ne soient plus bons qu'à la boucherie. Louis n'aimait pas les éleveurs. Ils avaient trop souvent en tête le prix de leurs bêtes et pas assez d'amour pour elles. Ils faisaient de la viande à tours de bras, pour vivre, simplement pour ne pas être au chômage. Le bla-bla des considérations morales n'avait pour eux aucun sens. Leur discours en devenait indécent, parfois. Et pourtant, il était vrai que sans ces gens-là, point d'escalope, point de filet ou de tendron. Le dérapage était devenu aisé, avec la chute constante des cours de la viande. Il fallait qu'ils bourrent leurs animaux de vitamines et d'hormones de croissance, pour avoir de grosses carcasses bien carrées afin de réduire les espaces vides des véhicules frigorifiques, par-dessus le marché. Louis avait eu beaucoup de mal à trouver des animaux sains, nourris de bonne herbe. L'éleveur s'appelait Jean Fraisure. Il fabriquait aussi d'excellents fromages ainsi qu'une crème fraîche à se damner pendant Carême, à la manger à la louche. Après avoir réglé la question du transport, les deux tourtereaux s'en retournèrent avec un bon chargement de fromages. Louis avait décidé que l'on reviendrait par la route des soiffards. Quelques grands crus du Val de Loire émaillaient la route. Suzette s'alourdit donc encore, de quelques cartons de vins. Et elle cala en arrivant dans la cour de leur demeure. Lorsque monsieur Fraisure vint livrer les bêtes, Betty resta un bon moment avec elles. Leur anxiété disparut bientôt, grâce à ses caresses. A parole donnée, cochon qui s'en dédit. C'était bien ces animaux-là qu'ils avaient choisis. De son côté, Louis se posait déjà un sacré cas de conscience. Marguerite, Béarnaise et Patchouli agrémenteraient leur espace quotidien, mais que ferait-on de leurs rejetons. Sans saillie, donc sans naissance, point de lait. Que faisaient les Massaïs, dans ce cas ? L'animisme permettait-il de garder son amour intact pour des animaux auxquels on retirait la progéniture, pour la zigouiller et la bouffer ou pour la vendre ? Peut-être l'occidental était-il devenu trop sentimental ? Il verrait cette question lorsqu'il serait au pied du mur. Ou plutôt, il voulait en avoir le coeur net. Il héla Betty qu'il retrouva dans l'étable, en train de faire un brin de causette à leurs nouvelles amies. " Elles te plaisent, mon amour ? " - Elles sont un peu sauvages ! - Comme toi, la première fois que nous nous sommes rencontrés. - Hum ! Je le suis restée, au fond de moi. D'ailleurs, elles le savent, elles ! Rétorqua-t'elle, en désignant les deux brebis et la vache. Louis eut un large sourire en entendant cela. Il attira doucement sa compagne à lui. - Je sens que nous allons vers un grand bonheur. Mais j'aimerais que nous discutions d'un sujet qui m'obsède depuis qu'elles sont arrivées. - Je sais de quoi tu veux parler. Que ferons-nous des petits de ces dames lorsqu'elles en auront ? Eh bien, j'avoue être désarmée, moi aussi. J'aime le veau nourri au lait de sa mère, et pourtant elle est déjà une amie. J'aime l'agneau, aussi, mais les futures mères sont d'adorables créatures. Alors, que faire ? - Tu résumes bien la situation. Notre dénuement dans cette affaire n'aura d'égal que notre amour pour elles. Louis effleura sa joue d'un baiser et la tira hors de l'étable. De leurs doigts agrippant les vêtements encombrant, ils commencèrent un effeuillage graduel, sur le chemin de l'alcôve. Que c'était bon d'être loin de tout et de pouvoir se laisser aller de la sorte. Pas un voisin à moins de quelques kilomètres à la ronde. Ils pouvaient transpirer leur passion dans les moindres replis de leur existence. Ils n'avaient pas besoin d'être aux aguets à leur plus petit fantasme. Il leur semblait vivre hors du monde des sardines en boites. L'excitation étant à son comble, sur le seuil de la maison, ils ne mirent pas longtemps à retrouver le lieu sacré de leurs ébats. Ils s'envolèrent vers un puissant orgasme. Betty, écartelée, tendue comme un ressort bandé par Louis, au comble du plaisir, répondait à chaque translation de son amant par un feulement légèrement poivré. Le corps ruisselant de sueur, ils activaient les feux. Puis ils retombèrent, inertes, sur leur lit de plantes aromatiques, à contempler le croissant de la Lune montante. Haletante, Venus reprit son souffle en respirant la peau d'Apollon. Zeus n'était plus en colère et il alla rejoindre Junon. La terre était en paix avec l'univers. L'ivresse des profondeurs de l'amour sondait de manière irréversible deux êtres lumineux, deux morceaux de notre Mère la Terre, frère et soeur de l'herbe et du rhinocéros, du taureau et de l'hirondelle. "Entre les gouttes d'eau pleuvaient celles d'un excellent whisky écossais qui nous mettait le coeur à l'aise et le corps en sommeil, quand nous ne savions plus quoi inventer pour réduire notre appréhension face à une existence décolorée par le fluide mesquin et visqueux de nos contemporains". Le journal de Betty, ponctué ça et là de phrases chargées d'un passé difficile, était toujours à sa portée. Elle y écrivait maintenant d'une plume légère. Elle flottait en effet. Elle devenait aérienne, telle un nuage d'azote sur un lac immaculé. Son histoire était demeurée jusqu'alors un assemblage hétéroclite, sans autre fil conducteur que la nécessité de survivre. Mais on ne construit rien de sérieux dans cet état-là. On ne peut drainer vers soi que la charité publique de bon aloi. En aucun cas on ne s'élève. Le cercle dans lequel on évolue est trop étroit, l'animalité étant par trop envahissante. Les soins amoureux que lui prodiguait Louis pourraient aujourd'hui la propulser dans une opération qu'il lui restait à définir certes, mais qui lui permettrait d'étaler enfin ses convictions fraternelles. Elle possédait un trop plein d'énergie qu'elle ne voulait pas laisser perdre. Que réaliserait-elle ? Nul ne le savait encore dans la contrée. Serait-ce un but générateur d'une satisfaction communautaire ou un élan parfaitement égoïste ? Son amour des espaces encore vierges la plongerait-elle dans la tourmente ? Serait-elle brimbalée méchamment par les vilains esprits ? Ils devisèrent longuement, tous les deux. Ils en conclurent à un plan qu'ils échafaudèrent avec beaucoup de minutie. Ce serait dans l'entretien et le nettoyage des cours d'eau qu'ils s'immergeraient complètement. Cette voie fut déclarée la plus accessible et la plus bénéfique à leur village. Ils allaient permettre à des gens, largués depuis longtemps par le monde traditionnel du travail, de reprendre pied. Il leur faudrait acquérir un savoir-faire exemplaire. La réputation se mérite encore, dans les campagnes. Ils rencontrèrent donc le maire, quelques jours plus tard, dans son bureau. Monsieur Lablète rangea son ventre proéminent comme il put, derrière son bureau en acajou. "Comment aboutirez-vous votre projet, mes amis ? La discussion allait bon train depuis une heure. - Henry, vous me connaissez. Je mettrai volontiers un terrain et du matériel à disposition de l'équipe que nous allons constituer. Je ne peux malheureusement pas offrir de rémunérer les gars. Je pense que nous pourrions solliciter le concours de l'Etat, par l'intermédiaire les Eaux et Forêts, par exemple. - Et si vous vous formiez en association "Loi 1901". De toutes manières, je vous appuierai auprès du Préfet. Nous avons quarante kilomètres de rivières à curer et des rives souvent laissées à l'abandon par les riverains. Nos actions ont été sporadiques, jusqu'à présent, et coûteuses de ce fait. Des bénévoles ont bien défriché le terrain, l'an dernier, mais le suivi ne peut être assuré convenablement. Les pluies torrentielles de l'année dernière ont été catastrophiques, dans certains secteurs, et je ne vous parle même pas de l'érosion des sols et de la perte constante de terre arable. - Si je puis me permettre, Monsieur ! Osa Betty. Il serait bon de former une équipe à l'année. De cette manière il y aurait une continuité dans le travail. - Vous avez acquis une grande sagesse, Mademoiselle, au contact de la nature. Je vous appuierai devant le conseil. Je suis décidé à amener tous mes administrés à suivre une voie plus respectueuse de leur environnement. "Tu as l'air aussi enthousiaste qu'une marée d'adrénaline sur une tête de veau". L'image qu'avait Betty du maire adjoint, à la réunion du conseil municipal, éclata quand enfin, le grincheux se révéla sous un autre jour. L'hypocondriaque de service retrouva sa voix de fausset pour déclarer : "Je propose que nous laissions Louis Lagrange nous donner lui-même les détails de sa proposition". Tout le monde, monsieur Lablète et les autres, y consentit. Ils étaient vingt et il eut été vain de les distraire de leur devoir. L'oeil torve, scrutant les participants, l'opposition, que nous ne nommerons pas, était attentive au moindre murmure. Le vote insufflait un silence nappé de brume dans l'esprit des participants. Nous n'étions pas loin, à cet instant, de la forêt de Brocéliande et de ses elfes. L'enchantement de Louis et de Betty, qui étaient en général consultants plutôt que consultés, se lançant à travers le frémissement des hésitations de chacun, des petits clins d'oeil complices, était à son comble. Ils savaient tous deux qu'il leur faudrait l'assentiment d'une large majorité du conseil pour que l'on acceptât de leur donner l'appui financier dont ils auraient besoin. L'exposé de Louis fut assez convainquant car il était agrémenté des réflexions pertinentes de chacun. Beau parleur, portant haut la symbolique, Louis le magnifique, flambant neuf sur son destrier imaginaire, pourfendait allègrement les propos les plus réfractaires, peu nombreux, il est vrai. Pour une fois, dans un tout petit coin de notre doux pays, une question vitale pour tous trouvait une solution au-delà d'une échéance à court terme. La victoire de la raison sur la superstition et sur la médiocrité latente prenait ancrage, au pays des vaches et des roseaux. La secrétaire qui ne méritait pas son nom, mademoiselle Pimbêche, s'approcha de Louis, après la réunion. " Si vous le désirez, monsieur Lagrange, je pourrais vous aider à recruter votre équipe. -Ma foi, Annièce, ça ne sera pas de refus. Nous allons avoir besoin de bras, ces jours prochains. Puis, pris d'une idée soudaine : "Dis voir Betty, on pourrait peut-être offrir un verre à tout le monde, non !" - C'est une excellente idée ! fit-elle en allant de l'un à l'autre des participants. Tous commençaient à se disperser. Mais Betty fut la plus rapide. Le petit groupe s'engouffra dans les voitures des uns et des autres et se retrouva bientôt devant liqueurs et tisanes. Monsieur Robert, depuis longtemps sous le charme de Louis, bavardait en s'accompagnant de force gestes, avec Mademoiselle Pimbêche: - Voyez-vous Aniece, j'ai toujours pensé qu'il faudrait un jour s'occuper de l'environnement. - J'avoue que je ne l'aimais pas beaucoup, ce jeune homme désoeuvré qui avait hérité de ses parents. J'ai révisé mon jugement depuis. Je vais même les aider concrètement. Je connais bien les gens nécessiteux et il y en a qui méritent vraiment qu'on s'occupe d'eux ! lui répondit la jeune femme. Les personnalités se dévoilent toujours autour d'un bon projet. Louis et Betty faisaient la preuve que l'on pouvait apporter une idée à contre-courant des aspects financiers immédiats, en ce qui concernait le fonctionnement d'une municipalité, sans être rejeté systématiquement par ses pairs. Il fallait seulement avoir une grande force de persuasion ainsi que quelques arguments irréfutables. Bientôt, une équipe sérieuse, bien instruite de son travail, parcourrait les cours d'eau à la recherche des détritus et des endroits à toiletter ; à tracer un chemin ; à rénover une place particulière, comme un lavoir abandonné par le temps. Le vulgus pourrait jouir d'espaces de nouveau libres de souillures. Les rivières pourraient alors reprendre leur rôle de nurserie. - Si vous en êtes d'accord, mes amis, lança Louis à la cantonade, je vous propose de vous impliquer personnellement dans l'association. Car chacun de vous possède des compétences qui y seront bienvenues. Je vous demande de réfléchir sérieusement à notre proposition. Nous avons élaboré, Betty et moi, un document concernant la structure de notre entreprise. Nous allons vous en donner un exemplaire à chacun. Il distribua les feuillets. Monsieur Robert promit de réfléchir à la question. Quant à mademoiselle Pimbêche, nul doute qu'elle allait de ce pas consulter les personnes qu'elle jugerait les plus aptes à oeuvrer dans le milieu naturel. Les travaux en seraient longs et pénibles, bien souvent, sur le plan physique. Monsieur le maire, pour sa part, allait se charger d'amadouer les récalcitrants. Il avait bon espoir d'obtenir une déclaration d'utilité publique aux efforts que tous allaient consentir. Il leur manquerait un jour un biologiste, pour aller encore plus loin dans leurs investigations. Les promoteurs de l'association y songeaient déjà. Minuit sonna donc dans l'indifférence générale. La réunion se continua fort tard et l'aube se leva sur une note d'espoir qui rejoignait la portée en La mineur de l'écologie. Fort de ce qu'il avait appris, Monsieur Robert se leva de table et rejoignit sa demeure. Sa compagne, inquiète de ne pas le voir revenir, lui sauta au cou dès qu'il en fut sur le seuil. Ils s'étreignirent longuement. L'homme rassura sa femme et s'esquiva par l'escalier conduisant à son bureau. Il attrapa le combiné téléphonique et composa un numéro. La conversation dura un certain temps car, entre les retrouvailles avec un de ses amis d'enfance et la commande qu'il comptait bien lui passer, monsieur Robert fut assez expansif. - Allô, Etablissement Mouton. Bonjour ! - Bonjour Madame ! répondit Robert. Puis-je parler à monsieur Landouille, s'il vous plaît ! S’enquit-il en déclinant son identité. Un "ne quittez pas", lui fut adressé aussitôt. Vivaldi se mit en branle et l'automne allait céder le pas à l'hiver quand Landouille décrocha. Robert attaqua : - Salut Jean ! C'est Martial, de Mansart la Vertu. Tu te souviens... - Ah... oui ! Bonjour Martial, comment ça va ? Les banalités d'usage s'effacèrent vite en regard de la commande un peu spéciale que Monsieur Rober avait à lui soumettre. - Je vais avoir besoin de tes services. - Ah oui, pour quoi faire ? - Pourrais-tu m'envoyer des outils de jardin, ainsi que d'autres bricoles ? Nous sommes en train de monter une association pour nettoyer les rivières et leurs rives. - Hum ! Bon, écoute. Tu peux m'envoyer une liste ? Excuse-moi, je suis pressé. J'ai un appel d'un de mes plus gros clients sur l'autre ligne. - D'accord Jean ! Je t'envoie un fax. Tu pourras venir taquiner le goujon bientôt. Landouille ne dit pas non. Sur ce, ils se quittèrent. La liste n'avait pas été longue à établir - de bons outils de coupe, des crocs, des fourches et des harnais de sécurité. Bref, de quoi équiper quelques hommes consciencieux. Il plut beaucoup, ce jour-là. Marguerite, Béarnaise et Patchouli, broutant l'herbe mouillée, avançaient de concert. Le pré, couvert des empreintes profondes des nombreux bovins qui paissaient là auparavant, était parsemé de bouses. Les quelques chapelets de crottes des deux brebis tranchaient sur cet ensemble scatologique. Les silhouettes laineuses suivaient leur compagne bien grasse jusque dans les endroits les plus marécageux du pré, en contrebas, le long de la rivière serpentant dans la vallée. Elles devaient parfois fournir des efforts considérables pour recouvrer leur équilibre sur un sol plus ferme. Leurs poils s'émaillaient toujours d'une épaisseur de boue visqueuse qui séchait sur elles et craquelait peu après leur passage dans ces zones difficiles. Lorsqu'elles revenaient à l'étable, Betty les passait au jet d'eau et les séchait ensuite. Elles avaient l'air d'aimer cela car elles se collaient à leur bienfaitrice jusqu'à ce qu'elle les quitte. Betty était on ne peut plus heureuse de cette condition particulière que la vie lui avait procurée. Elle vivait dans une agréable demeure, possédait des animaux dont elle tirerait bientôt quelques bénéfices et un compagnon digne de sa fougue et de son empressement à vivre. De plus, leur projet de nettoyage de l'environnement prenait corps. Ils attendaient le matériel ; l'équipe était constituée. Tout cela la confortait dans sa position douillette. Betty et Louis avaient trouvé une manière de vivre en partie de leurs animaux. La vache et les deux brebis serviraient à reconstituer le cheptel de pays en pleine faillite économique. Ils savaient désormais que la mort ne serait pas le passage obligé à la prise de bénéfices sur la gent animale. D'autres s'en occuperaient à leur place. D'autres qui égorgeraient pour survivre des bêtes bien inoffensives. Bakou se plaisait dans son nouveau chez lui. Des aléas de sa vie passée, il traînait encore quelques lambeaux dans les brumes noires de ses rêves. La folle qu'il avait faillie renverser vivait dans le pays, par exemple. Elle avait une "Aura" auprès des autochtones, d'après ce qu'il avait constaté en allant effectuer ses achats. Décidément, il n'y avait plus de valeurs. Le pays était la proie des dents acérées de la haute finance. Lui n'avait fait que profiter, somme toute, d'une brèche dans l'espace-temps de la mémoire des hommes. Il avait appris à ne pas répondre au maître, à lui cirer les pompes, à s'habiller aussi. Il était libre enfin de circonvenir aux instincts imbéciles d'autrui, car il ne se sentait plus le besoin de tromper. "Cessez donc, forces maudites nées dans un cloaque argenté et puant", s'écriait-il de temps à autre. Il avait exercé un métier de bouledogue et ne voulait plus faire le chien qui cherche un os. Finalement, à bien y réfléchir, celle qui lui avait offert une place gratis à la maison d'arrêt de Rouen lui avait rendu un fier service. Peut-être était-ce d'ailleurs pour cela qu'il ne pouvait pas lui en vouloir d'être toujours dans ses jambes. Il nageait en pleine contradiction car, peu de temps auparavant, il lui aurait volontiers tordu le cou. Mais enfin, l'âge lui pesait depuis qu'il était sorti de taule. Alors, au diable le costume trois-pièces du Triumvirat local ! Tous ces gens ne pensaient qu'à baiser leur secrétaire et à promener le chien pour plaire à leur dame. Bakou avait viré sa cuti. Il cherchait autre chose. Les longues heures à penser, dans sa cellule mal fréquentée lui avaient donné le goût de la lecture. Entre les "San Antonio" et les ouvrages moins élémentaires, il avait trouvé un équilibre intellectuel qui lui servait maintenant de tremplin, à dessein. Dans ce cadre, il était un jour tombé sur un conte persan relatant la vie du sabre d'un calife très en vue à l'époque. Ce sabre magnifique, à la garde délicatement ouvragée, sertie de pierres précieuses, trancha un jour la tête d'un spadassin. La tête lui dit alors : " Vois tout mon sang qui dégouline le long de ta lame. Il te donne la gloire et à moi une belle mort au combat. Les hommes sont ainsi faits qu'ils préfèrent s'entre-tuer plutôt que de conclure une paix approximative." Du coup, Bakou demanda, lui qui n'avait même pas son certificat d'étude, la permission d'aller à la bibliothèque pour parfaire son éducation. Le monde des livres s'ouvrit à lui. L'entrain qu'il mettait à dévorer chaque ouvrage avait eu de quoi étonner ses codétenus. Ceux-ci étaient trop souvent illettrés ou simplement branchés sur la télévision et les publications pornographiques. Il devint alors une sorte d'aristocrate pour paumé. Il servit même d'écrivain public. Suivant assidûment les cours de rattrapage de Viviane Duchemin, professeur de philosophie et bénévole à ses heures, il prit la dimension réelle des étapes qu'il aurait encore à franchir pour passer son baccalauréat. Il avala toutes les matières sans sourciller. Pythagore et Thalès furent d'agréables hôtes de son écritoire. Einstein agrémenta plus tard la sauce en ajoutant une autre dimension de la connaissance : l'infini hors du monde circonscrit à notre biosphère. Michel Foucauld lui permit de relier avantageusement les points cardinaux de sa construction intellectuelle. Ni les bombes de l'I.R.A., ni la Sauterelle ne lui auraient permis de se trouver enfin. Nu devant le miroir des songes, il devait admettre que sa position était devenue enviable. Il pouvait désormais s'agripper aux branches de l'arbre tutélaire de sa famille d'Europe Centrale. Des images fugitives s'accrochaient de temps en temps à ses rêves. Une nature exubérante débordant le cours du temps, jusqu'à envahir une maison cossue plantée au hasard d'une route mal pavée ; la lune et son croissant, suspendue par des liens invisibles, jouant au ludion quand sa grand-mère le berçait amoureusement, jusque tard dans la nuit ; le Caucase offrant ses mélèzes aux mille feux du soleil ; les chutes gigantesques s'accrochant aux débris d'un tremblement de terre. Bakou rêvait tout haut, maintenant. Il devenait "Un". "Pour rendre sa dignité à l'homme, il faut lui apprendre la politesse". Aujourd'hui, Bakou vivait la course du soleil, même à travers les nuages. Quand un orage éclatait, il regardait les gouttes de pluie glisser sur les carreaux de sa baie vitrée. Le bruit de l'eau frappant le toit lui ouvrait la porte de la réflexion. Il vaquait à ses occupations avec un grand calme. Le coin de Caucase qu'il avait reconstitué tenait du paradis. "Francis ! Eh Francis ! L'homme maniait sa débroussailleuse avec une rage contenue. L'endroit qu'il nettoyait était si étroit qu'il devait se contorsionner et se déplacer en équilibre précaire. Il était noyé dans les ronces. Le moindre faux pas l'aurait précipité dans ce piège. Il tourna brusquement la tête vers la voix qui l'appelait. L'autre, essoufflé par sa course, s'approchait de lui à grandes enjambées. La machine s'était tue. -Qu'est-ce que tu dis Jacques ? S'enquit l'autre. -On arrête. On va manger. -Bon O.K. Tu prends le bidon et la trousse à outils ! Ils rejoignirent le reste du groupe qui se changeait déjà. Le respect du pain que l'on avait gagné obligeait à un minimum de toilette. La table était offerte par la municipalité. La chair y était bonne et le vin agréable. Mais point de saoulerie dans ce corps d'élite. La direction l'avait clairement établi dans son règlement intérieur. Tout homme pris dans cet état verrait ses chances de revenir dans le groupe définitivement compromises. Ils étaient en effet à la merci d'une maladresse, en état d'ébriété. Ils s'abstenaient donc. Il y eut cependant des jours mémorables. De ces jours où les notables daignaient poser leur cul à leurs côtés, pour se repaître et donner libre cours à leur appétit de bonnes blagues. L'après-midi se passa sans incident notoire. La rivière amorçait un coude qui passait sous les vestiges d'un pont en moellons datant de l'ère romaine. Les pierres étaient à nu. L'enduit, depuis quelques siècles, avait disparu du fait de l'érosion conjuguée de l'eau et du gel. Le mortier même s'effritait par endroits et le scellement des pierres en était de plus en plus incertain, à son sommet. Elles devenaient même instables, par places. Il y avait du danger à s'aventurer dessous. Après un examen minutieux de l'édifice, Jacques, le chef d'équipe, fit déposer les blocs les plus dangereux et l'équipe nettoya l'ensemble de ses incrustations végétales. Les plantes qui survivaient dans cet univers de roches, profitaient du moindre interstice pour y glisser leurs racines et pomper comme avec une paille l'eau chargée de sels suintant du minéral. Le travail dura près d'un mois, car il fallut déposer les pierres de tout un pan de l'ouvrage d'art, les numéroter et les replacer convenablement. Louis Lagrange vint les aider et il appela même les monuments historiques en vue d'une étude du site, sur un plan général. Les stridulations des débroussailleuses résonnaient dans l'air humide. La campagne se voilait de sonorités désagréables, quand l'équipe travaillait. Et, malgré le toilettage qu'elle était sensée y opérer, certains animaux commençaient franchement à en avoir assez. Ils désertèrent donc la place, purement et simplement. Plus de renards, plus de poules d'eau, plus de canards. Ne restèrent bientôt plus que des insectes et quelques hardis défenseurs de leur territoire, comme certains passereaux. La fonction de l'équipe était pourtant primordiale. Pendant des siècles l'homme avait dû respecter son environnement et l'entretenir tout au long de son histoire. Il avait édicté des lois concernant les différents aspects de ce travail. Puis un jour, à cause des congés payés et d'autres "largesses" du pouvoir de l'époque, en 1936, il avait pris ses aises et avait appris l'individualisme récupérateur. Depuis, comprenant tout à l'envers, il avait cessé progressivement de s'intéresser au maintien de ses haies, de ses cours d'eau, de ses rivages. Tout lui appartenait et il pouvait se conduire comme il l'entendait dès lors qu'il l'avait décidé. Il faudrait ajouter qu'il ne pensait désormais plus en avoir besoin, puisque le pétrole suppléerait à toutes ses défections. De négligence en négligence, la nature était devenue un fouillis innommable, propice à l'élimination de ses déchets les plus nuisibles et les plus encombrants. Il avait appris à aimer l'ordure. Puis, dans un sursaut de réalisme, il s'enquit du prix à payer pour sa paresse coupable. Il dut en appeler à la science, pour cela. Un jour débarqua donc un être énigmatique, moitié serpent, moitié rêveur, dans une voiture toute neuve qui tenait absolument à le rester. Il s'installa très vite dans l'auberge du village qui fleurait bon la bière et le tabac froid. Le cul vissé sur sa chaise, dans la salle, il tapotait consciencieusement les touches de son portable sur l'écran duquel s'affichaient des kilomètres de chiffres et de lettres. Pour un peu, on eut pu le prendre pour un échappé de l'académie Goncourt ou d'une université californienne. Il restait dans cette position des heures entières, accumulant mégots et verres vides, ayant à lui seul la responsabilité de la pollution atmosphérique du village durant un mois. Il s'en dégageait alors une impression morbide, nauséabonde, voire bizarre ; c'était selon. Il était en vacances, disait-il aux curieux. Il faut avouer qu'un tel phénomène avait de quoi impressionner nombre de Mansardiens. Ou se croyait-il donc, ce parisien défraichi couleur de pâtes fraîches ; ce grand échalas perdu dans les pensées et les nénuphars, dont l'oeil maladivement rivé sur tout ce qui vivait s'agitait convulsivement au moindre tintement de verre. "Silence ! lisait-on dans ses yeux instruits. "Silence, tas de roseaux plaintifs. Je cherche une occasion. Je cherche l'animal rare ; la plante qui agonise sous vos voûtes plantaires ; le paradis dans votre univers glauque". A force de renifler tous les coins de la campagne française, il avait fini par atterrir ici, cherchant à se rendre utile, car l'endroit lui plaisait. Le soir de son arrivée, alors qu'il finissait lentement son verre, il fut dérangé par des bruits provenant de l'extérieur de l'auberge. Des "Louis...fait...ménage...", traversaient l'épaisseur de la porte d'entrée. Deux hommes parlaient rapidement, avec force gestes avalés par la nuit noire. "Ecolo...parfaitement..." N'y tenant plus, Jaffé posa son verre et se leva de table. Il alla à la porte, tranquillement. Pesant sur la poignée, il ouvrit précautionneusement. - Bonsoir Messieurs. La solitude m'a poussé vers vous. Je ne dérange pas ? demanda-t'il. Il y eut un flottement dans la conversation. Puis l'un des deux gars lui fit signe que non. Cependant, ils s'étaient éloignés de quelques pas. Les deux gaillards avaient la face rougeaude des gens habitués à vivre en plein air. Jafé insista. "Il ne fait pas chaud, ce soir ! " - Demain il gèlera peut-être, lui répondit le plus grand. -Ouais, Firmin. Même que ça va être dur de travailler. Le deuxième lui rappela que leur patron ne lésinait pas sur le confort. Il préparerait certainement du café. Jafé réussit à intégrer le groupe. Les autochtones avaient à lui apprendre, à lui le parachuté, sur le bocage mansardien. Le bouclier d'Orion avait disparu. Tous trois s'engouffrèrent dans la taverne, à l'invitation de Jafé. Le patron de cette caverne d'Ali Baba l'avait autorisé à prendre ce qu'il voudrait derrière le bar, à condition toutefois qu'il notât ce qu'il consommerait et qu'il le payât. Jusqu'à une heure avancée de la nuit, les trois compères se contèrent des histoires extraordinaires. Le fût de bière brune y laissa des plumes. Un cassoulet charitable vint même terminer son existence dans leur assiette. Il est probable que le jour se leva sur trois corps affalés sur la table. Le jet de la douche creusait des sillons dans les trous alcooliques de sa mémoire. Il avait bien réfléchi, malgré sa nuit agitée. Il irait à la rencontre du maître d'oeuvre de cette association qui paraissait, à bien des égards, lui convenir professionnellement. Après un copieux petit déjeuner, le naturaliste fila donc vers le lieu dit du "fer à cheval". Il y arriva au moment où l'équipe s'apprêtait à rejoindre son lieu de travail. Jacques s'entretenait avec le grand patron. Jafé attendit un peu. Enfin, comme Lagrange s'éclipsait et retournait à son véhicule, il le héla. Les deux hommes sympathisèrent vite. Le technicien comme le naturaliste semblaient avoir trouvé un terrain d'entente. Louis allait lui confier une étude de la faune et de la flore du canton. Lui, le théoricien d'un monde infini, par sa complexité, devrait devenir rapidement le praticien d'un univers fini, bien borné par les remembrements effectués sur une période de vingt ans. Jafé, emmitouflé dans sa parka multi-centenaire - il la tenait de sa famille - observait un pédiculaire sylvatica dont les feuilles très découpées ressemblaient un peu à celles de la réglisse des bois ( Polypodium Vulgare ) mais en plus petit. Le peuplement en était faible, à cet endroit. Sa pérégrination avait amené le naturaliste en vue d'un plan d'eau, sur ses berges envahies par les joncs et les roseaux. Le pont gallo-romain se dressait à sa droite. La majesté de l'ouvrage était telle que les jours de brouillard, on pouvait deviner les légions de Jules César l'arpentant pour revenir à leur campement, tantôt vaincues, tantôt victorieuses. On lisait dans leurs yeux la peur ou la gloire. Ces hommes, damnés par le siècle, avaient partiellement asservi la Gaule Chevelue et ses marécages. Aujourd'hui, quelques vaches s'égaraient parfois sur cette voie romaine. Certaines passaient par les brèches que l'abandon y avait ouvertes. Apeurées, obligées de suivre la pente fortement inclinée, affolées par les trous dans lesquels leurs quatre pattes tombaient, au risque de s'en casser une, elles plongeaient dans la Perche. De temps à autre, l'une d'elles se noyait, dans des beuglements terrifiants. La pauvre bête s'enlisait dans la vase molle. Elle s'empêtrait dans les racines enchevêtrées des plantes aquatiques. Mais la terreur s'était abattue une fois de trop sur cette tranche de vie calme. L'équipe de nettoyage avait donc construit des barrières de fortune, pour canaliser le passage des animaux. Parti du pied de l'édifice, Jafé était remonté progressivement, par un sentier étroit. Il découvrit alors une touffe de Nard (Nardus Stricta) s'efforçant de survivre à si basse altitude. Il nota l'événement et continua son chemin. Arrivé à un passage escarpé, il put constater que le courant se renforçait, à cet endroit. L'eau roulait sur les galets. Les rayons de soleil, plongeant de biais, éclairait des truites folâtrant dans le courant, face à lui et ne cherchant pas à le remonter. Elles guettaient les larves de différents insectes qui attendaient la belle saison pour s'envoler et perpétuer leur espèce. Elles guettaient les dytiques et les animalcules. Parfois, une mouche, trompée par les reflets de l'astre sur l'eau courante, s'égarait sous la surface, l'espace d'un instant que la truite la plus vive mettait à profit. Cette nourriture céleste avait un goût délicieusement sucré, en comparaison de la fadeur de vase de ses autres proies aquatiques. Elle savait, mieux que les autres, en profiter car les jeunots qui l'accompagnaient désormais n'avaient pas encore atteint une grande vivacité. Ils étaient nés deux ou trois années auparavant. C'était elle qui les avait pondus et ils ne la lâchaient pas d'une semelle. Ils voulaient se la faire mais elle n'était pas prête encore à leur confier le patrimoine génétique de l'espèce. Elle avait l'espoir que son bellâtre de l'année passée reviendrait encore lui chatouiller le bas-ventre de ses ouïes soyeuses. Il était en effet de ces truitons de libre obédience aquatique. Et il possédait déjà plusieurs femelles qui se pâmaient à son approche. Il le lui avait avoué sans l'ombre d'un remords. La vieille femelle possédait encore cet instinct infaillible qui avait prévalu à sa destinée. Lors donc, elle avait plongé ses grands yeux dans ceux de son amant avec une fièvre à peine contenue. Ils avaient nocé jusqu'au matin, à perte d'eau, jusque dans une mare foisonnante de nénuphars. Des gamins qu'ils avaient conçus, peu arrivèrent à maturité. Quelques uns des oeufs firent même ses délices, les jours de disette. Les survivants l'entreprendraient bientôt. Le cycle se bouclerait, comme cela. Ainsi la terre tournait et revenait sans cesse aux mêmes moments de sa beauté. Bientôt une mouche attira l'un des truitons. Le comportement de cet insecte aurait pourtant dû l'inquiéter. En effet, l'immobilité de celui-ci n'était pas d'un grand naturel. Cependant, la truite, sans coup férir, y mordit et reçut alors le choc de sa vie. Lancée dans les airs, s'agitant à s'en décrocher les mâchoires, elle atterrit sur un lit d'herbe qui n'avait rien à voir avec son champ aquatique habituel. Roulant des yeux affolés de tous côtés et respirant avec peine, suffocante, elle finit par entendre un son bizarre : - Laisse Tom, il ne fait pas la taille. Remets-le à l'eau ! De là, l'apprenti chasseur se retrouva dans une main rêche et débarrassé de la chose qui lui avait transpercé le palais. On le balança à l'eau tout de suite après. L'animal, retrouvant son milieu, à moitié assommé, au bord de l'asphyxie et ayant une douleur très vive à la mâchoire, se remit lentement de ces brutalités. Il se vautra dans un creux de gravier et piqua un roupillon. La vieille femelle riait aux larmes, du spectacle. C'était elle que les martiens d'en haut voulaient attraper. "Si ton père t'avait vu pris comme ça, pensa t’elle, il aurait ri pareil. Lui aussi avait entrepris semblable voyage éclair, dans sa jeunesse. Quand ils nous jugeaient assez gras pour nous manger, ils nous gardaient, nous vidaient et nous accommodaient avec des amandes. Moi qui déteste ça ! Ils pourront toujours repasser pour voir si je suis suffisamment gâteuse pour leurs jeux de satrape. Jafé entendait bien ce que disait la truite quand il passa près des deux pêcheurs enthousiastes. Ceux-là en auraient remontré en matière de courtoisie envers les poissons, à tous les imbéciles heureux qui pillaient sans vergogne tout ce qui osait vivre au sein des eaux. Un vague signe de la main conclut la présence des deux hommes. Le scientifique passa vite, en silence, prit une sente étroite au bout de laquelle se développait une chênaie explosant de tous ses membres tordus. Des bourgeons pleins les bras, les chênes, fiers et nus, posaient avec volupté devant l'intrus. Les bruits de la forêt enveloppaient l'homme d'un champ d'ondes légères et les senteurs les plus exquises s'offraient à ses narines dilatées. Folâtrer dans la nature, à la poursuite d'un rêve de vie, tel était le leitmotiv de cet homme. Il avait le don de passer inaperçu au regard des habitants de la planète. Observateur, il le restait jusque dans les assemblées des bipèdes qu'il côtoyait pour la plus grande gloire du respect de l'environnement. Tout était alors jeu de subtilité. Un Si majeur ou un La mineur lancé par une langue bien acérée lui donnait le tempo. Betty ne se sentait pas bien. Elle avançait tout droit, le cou raide, les yeux fixés sur la route, n'osant détourner son regard de peur de meurtrir encore plus son estomac. Elle avait vomi, déjà. Elle restait nauséeuse d'avoir mangé des champignons pas frais. Madame Leduc, la boulangère, qui était bonne femme, lui avait donné un conseil millénaire de la région. - Ma chère enfant, lui avait-elle dit. Que vous mangeâtes des champignons, cela ne fait aucun doute. Mais encore eut-il fallu que vous les agrémentassiez de cornichons ! S'arrêtant devant la pharmacie, Betty y pénétra et acheta un remède d'herboriste. Il était plus efficace, lui affirma t'on, qu'un cachet d'aspirine. Louis l'avait chargée d'acheter de la quincaillerie chez monsieur Robert et de prendre différentes choses pour l'équipe d'entretien. Arrivée à Mansard en voiture, elle avait laissé Suzette à l'entrée du village. Elle aimait prendre son sac à dos et effectuer ses courses en marchant de l'un à l'autre commerçant, en prenant son temps. Elle allait comme elle vivait, tranquillement. Lorsqu'elle entra dans l'épicerie/quincaillerie, elle huma avec délectation les relents de bougies et de fruits, de graisse et de sucreries qui embaumaient la boutique. Elle trouva monsieur Robert devant son écran d'ordinateur, passant force commandes. - Bonjour, Monsieur Robert, comment allez-vous ? Levant les yeux, surpris, Robert sourit. - Oh ! Bonjour Mon petit ! Et vous-même. Il fait bon ce matin, n'est-ce pas ! Elle aimait venir dans cet antre, flâner, se cultiver. C'était un de ces plaisirs qu'on s'offre lorsqu'on est heureuse. La grille des programmes retenait les impuretés, dans ces moments-là. Seule la langue inspirée des participants avait voix au chapitre. La gamme avait l'assurance d'une composition intelligente. Des notes claires sortaient du duo qu'ils formaient alors tous les deux. Depuis quelques temps déjà, la conversation glissait vers la relation multimillénaire qu'entretenaient les hommes avec la religion, au vu des progrès techniques qu'ils avaient réalisés. Voyez-vous, Betty, l'homme s'enlise toujours dans cette phrase célèbre que l'on attribue à Shakespeare : "To be or not to be, that is the question". - Etre, ne pas être. Par rapport à quoi, à qui ? Quelle est donc cette vanité qui nous pousse à vouloir toujours dépasser la bête, alors qu'on l'exalte dans les moments les plus intimes de notre existence ? - Vous avez raison. C'est d'ailleurs un point que la religion utilise à son profit. Elle vante la pureté de l'être en le contraignant à assouvir ses besoins sexuels en cachette. La perversion s'installe, comme cela ! Aimez-vous le thé ? - Oui, bien sûr. C'est bien meilleur que le café, à cette heure-ci. La théière fumante entre eux deux, Betty et monsieur Robert devisaient ainsi des heures durant, quelquefois. - Imaginez que la venue de l'homme soit accidentelle. Qu'elle soit le fait du hasard. On penche de plus en plus pour une erreur génétique qui aurait perduré chez les individus, un peu à la manière dont les insectes apprennent à résister au pire des insecticides en quelques générations seulement, par le moyen le plus naturel qui soit. On ne saura jamais ce qu'il s'est passé, à cette époque. Mais on peut quand même réfléchir à cette possibilité, non ! - En effet, Monsieur Robert. Mais pourquoi éprouvons-nous toujours le besoin d'adorer des dieux qui n'ont plus vraiment de raison d'être, aujourd'hui, puisque nous avons démystifié tout ce qui était jusqu'à présent le domaine réservé de quelques uns. Tout le monde peut ouvrir un livre sur n'importe quel sujet, à la seule condition qu'il sache lire. Alors, pourquoi Dieu mène-t'il toujours la danse, aux yeux du plus grand nombre ? - Vous touchez là une question délicate, Betty ! On peut penser que l'infini dans lequel l'homme évolue, sur sa petite planète, le porte naturellement à croire, sans méchanceté aucune, que lui, être pensant assez industrieux pour être capable de modifier à sa guise son environnement, est si différent des autres mammifères qu'il ne se peut pas qu'il ait été conçu de la même manière qu'eux en regard de l'évolution. La question le dépasse. Il reste à regarder la vie comme le chimpanzé observe une banane : avec envie, simplement ! Là où çà commence à clocher, c'est quand des individus s'arrogent le droit d'être les porte-parole de ce Dieu hypothétique. S'ouvre à ce moment une porte vers la rouerie. Et puis n'oubliez pas que pour Céline, l'amour chez les humains, c'est l'infini à la portée des caniches, alors... La sonnette de la porte d'entrée tinta à cet instant, comme pour troubler un peu plus la conversation. Monsieur Robert, s'excusant, quitta la table et fila à son comptoir. Madame Pipelette, tout de frais vêtue, avait grand besoin de papier toilette. Ses neveux, en effet, en vacances chez elle pour une quinzaine de jours, l'avait dévalisée de son stock de l'année précédente. Robert expédia vite la dame et revint à la cuisine : - Dites-moi, Betty, avez-vous suffisamment de lames, pour les débroussailleuses ? - A ma connaissance, l'équipe en a cassé beaucoup. L'endroit qu'elle a atteint est truffé de ferraille et de cailloux. Ce doit être une ancienne décharge. Robert lui fit signe de le suivre. Dans le dédale de la réserve, ils parvinrent à une pile de lames neuves. - Prenez-en autant que vous en voulez ! lui dit-il. - Il nous faudrait de l'huile deux temps et... aussi de l'huile de chaîne. - Pas de problème, c'est là ! Continua-t'il en pointant l'index vers une autre palette. Betty quitta l'établissement et traversa le bourg, son sac à dos lourdement chargé. Les champignons n'étaient pas encore tout à fait digérés, mais elle se sentait mieux quand même. Elle retrouva Suzette dont elle chargea le coffre. Après un trajet tout en méandres, son oeil s'alluma lorsque, arrivée à la hauteur de leur demeure, elle aperçut les volutes légères d'une fumée sortant avec allégresse de la cheminée. Des tourbillons se formaient qui s'envolaient haut dans le ciel, se vissant dans l'éther. Avril finissait son temps dans le printemps naissant. La nature s'éveillait doucement de sa roideur hivernale. Quand Betty pénétra dans la cuisine, elle vit Louis affairé à peler des oignons, préparer des poivrons et d'autres légumes qu'il plaçait ensuite dans un grand saladier. Ils s'embrassèrent fougueusement. Betty gouttait la chaleur de son amant à grands coups de narines. Elle glissait doucement vers l'abandon de soi. - Que fais-tu de bon ? Lui demanda-t'elle, entre deux baisers. - Je prépare une farce. Tu veux que je t'explique? Betty, la tête au creux de son épaule, écoutait sagement. Bientôt, les papilles excitées par les mots, elle prit la cuillère en bois d'olivier et la plongea dans la farce. Elle porta l'instrument à ses lèvres et la satisfaction qu'elle en retira se zébra d'un doute. "C'est bon, mais ça manque de muscade". Interrogateur, Louis fit la moue, puis goûta à son tour. Il attrapa une noix et en râpa un peu dans la préparation. Puis il touilla jusqu'à ce qu'il estimât que le rajout avait été assimilé et pouvait dès lors offrir toutes ses nuances subtiles aux gourmets qu'ils étaient. Ils goûtèrent à nouveau et furent satisfaits. Revenant aux événements de la journée, Louis lui apprit que Patchouli était malade. - Oh ! Qu’est-ce qu'elle a ? - Ce n'est rien, elle a mangé trop de trèfle et elle a des lourdeurs. Le vétérinaire est passé ! Rassurée, Betty alla se déchausser : "tu sais, nous avons des lames et de l'huile. J'ai pris aussi d'autres babioles". - Ah ! Bien, les gars vont être contents. Louis termina sa préparation pendant que Betty s'affairait dans la salle à manger. Le pain, cuit de la veille, trônait sur le buffet. Sa fabrication demandait un maximum de temps. La chaleur était le facteur clé de la réussite d'une miche bien dodue. Le pétrissage était une affaire de poigne. Le levain devait être convenablement réalisé pour que la miche ait une mie bien aérée. La cuisson bouclait la boucle. La croûte devait être craquante mais pas brûlée. Le couvert mis, la soupière fumante attendant le bon vouloir des deux tourtereaux, ceux-ci prirent place dans la ronde nourricière. Des tranches de pain rassi dans les assiettes, un fumet de velouté délicieusement épicé leur chatouillant les narines, le décor était planté. Betty empoigna la louche et leur versa à chacun de quoi contenter plus d'un loup affamé. La soupe était épaisse. Le pain buvait le bouillon. Un bon morceau de beurre graissa l'ensemble pour qu'il descende plus vite encore, tout brûlant qu'il était, dans leur mélangeur gastrique. Les assiettes se vidèrent. Les mots défilèrent. Chacun d'eux montait carrosse dans le gosier de son hôte. -Et si on faisait un petit ! lança Louis à sa compagne, entre deux bouchées. Betty le regarda du coin de l'oeil. Elle l'avait bien envisagé, quelquefois. Son instabilité chronique l'en avait pourtant dissuadée. Elle s'était habituée à ce célibat entrecoupé d'aventures sans lendemain. Elle avait appris à vivre pour elle, seulement pour elle. Elle avait appris beaucoup de choses, avant de rencontrer Louis. Aujourd'hui, elle pourrait revenir sur cette possibilité avec une meilleure assise psychologique. Elle resta cependant un long moment muette, comme absente, plongeant ses yeux dans ceux de son amant. Un enfant, ça tombait comme des cheveux sur une soupe bien grasse. Un enfant, un chérubin blond ou brun, babillant, buvant goulûment son lolo et pleurant dès qu'il serait souillé. IL faudrait le changer, le laver, lui tricoter sa layette. C'était une aventure à laquelle elle n'était pas encore prête. - Tu vois, mon amour, je ne sais comment te dire cela. Je ne me sens pas prête à l'enfantement. J'ai le sentiment que cela détruirait mon rêve de liberté. Avec toi, je me sens libre parce que notre union s'est faite sans contrainte. Parce que nous sommes libres et le demeurerons de nous séparer, si un jour nous ne nous entendons plus. Quand nous aurons un enfant, par contre, nous devrons rester soudés. Nous n'aurons pas le droit à l'erreur. Oui, je m'inquiète de l'avenir car j'ai roulé ma bosse dans des endroits où même toi tu n'as jamais mis les pieds. N'oublie pas que ce sont les femmes qui portent et qui élèvent les enfants. Je sais que tu m'aimes comme je t'aime et que nous n'avons pas de difficultés de trésorerie. Je sais que nous vivons dans un endroit extraordinaire, d'un calme que j'ai très rarement connu. Notre situation reste privilégiée par rapport à celle du reste du monde, je le sais mais j'ai peur. Il faudra que tu m'aides. Aujourd'hui, je suis vaincue par des angoisses qui m'accompagnent depuis toujours. C’est dans l'eau que je suis née et dans le désert que j'ai vécu une partie de mon existence. Louis, le cul bien calé sur son siège, les yeux humides, écoutait attentivement les mots que lâchait sa compagne. Dans son esprit à lui passaient des images muettes de torrents en colère, de serpents de porcelaine dans un décor de miel. Il ne comprenait pas ce refus d'enfanter. Cependant, sa passion était telle pour cette femme qui, face à lui, démontait sa vie en quelques mots, pièce après pièce, qu'il la rejoignit et l'enveloppa doucement de ses bras. Ensuite, mû par un instinct extraordinaire, il lui tint ce langage : - Je comprends ce que tu me racontes, ma chérie. Vois-tu, c'est la première fois que j'ai envie d'avoir un enfant d'une femme. Tu es belle, tu sais. Je t'aime. N'aurais-tu pas envie de transmettre ce qu'il y a de bon en toi. Peut-être aurais-tu la chance de participer au sursaut de la conscience universelle. Tu aurais un champ d'action vierge, en notre enfant. Te rends-tu compte, ma femme. Notre petit serait l'ambassadeur de nos deux consciences ! - Et la guerre à venir, Louis ! Y as-tu songé, toi qui te lances sur des chemins tellement hypothétiques. L'homme reste un animal assez stupide pour détruire ses plus belles réalisations pour un plat de lentilles ou une pièce de dix Francs. - Quand je te fais l'amour, ta beauté transparaît, dans ton abandon total à mes étreintes ; nous jouissons de moments délicieux, sans procréer. Nous ne faisons que prolonger le bonheur que nous avons de vivre ! - Si nous avions un enfant, il faudrait le considérer pour lui-même, et non comme notre prolongement personnel. - Si fait, ma chérie. Le tout est que tu sois effectivement capable et volontaire, n'est-ce pas, pour mener à bien cette aventure-là ? -Oui, Louis ! Je te choque peut-être. Peut-être même te déçois-je ! Mais je ne veux pas d'enfant simplement pour faire comme tout le monde. N'oublie pas que, faites pour les porter, il nous faut aussi les nourrir, les changer, les habiller, les éduquer et, pendant une bonne vingtaine d'années, les protéger. Laisse-moi le temps et...et embrasse-moi ! Finit-elle par déclarer en se collant à Louis, souriante. Louis la prit à bras le corps, la soulevant avec précaution. Il la déposa sur leur nid d'amour. Non, Betty n'était pas folle de refuser une si belle occasion de consolider les liens qui l'unissaient à Louis. Non, Louis n'était pas un imbécile, lorsqu'il la prit malgré tout dans ses bras et qu'il lui fit l'amour passionnément, tel une lame de fond courant sous la surface tourmentée de l'océan. Ils étaient à un tournant de leur vie de couple. Ils désiraient la conjuguer en accord parfait jusqu'au moment où la graine qu'ils sèmeraient prendrait alors son envol. Les biens pensants imagineront les pires turpitudes s'installant sournoisement entre eux. Ils imagineront ce qu'ils voudront, nous n'avons que faire de leurs fadaises. La platitude existentielle dont ils sont issus est tracée depuis les origines et leur cerveau ne fonctionne pas mieux que celui des hommes préhistoriques. Nous pouvons d'ores et déjà imaginer que cela fasse désordre, à l'aube du vingt et unième siècle. Betty n'avait pas les yeux dans ses poches. Elle pouvait observer, étalée au grand jour, la vie des mères de familles. Elle était toute consacrée à l'éducation des enfants et à la satisfaction de leurs besoins élémentaires. L'homme, dans ce contexte, avait la part belle. Il trempait son biscuit dans le con accueillant et se déchargeait de plein de futurs mourants dont un seul parviendrait à percer, grâce à une enzyme spécialisée, la coque protectrice de l'ovule. Le reste de l'opération incombait à la femme. Toutes les femmes du monde doivent rester vigilantes. Si nous désirons élever notre intellect au-dessus de la mêlée, il nous faut toujours nous battre pour ne pas être systématiquement reléguées au rang de pondeuses, même royales. Le plaisir physique est capital à l'équilibre général des personnes, mais la pensée doit aussi élever l'individu demandeur car alors l'élan généré amène un bien-être de tous les hommes. De plus, lorsque l'on décide d'avoir un enfant, ce n'est pas pour l'abandonner aux mains d'une société irresponsable. Alors méfiance, les filles ! Michele Delpech

Commentaires

michele delpech

Venez à moi, commentateurs invisibles de la pensée.
T.REX

Posté par 5479 :
commentateurs invisibles de la pensée
SOIT ILS SONT EN VACANCES SOIT LEUR PENSEE EST INVISIBLE !! :mrgreen: Bisous Michel, delpech toi l'hiver arrive !
michele delpech

Posté par 5479 :
Bisous Michel, delpech toi l’hiver arrive !
Au pied, Rex !! Couché devant la dame. Tu veux une caresse ? Tiens, Vlà un bel os à moelle. Moi, j'mange mon steack. bisous mon grand.

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LIBERTAD Chapitre 6

Pierre JC Allard 2010-08-11 08:24:58

De Pierre JC Allard Chapitre 6 Cardoso et deux de ses amis dont le rôle n’était de toute évidence pas de tenir une conversation occupaient une chambre sans prétention du Queen Elizabeth. Cric et Scalp, vêtus tous deux pour l’occasion d’un complet sombre, étaient arrivés à l’heure prévu. Après, rien de ce qu’ils avaient prévu ne s’était réalisé. Maintenant, ils écoutaient, sans trop savoir comment reprendre l’initiative. C’est Cardoso qui menait le jeu. – Ce que je vous propose me semble parfaitement normal. Nous vous vendrons la quantité dont vous avez besoin pour le marché local au prix auquel vous nous vendiez précédemment ce dont nous avions besoin pour notre marché. Ça me semble régulier. Nous ne faisons donc avec vous que le même profit que vous faisiez avec nous. Vous cessez simplement d’être les intermédiaires entre les producteurs et nous. Nous nous approvisionnons directement d’une autre source. Je tiens à vous dire que nous n’avons pas établi de contacts directs avec vos fournisseurs. Nous avons été parfaitement réguliers. Maintenant, si vous préférez acheter ailleurs, libre à vous. Je dois vous dire, cependant, que j’ai de bonnes raisons de penser que vos fournisseurs ne vous fourniront plus. Si vous avez une alternative, nous ne nous en mêlerons pas. Cric trouvait toujours aussi confuse l’explication que Cardoso lui donnait pour la cinquième fois. Il en retenait seulement que les Américains n’achetaient plus: ils étaient prêts à vendre. Ils prétendaient ne pas avoir fait de contacts avec les Colombiens. Ils prétendaient n’avoir aucun intérêt dans le marché local et ne pas vouloir les y concurrencer. Bon. Il n’arrivait pas à mettre le doigt sur la faille, mais il comprenait que si les choses en restaient là leur opération étaient foutue. S’ils ne pouvaient plus compter sur le profit d’intermédiaire entre les Colombiens et New York, ils ne seraient plus en position même de garder leur part du marché de Montréal. Ils devraient réduire leurs effectifs, faute de fonds et, tôt ou tard, c’est Johnny et sa bande qui rafleraient tout. Cric et son groupe ne pourraient même pas compter sur le soutien implicite de la famille de New York, pour lesquels ils ne seraient plus un chaînon indispensable du réseau de distribution mais simplement d’insignifiants distributeurs sur un marché éloigné. – Je comprends, monsieur Cardoso, mais est-ce que nous n’avons pas toujours loyalement rempli nos engagements? Est-ce que nos prix sont trop élevés? – Vos prix sont trop élevés, puisque nous pouvons maintenant acheter à meilleur compte. Je répète encore une fois que nous ne vous avons pas doublés. Nous n’avons établi aucun contact avec vos fournisseurs. Nous avons simplement une autre source d’approvisionnement, fiable et moins chère. Suffisamment moins chère pour que nous puissions vous vendre au prix auquel vous nous vendiez. Ça me semble clair. Considérez que les choses deviennent simplement normales, puisque, à mon avis, vos besoins ne représentent qu’environ vingt pour cent de ce que vous nous vendiez. Est-ce qu’il n’est pas plus raisonnable que vous achetiez de nous plutôt que nous de vous? Il n’y avait vraiment rien à dire. Ils étaient évincés. Soit que les Colombiens aient renoncé à la prudence traditionnelle qui leur faisait chercher un intermédiaire plutôt que de traiter directement avec les Américains — une prudence que respectaient la plupart des groupes importants depuis l’affaire Noriega — soit qu’un autre intermédiaire se soit introduit et ait réussi à faire le contact avec les Colombiens comme avec les New-Yorkais. Si tel était le cas, tous les soupçons pointaient vers Ben Saïda. Cric se réunit avec Marius et Scalp et résuma la situation. Quand il eut terminé, c’est Marius qui intervint. – Je ne crois pas que les New-Yorkais et les Colombiens se soient mis d’accord. C’est possible, mais improbable. Je ne crois pas non plus que ce soit Johnny qui ait monté toute cette histoire. Ce serait possible, mais il aurait été plus simple pour eux de se servir de leurs propres sources, de faire une guerre des prix ou de nous tomber dessus directement. De plus, la famille américaine qui contrôle la bande de Johnny et celle que nous approvisionnons à New York sont rivales. Je ne les vois pas comploter pour nous éliminer. Nous et notre marché sommes sans importance pour nos contacts américains; c’est dommage, mais il faut en tenir compte. Cette fois-ci, c’est un avantage. Quand on enlève tout ce qui n’a pas de sens, qu’est-ce qui reste? Ben Saïda. Ben Saïda a réussi a établir un contact avec les Colombiens ET un contact avec nos clients américains. Il nous a donc rendus complètement superflus. Il veut prendre le marché, donc il coupe les prix. Pour prouver qu’il est sérieux, il fait éliminer Paloma. Nous n’avons aucune parade a offrir. – Sauf, dit Scalp, concentrer toutes nos ressources sur le marché montréalais et rebâtir peu à peu un volume d’affaires raisonnable. – On n’y arrivera pas, dit Cric, il faudrait faire «sniffer» les enfants et les vieillards! Johnny et son groupe sont dans cinquante patentes. Nous, on n’en a qu’une: la dope. Qu’on bouge dans n’importe quelle direction, on va «piler» sur les pieds de quelqu’un. Si on essaie de le faire sans avoir le «backing» d’une grande famille américaine, on s’en va pas nulle part. – On peut toujours demander des jobs à Johnny, dit Scalp, mais ça ne m’intéresse pas. – Il y a une autre solution, dit Cric: convaincre les Colombiens de continuer à faire affaire avec nous plutôt qu’avec Ben Saïda. – Oui, dit Marius, mais il faudrait d’abord pouvoir les rejoindre. Nous n’avons toujours pas de nouvelles de Ricardo et je n’ai pas réussi à établir un contact avec les gens de Bogota. Soit qu’ils se soient déplacés, ce qui ne serait pas surprenant, soient qu’ils nous ignorent volontairement. Dans un cas comme dans l’autre, c’est une avenue qui est bouchée. – Il faut tout de même, dit Cric, que Ben Saïda ait contacté les Colombiens. S’il l’avait fait en Colombie, toute l’affaire de Paloma aurait été inutile. Donc, ils ont fait le contact à Montréal. Donc, Ricardo est venu à Montréal et a été intercepté par les Marocains. Il y est peut-être encore. Marius claqua les doigts. — Ça, je crois que c’est un filon. Donne-moi vingt-quatre heures. * Ricardo n’avait pas été très difficile à trouver. Il occupait une suite à l’hôtel Bonaventure et était accompagné d’une femme éblouissante. D’une femme éblouissante et de personne d’autre. Ricardo n’avait pas de gardes du corps ou, du moins, semblait ne pas en avoir. Les gens qui transportaient, négociaient, trafiquaient, étaient ailleurs. Il ne leur parlait pas. Ceux-ci ne communiquaient jamais avec lui. Lui seul savait comment et par qui circulaient ses ordres et lui parvenait l’information. On ne le lui demandait pas. S’il reconnut Marius au moment ou celui-ci l’aborda, il n’en laissa rien paraître. Il haussa simplement les sourcils, le regard interrogateur. Marius ne pouvait se permettre de jouer le même jeu et risqua donc le tout pour le tout. – Paloma est mort. Pour nous, rien n’est changé. Si quelque chose peut être fait, c’est moi qui ai le mandat de le faire. Peut-on se parler? Marius le dépassant d’une bonne tête, Ricardo ne pouvait le toiser sans se mettre en état d’infériorité. Il fit néanmoins du mieux qu’il put pour en donner l’impression, en regardant Marius d’abord dans les yeux puis ensuite au niveau de la bouche en s’écartant légèrement. Le message était que Marius n’avait pas l’impeccable dentition d’un Latino et qu’il avait d’ailleurs peut-être mauvaise haleine. Ricardo sourit, cependant. – Montez chez moi. Il lui tourna le dos et Marius le suivit. Ricardo ne semblait jamais craindre de tourner le dos à qui que ce soit. On ne pouvait que supposer que quelqu’un surveillait ses arrières. Marius ne risqua pas de perdre la face en se retournant pour vérifier: il emboîta le pas avec la même désinvolture, en silence lui aussi. Ils ne se parlèrent que lorsqu’ils furent dans la chambre de Ricardo. – Je vous écoute, dit celui-ci, en s’asseyant et en faisant signe à Marius de l’imiter. Avant même de débuter, Marius savait déjà que la partie était perdue. Il avait reçu les signes clairs d’une fin de non-recevoir. Ricardo mettait simplement un point d’honneur à agir avec correction. – Y a-t-il un obstacle, dit Marius, à ce que nous faisions la transaction convenue? – Je ne me souviens pas que nous ayons convenu de quoi que ce soit. – Disons, la transaction habituelle. – Chaque transaction est une affaire distincte, vous le savez bien. Nous sommes sur une marché volatile. – Quelqu’un offre plus? – Je n’ai pas à répondre à cette question. – Pouvons-nous, de quelque façon que ce soit, faire un achat? – Non. J’ai tout ce qu’il me faut et je n’ai plus rien à vendre. Marius remarqua que Ricardo n’avait pas dit qu’il n’avait rien à vendre, mais qu’il n’avait plus rien à vendre. Ce n’était certainement pas une erreur. Ricardo, tout en respectant les règles de la discrétion venait tout à fait sciemment de lui donner l’information qu’il cherchait. Une transaction avait été faite à Montréal et elle était maintenant terminée. La drogue n’était plus entre les mains des Colombiens mais entre celles d’une tierce partie. Marius hocha la tête, signifiant qu’il avait compris le message et qu’il appréciait la faveur que venait de lui faire Ricardo en l’informant. Appréciant d’être apprécié, Ricardo, grand seigneur, ajouta: – Nous partons demain. Je regrette toujours de ne passer que quelques jours à Montréal. Je n’ai pas plus de temps. C’était à la fois la confirmation que la transaction était faite et une indication qu’elle l’était depuis peu. Ricardo n’avait pas à préciser et il le savait: Marius trouverait facilement, dans les registres de l’hôtel, la date exacte et l’heure de son arrivée. Il se leva, l’entrevue était terminée. Il raccompagna Marius jusqu’à la porte et, avant son départ, lui tendit la main. C’était presque lui souhaiter bonne chance. Marius avait toujours pensé que Ricardo avait pour lui quelque sympathie * Cric, Marius et Scalp étaient réunis à nouveau, dans le local de la rue Hochelaga. Jamais, depuis douze ans qu’elle était formée, la bande n’avait vécu un moment aussi difficile. Il avait fallu bien des efforts, au départ, pour se tailler une place au soleil. Bien des efforts, pour être reconnus comme un groupe qui méritait qu’on lui fit une place. Il y avait eu des coups durs, plusieurs de ceux qui étaient là au départ étaient disparus. Maintenant, cette affaire qui s’était bâtie sur l’union entre certains contacts de Paloma et l’autorité de Cric menaçait de disparaître. – Ricardo, dit Marius, est arrivé à Montréal dans l’après-midi du 20. Hier après-midi, 21, il n’avait déjà plus la cocaïne. Ils n’ont pas traîné… – Depuis que Cardoso est à Montréal, nous ne l’avons pas laissé d’une semelle, dit Scalp. Si les Américains ont reçu leur stock, de qui que ce soit, Cardoso n’était pas présent. – Mais il n’y a jamais une vente qui s’est faite sans que Cardoso soit présent, ajouta Cric; c’est lui qui porte les billets: personne d’autre. Donc, il faut croire que les Colombiens de Ricardo ont déjà livré le stock à Ben Saïda mais que Ben Saïda l’a pas encore donné à Cardoso. Ça fait qu’il nous reste encore une chance: aller chercher la coke chez Ben Saïda. – Et comme on lui payera pas, ajouta Scalp, ça peut faire la plus maudite bonne affaire qu’on a jamais faite. – Si Cardoso veut bien l’acheter de nous, précisa Marius. – Pour ça, il y a pas de problème, affirma Cric. Si on a le stock, Cardoso posera pas de questions. Il va payer. – Va falloir le trouver, le stock… – Pour ça, Scalp, Marius va s’en occuper, conclut Cric. Marius opina. – Je peux ramasser n’importe qui du groupe de Ben Saïda dans la demi-heure qui suit, dans la mesure où la discrétion n’est pas de rigueur. Mais, attention: les affaires de Ben Saïda sont complexes et ce n’est pas parce qu’on ramasse l’un ou l’autre de ses hommes qu’on apprendra où est la poudre. On ne sait pas qui a fait la transaction. – Ramasse Ben Saïda lui-même, suggéra Scalp. – Récupérer Mohamed Ben Saïda dans une tour à bureau de la rue Université, c’est une opération majeure. Si on est vraiment TROP visibles, Cardoso va s’énerver. Toutefois, dit-il, arrêtant le geste de découragement de Scalp, il est très probable que l’autre Ben Saïda, celui qui a organisé l’attentat contre Paloma, a continué de suivre cette affaire. Donc, il sait où est le butin. Or, lui, il n’est pas difficile à prendre. À cette heure-ci, il se promène dans les maisons de retraités de Laval et distribue de l’argent. Il paie ceux qui ont gagné à la mini-loto. – Il n’est tout de même pas seul, protesta Cric? – Non, il a deux armoires à glace avec lui, mais à cause de tout ce fric qu’il transporte: il n’a évidement pas besoin de bousculer qui que ce soit pour les payer. C’est une opération propre et intelligente. Après, ses deux acolytes vont faire le tour de quelques tavernes et bars de danseuses nues, mais Abdallah Ben Saïda ne sera pas là. Lui, il est comme les chefs d’entreprise qui ne parlent au personnel que quand ils ont des bonus à offrir. Les mauvaises nouvelles, c’est toujours d’autres qui les apportent. Cric se leva. — Vas-y Marius. Prend Bantam, Jonas et ceux que t’as besoin pour faire la job. Une job «clean». Toi, Scalp, occupe-toi de Cardoso. Il ne faut pas qu’il récupère le stock du Marocain. Tu le fais le plus gentiment possible, mais il ne faut pas que la transaction se fasse. No matter what. * Abdallah Ben Saïda n’avait jamais cessé d’être filé par les hommes de Marius depuis que ceux-ci l’avaient identifié comme le responsable de l’attentat qui avait coûté la vie à Paloma. Malgré toute la discrétion qui est de rigueur dans ce genre d’affaires, tous ceux qui étaient chargés de la filature avaient bien fini par apprendre ce qu’on reprochait à ce type. Ils avaient tous connu Paloma et nul d’entre eux ne doutait que le Marocain ne fût en sursis. Ils attendaient. Chaque fois que le cellulaire sonnait, ils attendaient les instructions. Ils ne savaient simplement pas si les instructions seraient de l’abattre, de le jeter avec une pierre au cou dans la rivière des Prairies ou de le ramener à Scalp qui lui ferait lui-même son affaire. Ils étaient tellement sûrs que justice serait faite, qu’ils ne montraient même plus d’empressement à la voir s’exécuter. Ils attendaient. Quand ils apprirent ce matin-là qu’ils n’étaient plus les chasseurs mais que Marius et deux voitures de copains venaient prendre la relève, ils ne furent même pas déçus. Ils savaient qu’ils pouvaient faire confiance à Marius tout autant qu’à Scalp. — On est à la résidence Saint-Laurent, dit le guetteur à Marius; il a fini Laval. Il en a pour vingt minutes ici, après il sera à la Maison de l’Arc-en-ciel, sur Côte-Vertu. On se rencontre ici ou là-bas? – On veut leur demander de monter avec nous. On peut faire ça sur Côte-Vertu? – Oui, c’est ben passant mais y a du parking. Marius et ses hommes furent là les premiers. Ils avaient déjà identifié un coin tranquille où l’on pourrait discuter, derrière le garage, au sous-sol de la maison attenante à celle pour retraités. Une pièce qui, de toute évidence, servait de remise pour les instrument de jardinage et n’était donc pas utilisée à cette époque de l’année. Quand Abdallah et ses compères arrivèrent, il était clair qu’ils ne se doutaient de rien. Le jeune Marocain descendit seul et se dirigea vers la porte de la maison mais n’y parvint jamais. Il fut accosté par Jonas qui lui posa un pistolet dans les côtes et le fit dévier vers la ruelle menant au garage. Ses deux gardes du corps, tout aussi peu méfiants, bondirent hors de la voiture pour se retrouver entourés chacun de deux hommes de Marius qui les braquèrent de la même façon et les entraînèrent vers la même destination. Tout ça n’avait pas duré deux minutes. * – C’est lui, dit Bantam en désignant Abdallah, l’enfant de chienne qui a… – Tais-toi. Marius n’avait pas l’intention de perdre de temps ni de donner des renseignements. Il était là pour en obtenir. Vite. — Toi, dit-il en s’adressant à l’un des gardes, comment s’appelle le Colombien? – Quel Colombien? Marius lui assena de toutes ses forces un coup sur la tempe de la crosse de son pistolet. L’homme poussa un cri sourd, tituba, ses genoux fléchirent. Marius le retint de la main gauche au collet et le frappa encore une fois, au sommet de la tête cette fois-ci. L’homme s’écroula et ne bougea plus. – L’as-tu tué, demanda Bantam? Marius, sans répondre, frappa de toutes ses forces l’autre garde au plexus. D’abord de la pointe de son pistolet, puis de la main gauche. Avant que l’homme n’ait pu reprendre son souffle, il l’agrippa aux cheveux, lui baissa la tête et le frappa aussi deux fois à la nuque. L’homme tomba et ne bougea plus. – Si tu les tues tous, on saura rien, se permit de dire Bantam – Ces deux-là savent rien, dit Marius. Passe-moi le sécateur. – Le quoi? – Les gros ciseaux pour couper les branches, là, dans le coin. Jonas les lui tendit et Marius s’en servit pour couper le jeans du premier garde. – Amenez-moi celui-là, dit-il à ceux qui tenaient Abdallah. Amenez-le ici et tenez-le bien. Quand Abdallah fut tout prêt, Marius baissa le slip de l’homme évanoui. – Étire-lui le machin, dit-il à Bantam. Non, reste de côté, le spectacle est pour celui-là, dit-il en montrant Abdallah. D’un coup de sécateur il trancha le membre de l’homme qui, même inconscient, poussa un long gémissement et ouvrit les yeux pendant que le sang giclait en fontaine, vers Abdallah. Lâchant le sécateur, Marius souleva la tête de l’homme et la frappa de nouveau sur le sol en béton. Il cessa de gémir. – Anesthésie, dit Marius, je n’aime pas voir les gens souffrir. Passe-moi çà, dit-il à Bantam, qui était devenu vert et tenait toujours, hébété, le bout de pénis entre ses doigts. Marius le lui enleva et le braqua sous le nez d’Abdallah. – Ça, c’est un demi-zizi. Si tu oses me dire, une seule fois, tu comprends, une seule fois, une seule fois, que tu ne sais pas quelque chose… le tien passe à la scie que tu vois dans le coin, là-bas. Mais je ne t’assommerai pas avant. Je n’aime pas faire souffrir les gens, mais je peux me forcer. Tu as compris? L’autre avait fermé les yeux et claquait des dents. Ceux qui le retenaient le regardèrent avec surprise: ils ne savaient pas que l’on pouvait vraiment claquer des dents parce qu’on avait peur. – Comment s’appelle le Colombien, demanda Marius? – Ricardo. – Quand avez-vous reçu la livraison? – Hier matin, à onze heures. – Combien avez-vous payé? Le jeune ne répondit pas. Il hurla et se raidit tétanisé. – Je te jure, dit-il enfin, je te jure que je ne le sais pas. C’est mon frère Mohamed qui le sait. Je ne le sais pas. Je te jure que je ne le sais pas. – Où est la drogue, demanda Marius sans insister? – Sur la rue Paré, à dix minutes d’ici. Mais elle va partir. Elle va partir d’une minute à l’autre. Allez-y tout de suite, autrement ils l’auront enlevée. Dépêchez-vous, je vous jure qu’elle est là. Je ne sais pas où on va l’amener. Allez-y tout de suite. C’est à ce moment précis que Bantam s’effondra. – Occupe-toi de lui, dit Marius à Jonas, je crois qu’il a été secoué. Vous deux, dit-il en s’adressant à ceux qui tenaient Abdallah, attachez et bâillonnez ce type-là et amenez-le au local de la rue Adam. Reculez la voiture jusqu’au garage, vous n’aurez pas de problème à l’embarquer. Toi, dit-il à un autre de ceux qui l’accompagnaient, va à l’adresse que ce type va te donner rue Paré. — Tu sais bien l’adresse exacte, n’est-ce pas Abdallah? — et suis tout ce qui sort de là. Prends la deuxième voiture et pars. Tout de suite. Je vais t’envoyer des renforts. Bantam avait retrouvé ses esprits mais restait silencieux. – Bantam? – Oui, Marius. Écoute, je ne sais pas… – Regarde dans la poche des types et donne-moi la clé de la voiture. Ensuite, prends le pistolet qu’on a enlevé au type tout à l’heure, visse le silencieux qui est sur la table à côté, puis mets-leur à chacun une balle dans la nuque. Tu peux faire ça? – Oui, Marius, dit Bantam, heureux de redevenir utile et s’empressant déjà de le faire. – Bantam? – Oui, Marius – Quand ce sera fait, toi et Jonas vous roulez chacun des deux gardes dans un des tapis qui sont là-bas dans le coin. Ça devrait faire des paquets transportables. Je t’envoie une voiture pour te débarrasser des colis. En attendant, vous restez ici. Vous, dit-il en s’adressant à ceux qui achevaient de ligoter Abdallah, ne lui foutez pas un mouchoir dans la bouche, il pourrait suffoquer. Il va encore être utile. Ne vous inquiétez pas, il ne criera pas. Marius n’avait fait que quelques pas dans le garage lorsqu’il entendit un petit bruit sec, comme un éternuement retenu. Encore quelques pas et le même bruit, assourdi. Bantam avait fait son boulot. Il faut savoir motiver le personnel, songea Marius. * – C’est «tough», pour les deux gars qui étaient pas au courant, remarqua Scalp. – C’est la guerre, dit Marius. Marius avait fait son rapport et tout le gang de la rue Hochelaga se mettait rapidement sur un pied de guerre. Abdallah avait été conduit rue Adam où, avait dit Marius, il serait plus à l’aise… Une demi-douzaine de voitures et de motos étaient postées discrètement autour de la rue Paré, prêtes à suivre quiconque en sortait et, surtout, à suivre le chargement de cocaïne quelle que soit sa destination. Cardoso faisait l’objet d’une surveillance tout aussi étroite. – C’est vrai, c’est la guerre, dit Cric. Maintenant, ce qu’il faut, c’est entrer rue Paré et prendre le stock avant qu’ils aient eu le temps de le déplacer. Avant qu’ils soient préparés. On les a eus par surprise à Côte-Vert, parce qu’ils savaient pas qu’on les avait repérés. Aussitôt qu’ils vont savoir qu’on a pris le jeune Ben Saïda, ils vont savoir aussi qu’on sait où est le stock. Là, ça va devenir ben plus compliqué. – C’est vrai, dit Marius, mais on ne sait même pas si la poudre est encore rue Paré. N’oublie pas, Cric, que le jeune Ben Saïda a dit qu’ils se préparaient à la déménager. C’est peut-être déjà fait. Si nous attaquons un endroit où il n’y a rien, nous n’aurons jamais une deuxième chance de nous emparer du chargement avant qu’ils ne l’aient remis à Cardoso. Et je ne pense pas que tu veuilles t’opposer violemment à une vente entre Ben Saïda et Cardoso, n’est-ce pas? On aurait le problème de vendre toute cette camelote au détail et, de toute façon, nous ne vivrions pas assez longtemps pour le faire. – Non, non. Il n’est évidemment pas question de s’attaquer ouvertement à Cardoso. Il faut récupérer des Marocains, c’est clair. – Donc, confirma Marius, nous ne bougeons pas aussi longtemps que nous ne sommes pas certains que la cocaïne est bien rue Paré. – Je me demande, dit Scalp, pourquoi ils l’ont mise rue Paré s’ils avaient l’intention de la transporter ailleurs? – Sans doute parce que c’est Ricardo qui a choisi l’endroit de sa transaction avec Ben Saïda. Ben Saïda a fait ce que Ricardo voulait, naturellement, mais il s’empresse de transporter la coke vers un endroit plus sûr. Il ne sait peut-être pas à quel point Ricardo ne veut pas rencontrer Cardoso. – Et si on attaquait pendant qu’ils essaient de la transporter, suggéra Scalp? Cric réfléchit. — Ça peut être faisable; nous avons une bonne douzaine d’hommes sur les lieux. Mais on sait pas combien il vont être, eux. Ce qu’on sait, c’est qu’on les prendra pas par surprise et qu’ils vont se battre à mort pour la garder. Il faut peut-être pas trop jouer aux cow-boys dans les rues de Montréal. Attendons de savoir où ils vont l’amener, et là on fera ce qu’il faut faire. Cric avait raison. Marius l’approuva, Scalp aussi. L’hypothèse du «vol de la diligence» devint de toute façon académique quand Cajun, l’un des guetteurs affecté à la rue Paré, téléphona rue Hochelaga pour dire qu’une grosse camionnette avait quitté la rue Paré et qu’on la suivait boulevard Décarie, direction sud. Quelques minutes plus tard, il confirma qu’elle s’était arrêtée dans la cour d’un entrepôt désaffecté de Pointe-Saint-Charles et qu’une demi-douzaine de personnes s’affairaient à la décharger. Des caisses de deux pieds cubes dont on pouvait raisonnablement penser que chacune contenait des sacs d’une livre ou d’un kilo. On savait maintenant où était la drogue. Cric ne laissa que deux voitures rue Paré et les autres rappliquèrent à Pointe-Saint-Charles. – On entre et on la prend, demanda Scalp? – Ils sont au moins six qui accompagnaient le chargement, répliqua Marius. L’entrepôt est sans doute leur quartier général et Dieu seul sait combien ils sont à l’intérieur. Je pense qu’il ne faut pas courir de risques. Il vaut mieux battre le rappel des troupes et attaquer en force. Il faut être sûrs de réussir. – Tu as raison, dit Cric, mais il ne faut pas perdre de temps. Maintenant qu’ils sont là, ils vont téléphoner à Cardoso d’un instant à l’autre. Marius regarda sa montre. – À cette heure, je pense que Mohamed Ben Saïda commence à s’inquiéter du retard de son petit frère. Il y a sans doute déjà des gagnants de la mini-loto qui ont téléphoné quelque part pour savoir quand ils seraient payés. Quelqu’un a déjà retrouvé, ou retrouvera bientôt la voiture que nous leur avons prise… – Pour ça, interrompit Scalp, ne t’inquiète de rien. Elle s’est volatilisée. – Bravo. Mais, ce que j’allais dire, c’est que je ne pense pas que Ben Saïda essaie de faire la transaction avec Cardoso sans avoir éclairci les événements d’aujourd’hui. Il ne sait pas ce qui s’est passé. Il ne sait même pas que nous savons qu’il existe. Bien sûr, nous sommes les premiers sur lesquels vont porter ses soupçons, mais je ne pense pas qu’il fasse une transaction importante avant d’avoir eu plus de renseignements. – Qu’est-ce que tu recommandes, demanda Cric? – Nous ramassons toutes nos forces, correctement armées, et nous nous tenons prêts à entrer là-dedans demain matin. Quand je dis correctement armées, je veux dire qu’il faut pouvoir percer un endroit qui est probablement tout aussi bien défendu que notre local à nous. Souvenez-vous que, même aux moments les plus durs, jamais les gars de Johnny — qui étaient pourtant plus nombreux que nous — n’ont osé venir nous attaquer ici. – Si l’entrepôt a des murs de béton de deux pieds, dit Scalp, on n’entrera pas là avec des Uzi. S’ils ont correctement fait leur travail, même un bazooka… – La meilleure clé pour entrer là, dit Marius, elle est sur la rue Adam. C’est le jeune Ben Saïda. – Tu penses que Ben Saïda échangerait la drogue contre son frère? demanda Cric. – Ça dépend de son sens de la famille, dit Marius. * Bantam et Jonas attendaient. Ils avaient roulé chacun des corps dans un des vieux tapis qui semblaient avoir été taillés sur mesure pour servir de linceuls. Ils les avaient soigneusement ficelés; ils avaient eu tout le temps. Ils avaient même eu le temps de laver au boyau d’arrosage le sol en béton de la remise. Jonas avait poussé la diligence jusqu’à essuyer et ranger le sécateur à sa place. Maintenant, ils attendaient. Une voiture qui était venue les chercher dans l’heure suivant les événements avait reçu, à la toute dernière minute, instruction de se rendre plutôt rue Paré. Quelqu’un d’autre passerait. Ils avaient laissé partir leur cellulaire. Ils étaient isolés. Ils attendaient. Ils étaient là, assis face à face, les pieds posés sur les tapis disposés entre eux, lorsqu’on entra sans frapper. L’intrusion avait été si inattendue que ni l’un ni l’autre n’eut même le réflexe de saisir son arme. Ils furent à la fois soulagés et bien embêtés quand ils virent qu’ils avaient affaire à une fillette de sept ou huit ans. Celle-ci s’arrêta, interloquée. – Qui vous êtes? Bantam répondit la première chose qui lui traversa l’esprit. – On est venus pour chercher les tapis. Toi, qu’est-ce que tu fais ici? – Ma maman m’a dit d’aller chercher mes vieux «cossins» et puis de les mettre aux vidanges avant que les vidangeurs passent. – Ils sont où tes cossins? – Là, dit-elle, désignant une boîte de carton d’où sortait la tête d’un vieil ours en peluche, un œil arraché. – Y passent quand les vidangeurs? – Ben justement, ils sont là. Alors, il faut que je me dépêche, dit-elle, en s’emparant de la boîte de carton. – C’est tout, demanda Bantam? – Non, il y a d’autres boîtes, mais c’est mon papa et ma maman qui vont venir les chercher. Elle partit en courant. – Prends ton bout, dit Bantam à Jonas. Prends ton bout et pis grouille-toi. Corps et tapis compris, le premier fardeau faisait bien cent kilos. Ils l’amenèrent à l’extérieur, à la porte du garage, s’assurant qu’il ne révélait rien de ce qu’il contenait. Ils étaient à transporter le deuxième à travers le garage quand ils rencontrèrent ceux qui étaient sans doute les parents de l’enfants mais qui ne leur jetèrent qu’un regard distrait. Les éboueurs étaient déjà là quand ils déposèrent le deuxième tapis à la porte du garage. – C’est quoi, ça demanda l’un d’entre eux, s’adressant à Jonas? – Des vieux tapis, c’est pour jeter, répondit Bantam. – Non. On prend pas ça. Ça, ça prend une demande spéciale. On a des gars qui passent une fois par semaine, quand on leur demande. Faut téléphoner. – Je sais ben, dit Jonas, en s’approchant très près du travailleur qu’il dominait maintenant de son mètre quatre-vingt-quinze bien musclé. On le sait, c’est pour ça qu’on a décidé de venir vous donner un coup de main. – On vous demande rien, ajouta Bantam, on va les mettre nous-mêmes dans la boîte. Le chauffeur du camion était descendu à son tour. – Qu’est-ce qui se passe, là? – C’est eux autres, là. Je leur ai dit qu’il fallait une collecte spéciale, mais ils veulent qu’on le prenne pareil. – Non, non, dit le chauffeur. On prend pas de spécial. Puis vous, Madame, qu’est-ce que vous voulez? La mère de l’enfant était là, une vieille lampe dans une main, un portemanteau dans l’autre. Derrière elle marchait son mari, portant à deux mains une vieille malle en carton remplie de vieux journaux. – Nous autres, on veut simplement se débarrasser de ça. C’est pas compliqué, dit l’homme. Il déposa son colis sur le sol, mit la main dans sa poche et sortit un billet de dix dollars. On peut toujours régler ça à l’amiable? – Oof… envoye donc, dit le chauffeur. René, viens t’asseoir, on prend un «break». Les deux remontèrent dans la cabine et celui qu’on avait appelé René s’adressa au chauffeur. – As-tu vu la gueule des gars avec les tapis? – Ben oui. – Tu trouves pas ça drôle? – Ben oui. – Tu sais, un tapis. On peut mettre n’importe quoi là-dedans. – P’t’être ben. – Christ, Albert réalises-tu que c’est peut-être des cadavres qu’y a là-dedans? – Voyons, voyons. – Le gros tas qui s’est collé sur moi, j’suis sûr que c’est un pas bon. – Pis? – Ben pis, pis… qu’est-ce qu’on fait? – La femme pis le gars, tu penses que c’est des pas bons eux autres aussi? – Je pense pas qu’ils étaient ensemble – Je ne sais pas. Moi j’ai vu du bon monde en train de se débarrasser de leurs vieilles affaires pis deux gars avec eux autres qui les aidaient à monter des tapis. Tu sais, les déménageurs, c’est pas des «feluettes». L’autre, à part ça, y était pas si gros que ça. Y en avait rien qu’un qui était gros. – Tu veux dire qu’on fera rien? – On a eu un dix. Ils font not’ job. De quoi tu veux te mêler? Supposons, supposons que ce soit des pas bons? Tu veux quoi, une claque su’la gueule? Tu veux une balle dans la tête? Pourquoi tu te mêles pas de tes affaires? – Bon… – On frappa dans la vitre du côté du chauffeur. Il descendit la glace. C’était Bantam. – On voulait vous dire merci, les gars, et pis vous donner un autre dix. Vous avez été ben corrects. Vous pouvez compresser. – OK, capitaine. On va le faire. Merci beaucoup, là. – Compressez tout de suite, dit Jonas sans sourire. La chauffeur et René perdirent en même temps leurs dernières illusions. Ils s’empressèrent donc d’obéir. * Cajun, ayant avisé la rue Hochelaga de l’arrivée de la drogue à Pointe-Saint-Charles et transmis les coordonnées exactes de l’entrepôt, remarqua la grosse voiture grise garée directement derrière lui. Il n’eut pas le temps de réagir: les deux portières avant de sa voiture s’ouvrirent en même temps et l’un des deux intrus lui fit signe de descendre, pendant que l’autre vérifiait sur son téléphone le dernier numéro appelé. Ils l’escortèrent jusqu’à leur voiture et le firent asseoir à l’arrière entre eux, pendant que le chauffeur qui n’était pas intervenu redémarrait. Il circulait lentement. – Vous êtes en état d’arrestation, lui dit l’un de ceux qui l’accompagnaient. Il ne vous sera fait aucun mal. On ne lui en dit pas plus. La voiture s’éloigna sans que personne ne portât plus d’attention à l’entrepôt, à la drogue qu’il contenait, ni aux gens qui en assuraient la garde. * Cric prit l’appel et une voix qu’il ne connaissait pas entra sans délai dans le vif du sujet. – Vous avez Abdallah. Nous voudrions vous parler. Venez seul. – Seul? – Vous avez Abdallah. – Où? L’autre donna une adresse, rue du Musée, au nord de Sherbrooke. Cric consulta Scalp et Marius. Il soupesa les solutions de rechange, évalua les risques. Finalement, il décida de partir, accompagné d’un seul acolyte. C’est ce dernier qui revint seul, quinze minutes plus tard, pour annoncer que Cric avait été frappé par une grosse voiture grise qui avait filé. – Cric allait devant. Ils m’ont dépassé; ensuite, ils l’ont collé sur le trottoir, pis ils l’ont frappé. – Aucune chance que ce soit un accident, demanda Scalp? – Certainement pas. Ils ont ouvert la fenêtre et le type s’est penché à l’extérieur pour lui tirer deux balles dans la tête. J’ai réussi à faire demi-tour et à revenir ici. Je pensais que le plus important était que vous soyez prévenus. – Tu as eu raison, dit Scalp. Repose-toi, et pars à Pointe-Saint-Charles. Il avertit immédiatement Marius: — Est-ce qu’on attaque tout de suite à Pointe-Saint-Charles? Il est clair que Ben Saïda, il s’en sacre de son petit frère. – Ce n’est pas évident, dit Marius. Les types qui sont partis à Pointe-Saint-Charles n’ont pas trouvé Cajun. On n’a pas eu de nouvelles de lui depuis qu’il a téléphoné à Cric. Personne ne l’a vu. – Tu penses qu’ils ont pris Cajun et qu’ils espèrent l’échanger contre le frère? Après avoir tué Cric? – Certainement pas. Mais tu vois, quand nos gens sont arrivés là-bas, ils ont bien vu que les types de l’entrepôt n’avaient pas encore été prévenus. Ils n’ont l’air de se méfier de rien. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y en a pas cent dans la baraque qui nous attendent, armés jusqu’aux dents. Mais enfin, ceux qu’on voit n’ont pas l’air de s’inquiéter. Donc, je me pose une question. Si ce n’était pas les types de Ben Saïda qui ont pris Cajun mais quelqu’un d’autre? Ce quelqu’un d’autre sait maintenant que nous tenons le jeune Ben Saïda. En tuant Cric, ils veulent peut-être nous provoquer et nous pousser à l’exécuter, nous amenant ainsi à partir une guerre à mort avec les Marocains. À qui profiterait cette guerre? – La gang de Johnny! Ils pourraient nous faire, aux Marocains et à nous, ce que les Marocains nous ont fait à nous et à la gang de Johnny. Eux, ils ramasseraient les billes. – Je ne sais pas, dit Marius, mais ce n’est pas impossible. Peut-être que Ben Saïda a décidé de sacrifier son frère. Peut-être que le gang de Johnny est entré dans la bataille. Tout est possible. Mais, il y a une chose qui est sûre: demain il faut y aller en masse, il faut reprendre la cocaïne et la vendre à Cardoso. Sinon, nous sommes rayés de la carte. Scalp était tout à fait d’accord. Sans grand conciliabule, ils venaient, Marius et lui, d’assumer conjointement le leadership du groupe; les autres, d’ailleurs, les reconnaissaient spontanément comme leurs chefs. Ils formaient une équipe. * La reprise de la drogue à Ben Saïda et sa revente à Cardoso représenterait, et de loin, la plus fructueuse transaction que le groupe eût jamais faite. Auparavant, ils avaient acheté et revendu. Maintenant, ils allaient prendre et vendre. Scalp n’eut donc aucune hésitation à inviter à la curée non seulement tous les membres du gang, mais aussi tous leurs amis. Ils vinrent d’aussi loin que Joliette, Sorel et Valleyfield. Une partie significative des motards de la province convergeait vers Montréal D’heure en heure, Scalp s’assurait que Cardoso n’avait bougé quie pour dîner, prendre un verre au bar, amener une fille à sa chambre. Les gens de New York n’étaient pas nerveux. L’heure et le lieu précis de la transaction avaient sans doute déjà été fixés et ils étaient en vacances, inconscients des changements qui intervenaient d’heure en heure. Marius, de son côté, avait fait surveiller discrètement les gens de Johnny. Rien ne bougeait de ce côté, comme si eux aussi avaient ignoré que le gang d’Hochelaga avait décidé de déclarer la guerre aux Marocains. Marius s’en félicita, sachant bien, toutefois, que cette ignorance ne pouvait durer. Tout le branle-bas des motards de province qui se dirigeaient vers Montréal ne pouvait qu’attirer l’attention des mafieux de Johnny et de Tony. Jusqu’à plus ample information, Marius décida donc que c’était bien les gens de Ben Saïda qui avaient pris Cajun et qui avaient éliminé Cric. Jusqu’à preuve du contraire, seulement: il savait à quel point les situations de ce genre peuvent devenir confuses. Pierre JC Allard

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La rhapsodie de toutes les couleurs

taverne des poetes 2010-08-09 19:46:52

Ou comment le nationalisme hongrois s'est nourri de la musique tzigane (suivez mon regard sur l'actualité...) Les rhapsodies, c'est comme le petit oiseau de Bécaud, il y en a de toutes les couleurs ! Ce genre musical proche de la fantaisie est particulier puisqu'il célèbre une nation. C'est un peu par provocation dans le contexte actuel que nous allons commencer par une rhapsodie tzigane. Du compositeur français Edouard Lalo. Ce compositeur d'origine espagnole avait l'esprit ouvert : il composa aussi une rhapsodie norvégienne (partie une, partie deux très énergique) et s'inspira aussi d'ailleurs de légendes bretonnes pour composer l'opéra "Le roi d'Ys" (Ys : cité légendaire engloutie). Les rhapsodies connurent un essor important au XIX ème siècle avec l'explosion des nationalismes. L'inventeur de cette forme libre serait le Tchèque Václav Jan K?titel Tomášek (1774-1850). A sa suite, de grands compositeurs ont créé des rhapsodies à la gloire des nations. I - Le nationalisme hongrois : Seconde petite provocation, nous regarderons ici comment deux très grands compositeurs hongrois ont exalté leur nation au moyen de la rhapsodie. Franz Liszt : Liszt a composé 19 rhapsodies pour légitimer la musique de son pays. Mais Bartok montrera qu'il s'agissait en réalité de musiques tziganes (on en revient à ma petite provocation de départ) que Liszt bien entendu magnifia ! Mais Liszt utilisa aussi ce genre musical par référence aux rhapsodies grecques, les chants des poètes (les rhapsodes étaient des conteurs qui allaient de ville en ville). Rhapsodies hongroises : dont 4 sont écoutables sur Deezer. Rhapsodie espagnole A partir de la 2ème minute, on peut distinguer nettement des variations sur la sarabande, danse d'origine espagnole. Béla Bartók : Enthousiasmé par "Also spracht Zarathoustra" de Richard Wagner, Bartók étudiera cette œuvre et rejoindra le mouvement nationaliste hongrois alors en plein essor. Rhapsodie pour violoncelle et piano, 1928 II - Les autres compositeurs de rhapsodies Maurice Ravel composa lui aussi une Rhapsodie espagnole. Antonín Dvo?ák, qui célébra le Nouveau Monde dans une symphonie de ce nom, rendit aussi hommage à l'âme slave : Rhapsodies slaves, opus 45, 1878. Johannes Brahms : Rhapsodie avec alto, 1869, deux rhapsodies pour piano, 1879 George Gershwin : Rhapsody in Blue. Une rhapsodie d'inspiration nationaliste bien que le nom soit plus discret, puisqu'il qu'il s'agit d'une rhapsodie dans la "note bleue", autrement dit dans le jazz, cette musique des Etats-Unis... Serge Rachmaninov : Rhapsodie sur un thème de Paganini, 1934. En extrait ce célébrissime passage. Et pour finir, cette rhapsodie hébraïque d'Ernest BlochSchelomo. De toute les couleurs, je vous dis ! Post scriptum : En guise de travaux pratiques et pour réconcilier le genre humain, j'ai composé pour accompagner ce papier une mini rhapsodie terrienne. Evidemment rien à voir avec les chefs-d'œuvre cités ci-dessus. Juste un amusement. Et l'Idée...

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T.REX

C'EST PASSIONNANT! tous ces noms etranges dont je ne connaissais pas la signification. "les rhapsodes étaient des conteurs grecs qui allaient de ville en ville." Ils chantaient à la gloire de la Grèce alors ? lA SYMPHONIE DU NOUVEAU MONDE AURAIT DONC DU ETRE UNE RHAPSODIE VU SON SUJET !:?: C'était un Style "Nationaliste" et il est étrange de constater que de nos jours le "Rap se dise" plutôt anti-nationaliste ! :mrgreen:
taverne des poetes

On devrait créer le verbe "rhapsodier" pour la création libre. Fergus a aussi publié sur Agoravox un article sur le siècle de la musique classique tchèque.

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BETTY BAPACOULE Chapitre 3

michele delpech 2010-08-07 08:46:02

De Michele Delpech Chapitre 3 Le coq chanta, mélancolique. "Eh, réveille-toi, poulette. C'est l'heure !" La poulette en question s'était affalée sur son sac de couchage, la veille, épuisée. Elle revenait de loin. En effet, la crue de la rivière avait failli la perdre. Elle s'était cramponnée à des racines traînant dans l'eau bouillonnante. L'arbre, un feuillu du genre Quercus, se voyait déjà attaqué par le ravinement de la berge, malgré son ancrage solide. Continuellement, l'eau charriait de la boue et érodait celle-ci. Pour venir traîner là, dans cet endroit escarpé où le sol était instable, miné par les galeries qu'y entretenaient les rats musqués, il fallait être inconsciente ; y poser les pieds s'avérait dangereux. Betty fut secourue par un brave pécore qui passait par là en flânant. Tout alla très vite dès lors. Le temps pour lui de lancer une corde encore solide, après en avoir consciencieusement tourné une des extrémités autour d'un arbre, et la mignonne pouvait retrouver le plancher des vaches. En fait, son sauveur ne passait pas vraiment par hasard. En effet, dans le village qu'elle habitait désormais, Betty était surveillée avec bienveillance par les habitants. Cela faisait des mois qu'elle arpentait le pays, sac au dos - et des années qu'elle avait enfin quitté Paris la fumeuse, la fielleuse, la frileuse. Juste avant de laisser la capitale à sa folie quotidienne, elle avait reçu un pli du notaire, monsieur De Ventout. Il lui apprenait la mort de ses parents. Le choc lui avait perlé les yeux. Orpheline à son tour, comme des milliers de gens avant elle, la môme se sentait vraiment abandonnée. Elle héritait d'une belle somme d'argent - de quoi errer sans fin sur l'écorce terrestre. Depuis le temps qu'elle s'était enfuie de chez eux, la Seine avait eu le temps de grandir. Ils avaient eu de graves divergences d'opinion, ces trois-là. Ca en faisait des lustres accrochés à la Voie Lactée, pour illuminer ses Noëls en solitaire. Une jaguar l'avait déposée, au terme de sa longue pérégrination, à Mansart La Vertu, village paisible coulant des jours heureux le long d'une rivière poissonneuse. Elle avait élu domicile dans une grange désaffectée qu'elle avait nettoyée de fond en combles. "Partir, regarder passer les trains, manger l'herbe des grands, j'aurais voulu cela. J'aurais voulu aussi que l'on me mit les fers, que l'on m'enfermât dans la cale. J'aurais voulu cela. Au lieu de quoi on me laissa libre. Le résultat n'est pas flatteur. Je me suis liquéfiée. J'ai vaincu mes idées les plus folles et suis devenue étoile. Je brille au firmament et je m'endors à l'aube, sur mon lit de braises. Alors, je me lève et enfile mon habit d'ombre. Je me cache. Alors l'eau de pluie m'efface au monde des mort-vivants, de ceux qui peinent sous le joug ; je suis au pays des boeufs et des flatulences obséquieuses. L'eau tombe à seaux. Ma tente est déjà en loques." Betty déprimait, depuis le départ de Louis, son sauveur. Seul son sac de couchage était sec et elle le préservait au mieux, l'ayant suspendu au mât unique de sa tente. Les odeurs de terre mouillée et de résine emplissaient l'atmosphère. Son escapade, loin du village, avait pour objet la cueillette des champignons, et non de se noyer dans le lit glacial d'une rivière en crue. Nous étions au moment où les arbres se paraient de mille feux et éructaient de charmants habitants des bois aux chapeaux de formes diverses et aux saveurs inimitables. Ah ! les champignons, objet de tant de convoitise de la part des palais les plus délicats, des nez les plus fins ; convoités par les gourmets et les crève-la-faim quelque peu instruits de leurs nombreuses caractéristiques. On se nourrit avec. On déguste le sous-bois, par leur intermédiaire. Après une platée de cèpes ou de girolles, on a la panse bien remplie. Il suffit alors de se procurer quelques châtaignes que l'on donnera à griller aux braises, pour compléter ce repas simple et nourrissant. Elle était donc partie, un beau matin. La nuit se dégageait déjà de son manteau nuageux. Quelques étoiles scintillaient, entre les flocons du ciel. Habillée pour la marche, sans excès, elle avait entrepris un chemin sinueux se perdant dans les fourrés denses défendus par des ronces. A l'endroit qu'elle venait de dépasser, il y avait un amas de petites crottes. "Tiens, il y a du lapin par ici" s'était-elle dite. La végétation devenait plus dense. Des chênes poussaient ça et là, au hasard des trouées. Déjà les châtaignes offraient leurs fruits. Tout luisants, dans leur coque épineuse, ils avaient assez de force pour déchirer leur enveloppe et s'évader, l'un après l'autre, du sein familial. Car ils sont plusieurs, toujours, coincés dans une coque étroite, à regretter le temps de leur liberté de fleur fixée au grand air, sur les ramures protectrices. Petits ou grands, ils sont au rendez-vous, chaque année, depuis des millénaires, pour le plaisir des cochons et des hommes. Les gouttes d'eau s'étaient accumulées, autour de Betty. Elles ruisselaient sur tout un environnement tourmenté. Les feuilles, déjà fragilisées au niveau du pétiole, achevaient leur cycle de vie annuel. La mousse des arbres se gorgeait du liquide céleste et dégueulait son trop-plein sans bruit. Aucun autre son que l'eau transmettant aux éléments une musique ordinaire, une musique de pluie. Les percussions étaient douces, répétitives. La légèreté des pas de Betty éclaboussait la rive de la Perche. Elle avait vu tout ce qu'on pouvait voir, le cul des poules et la queue des coqs, mais elle restait pucelle dans sa propre mémoire. Dans la sienne, en effet, aucun souvenir d'un cours d'eau gonflant à vue d'oeil. Tel un sexe démesuré, la rivière réclamait son gouffre, son fourré, son épanchement de vie. Le lit de la belle liquide, maintenant, suffisait à peine à contenir le flot impétueux de son désir charnel. Betty se mirait dans le regard que l'eau lui reflétait. Cet éternel sans cesse renouvelé à l'abri des curieux ; ce tout accumulé en un vaste réseau de gouttes, lui donnait l'image la plus juste d'elle-même. Le temps n'avait plus de sens. Elle vivait par molécules interposées. Elle regardait filer sa vie sans aucun autre prétexte que celui de respirer aux racines de l'être. L'horloge égrenait les heures et ce fut un léger frisson qui la sortit de sa torpeur. "Vite, songea-t-elle, planter la tente, préparer un feu, cuire le repas". C'est incroyable comme les tâches les plus excitantes du départ peuvent devenir source d'ennui. Ce brusque changement de rythme avait failli la projeter tout droit dans l'eau déjà sombre et encombrée de débris arrachés aux rives. Elle s'était retenue "in extremis" à une racine formant pont jaillissant de la berge. Le chemin se rétrécissait vers l'amont de la rivière et devenait une sente où seuls les animaux pouvaient se faufiler. Il y avait deux jours maintenant qu'elle déambulait dans la nature. Elle s'était gorgée de pleurotes, de cèpes et d'autres formations de ces savoureux personnages à chapeaux. Les lutins sans aucun doute étaient de mèche pour aider la gamine à faire ses emplettes. Elle avait l'impression de devenir anthropophage, en croquant ces merveilles. Ils ressemblaient tant à certains humains qu'elle avait côtoyés. Malgré les provisions de bouche qu'elle avait emportées, ils lui paraissaient divins. Comme tous les matins, elle pratiquait ses ablutions entre chien et loup, directement dans la rivière. Ce jour-là, après avoir passé une nuit paisible, elle était sortie de la tente et avait entrepris de descendre vers l'eau, en contrebas. La crue était bien avancée et elle avait dû assurer ses pas plus que de coutume. Malgré tout, lors d'une fausse manoeuvre, elle tomba dans un trou et perdit pied. La force du courant l'empêcha de recouvrer son équilibre. Elle fut roulée par le flot, à moitié nue, écorchée et incapable de lutter avec le courant qui la charriait maintenant avec divers débris arrachés aux rives. L'eau glacée l'anesthésiait. Son cerveau, même, ne réussit plus bientôt à coordonner ses mouvements désespérés. Ce petit parcours extrêmement rapide dans le froid, les lacérations dont elle était couverte et les bleus l'avaient réduite à l'état de surgelé prêt à cuire. S'efforçant malgré tout de garder la tête hors de l'eau, elle parcourut quelques centaines de mètres avant de pouvoir agripper une branche. Lorsqu'elle se fut stabilisée, elle parcourut des yeux ce qui lui avait permis de stopper sa course folle dans l'eau écumante. Elle en conclut que son point d'ancrage était solide, quoique résultant de la racine d'un arbre couché en travers de la rivière. Les deux berges étaient creusées par le flot. Les débris que Betty prenait de plein fouet la giflaient méchamment. Elle aurait fini par lâcher prise si, miraculeusement, elle n'avait reçu une espèce de brassière de fortune sur la figure. Sans demander son reste, elle réussit à enfiler l'objet et se laissa hâler, enfin. Il était temps. Elle fut accueillie en haut du versant par une poigne d'acier et un sourire moqueur. Pas un mot ne fut échangé. Son sauveur la ramena à sa tente, après lui avoir offert sa gourde. Quand ils furent arrivés au campement de l'imprudente, ils conversèrent un peu, tous les deux. Il s'appelait Louis, était un peu oisif - lui aussi en marge d'une société dévoreuse d'énergie et d'une médiocrité à toute épreuve. Après un service civil mouvementé dans le Djebel algérien, bien après la guerre d'indépendance (il y enseignait la table de multiplication et avait pété une Durit à force de voir des cons essayer de se prendre pour Einstein), il avait voyagé beaucoup, connu des singes et des éléphants, en Centre-Afrique. Il avait baroudé dans les sables marocains. Les dromadaires lui avaient fait aimer le désert. Malheureusement, après plusieurs années de grands espaces, il avait dû revenir en France, où ses parents battaient la breloque depuis un bon moment. Il avait donc fleureté avec les administrations pour viocs et débiles mentaux. Ca lui faisait broyer du noir, parce que ses vieux, il les aimait. Mais il ne pouvait pas s'en occuper seul. L'enfer avait duré une année pleine. De voir ses parents disparaître par petits bouts à cause d'un diabète généralisé, ça l'avait rendu morose. Heureusement qu'un arrêt cardiaque les avait envoyé dans l'autre monde, celui d'où personne ne revient ou alors seulement pour rire. Il en avait été soulagé, quoique soudain orphelin. Il avait hérité de quelques hectares d'herbe à vache et d'un grand bois en limite de la Perche. Il n'avait pas voulu utiliser ses terres à la culture, ni à l'élevage. Par contre, il avait considéré que le paysage serait certainement très apprécié par des artistes de différentes disciplines, cinéastes y compris. Le calme du lieu, qu'il leur vanta, leur permettrait d'enrichir remarquablement leur travail. Ils en seraient quittes pour un loyer annuel très abordable. Cela déboucha sur une communauté vouée à un art champêtre n'ayant rien à voir avec les horreurs habituellement livrées au chaland désoeuvré. Cette vie de rentier lui permettait d'avoir beaucoup de temps libre pour rêver et secourir les sans-cervelles qui s'aventuraient seules dans la forêt les jours de pluie. Cet homme-là tranchait sur nombre de ses contemporains. Betty et lui avaient touché la plume avec mère nature. Tous deux étaient marqués aux stigmates de l'amour blessé. Désormais, ils ne rêvaient plus qu'endormis au creux d'un rocher ou sur la paille de l'écurie - un des locataires, en effet, possédait un magnifique alezan et l'on avait dû construire un logement à ce fier animal! L'un était fixé, l'autre sans volonté précise de s'établir. Novembre n'était pas loin. Les arbres étaient presque nus. De la neige, précoce, était apparue. Elle avait fondu aussi rapidement. Les fumées s'élevaient en coeur des cheminées pour saluer le prochain passage du bonhomme hiver. Betty, dont l'intérêt se tournait désormais vers la nature environnante, effectuait chaque jour un parcours précis, relevait tous les détails de la vie qu'elle sentait palpiter au travers des feuillages. Les oiseaux migrateurs avaient déserté la région. Elle notait les changements subtils qui s'opéraient dans la faune et la flore. Louis venait l'aider, souvent. Lui aussi aimait se retrouver face aux premières heures du monde immuable. Il avait bien fait de refuser l'exploitation de ses terres par les gens du coin. Par contre, en dehors des coupes de bois régulièrement effectuées par les riverains, on ne pouvait pas dire que l'environnement était entretenu. Les sentiers restaient trop souvent à l'abandon. Ils partaient tous les deux, dès potron-minet, à la découverte, se blottissant l'un contre l'autre, à l'affût du moindre mouvement. Leur chaleur intime se fondait en une vigueur nouvelle. Ils se respiraient à petits coups pas pressés. La moindre palpitation leur arrachait de doux murmures. Ils ne se l'avouaient pas encore, mais ils s'aimaient déjà. Ils se l'étaient fait à l'instinct, ce rapprochement des coeurs. Son corps à elle se tendait au toucher de ses mains adroites. Son corps à lui vibrait de l'espoir de renaître enfin d'une longue léthargie. Désormais, Betty vivrait chez Louis et Louis chez lui. Ils bâtiraient un monde de paix et d'aise. Bakou avait purgé cinq années de prison. Il en était sorti aussi marqué qu'un veau qui ne tête plus sa mère. Il roulait sur la départementale sans se presser. Pourtant, il avait hâte d'arriver enfin chez lui. Il en était à moins de vingt kilomètres, de sa bicoque ; un ensemble de dix hectares qu'il avait raflé à un avocat marron pour une poignée de cerises. Rétrospectivement, il n'était pas peu fier, le gorille. Lui qui avait été à la traîne des grosses huiles du "Milieu", il deviendrait vite un nabab, en province. Il retroussait déjà les lèvres, laissant dépasser des dents en or. Forcement, quand on bosse dans le grand monde, il ne faut pas avoir d'urticaire aux gencives. Son air de gras-double bien avide aurait de quoi plaire aux notables du coin. Il en était là de ses réflexions lorsque, dans la lumière des phares, il entrevit une silhouette s'avançant vers lui. Il écrasa vivement la pédale de freins. La voiture dérapa sur la chaussée et alla terminer sa course légèrement en contrebas, dans une flaque de boue épaisse. - Bon sang ! grommela Bakou, avant d'être assommé par un des montants de la portière. Revenu à lui, bientôt, il n'eut plus qu'une image un peu floue devant les yeux. "Nom de Dieu !" jura-t-il à voix basse. "Mais où ai-je déjà vu cette fille ?" Les sens engourdis par la température, ainsi que par le choc qu'il avait subi, il se rappela. Ses doutes se dissipèrent. Oui, c'était cela : la fumée, le coup terrible sur la tête, tellement dur qu'elle lui avait pété sa vision bleu du monde. "Quand cette pute de sauterelle est venue aux nouvelles et qu'elle a commencé à m'envoyer des coups de tatanes partout où ça fait mal, pour me réveiller, j'ai vu rouge et lui ai calfaté la jactance". Oui, c'était elle. "Il faut que je l'évite. Elle capable de m'envoyer chez St Pierre sans le vouloir, cette imbécile". N'empêche que son carrosse était tout merdeux, dans une belle ornière et qu'il allait devoir retrousser ses manches pour se dégager de là. "C'est bien ma veine. Je fais cinq ans de taule pour des imbéciles et je plonge dans la gadoue à cause d'une imbécile." Et puis, à minuit, allez trouver un dépanneur. Pas possible, en pleine cambrousse. Alors, on fonce dans la mêlée ; on s'échine ; on se baisse pour entrevoir des dégâts éventuels ; on peste dans le vent et le brouillard naissant de novembre. Mais on réussit à se dégager. Alors, on souffle un peu ; on boit goulûment du café de son Thermos ; on enfile une petite laine en goret du Perche et on s'en va. On s'en va ou plutôt, on s'en vient enfin chez soi. Un habitat douillet, plein de toiles d'araignées ; une bâtisse cossue lézardée ; un air embaumant le purin et la bouse de vache. "Cette crapule de robin m'a bien baisé, on dirait". Mais enfin, un coup de balai énergique ramena Bakou à d'autres sentiments. Finalement, la maison avait un charme extraordinaire, pour le peu qu'il entrevoyait à la lumière de sa lampe tempête. Les fantômes de ses habitants hantaient encore ses murs. Le dur caractère de l’homme du terroir imprégnait les meubles. La table portait la trace indélébile des couverts tranchants et de la patine des manches des propriétaires du lieu. En ces temps révolus, la bolée de poiré devait prendre tout son sens. Dans un coin de la cuisine, le calendrier des postes, jauni par le temps, tout poussiéreux, laissait entrevoir une scène des moissons. Le vaisselier contenait encore quelques assiettes ébréchées. L'ensemble sculpté prenait tout l'espace, dans la salle à manger. La sobriété du lieu tranchait avec l'esprit dont Bakou avait hérité. Il rapporta du coffre de sa voiture un lit pliant et un minimum de literie, puis il s'installa pour le reste de la nuit. Dès le jour, il prit son courage à deux mains, afin d'ériger le palais de ses rêves. Après tout, n'avait-il pas gagné un bon tas de biftons, ses dernières années. A force de dérouler le tapis rouge à tous les macs et aux petites frappes de la ville lumière, il avait appris à s'habiller. Il se procura donc une tenue "ad hoc" et commença à nettoyer l'intérieur de la maison. Ayant décidé de la construction d'un appentis, il fit le nécessaire auprès de l'administration pour obtenir un permis de construire, car, même si le pays allait un peu à la dérive, l'individu moyen devait encore se plier à certaines règles de conduite en ce qui concernait l'urbanisme. Quant aux matériaux, il se les fit livrer par une entreprise de la région, tout simplement. Peu de temps après cette mise au point, la bétonnière fonctionna à plein régime, du matin au soir. Les agglos volaient littéralement entre ses mains. L'appentis fut donc bientôt réalisé. La charpente, construite dans un bois moins noble que celle de l'habitation principale, n'en était pas moins imposante. Bientôt, les tuiles de l'un complétèrent harmonieusement celles de l'autre. Bakou n'avait pas eu besoin d'aide, pour ce faire, car ses origines jaillissaient de nouveau à point nommé, depuis qu'il avait atterri dans cet endroit idyllique, où le corbeau côtoyait l'hirondelle, et le chevreuil le rat musqué. Monsieur Robert, le quincaillier-épicier du village, tout frais parti en tournée, ce matin-là, roulait sur la départementale étroite, bordée de platanes, de chênes et de frênes, tous d'une grande majesté. L'aube n'était pas loin. Tout en ombres chinoises, la canopée se détachait des cendres de la nuit. Il roulait doucement, car son fourgon n'était plus de force à suivre le train d'enfer d'autrefois. Monsieur Robert sifflotait en humant l'air frais, légèrement rosé de ce petit matin. Les phares de son véhicule, mal réglés par son copain facétieux le garagiste, balayaient plus que de coutume le bas-côté de la route. Brusquement, alors qu'il allait entamer la "Marseillaise" en breton, il entrevit quelque chose, l'espace d'un instant. Pour tout dire, il ne se serait peut-être pas arrêté si l'image, confuse, n'avait pas bougé légèrement - cependant, une tache rouge sur de l'herbe verte voilà qui en troublerait plus d'un. Il freina plus loin et se gara en laissant ses clignotants en marche, pour avertir de sa présence. Puis, prenant sa lampe de poche, il descendit de son véhicule et se dirigea vers l'endroit qu'il avait remarqué. Qu'y vit-il, Ô ! Stupeur, horreur et damnation ? Une jeune fille allongée, tête en bas dans le fossé, ses vêtements maculés de boue. "Vite !" se dit-il : "le pouls, la respiration, constater les dégâts". La donzelle commençait à gémir doucement. Monsieur Robert lui avait pris le pouls et appliqué son mouchoir humide de rosée sur le front. Petit à petit, avec la lampe dans la figure et la fraîcheur du matin conjuguées, elle reprenait conscience. Un silence s'était établi que rompit monsieur Robert, déplaçant son faisceau lumineux vers les guiboles. "Vous avez un gros bleu et une cheville bien enflée. Je vais chercher ma trousse. Pendant ce temps, racontez-moi donc ce qu'il vous est arrivée". Betty ne se rappelait qu'une chose. C'était son plongeon soudain dans le fossé, alors qu'elle allait rejoindre Louis par le chemin des écoliers. Elle avait tardé, la veille, à revenir chez lui, après une longue promenade dans les bois. Elle avait répertorié différents événements s'étant déroulés sous ses yeux, tels que les allées et venues du sanglier et de sa meute ; les glissements rapides de monsieur le coq de bruyère ou le piétinement craintif d'un groupe de cervidés. "Alors, vous connaissez Louis ! C'est un brave garçon ! Betty s'était tue. Elle avait acquiescé d'un signe de la tête. Oui, il était brave son amour. Il était l'homme le plus attentionné du monde. La fête commençait quand ils se rapprochaient l'un de l'autre. Le parfum naturel de l'air faisait ce qu'il y avait de mieux dans ces moments-là. Couchés, debouts, accroupis, ils étaient les maîtres d'un temps vaguement désuet qui les liait de sa profonde respiration. Le monde transpirait une buée qui les enveloppait d'un écrin de perles de douceur. La densité des coeurs se mesure à l'amour qu'ils se portent, dit le proverbe. Quand Louis coupait du bois pour alimenter le four à pain, la communion de leurs êtres ne se résumait pas au pain béni du quotidien. Il y avait aussi la transmission d'un geste, d'un état de la pensée dans le prolongement d'une voie naturelle de la jouissance. D'ailleurs, c'était Betty qui pétrissait la pâte, lui apportant ainsi une part de sa maîtrise de la vie qu'elle portait en elle. Monsieur Robert proposa à Betty de la conduire chez Louis. Avec les émotions qu'elle avait subies et la fatigue qui lui fermait les yeux, il ne voulait pas l'abandonner à son sort. Il se ferait étripé par celui-ci, sinon ! affirma-t-il. C'était sans doute vrai. Ils arrivèrent à la ferme dix minutes plus tard. Monsieur Robert soutint Betty jusqu'au perron. La porte d'entrée n'était pas atteinte qu'elle s'ouvrit brusquement. Louis apparut, pas encore rasé. Il regarda le couple qui s'avançait vers lui. Betty, clopinant, lui adressa un sourire. Il s'élança vers eux : "Que c'est-il passé ma chérie !" lâcha-t’il, arrivant à leur hauteur. Robert lui narra en quelques mots ce qu'il avait pu obtenir de sa protégée. -Venez ! Aidez-moi à la coucher. Ils la portèrent sur le lit douillet de plumes et de dentelles de leur chambre. -Laissons-là dormir ! Vous prendrez bien quelque chose, Robert ? lui dit-il en enlevant les chaussures de sa compagne. - Je veux bien. Mais vite. Je n'ai pas encore commencé ma tournée, alors... Au fait, j'ai reçu ce que vous m'aviez demandé. Dois-je vous l'apporter ? Louis paraissait soucieux. Il ne répondit pas, absorbé tout d'un coup, dans une profonde réflexion. Monsieur Robert n'insista pas. Il le quitta sur la pointe des pieds. Quand Betty ouvrit les yeux, elle ne ressentit qu'une gène légère à son pied droit. En effet, Louis avait défait le pansement provisoire du commerçant et lui avait enrobé le pied d'argile verte, puis maintenu le tout avec une bande Velpo. Elle n'avait pas faim. Seule la soif la fit se tourner vers la desserte que lui avait installé son amoureux. Après avoir bu goulûment l'eau légèrement citronnée qu'il lui avait préparée, elle se rendormit bientôt. Pendant ce temps, Louis ne chôma pas. Prenant mille précautions pour ne pas la réveiller, il changea son pansement deux fois encore. Au début de la soirée, le pied allait mieux. La douleur avait disparu et la belle, prenant garde, au sortir du lit, à ne pas heurter de son pied malade quelque aspérité du mobilier, vint à table pour dévorer le repas de laitue feuilles de chêne et de lardons qui lui fut servi dans la foulée. "Eh bien, ma chérie. Tu m'as fait une de ces peurs. Il va falloir être prudente, tu sais ! - Je vais beaucoup mieux grâce à toi. Je n'aurais jamais dû revenir en pleine nuit. Mais tu sais ce que sait, lorsqu'on observe les animaux. Et puis, j'étais à deux pas. Louis regardait sa compagne, les traits tirés par la nuit blanche qu'il avait passée à attendre son retour. Il était même allé à sa rencontre dans la nuit. Ca l'avait un peu apaisé, malgré son appréhension de ne pas la voir revenir. Après tout, chacun dans le couple qu'ils formaient, s'accordait à la liberté de l'autre. Et pourtant : - Deux pas qui ont failli te coûter cher, ma puce. Il y avait une sorte de reproche dans sa voix. Il le savait. Betty le regarda un bref instant et se concentra de nouveau sur son assiette. Il continua: "Tu devrais te débarrasser de ta grange, tu sais !" Betty leva les yeux et allongea les mains sur la table, paumes en l'air. Louis les prit dans les siennes. - Je pense plutôt la garder. On ne sait jamais ! Par contre, je vais la rénover ! répondit-elle. Le sujet étant clos, il restait encore une question laissée en suspend. Il s'agissait de savoir quel crétin pouvait bien rouler aussi mal dans le secteur. "J'ai su qu'on avait un nouveau voisin ! Il habite à quelques kilomètres d'ici," dit tranquillement Louis. J'espère qu'il est sympa ! - Tu as raison. Parce que dans le cas inverse, il nous ferait peut-être du tord, un jour où l'autre. En disant cela, la méfiance dont elle était naguère empreinte, resurgissait tout d'un coup. - Penses-tu ! N'oublie pas que je pèse un certain poids, du fait de mes activités. Et puis, il ne faut pas voir le mal partout, quand même ! - tu as peut-être raison. De toutes manières, tu es très apprécié dans le bourg. Mais bon...termina-t-elle, énigmatique. - Je n'ai pas envie de glisser sur cette pente-là, ma chérie. Il est à mon avis beaucoup plus sage de laisser venir. Puis, changeant de sujet, il lui demanda de se couper les ongles. "Tu m'as griffé tout à l'heure". Le visage de Betty s'illumina d'un sourire. Betty, debout, leur faisant face, les deux mains sur la table de la cuisine, écoutait attentivement l'énoncé des deux gendarmes venus la visiter. "Non, je peux vous l'affirmer, Messieurs, je ne sais pas qui a failli me faucher l'autre nuit. - Devons-nous dresser procès-verbal, Mademoiselle ? - Certainement, Messieurs, car j'accepterai mal qu'un chauffard puisse oser vivre dans la contrée et nous mettre en péril d'une manière aussi désinvolte ! - Très bien, nous allons veiller. Il paraît que vous avez un nouveau voisin ? - Il paraît, en effet. Louis vient de me l'apprendre. Vous croyez que... - Nous ne croyons rien, Mademoiselle. Nous irons voir cette personne ! - Très bien. Je vous remercie de votre sollicitude. Au revoir Messieurs ! Betty s'activa à la cuisine, ce jour-là. Entre un bloc de foie gras et un bon vin de Cahors, une oie bien grasse, vidée de ses organes, farcie de porc et de châtaignes, s'étalait sur la table de la cuisine. L'oignon pelé, l'ail écrasé et les herbes disposés sur le plan de travail, tout cela embaumait. Et à l'heure dite, chaque élément de ce repas prit naturellement sa place dans la ronde des cuillères et des fourchettes, marchant de concert avec les couteaux, les salières, les poivrières et les verres emplis de ce breuvage divin que l'on nomma vin, du latin vinum, et qui se retrouvait dans les textes les plus anciens de notre civilisation judéo-chrétienne. "Ma chérie, j'aime ta cuisine. Je peux dire que j'ai tiré le gros lot, avec toi. - Que veux-tu, tu as repêché une carpe maladroite et tu en as fait une sirène. - Ta répartie m'enchante, tu sais, après des journées entières à me battre contre des détails venant de gens tellement ordinaires. - Veux-tu encore un peu de bavaroise, mon coeur ? - Avec joie ! Mais, dis-moi, je vais devoir m'habiller chez Manoukian ! - Hum ! Vois-tu, tes rondeurs sont agréables à l'oeil, Louis mon amour. Et tu es loin de concourir avec Jumbo. Dis-moi, à quoi ressemble-t-il, notre voisin ? - Je l'ai aperçu ce matin. Il est bosseur. Il se tape la construction de tout un appentis en maçonnerie. Il est bien portant, mais pas gras-double ; élégant, même en tenue de travail. C'est un peu le genre boxeur repenti. Il est d'origine incertaine. En tout cas ce n'est pas un gars d'ici, apparemment. - Bah ! Depuis toujours, des étrangers se sont installés sur notre sol. Il faudrait l'inviter, un jour. - Oui, je suis d'accord. D'autant qu'il me fait bonne impression. La kena résonnait dans la pièce et les Andes enneigées apparaissaient par delà les murs chaulés. Louis écarta sa chaise et se leva de table. Il se dirigea vers Betty, à deux chaises de lui. Il la prit par les épaules et lentement, ses mains descendirent vers la taille de sa compagne. Il l'enlaça et rapprocha son visage du sien. -Je t'aime, Betty ! Murmura-t'il, en l'enveloppant d'un baiser profond. Voudrais-tu de moi pour époux ? Betty, chavirée tant par le baiser que par ces paroles, eut du mal à reprendre son souffle. " Tu...tu es bien grave, tout d'un coup", lui dit-elle. - C'est vrai, et vois-tu..., je ne veux pas te perdre. Je suis bien malhabile dans mes propos. Tu sais, quand je te revois dans la rivière...et que je te regarde aujourd'hui, il me semble que bien des lunes ont passé leur chemin dans le ciel étoilé, alors que cela fait à peine deux mois que nous nous connaissons ! - Moi aussi, j'aime ta prose, Louis. Ils reprirent leur dialogue du coeur de plus belle. Le corps parla très fort, cette nuit-là, et le coq chanta sur un matin de satin. Monsieur Robert avait livré un bel aspirateur. La maîtresse de maison qu'elle était devenue obligeait Betty à se livrer à des mouvements inhabituels pour effacer jusqu'à la plus infime trace de poussière dans les pièces de la vaste demeure. Elle allait de place en place, inspectant, l'oeil sévère, les espaces parcourus. Debussy et Ravel résonnaient à ses oreilles. Albinoni flottait au-dessus de tout cela, appelant Vivaldi à la rescousse, cependant que Gershwin s'apprêtait à prendre la relève. Peu de bibelots ornaient leur intérieur. Une varlope et un guillaume, une lanterne de cabriolet, une aquarelle de dix centimètres sur quinze, un vase dont les dessins rappelaient les peintures primitives des premières poteries de l'espèce humaine. Voilà qui leur permettait de garder l'oeil ouvert sur une humanité industrieuse et poète, sur des gens habiles à constituer pour les générations futures le berceau d'une société experte. Sherlock Holmes n'eut pas été heureux dans cette maison où la poussière n'était plus le garant temporel des documents que l'on possédait, mais un ennemi implacable déposant sa couche journalière sur toutes les aspérités rencontrées, sur tous les ouvrages rangés en rangs d'oignons sur les étagères bancales de la bibliothèque, dans tous les coins inaccessibles de la bâtisse ; la poussière qui s'agglutine sur vous-même, pour peu que vous restiez immobile dans votre lit, des heures durant, à compter les mouches en écoutant une de vos oeuvres préférées. Que d'énergie dépensée pour éradiquer l'intruse de nos paisibles demeures ! Michele Delpech

Commentaires

michele delpech

Puisque personne ne commente mon texte, je vais me permettre de le faire. J'aime Bakou, que j'imagine en gros nounours grincheux, un peu comme Panda. Le fait qu'il ait fréquenté des eaux pas très propres n'a rien à voir. Chacun, dans son existence, peut basculer, au gré de son humeur ou de ses relations. Nous sommes un peu des malgré nous, en sorte. Ce n'est pas le hasard, mais les rencontres qui nous forgent. Betty, elle aussi, a un lourd passif, dans le genre. Pourtant, elle n'a jamais trafiqué. La fortune sourit aux audacieux, dit-on. Betty eut l'audace de vivre, tout simplement. C'est pour cela que je l'aime. Qu'en pensez-vous, amis Pandatesques.
Gasty

8-O Le Panda a trempé dans des eaux pas très propre ? Oh oh ! je m'en serais douter...ce gronchon cache bien son jeu!
michele delpech

Posté par 5477 :
Le Panda a trempé dans des eaux pas très propre ?
Gasty, je pense que tu échaffaudes des théories hors de propos avec mes commentaires. Si tu continues dans cette voie, Panda va m'écorcher vive !!!
michele delpech

A vrai dire, je préfèrerais que tu commentes mon livre. Pour moi, ce serait plus constructif. Et pour les lecteurs potentiels, ce serait plus intéressant, ne crois-tu pas ?

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LIBERTAD Chapitre 5

Pierre JC Allard 2010-08-07 08:21:13

De Pierre JC Allard Chapitre 5 La nouvelle de l’attentat raté à la polyvalente Pierre-Dupuy suscita assez d’émoi pour que soit convoquée immédiatement pour le lendemain, à Ottawa, une réunion d’urgence de ce qu’on appelait encore le Comité du Non. Quand il en fut informé, Gérard fit la grimace: – Primo, je n’ai pas le goût d’aller à Ottawa, dit-il à Consuelo; secundo, tout ceci sent l’improvisation et je suis sur que personne n’aura quoi que ce soit d’intelligent à dire. On me fait simplement perdre mon temps. Tertio, ce n’est pas habile de convoquer une réunion à Ottawa. La négociation a maintenant lieu entre les gouvernements de Québec et d’Ottawa, c’est vrai, mais nous savons tous que la guerre a encore lieu ici, dans les sondages. Il suffirait que les journalistes apprennent que cette réunion a lieu et qu’elle a lieu à Ottawa pour que nous perdions des points. Consuelo ne répondit rien. Elle s’étira simplement un peu plus pour faire bomber davantage son chandail d’angora et sourit. Elle savait que Gérard ne lui parlait que pour entendre le son de sa propre voix. Il aurait été surpris — peut-être même un peumécontent — qu’elle lui répondit. Elle se contenta donc de noter qu’il n’y avait pas eu de blessés, ce qui laissait Libertad seule vraie victime des escarmouches actuelles. Un rôle qui avait sa valeur. Elle écouta attentivement les nouvelles de 10 heures et en vint d’elle-même à la conclusion que toute l’affaire était un attrape-nigaud. Les journalistes québécois, mêmes les plus engagés du côté de la souveraineté, en arrivèrent à la même conclusion un peu plus tard, de sorte que la nouvelle, qui avait tout de même fait la manchette du téléjournal, ne se retrouva qu’en page 5 des quotidiens du lendemain. Gérard arriva donc à Ottawa de bien mauvaise humeur et sachant que les délibérations du Comité ne feraient rien pour le rasséréner. – Ce pseudo attentat est de toute évidence un coup monté. Comme toutes ces histoires de drapeaux du Québec piétinés en pays orangiste. Monsieur Parizeau ferait n’importe quoi pour qu’on piétine le drapeau du Québec. Maintenant, ils mettent des bombes dans leurs propres écoles. – Mais pourquoi les séparatistes seraient-ils tombés dans ce piège, alors que l’affaire Gomez s’est finalement soldée par un gain de popularité en leur faveur? Ils ne sont pas si bêtes! – Alors, c’est que quelqu’un de notre côté est vraiment extrêmement bête. – À moins que celui qui l’a fait ne soit un allié et qu’il n’attende un effet Gomez qui joue en notre faveur. Après tout, il n’y a pas eu de victimes… – À moins que ce ne soit une astuce de leur part, pour prétendre que nous attendons l’effet Gomez… À la différence du Comité du Oui, que Bayard à Québec contrôlait d’une main de fer, le Comité du Non, quel que soit l’endroit où il se réunisse, avait toujours été une foire d’empoigne. – For Chrissake ! ,dit enfin l’un des participants, vous ne trouvez pas que c’est trop compliqué! Quelqu’un fait semblant… que quelqu’un fait semblant…, que quelqu’un fait semblant… aussi bien dire que l’on ne sait pas vraiment l’impact que produira l’incident. C’est maintenant pile ou face, ce qui veut dire que la violence n’a plus aucune utilité. – Exactement, et c’est tant mieux, surenchérit un professeur que Gérard n’avait jamais vraiment pris le temps de connaître. – Ceci, ajouta un autre, dans la mesure ou les deux parties le reconnaissent en même temps. Parce ce que si un côté arrête la violence avant l’autre… En d’autres circonstances, Gérard en aurait profité pour travailler sur ses dossiers. Ce matin-là, il n’avait pas le goût d’entendre des sornettes. — On peut-tu arrêter de se raconter des histoires.– dit-il? Moi, je veux savoir si l’affaire Gomez c’est nous, et si l’affaire Pierre-Dupuy c’est nous. On travaille pas pour la GRC — baptême! — c’est la GRC qui est supposée travailler pour nous autres! Alors je veux un rapport. Tout de suite. Le président toussota puis donna la parole au représentant des services de sécurité. Celui-ci, au grand plaisir de Gérard, fut parfaitement clair. – Vous avez ma parole, dit-il, que ce n’est pas nous. Dans le cas de Pierre-Dupuy, ça peut-être n’importe qui; dans le cas Gomez, on sait que c’est bien eux. Il fut interrompu par un tollé de protestations. C’est Gérard qui se fit le porte-parole des autres. – Gomez, tout le monde sait que c’est la mafia. – Erreur, reprit l’homme de la Sécurité nationale, le procédé qui a été utilisé pour faire détonner le bombe est totalement désuet. Jamais la mafia ou même un groupe criminel le moindrement sérieux n’aurait utilisé ce procédé. Nous savons que c’est des gens des années soixante qui ont fait le coup, des séparatistes. Des gens sans doute reliés à Marcel Leblanc, ancien repris de justice à deux reprises! Trois ans et six ans. Un dur. D’ailleurs — c’est un renseignement qui est classifié, mais je suppose qu’il ne l’est pas pour le Comité — Leblanc a été vu récemment en compagnie d’un Belge bien connu de nos services, membre important d’un gang de motards. Le tableau devient de plus en plus clair. Les attentats et les séparatistes sont financés en grande partie par l’argent de la drogue. Un Québec indépendant deviendrait la plaque tournante du commerce des narcotiques pour l’Amérique du Nord. – Je croyais que ça l’était déjà, commenta cyniquement l’un des participants. – Pourquoi, demanda plus sérieusement un autre, ne coffrez-vous pas tout ce beau monde? – Parce que nous n’avons vraiment aucune preuve contre eux. En un éclair, Gérard se souvint de ce nom: Marcel. C’était Libertad, à l’hôpital, qui l’avait prononcé. Elle avait dit que ce Marcel avait parlé de bombes, de violence. — Lieutenant, dit-il, s’adressant à l’homme de la sécurité qui n’était pourtant pas en uniforme, est-ce que menaces et incitation à la violence ça suffirait pour amorcer l’affaire? L’autre réfléchit un instant. — C’est mince. Vous savez, quand il n’y a pas un corps à produire… il faudrait des témoins bien crédibles. Extrêmement crédibles. – Je vais voir ce que je peux faire. La conversation continue, mais Gérard n’écoute plus. Il se souvient mieux maintenant. Non seulement Libertad a marmonné quelques phrases contre ce Marcel Leblanc, mais Consuelo lui avait aussi parlé de ce Marcel que Libertad avait entendu prêcher la violence. Qui serait plus crédible que Libertad Gomez pour dénoncer Marcel Leblanc? Ou plutôt, non. Il vaudrait mieux monter toute l’affaire contre Leblanc et les autres, puis faire semblant que l’on obligeait Libertad à témoigner, ce qu’elle ferait en pleurant, en demandant le pardon des offenses et la réconciliation nationale. Ce serait spectaculaire. On ferait de la fille qui avait «choisi le Canada» le témoin à charge dans l’arrestation de toute une brochette de séparatistes et de «mafieux» confondus. S’il pouvait organiser cette affaire, on lui devrait une fière chandelle pour tous ces points gagnés dans les sondages… – … Et donc, messieurs, conclut le président du comité que Gérard n’écoutait plus depuis longtemps, il s’agit surtout de montrer que l’histoire de la bombe à l’école ne tient pas debout. Il ne faut pas qu’un doute subsiste. Faisons nos devoirs, et tout ira bien. Je vous remercie d’être venus. * – Mais pourquoi devrais-je voir Gérard? – Parce qu’il me l’a demandé. Libertad ne cessait jamais de s’étonner de cette désarmante simplicité chez sa sœur. Celle-ci avait toujours une réponse simple à donner à une question précise. Si la question ne lui paraissait pas claire, elle interrogeait; quand elle avait compris, elle répondait avec cette bonhommie qui créait, chez celui qui avait posé la question, l’impression d’avoir été un peu sot. L’impression qu’il aurait dû lui-même voir l’évidence et ne pas poser cette question superflue. Ainsi, Libertad savait fort bien que si elle demandait à Consuelo pourquoi elle, Libertad, devrait voir Gérard parce que Gérard l’avait demandé à Consuelo, Consuelo n’hésiterait pas à lui répondre, sans hésitation mais avec fermeté, que quiconque prenait en charge tous les besoins de la famille Gomez au complet en plus des caprices de l’aînée des filles avait bien le droit de manifester le désir de rencontrer la cadette. Libertad ne savait pas si la vie était vraiment aussi simple pour Consuelo, ou si c’est l’expérience qui lui avait appris qu’il valait mieux qu’elle le parut. – Tu sais pourquoi il veut me voir? – Oui, il veut te parler de ce que tu as entendu chez tes amis séparatistes à l’époque où tu les fréquentais. – Il veut me soutirer de l’information? – Non. Il sait déjà tout ce qu’il veut savoir. Il m’a demandé ce matin de te convaincre de DIRE ce que tu avais entendu. Je lui ai expliqué que tu avais tes idées bien à toi et qu’il valait mieux qu’il te le demande lui-même. – Il pense qu’il peut se servir de moi pour compromettre mes amis, c’est ça? – Asi es. Tu as compris. – Il n’en est pas question! – Ça, ce n’est pas mon affaire. Tout ce que je te demande, c’est d’aller le lui dire toi-même. Libertad ne voyait vraiment pas comment elle pouvait refuser ce service à sa sœur. – À quelle heure? – Aussitôt que possible. – À sept heures trente du matin? – Il ne dort pas, il vient de me téléphoner. – Je lui téléphone d’abord? – Mais non, niña, vas-y! Je suis sûre qu’il t’attend déjà. * Gérard devait l’attendre puisque le portier ne l’annonça même pas, la dirigeant immédiatement vers l’ascenseur. Il la reçut en pantoufle et robe de chambre de soie. Il lui fit signe de le suivre au salon et, avant même de lui offrir un siège, il avait déjà pris sa tête entre ses mains. – Extraordinaire! Pas une marque! Je crois que je vais recommencer à croire en Dieu! – Il y a quelques cicatrices, mais elles sont cachées par les cheveux qui ont repoussé, convint Libertad, assez contente elle-même du résultat de la chirurgie. J’ai aussi une perte de vision, vingt pour cent à l’œil droit, mais c’est la vision périphérique qui est affectée et il semble qu’il n’y aura pas de strabisme. – Regarde-moi. Bien droit dans les yeux. C’est ça, comme ça… Non, il n’y aura pas de strabisme. Libertad s’aperçut qu’il parlait avec la même assurance que le chirurgien. La même assurance que l’ophtalmologue. Gérard parlait comme un médecin. — Bien sûr, dit-elle, il y a des cicatrices au côté et sur la hanche. Ça, c’est autre chose… – Vraiment horribles, demanda-t-il avec l’ombre d’un sourire? – Ils ont fait pour le mieux, mais il reste tout de même trois longues cicatrices. Dont une de dix-huit centimètres et de près d’un centimètre de largeur qui va de la troisième dorsale et qui… – Un centimètre de large? Montre-moi ça. Libertad comprit instantanément qu’elle venait de se piéger elle-même. Elle avait voulu impressionner Gérard en parlant de ses blessures comme d’un fait clinique. Maintenant, il voulait qu’elle se déshabille. – Enlève ta robe, lui dit-il, tout à fait sérieux. Si on peut faire mieux, je vais te le dire. – Comme ça, ici? – Mais oui, mais oui, enlève ça, voyons! Elle s’exécuta. Parce qu’il était sérieux et qu’il parlait comme un médecin. Sans douter un instant, cependant, qu’elle finirait dans ses bras. Il lui faisait la faveur de créer une ambiguïté. Il lui laissait une chance de se raccrocher à une petite parcelle de dignité et de ne pas penser: il m’a dit de me dévêtir, je l’ai fait et il m’a prise. Elle montrait une cicatrice à un homme sérieux qui parlait comme un médecin… Quand elle fut devant lui, en slip, soutien-gorge et bas-culotte, il ne s’approcha pas d’elle mais, au contraire, s’éloigna un peu. – Tourne-toi. Il y eut un silence qui lui parut bien long avant qu’il ne dise: – Bien, très bien! Elle resta sans bouger, n’osant pas se retourner et lui faire face. – Très bien, répéta-t-il, la cicatrice suit le ligne des côtes, de sorte qu’on ne voit rien du tout. Quand tu seras plus grande, je veux dire plus âgée, il se formera inévitablement un petit bourrelet ici et tout sera totalement invisible. Il s’était approché et suivait du doigt la ligne de la cicatrice. Il avait mis aussi la main sur son épaule. – Maintenant, quant à cet autre cicatrice ici, dit-il en suivant le tracé le long de la hanche, tu remarques qu’on a suturé plus serré. On verra toujours cette marque, mais uniquement comme une ligne mince, rien de désagréable. Tout en parlant, il l’avait doucement retournée pour qu’elle lui fit face. – Tout ça est très bien, dit-il en la tenant par les épaules à bout de bras; la regardant des pieds à la tête, tant qu’elle se sentit rougir violemment. Elle rougissait. Elle savait qu’il la voyait rougir et qu’il la sentait émue. Il la garda ainsi un long moment. – Très bien. Le travail a été très bien fait. Toi, tu es superbe. Il la ramena lentement et la serra sur lui de plus en plus fort. Il était, de toute évidence, tout à fait prêt pour l’amour et elle ne résista pas. Elle ne dit rien non plus. Elle le laissa la prendre dans ses bras, la déposer doucement sur le divan et achever de la dévêtir. Il se coucha près d’elle et elle le vit étonnamment musclé, un peu velu, bronzé. Un chaîne au cou et il aurait eu l’air d’un gardien de plage méditerranéen. Mais il ne sentait pas l’aïoli, plutôt l’Eau Sauvage de Dior. Il n’était pas non plus l’homme des étreintes passionnées: il fonctionnait comme une machine bien huilée. Qui a dit que le vice ramollit… Gérard était sur elle, sous elle, autour d’elle. Il était partout. Il la déplaçait sans effort apparent, l’allongeait, la dépliait, la plaçait pour la caresser de la main et de la bouche. Il se retrouva ainsi bien allongé sous elle, elle-même à genoux et sa tête sur ses genoux à lui. Une position qu’elle n’avait jamais connue. Il glissa un oreiller sous sa tête et sa bouche se posa sur elle. Ses mains caressaient ses seins, ses hanches, son doigt frôlait l’anus puis enfin s’y attardait. Sa bouche explorait. Avec appétit mais retenue, comme s’il voulait promettre… mais pour plus tard. Il lui fit perdre tout contrôle pendant longtemps avant de tenir cette promesse, mais il la tint. Elle aurait voulu aussi qu’il la prenne. Tout de suite. Passionnément. Mais comme il ne semblait pas pressé de le faire, elle devint elle-même plus active. Elle voulait que Gérard aussi jouisse. Autant qu’il l’avait fait jouir. Il lui semblait que jusqu’à ce qu’il ait joui, elle portait le poids d’une dette impayée qui lui pesait. D’ailleurs, il la retenait à ses côtés. Avec une certaine tendresse, mais fermement. Sans rien indiquer de ses désirs mais en restreignant de plus en plus les alternatives quand elle semblait s’éloigner du but. Quand il fut bien sûr qu’elle avait compris, il prit ses distances. Elle sentit qu’il avait pris ses distances, qu’il était ailleurs. Ce n’est pas que Gérard ne s’abandonne pas: il s’abandonne bien plus que Robert. Il est simplement ailleurs. Il ne la tient plus, ne la manipule plus, il a remis son corps entre ses mains… pendant qu’une autre partie de lui s’occupe d’autre chose. Ou peut-être, à un autre niveau, cette autre partie de Gérard jouit-elle d’avoir remis son corps entre les mains de quelqu’un qui est totalement à son service. Libertad ne sait pas. Elle ne s’en préoccupe pas. Elle trouve plaisir, au contraire, à aller le chercher ailleurs, à le forcer à lui donner plus d’attention. À réussir à devenir pour lui plus importante, ne serait-ce qu’un moment, que toutes ces autres choses qu’il a dans la tête. Elle découvre le plaisir de savoir que chaque geste, chaque mouvement, chaque variation du rythme de la caresse, aussi imperceptible soit-elle, est comprise et perçue par l’autre. Aucun effort n’est perdu, aucune subtilité n’est laissée pour compte. Gérard — qui pourtant est ailleurs — est plus présent que tout autre homme qu’elle ait connu. Elle veut aller chercher Gérard et le ramener à elle. Elle y mit le temps et y parvint quand, l’agrippant solidement aux épaules, les ongles dans la chair, il contribua au dernier moment avant le plaisir. Elle ne parvint pas cependant à lui arracher un cri e