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Le Grand Maître virtuel (0)
De Guy Foiréant L’informatique, tout le monde en parle. Certains en usent et en abusent. Aucun secteur d’activité humaine ne peut plus travailler sans cet outil du modernisme. On sait qu’elle peut apporter le meilleur dans la vie de chacun, mais aussi la pire des surprises au coin d’un abandon de garde. On a entendu parlé de piratage aux noms plus au moins sensibles mais qui passent dans le langage de tous les jours: virus, spams, phishing … et j’en passe que l’histoire inventera, plus tard. Oui, il existe des outils “anti-” pour chaque type de pirate ou de piratage. Le commerce de la protection n’existe pas uniquement dans les pharmacies. Le 1er décembre, c’est une journée mondiale du SIDA et, donc, du condom. Alors, pourquoi pas de cela en plus ? Actions, réactions. Une véritable « ligne Maginot informatique » s’est installée sur la majorité des ordinateurs du monde. Vivre caché est devenu impossible sur la toile. Ouvrir son soi aux yeux de tous sans protection relèverait de la plus condamnable des légèretés. Rester étrange à toutes interactions avec l’extérieure, serait la panacée. « Offline », comme disent les anglophones. C’est se condamner à perdre le plus grand intérêt d’un ordinateur : être connecté avec le monde. Les protections contre ce piratage ne sont pas gratuites ni à l’achat et ni à l’utilisation quand on pense à sa présence consommatrice en permanence de la force de calcul et des Mips perdus en sous-main. Tergiverser, alors? Non, il faut faire « avec » avec un maximum de précaution. D’abord, on se croit à l’abri. Le terme de « ligne Maginot » n’est pas innocente. L’adversaire a toujours une longueur d’avance. Le piratage n’est pas seulement financier. Souvent, il s’agit de prestige de recherche à percer les secrets d’autrui. Ce qu’on en fera après n’est parfois pas le principal intérêt. Cet “essai”, car il ne s’agit que d’un roman, n’est pas là pour effrayer. C’est de la fiction pure. Certains éléments sembleront toucher au domaine du possible. J’ai même hésité à l’écrire de peur de donner des idées malsaines. Travaillant dans l’informatique depuis près de quarante ans, je vous confirmerai qu’il y a des failles au système qui a été mis en place dans ce livre. Ce n’est pas aussi simple. L’audace ne suffit pas ou plus. Dans le même temps, les manipulations frauduleuses sont parfois insidieuses, inattendues. L’invention est constante dans le vol des « jardins secrets ». Le plausible n’est pas là pour donner des idées à de futurs pirates. Un informaticien déterminera très vite les limites de l’impossible. L’infranchissable n’existera pourtant jamais que pendant un certain temps plus ou moins long. Les guerres sur Internet, comme ailleurs, auront des armes suivies par des contres armes. Les parades, on y mettra le prix, mais elles prendront tôt ou tard du poil de la bête. Les utilisateurs, eux, attentistes et victimes, resteront les dindons de la farce et assumeront de bonne ou de mauvaise grâce ce grand jeu de la finance et de l’arnaque. L’originalité des attaques ne donnera pas toujours de résultats, mais dans ce domaine aussi, les premiers gagneront. Je vais peut-être vous faire peur. C’est peut-être voulu. Un thriller fait ouvrir les yeux et les consciences endormies par l’habitude. Les avantages d’Internet resteront supérieurs aux déconvenues. L’évolution sera certainement plus rapide, plus fragile que partout ailleurs. La protection totale n’existera jamais ou que momentanément. Percer l’infranchissable est le challenge pour le pirate. Casser l’incassable est la motivation principale. L’attrait de gains faciles ensuite. Je me suis demandé souvent à qui profitait le “crime”. Certains ont même avancé que les sociétés qui créaient les « paratonnerres » du web étaient les initiateurs. Je n’irais jamais jusque là. Une nouvelle technologie est apparue pour révolutionner l’usage d’Internet: le Web 2.0. MySpace, Quicktime, Facebook en font partie et tentent de personnaliser encore plus les clients internautes. Sérialiser pour mieux appréhender. Cela entraîne cookies et mémorisation des informations. Le partage de séquences vidéo permet de surfer tout azimut avec la confiance innocente de l’internaute, endormie par l’envie d’être mieux servi et mieux cerné. Boîte de Pandorre dans le domaine de l’arnaque. Les sociétés n’intéressent plus vraiment. Les particuliers, par contre, à cause de leur isolement sont des proies favorites. Les PC zombies s’ignorent et sont parfois contrôlé par des organisations mafieuses à l’insu de l’utilisateur perdu dans son espoir de trouver le meilleur du savoir d’Internet. Seul le coût élevé de la pollution des SMS par les spams les libèrent encore. Une véritable guerre virtuelle, voilà ce que je concocte sans prétention. Le cinéma s’est mis dans cet imaginaire aussi. Le« Die Hard 4.0 », “Retour en enfer”, est un exemple récent. Ce livre ne jouera pas dans cette façon très hollywoodienne de voir les choses. Intimiste, plutôt. Pas de femme dans mon histoire. Seulement, un homme comme tout le monde avec une double vie à la recherche de son destin. Pas de passion, pas de sentiments, de la technique pure et dure. Beaucoup d’intelligence au service d’un brin de paranoïa par un gourou informaticien. Le virtuel ne se joue jamais au grand jour. Vive les pseudos et les passe-murailles dans ce monde clos où tous les coups sont permis. La toile, même si ses mailles seront de plus en plus fines, restera perméable. Sans la liberté d’expression d’Internet, ce serait sa mort naturelle. Autant s’en rappeler. L’ennemi est aussi dans la peur.
Remerciements: * À
mon épouse qui a dû endurer des moments d’absence
dans mes rêveries.
21 Commentaires sur ce billet LE CHAT Le 30 novembre 2007à 16h59min (commentaire N° 1)
lenfoire Le 30 novembre 2007à 17h26min (commentaire N° 2)
Le Panda Le 30 novembre 2007à 18h24min (commentaire N° 3)
Gasty Le 1 décembre 2007à 12h02min (commentaire N° 4)
lenfoire Le 1 décembre 2007à 14h59min (commentaire N° 5)
Le Panda Le 1 décembre 2007à 15h00min (commentaire N° 6)
lenfoire Le 1 décembre 2007à 15h04min (commentaire N° 7)
Le Panda Le 1 décembre 2007à 15h46min (commentaire N° 8)
lenfoire Le 1 décembre 2007à 16h36min (commentaire N° 9)
Le Panda Le 1 décembre 2007à 20h57min (commentaire N° 10)
lenfoire Le 1 décembre 2007à 22h24min (commentaire N° 11)
Le Panda Le 1 décembre 2007à 22h28min (commentaire N° 12)
Gasty Le 1 décembre 2007à 23h05min (commentaire N° 13)
lenfoire Le 2 décembre 2007à 10h12min (commentaire N° 14)
Le Panda Le 2 décembre 2007à 14h40min (commentaire N° 15)
lenfoire Le 2 décembre 2007à 14h53min (commentaire N° 16)
Le Panda Le 2 décembre 2007à 15h09min (commentaire N° 17)
lenfoire Le 2 décembre 2007à 15h40min (commentaire N° 18)
Le Panda Le 2 décembre 2007à 17h51min (commentaire N° 19)
LE CHAT Le 3 décembre 2007à 16h06min (commentaire N° 20)
lenfoire Le 3 décembre 2007à 16h37min (commentaire N° 21)
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Le Grand Maître virtuel (1)
Un homme comme un autre? « Dès lors qu’on a une vie intérieure, on mène déjà une double vie. »Pierre Assouline
Ce soir-là, il rentra chez lui, à peine plus tard que d’habitude. Ce moment correspondait pour la plupart des gens au moment où ceux-ci avaient déjà soupé dans leur petit meublé. La journée avait été dure. Pas mal de problèmes avaient émaillé le jour de ce grand blond aux yeux bleus. Costume classique sans excès. La cravate décrochée. Le bouton de col apparent. Une barbe naissante. Démarche non-chalante. Du “Brad Pitt” sur le retour et surtout pas de distraction à la manière du Grand blond avec une chaussure noire. Pas idiot pour pour se faire remarquer de la sorte. Une jolie fille aurait pu être attirée du premier coup d’œil s’il n’y avait pas la surprise de son visage dur en lame de couteau. Le charme, il en avait à l’extérieur mais sans ostentation voulue. A l’intérieur, aussi, mais il fallait passer plus de temps avec lui pour le découvrir. Et, le temps, c’est ce qu’il n’accordait qu’en extrême urgence et à très peu de monde. Un sourire, oui, une parole en filigrane, à la rigueur, plus, s’abstenir. Le nombre de ses amis, c’est sûr, ne nécessitait aucun doigts que comptait une main. Les amies, c’était simplement “persona incognita”. Asocial, l’amitié, connaît pas. Les femmes ne l’avaient jamais intéressé. Si elles l’ignoraient, il les remerciait sans le leur dire. Lui serait resté de marbre et sans état d’âme. Pourtant, sous le chapeau résidait un réseau de neurones de première force. Il le savait et il en profitait pour son propre usage en exclusivité. Un psychiatre, sans beaucoup de recherche approfondie, aurait même pu déceler, chez lui, le grain de « psychopathe » en puissance. Vic était fils unique. Élève très doué, très effacé, construit par lui-même. Ni sa mère, ni son père n’avaient contribué, en effet, à son élévation de l’esprit. Le temps ou les capacités nécessaires leurs avait manqué. Vic n’avait d’ailleurs recherché aucune aide auprès d’eux. Il ne leur en voulait pas. Jeune, il se réfugiait souvent dans sa chambre. A l’abri des regards et des préoccupations des grands, pour construire son ego, il se berçait de lectures qu’il avait récupéré dans la bibliothèque de son père, ingénieur en électronique et toujours en déplacement à l’étranger. Le suspense de ses intrusions inédites est ce qu’il avait trouvé de mieux pour répondre à ce manque de communications. Sa mère, par contre, n’avait tout simplement pas eu le niveau suffisant intellectuellement pour lui prodiguer plus que des soins typiquement maternels et non scolaires. A l’école, le potentiel de Vic avait très vite été décelé. Alors que ses condisciples s’attardaient encore à la résolution de problèmes typiquement arithmétiques ou liés aux jeux, lui, prenait ses distances vis-à-vis des programmes dans lesquels il se sentait à l’étroit. Cette avance construite avec opiniâtreté lui permettait d’utiliser l’algèbre à sa mode sans en connaître l’existence. L’abstraction venait déjà au secours du concret. Son instituteur, face à son mutisme, avait même soupçonné, un temps, un certain autisme. Le dé-synchronisme avec le niveau d’étude fut jugé seul responsable. Avancer de classe, le sauva. Étudiant, il trouva le secteur de l’informatique à ses débuts. Pas encore de sections réservées dans cette discipline. Une licence et un doctorat en intelligence artificielle et robotique lui permirent de conclure des études avec les félicitations du jury. Bardé de ce genre de diplôme, il pouvait voir venir l’avenir avec sérénité. Cela devait être le cas mais, pas nécessairement comme aurait pu l’espérer le bon père de famille. Mais cela, c’est notre histoire. Son job, il le jugeait intéressant, passionnant même. Utiliser, de manière aussi ajustée, son expertise en la matière, le satisfaisait et effaçait largement une progression assez peu cernée à sa juste valeur. Il n’en avait cure. Le travail, il le placait au niveau du hobby. La recherche et le développement constituaient les principales préoccupations de son service. Grâce à leur expertise, aider les autres services dans leurs problèmes informatiques. Un complément très occasionnel, cependant. Les gens qui constituaient l’équipe se retrouvaient au fond d’un couloir et personne n’y avait accès autrement qu’avec une carte de sécurité très spécifique avec quelques éléments supplémentaires, incrustées dans les circuits de la puce électronique pour assurer l’accès aux seuls détenteurs. Les budgets alloués à l’équipe relevaient d’un véritable secret d’état. A l’extérieur du bureau, on savait que les gens de l’intérieur s’occupaient d’intelligence artificielle sans aucune autre précision. Notre homme était, malgré tout, reconnu comme une sommité dans laquelle tous les autres membres du groupe pouvaient puiser les idées. Les solutions aux problèmes, il pouvait s’en vanter en avoir trouvées et des meilleurs. Pragmatique, les solutions qualifiées d’alambiquées n’avaient jamais eu sa préférence. Dans cet état d’esprit, les heures supplémentaires étaient très nombreuses. Il n’était pas rare que le portier oublia que ce couloir menait à une porte bien opaque qui cachait des occupants retardataires. La journée avait bien commencé. Le soleil de juillet avait dardé ses rayons avec beaucoup de générosité. De nombreux problèmes informatiques avaient eu pourtant le malheur d’énerver cette belle journée. Ce type de travail était toujours en porte à faux. Sans agenda précis, réservé aux changements, les extra n’avaient rien d’exceptionnel. La fatigue avait été accentuée par la chaleur du milieu de journée. Elle régnait dans les bureaux et le conditionnement d’air ne parvenait plus d’en atténuer la moiteur. Les canicules devenaient par trop courantes. Notre homme n’aimait pas cela. Juillet, c’était aussi le mois pendant lequel les absences de personnel se ressentaient le plus. Beaucoup de collègues se doraient ailleurs sous le soleil. Lui, par contre, n’était pas intéressé aux vacances et restait plus souvent comme le dernier des Mohicans, caché à la vue de tous. Le travail et les problèmes subsistaient bel et bien. Ce soir-là, en regagnant ses pénates, le soleil avait disparu derrière l’horizon depuis de longues minutes. La lumière perdait progressivement du champ par rapport aux luminaires des rues. La moiteur persistante ne se prêtait pas à une volonté de presser le pas. Arrivé devant son immeuble, la concierge s’affairait encore avec son balai dans les mains. L’apercevant, elle s’arrêta dans son activité. Elle n’était aucunement étonnée de son retard. Elle l’aimait bien, dans le fond, ce beau ténébreux qui disait tout en condensé. Relevant la tête avec le sourire, elle ne manqua pas de se lancer dans une parole traditionnelle pour entamer une conversation. Elle savait que celle-ci resterait de courte durée. - « Belle journée, n’est-ce pas, M’sieur. Vous avez dû râler d’avoir à rester dans l’ombre de vot’bureau? » - « Vous avez raison, mais c’est pour la bonne cause, non? », répondit-il avec un sourire engageant, tout en disparaissant. Encore une fois, vraiment du classicisme à l’état pur. La concierge avait bien fait une allusion aux voisines de l’étrangeté de cet homme, si affable et si discret. A l’entrée de son appartement, une porte blindée surprenante à plus d’un titre apportait une couche au mystère. L’habitude et, surtout, la révélation qu’il lui avait faite de travailler dans un secteur assez secret avaient suffit à apaiser la curiosité. Il s’empressa de monter les marches qui le menaient à son appartement. C’était sa seule activité sportive. L’ascenseur, comme toujours, il le reléguait à des gens moins fortunés du côté santé. Les rencontres, il n’aimait d’ailleurs pas trop. Avec la fortune, on approchait progressivement de ce qui l’excitait le plus dans la vie en dehors de la volonté de rester au top de la forme. Sa véritable fortune, elle existait bel et bien, même si rien ne permettait d’en imaginer l’existence et surtout, d’en soupçonner la construction. Des frais limités aux minimum en dehors de ses passions contribuaient à ce niveau élevé. Sa profession le gratifiait déjà très largement au-dessus du niveau de l’argent poche par rapport au commun des mortels. Des rentrées financières, encore plus substantielles, venaient encore d’une autre source moins évidentes. Pendant la journée, les voisins et les collègues rencontraient Mister Jeckill. Une fois rentré chez lui, il se transformait en un Mister Hide plus vrai que nature. Après quelques rangées de marches, il se retrouva donc devant la porte de son appartement, costaude pour refuser l’accès à tout éléphant. De multiples trous de serrures auraient pu faire penser que les bijoux de la Reine avaient élu domicile chez lui. Un trousseau de clé volumineux. La cachette surprise s’ouvrit, enfin, avec un bruit sourd. Au début, rien d’anormal. Rien n’aurait pu prévoir de ce que l’on découvrirait au fond de son relativement modeste appartement. Derrière une porte tout aussi protégée dans l’arrière salle, une véritable caverne d’Ali Baba pleine d’électronique de toutes sortes se cachait. Il y entra. Rien n’avait changé depuis la veille au soir. Il savait que cela devait être le cas, mais, soupçonneux, il aimait toujours mieux s’en assurer. Au centre, cinq PC, dernier cri, trônaient en maître sur le large bureau. Même le spécialiste aurait eu du mal à imaginer l’existence d’une telle technologie. Des ordinateurs, des serveurs, pour la plupart, continuaient imperturbablement à clignoter tel un arbre de Noël. Le modem dernier cri, lui aussi, scintillait de tous ses feux et à toute vitesse, jour et nuit. Les écrans, au repos, derrière leur « screensaver », ne reflétaient pas l’activité interne de l’ensemble. Ils allaient bientôt sortir de leur torpeur et entrer en fonctions dans le virtuel dès la première sollicitation. Dans un esprit guerrier, il se mit au devant de ses multiples claviers et commença à pianoter avec vigueur pour entrer les sésames de toute cette armada technologique. Vic avait regagné son univers virtuel pour le meilleur et pour le pire. Il allait, une nouvelle fois, se muer en véritable pirate des temps modernes. Si la guerre n’était pas son truc, la guérilla l’était bel et bien. Le phishing, l’hameçonnage, comme diraient les Français, cette capture des informations des internautes, était son domaine. Les informations captées sur ses victimes passaient au travers de son cerveau démoniaque en utilisant les failles du système qui avaient accaparé son attention. Chaque nouvelle facétie lui apportait, manifestement, plaisir et satisfaction. Délester les avoirs bien réels de certains avait quelque chose de très jouissif. Qui serait la victime, il ne cherchait pas vraiment à le savoir. Il allait prendre son pied. Peu importait l’importance des gains à engranger par ce piratage. Du jeu, lucratif. Les internautes étaient de grands naïfs. Par eux, il voulait arrondir ses fins de mois. C’était clair. Les amateurs naturels du grand dieu dollar et les caractères narcissiques reflétés par les nouveaux réseaux sociaux apparus sur Internet étaient seulement ses préférés et les plus facilement repérables. De nouveaux outils tel que ”EgoSpace” avaient apporté le meilleur Cheval de Troie. Celui-ci avait intéressé les plus attirés par la notoriété à se retrouver avec tous ses attributs. La nouveauté, aussi, mais aux dépends de la sécurité. Trouver les noms et les mots de passe, d’abord. Les envoyer dans une base de données de plus en plus complète, ensuite. Le soin apporté pour ne pas se faire repérer avait été porté au sommet de la technicité et de l’ingéniosité. Savoir jusqu’où aller trop loin était sa préoccupation. Quitter, pour un temps, une partie de son activité litigieuse, il pouvait l’assumer. Il avait le temps. La chronologie des événements, il la fixait lui-même. Rien n’aurait pu le pousser à transgresser ses propres règles rigoureuses. Un sourire sarcastique s’ébauchait déjà sur ses lèvres. En général, le club des sondés s’agrandissait naturellement. Les nouvelles « recrues » se constituaient d’elles-mêmes. Comme infrastructure et investissement de départ, il y avait ses ordinateurs et du matériel sophistiqué de toutes sortes. Une machine qui n’était plus au sommet de ses ambitions, il la remplaçait par le nouveau bijou clinquant neuf avec lequel le vendeur le faisait habituellement saliver. L’investissement en matériel, il fallait, en effet, le réactualiser fréquemment. L’investissement humain, personnel, en recherche et en développement, il en était fan. Les hyperliens complétaient son voyage dans Internet dont il connaissait le départ mais jamais l’arrivée. Sa petite entreprise prit très vite forme avec beaucoup de succès successifs. A peine quelques mois suffirent pour faire ses premiers pas dans le piratage, avec résultats très performants. Le victimes non-consentantes, inconscientes des dangers de la navigation au travers de la toile, s’appuyaient souvent sur un manque de contrôle efficace baignant dans trop de confiance. Une publicité pour les préservatifs lui faisait toujours sourire de bon cœur : « Pour vivre heureux, vivons protégé… ». En fin de semaine, il gardait ses comptes en parfaite balance et cela rapportait manifestement. Pas de morts sur ce champ de bataille, seulement un peu de dégâts dans le portefeuille des citoyens Lambda. Le jeu en valait la chandelle par le nombre de ses proies potentielles jamais par l’épaisseur du portefeuille de ses commanditaires involontaires. Dans le côté obscur de son individu, il se nommait lui-même le « Grand Maître virtuel ». Ce surnom, il se l’était approprié lors d’un de ses voyages à Malte. Là, il avait été émerveillé par la magnificence des règnes successifs des « Grands Maîtres de l’Ordre » dans l’histoire de l’île. Il y avait, d’ailleurs, trouvé une de ses planques en retraite. Une place dans l’Ordre des Templiers le faisait rêver. Par la suite, il remonta le temps à la recherche de ses ancêtres fictifs. Rhodes fut également une des étapes de collégien. Le spectacle de sons et lumières auquel il eut alors l’occasion d’assister dans la jeunesse, restait dans sa mémoire et le remplissait d’orgueil et de passion destructrice. Ce pseudo de « Grand Maître » de la virtualité, il ne l’utilisait évidemment pas dans ses contacts sur la toile virtuelle. Il s’affichait avec des pseudo en cascades et échelons. Le vrai nom, écrit sur sa carte d’identité, n’existait que pour les collègues, eux, bien réels mais ceux-ci ignoraient tout de son activité nocturne.
16 Commentaires sur ce billet Pierre.R Le 4 décembre 2007à 18h52min (commentaire N° 1)
lenfoire Le 4 décembre 2007à 19h03min (commentaire N° 2)
Gasty Le 4 décembre 2007à 19h13min (commentaire N° 3)
Le Panda Le 4 décembre 2007à 19h18min (commentaire N° 4)
Le Panda Le 4 décembre 2007à 19h20min (commentaire N° 5)
lenfoire Le 4 décembre 2007à 19h50min (commentaire N° 6)
Le Panda Le 4 décembre 2007à 20h24min (commentaire N° 7)
Gasty Le 4 décembre 2007à 21h58min (commentaire N° 8)
Le Panda Le 4 décembre 2007à 22h27min (commentaire N° 9)
LE CHAT Le 5 décembre 2007à 17h56min (commentaire N° 10)
Le Panda Le 5 décembre 2007à 19h14min (commentaire N° 11)
taverne des poetes Le 6 décembre 2007à 01h53min (commentaire N° 12)
Pierre.R Le 6 décembre 2007à 07h21min (commentaire N° 13)
LE CHAT Le 6 décembre 2007à 14h45min (commentaire N° 14)
lenfoire Le 6 décembre 2007à 14h49min (commentaire N° 15)
Exsam Le 8 décembre 2007à 18h46min (commentaire N° 16)
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Le Grand Maître virtuel (2)
Une routine en couverture « Tous les gens sont mégalomanes. Ceux qui le montrent, on les traite de malades ; ceux qui le cachent, de modestes. Comme tout employé modèle et, en fait, il l’était vraiment dans les attitudes et dans les gestes, Victor s’éclipsa de chez lui. », Fernand Vanderem Ce lundi, la journée commençait dans l’excitation. Comme dans toutes grandes villes, les files de début de semaine s’étiraient toujours un peu plus que le reste de la semaine. Paris en avait fait sa spécialité. La parenthèse des deux jours de weekend, propices à l’oubli du le métro-boulot-dodo habituel, était loin. La radio l’avait annoncé, embouteillages et accidents, un peu partout. La saison d’été n’arrangeait plus rien comme on aurait pu s’y attendre. Était-ce la chaleur déjà naissante à l’origine de cette excitation maladive? Personne n’aurait pu dire. La métamorphose s’opérait, une fois, à bord de sa belle voiture. Les informations de la radio complétaient le tableau: catastrophes, attentats. Tous cela n’effleurait que très vaguement l’esprit de Vic. Vic n’avait pas trop à se plaindre de son trajet pour rejoindre le bureau. A peine trois kilomètres à vol d’oiseau. Il prenait néanmoins toujours sa petite voiture pour y aller. Le vélo qui prônait, empalé, sur le mûr de son garage, aurait pu le conduire plus aisément et, certainement, plus rapidement. La taille de son PC portable, qui n’avait de portable que le nom, en avait décidé autrement. Son transport, testé sur les épaules ou en bandoulière ne lui avait pas donner satisfaction du côté portabilité. Il y avait renoncé et repris sa petite auto. L’économie d’énergie à la mode, ce n’était pas son truc. Le sport, aussi, devait faire sans lui. Son vélo avait, depuis longtemps, pris un coup de vieux par manque d’entretien et devait certainement nécessiter un peu d’huile de-ci delà. La chaleur du lit avait bien tenté de le retenir, fatigué par une nuit de sommeil trop courte. Ses heures de sommeil n’étaient pas très nombreuses en général mais assez pesantes, heureusement, pour le remettre d’aplomb dans un minimum de temps. Accroc de ses “bécanes”, son addiction, pour elles, aurait pu être facilement comparée aux alcooliques ou aux drogués anonymes. L’informatique était toute sa vie. Pour ses 8 ans, son père, de retour d’un voyage pour une courte semaine, lui avait offert un ordinateur qui prenait dans ce temps-là tout l’espace de son petit bureau d’écolier. Ce cadeau avait changé sa vie. Au départ, le jeu l’avait passionné. Très vite, pourtant, il s’était tourné vers une utilisation beaucoup moins ludique, vers des activités moins futiles et surtout plus rentables. Tout y passait, vacances et argent. Il considérait cette passion comme un investissement. Son besoin de compter en binaire se reflétait dans sa manière de penser très cartésienne, très logique. Vic était un fou génial, un « gourou », dirait la plupart de ses collègues. Le génie et la folie étaient souvent des comparses d’une même cause. Le temps, c’était de l’argent et cela il n’était pas prêt de l’oublier. Pour se retrouver au top, le matin, pas besoin de la tasse de café comme l’aurait voulu la pub sur le café, entendue à intervalles réguliers à la radio. Parfois, il aurait aimé allonger le temps dans son appartement. La couverture que constituait son travail dans l’entreprise, avait ses lois. Il n’était pas prêt à les transgresser. Au compteur des heures de sa Seiko, il venait de sonner 8:00. Le soleil, déjà haut dans le ciel, il s’en moquait éperdument. Il n’avait pas jeté le moindre coup d’oeil dans sa direction. La petitesse de sa voiture expliquait la facilité apparente à jouer l’anguille dans le trafic. Quelques minutes de route avaient suffit pour rejoindre son entreprise. A 8h08, le portier de sa société qui l’avait reconnu de loin, lui fit un signe de la main après avoir levé la barrière. Par la vitre ouverte, Vic avait bien entendu le portier qui avait tenté de lui dire quelques mots amicaux. Il ne les avait pas compris et n’en avait cure. Il se contenta de répondre par un sourire engageant. Sa place de parking, naturellement vide avait un écriteau, placardé au mur, qui annonçait en lettres majuscules : « Victor Vanderbist Département I.A. ». Il laissa, très vite, derrière lui, sa petite voiture qui n’avait manifestement pas assez grandi pour remplir la place de parking qui lui était réservée. Gravissant, quatre à quatre les marches de l’escalier, il avait atteint le 2ème étage et son bureau, sans rencontrer quelqu’un sur son passage. Il s’en félicitait d’ailleurs à chaque fois. C’est déjà ça de pris sur l’ennemi du hasard des rencontres toujours risquées. Comme presque toujours, il était arrivé premier dans la place. Ses collègues n’avaient pas la même chance d’habiter à une telle proximité. Il se mit à consulter son courrier électronique et à écouter sa boîte vocale. Contrôler les programmes qui avaient tourné pendant le weekend, ensuite. Dans l’équipe de la Société RobCy (Robots Company) situer près de la Défense à Paris, il occupait la place qu’il avait postulée et ses collègues faisaient un peu paravent contre les atteintes de l’extérieur. Il s’attirait les bonnes grâces de son entourage, il les endormait. Cela pourrait toujours servir par la suite. Ses collègues ne devaient jamais connaître la vérité dans sa totale complexité. Psychologue, il savait s’attirer du monde à sa table de discussions. Celles-ci commençaient par des événements anodins comme il est naturel pour chauffer la conversation. Le lundi était particulier. Chacun avait à raconter ce qu’il avait fait au cours du week-end. Episode délicat qu’il devait à tout prix faire dévier. Sujet trop dangereux qui aurait pu révéler son côté obscur. S’échapper surtout du détail. Un lapsus ou une erreur dans son emploi du temps par trop illicite pourrait se transformer en catastrophe. Son curriculum vitae élogieux, son contrat d’emploi qui stipulait « Ingénieur en informatique » avec diplôme supérieur et qualification en intelligence artificielle devaient suffire. Il était payé pour cela et il s’employait à correspondre à ce profil bien loin du courrier du coeur et de la confidence. Sa vie d’avant, à part ce qui était indispensable, personne ne la connaissait. Pas d’effet de scoop, motus et bouche cousue. Au bureau, il y avait, Bob, son préféré, son opposé en tout, aussi. Petit, trapu, jovial à ne savoir qu’en faire. Entre eux deux, il y avait une réelle complicité. Ils travaillaient d’ailleurs très souvent sur les mêmes projets. Si les opposés s’assemblent, ils en étaient une preuve vivante. Le dernier en date résidait dans le domaine de l’intelligence artificielle adaptée à la médecine et à l’armée. Un projet ambitieux et innovateur qui par l’intermédiaire d’un robot miniature pourrait permettre une auto-consultation globale du bon niveau de santé d’un individu. Capteurs, palpeurs de toutes sortes en fibres optiques avant impulsions en retour sous forme de micro capsules imprégnées dans les tissus des vêtements. Information transmise ensuite par satellite à l’organisme habilité pour réagir avec efficacité dans les plus brefs délais. Un budget important avait été alloué pour atteindre l’objectif de la miniaturisation maximale. En retour, ces diagnostiques ambulatoires et sans l’aide d’aucun médecin en première instance, pouvaient aider à distance pour remédier à la « panne » corporelle. On pouvait considérer cela comme un système de GPS destiné à la santé de l’individu. Le cerveau fertile de quelqu’un avait imaginé un système qui s’autocorrigerait jusqu’à éliminer complètement l’entremise du médecin. Un micro-ordinateur mi-analogique, mi-numérique de conception originale, avait été conçu dans cette tâche. Le projet progressait mais on était encore loin de mettre la première phase en pratique. La miniaturisation, elle, était encore dans les limbes, au stade d’ébauche sur les plans. Des tests avec deux singes avaient pourtant été entrepris et étaient encourageants. Des palpeurs, appliqués sur le corps de ces singes de laboratoires, recherchaient ce qu’il pouvait ressentir après certaines impulsions en gardant le plus de confort pour l’animal. Le troisième larron de l’équipe, Gérard, était un gars assez moyen techniquement mais doué d’une diplomatie hors pair. Vic ne manquait pas de le caractériser souvent comme « faux jeton ». Grâce à lui, pourtant, le projet prenait de l’extension. Véritable fonctionnel de l’équipe, il préparait les expériences dans leur conception. Le Public Relation des projets, c’était lui. Vendeur, dont le rôle était de convaincre les autorités responsables du bien fondé de la vision de l’équipe à la base. L’armée était très intéressée. Les budgets devaient, donc, trouver les ressorts en retour avec la même ampleur des investissements consentis. Le dernier, c’était le chef, Bill. Lui, on ne le voyait presque jamais. Trop occupé à voyager dans les filiales ou à la Corp. En voyage ou à son domicile, à 70 kilomètres du bureau, il se reliait à l’équipe par des connections haut débit. Il ne se présentait qu’à des moments stratégiques et personne ne s’en plaignait. Sa confiance envers l’équipe était entière. Justifiée et réciproque. Dans la pièce, la partie réservée aux humains était déficitaire par rapport à celle qu’occupait machines: câbles, modem clignotant en arbres de Noël. Vic avait eu la chance d’avoir une grande baie vitrée vers l’extérieur et la ville. La vue, par ce beau temps, en valait la peine. Il avait perdu pourtant l’habitude de jeter le coup d’œil vers cet horizon. De retour, le regard sur la lucarne de son écran d’ordinateur, Vic tombait sur une série de mails bien serrés qui se bousculaient pour garder la primeur de l’information. Des rapports et minutes de meeting, très souvent. Des idées pour améliorer le « machin » s’y trouvait aussi. Ce matin là, pourtant, un courrier attira son attention. Il émanait du nouveau vice président et Vic était copié. Il se mit à lire patiemment mais tout de même avec anxiété. « Messieurs, Par la présente, le Comité du Direction a décidé de réduire les budgets alloués au projet surnommé « AutoScan ». De plus, le délai de livraison a également été écourté de six mois. Les objectifs du projet sans être fondamentalement diminués dans les principes seront néanmoins amputé dans une première phase et limité au niveau de la pré miniaturisation. » Vic s’arrêta dans sa lecture et la rage au coeur de ne pouvoir aboutir à l’efficacité ultime prévue au départ. Il était clair que l’aspect le plus rigoureusement financier avait pris le pas sur l’efficacité du projet. Les militaires avaient-ils aussi raboté la décision? Le civil médical, le plus sceptique, avait déjà moins soutenu le projet. Le projet était-il repoussé aux calendes grecques? Il se surprit à s’entendre murmurer entre les dents : « Ces financiers seront toujours les gâches métiers incapables de comprendre la finalité des choses ». Du côté de la porte d’entrée blindée, le déclic d’ouverture se fit entendre. Bob et Gérard apparurent ensemble. Ils discutaient avec fébrilité et leur conversation était entrecoupée de rires qui ne méritaient pas le qualificatif de « silencieux ». Visiblement, ils avaient encore une fois enduré des bouchons sur la route. Des gestes amples émaillaient les descriptions des parcours pleins de multiples embûches pour y apporter le réalisme. Vic n’avait pas encore retrouvé l’apaisement. Curieux, ils se ruèrent vers lui avec précipitation et fébrilité. Mis au courant de la situation, Bob, sanguin, entra dans une colère noire. Gérard, par contre, avait manifestement été mis au parfum précédemment et sa colère n’était déjà plus, en apparence, qu’un lointain souvenir. Le rituel passait avant l’extraordinaire et l’équipe se rassembla en un véritable pèlerinage quotidien vers l’endroit des conciliations, la cafétéria. Le café chaud devait avoir lentement raison de la colère de Bob. - « Crois-tu qu’on arrivera dans les temps avec la première phase du projet? », demanda-t-il, peu rassuré, à Vic. - « Je sais que d’après vous deux, un planning a toujours été fixé pour se rendre compte des retards », intervint Gérard, cynique. Paroles qui, naturellement, remirent Bob à nouveau sur les rails de la colère. Vic effaça son trouble par une impassibilité feinte. Les échos des haussements de voix avaient pourtant excité les deux singes qui se trouvaient dans le local d’à côté. Il fallait très vite calmer les nerfs des animaux et leur apporter quelques calmants sous forme de friandises. Les expériences de la journée auraient pu être déforcées par une contagion de mauvais aloi de l’humeur des humains. Vic s’en chargea naturellement. Les singes sautaient, se renversaient sur eux-mêmes avec des rictus qui n’avaient qu’un très loin rappel avec celui de l’homme. Quelques b |