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Le Grand Maître virtuel (13-15)
(13): Un nième départ. « Tendre vers l’achevé, c’est revenir à son point de départ. » Colette Ce n’est que dans la journée de lundi qu’il rentra chez lui. Cette journée du lundi, il l’avait prise en jour de congé. Son nouveau projet valait bien le déplacement. L’avion avait posé ses roues sur le tarmac tout à fait dans les temps. Son rendez-vous virtuel hebdomadaire avec ses « victimes » était prévu pour 15 heures. Son plan de bataille et la répartition des tâches dans la poche, il savait que l’information qu’il en tirerait, prendrait bien deux heures. Tout devait être très détaillé du début à la fin. L’annexe projetée devait être parfaitement réalisable techniquement. Il le savait. A 17:30, il recommençait sa pèche aux hameçonnés de tous les horizons. Il acheva le dépouillement vers 18:00 et il ne fut pas déçu. Il y avait un « peu de tout » dans la toile. Des araignées piégées ou déjà croquées, des prédateurs qui se retrouvaient dans les rets du super prédateur. Certains avaient tenté de détourner les attaques subies à leurs propres avantages. Sans y parvenir, bien entendu. Pour ceux-là, Vic était devenu l’inconnu célèbre. Des louanges angéliques succédaient aux poisons et aux pièges. Le fichier polymorphe et espion avait été décrypté. Le log des opérations rassemblées donnait des graphiques édifiants en synopsis. Bien explicites, que ces graphiques ! La tache d’huile brûlante du piratage s’étendait mais était découverte. La conclusion était simple: il fallait prendre encore plus de précautions. Temporiser sur certains plans et attaquer sur d’autres avec encore plus de doigté. Le risque excitait Vic, mais il n’abusait jamais de sa dose d’adrénaline. La santé mentale et financière en dépendait. Les frontières des états avaient été allègrement outrepassées. Son action diabolique était devenue à 70% internationale. Pour changer de crémerie, il entreprit immédiatement de traduire la partie documentation de son nouveau projet. Les textes d’aide et de manipulations de son programme de jeunesse prirent un peu plus de temps à ce polyglotte qu’était Vic de longue date. A la base en français, une traduction en anglais s’imposait. Une partie important de la nuit y passa. Une correspondance dans la langue de Shakespeare et son adresse référencée dans un catalogue de langues potentielles. La mise en forme type 21ème siècle était désormais assignée à Grégory, son nouvel employé, originaire de Roumanie, dont il ne reconnaissait que la seule pellicule de compétence théorique. Attendre et rassembler les pièces du puzzle et commencer la promotion dans monde de l’informatique avide de sensations fortes. Une pub par ricochet mais pas en première ligne. Mieux valait prendre un profil bas pour le reste. Tout va tellement vite dans ce réseau en étoile et les événements allaient se superposer, tout seul, sans pousser sur le champignon. Dans le grand jeu virtuel du chat et de la souris, il n’y avait pas place pour les débutants. Le scénario était toujours le même: le plus gros chat allait happé tous les plus petits dans une série sans fin. Il ne pouvait en être autrement. Le chat avait trop bien travaillé et trop investi dans son projet initial. ————————————————
(14): Le calme policé avant la tempête « Calme et sérénité sont les valeurs de la dignité. Rien ne se valorise dans l’excitation et la débauche. » Paul Melki Après sa découverte, Patrick aurait pu espérer garder l’élan retrouvé de son ordinateur, d’il y a quelques semaines à peine. Son utilisation rendait celui-ci, insidieusement toujours plus lent. Les raisons de cette lenteur devaient être ailleurs. Psychologiquement, il était sûr d’avoir démasqué l’espion perturbateur. Sa fierté supportée par la découverte du virus, ne pouvait subir le partage de l’adversité. Pour un temps, il avait repris son travail avec entrain et sérieux oubliant son anxiété. Brûler les étapes à problème au plus vite. La bonne humeur fut de courte durée. Sa machine peinait manifestement de plus en plus pour retrouver sa vitesse de croisière. La cavalerie des Mips cachait toujours un plaisantin qui poussait en même temps sur l’accélérateur et le frein, agitant le processeur entre désinvolture et gourmandise. De guerre lasse, sa mauvaise humeur éclata d’un coup. Chercher les malversations d’Internet, les failles du système, était de son domaine jusqu’à un certain point seulement. Etre envahi et voir casser son propre rythme, était moins passionnant. Certaines entreprises avait cette prérogative comme raison d’être. Celles-ci restaient bizarrement muettes jusqu’ici. Désarmé, il commençait vraiment à ne plus accepter ce manque d’agilité et de ferveur. Ce qui l’inquiétait plus encore, c’était l’inconnu, la réelle finalité cachée de cette espionite. Le plus souvent, ce genre de maladie se limitait à de simples limitations d’efficacité. Etait-ce le cas? La semaine suivante s’écoula dans le doute et il faut bien le dire. La rage contre les fournisseurs d’antivirus endormis, ne faisait que s’accroître. Et, il avait renoncé à poursuivre l’intrus lui-même. Les ponts du 15 août avaient provoqué un ralentissement des activités pour tous. Les esprits étaient ailleurs. Les fournisseurs d’antivirus travaillaient aussi au ralenti. A effectifs réduits, les experts se retrouvaient sous des cieux plus cléments. Cela ajoutait une touche de plus au manque de motivations. Virus de tous poils et autres « gâteries » du genre pouvaient bien attendre une semaine de plus. Patrick, de ce fait, avait mis sa gène en sourdine, contraint et forcé. Il essayait de ne plus en parler pour ne pas accroître l’impression de raté qu’il pouvait donner de lui-même. On s’habitue vite à la lenteur tout comme au progrès d’ailleurs. Aucune catastrophe plus virulente encore ne semblait, heureusement, pas vouloir se produire. En attendant, match nul, partie remise et suite à la prochaine surprise du Robin de la Toile, se disait-il peu réconforté tout de même. ——————— (15): L’accord parfait. « Le bonheur c’est lorsque vos actes sont en accord avec vos paroles. » Gandhi Vic avait décidément bien choisi son comparse. Le développement était son violon d’Ingres et il se révéla hors pair et digne de toutes les félicitations. Ils aimaient tous deux les communications. Le courant passait. Les contacts avec lui avaient été nombreux et fructueux. Des prototypes laissaient entrevoir le produit fini avec un look d’enfer très prometteur. Comme il est à constater presque toujours, l’informaticien vrai par vocation ne réagit jamais comme le commun des employés. A l’opposé de ceux-ci, les fonctions vitales comme manger ou boire, dormir ou se divertir et s’entourer d’amis ne font pas parties des préoccupations de base et ne demandaient, de ce fait, aucun raffinement. Plus enclins à s’étourdir dans la technicité. Véritable interface entre machine et humain et dans cet ordre, en tant qu’informaticiens, ils bossaient souvent sans s’apercevoir que le soleil avait été remplacé par un clair de lune dans la voûte céleste. Pragmatique et dichotomique d’esprit, Vic aimait cet esprit chez les autres aussi bien que pour lui-même. Il l’avait reconnu la trempe de Gregory. Il aurait eu du mal en suivant ce principe de ne pas lui laisser les coudées franches. Le courant passait entre eux manifestement. De l’imagination, son acolyte en avait à revendre. Sa jeunesse n’avait pas retardé son potentiel. Ses idées originales en imposaient à Vic et cadraient ses ambitions. En plus de son tallent de programmeur, il lui reconnaissait aussi des dons innés de graphistes. Une véritable perle sertie à merveille dans son écrin, pensait-il. Vic s’apprêtait à lui déléguer plus de responsabilités pour encourager son esprit d’initiative décuplant du même coup la force de frappe de l’ensemble. Quelques directives générales de départ suffisaient dans la souplesse pour se lancer dans le développement. Une première version fut bientôt prête pour la publication. Le “bouche à oreille” par la suite devrait très vite marcher à merveille. Des mensuels d’informatique l’insérèrent dans le CD offert en freeware avec leur publication. Le « petit cadeau » devait faire le bonheur des investisseurs en mal de réussites boursières. Ce qu’ils ignoraient, c’est que pour cette étape de diffusion finale, Vic avait complété le « cadeau » par son piège concocté en cheval de Troie. Un panel de paravents devait garder les créateurs, Vic et Greg, incognitos. Le programme « Martagal » était en piste parallèle pour le meilleur pour l’équipe de l’insolite, des deux associés et surtout le pire pour l’utilisateur lambda. Tout le monde était content, clients et fournisseurs. Qu’espérer de mieux?
18 Commentaires sur ce billet liberty Le 22 janvier 2008 à 23h08min (commentaire N° 1)
lenfoire Le 23 janvier 2008 à 09h16min (commentaire N° 2)
liberty Le 23 janvier 2008 à 13h36min (commentaire N° 3)
lenfoire Le 23 janvier 2008 à 14h04min (commentaire N° 4)
liberty Le 23 janvier 2008 à 15h35min (commentaire N° 5)
lenfoire Le 23 janvier 2008 à 15h51min (commentaire N° 6)
liberty Le 23 janvier 2008 à 17h03min (commentaire N° 7)
Le Panda Le 23 janvier 2008 à 17h16min (commentaire N° 8)
lenfoire Le 23 janvier 2008 à 17h17min (commentaire N° 9)
lenfoire Le 23 janvier 2008 à 17h24min (commentaire N° 10)
liberty Le 23 janvier 2008 à 20h22min (commentaire N° 11)
olivier cabanel Le 24 janvier 2008 à 18h53min (commentaire N° 12)
lenfoire Le 25 janvier 2008 à 09h51min (commentaire N° 13)
lenfoire Le 25 janvier 2008 à 12h16min (commentaire N° 14)
liberty Le 25 janvier 2008 à 12h46min (commentaire N° 15)
lenfoire Le 25 janvier 2008 à 12h58min (commentaire N° 16)
liberty Le 25 janvier 2008 à 13h31min (commentaire N° 17)
lenfoire Le 25 janvier 2008 à 15h43min (commentaire N° 18)
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Le Grand Maître virtuel (16-18)
(16) : Une proposition mal venue « Même l’intelligence ne fonctionne pleinement que sous l’impulsion du désir. » Paul Claudel Les premiers orages avaient perturbé nature et humains. La chaleur et l’ambiance électrique qui régnaient dans les bureaux et dans les maisons, l’énervement des troupes ne permettaient plus la sérénité nécessaire à la saine créativité des services de détections des fraudes. La chaleur n’endormait pas, elle excitait en pure perte comme l’aurait fait la mouche du coche de La Fontaine. La climatisation avait démobilisé quelques éléments importants des équipes par les souffleries qui ne se mariaient pas avec les faiblesses nasales. Bizarre que les plus experts d’entre eux communiaient souvent avec les fragilités extrêmes. Résultat des courses, rien n’avançait vraiment. Une semaine faisait place à une autre sans découverte fracassante. De nouvelles versions des programmes antivirus avaient été chargées automatiquement sans apporter de réels remèdes à la lenteur de l’utilisation de la machine. Du côté ‘police’, on ne se faisait plus trop d’illusion mais on priait intimement pour que le pirate ait remis son drapeau dans la cabine d’essayage du capitaine. Chez RobCy, ce matin-là, Vic fut pris en aparté par Gérard. Le public relation de l’équipe à la base du projet Autoscan fut tout sourire en accompagnant sa question à Vic: - « Est-ce qu’on ne se ferait pas une petite bouffe ensemble, ce midi ? » Cela n’arrivait pas souvent. En général, tous les membres de l’équipe n’étaient pas mis au courant ensemble des décisions prises pour le service. Alors pourquoi, cette aparté, cette fois? Car il s’agissait bien d’annoncer un événement. Que lui voulait-il avec ses « petits sabots »? Était-ce encore des suites du raccourcissement du projet? Une autre tuile, plus grave encore? Ce qu’il allait lui demander allait l’énerver encore plus. Quelques paroles mielleuses de mise en bouche ne parviendraient pas à sucrer l’ambiance de douceurs très longtemps. Au restaurant, entre entrée et plat consistant, Gérard lança son filet à la tête de Vic. - « Alors, Vic, tu en as déjà eu quelques interviews à ton actif ! » - « Très difficile de trouver l’oiseau rare », confirma Vic avec résignation. « La semaine dernière, je croyais vraiment avoir trouvé la perle que l’on cherchait. Il avait les qualifications. L’expérience en IA n’était évidemment pas son cheval de bataille. Avec quelques cours bien sélectionnés, on aurait pu espérer en tirer quelque chose. Malheureusement, il a trouvé un job plus proche de son domicile et notre proposition n’a pas eu d’écho chez lui. » Pas besoin d’en dire plus, pensait Vic secrètement. Gérard l’écoutait avec attention tout en arquant un sourire en coin qui ne disait rien qui vaille à la perspicacité de Vic. Il n’avait pas tort. - « Écoute, Vic. Je viens d’avoir une discussion en coup de vent avec Bill. Il était très ennuyé visiblement de me demander de chercher une solution à notre problème de personnel. De commun accord, nous avons pensé à une alternative. Contrairement à Bob, qui a charge de famille, pourrais-tu passez quelques heures supplémentaires au bureau pour accélérer le projet « Autoscan »? Nous savons que tu es le meilleur élément de l’équipe. De plus, nous savons que cela ne pourrait pas trop te gêner. » Le sang de Vic ne fit qu’un tour. Voilà la pire des suggestions qu’il était à mille lieux d’avoir imaginé. Que répondre? Il comprenait bien qu’il était normalement le plus habilité à donner un coup de pouce au projet. Le problème, c’est que dans son cas, cette « normalité » devenait « impossibilité » pure et dure. Ni Gérard, ni personne ne pouvait imaginer, pour lui, un angle aussi obtus à cette quadrature du cercle. Vic avait besoin de son temps libre à temps plein. Pas question de trouver une excuse valable par la révélation de son emploi du temps après les heures dans sa vie parallèle. Par contrat, il ne pouvait accepter une autre activité rémunérée. Et, même si demain, par on ne sait quel miracle, on avait trouvé la personne bien sous tous rapports pour donner l’impulsion nécessaire, elle ne pourrait se rendre efficace qu’après quelques mois, au mieux. Cela, Vic, le savait et le chagrinait au plus haut point. Vic réfléchissait vite. Il se sentait coincé de toutes parts. S’il avait su, il se serait payé quelques jours de vacances pour ne pas devoir donner une réponse portée ensuite à son passif. Son travail du soir, il ne pouvait l’abandonner et il s’accroissait de jour en jour. Gregory, heureusement, produisait à temps plein mais il ne pouvait lui lâcher tous les élastiques du projet dans son ensemble. Il travaillait sous le contrôle d’un contrat honnête. Les heures supplémentaires se justifient au monde extérieur mais pas dans l’obscurité de l’être. Non, il n’y avait qu’une solution « ralentir » sa petite entreprise qui quoique rentable, ne lui permettait pas de rompre avec RobCy. La couverture était trop protectrice pour la dénigrer et la classer dans le superflu. Après avoir repoussé avec fraîcheur cette proposition qui financièrement pourtant, rapporterait des applaudissements jubilatoires en d’autres circonstances, il accepta de guerre lasse. Il fallait très vite mettre les pendules à l’heure et attribuer des priorités mieux ajustées aux tâches de ses nuits suivantes. Le temps n’avait jamais été aussi en accord avec l’argent. Mardi en huit, premier septembre, fut désigné comme départ à une carrière en alternance entre simple et double shift. Aviser comme toujours ensuite au moment opportun. ————————————————
(17): La proie pour l’ombre ou l’ombre des proies « L’illusion est une ombre qui vaut mieux que la proie. » Pierre Véron Rentré chez lui, Vic examina tout ce qui pouvait attendre et ce qui, au contraire, devait trouver une réaction rapide. Important et urgent dans les plateaux différents de la balance du temps. Un nouveau « lundi » et il n’allait pas être triste. Garanti sur facture. Avec le freeware projeté à la passion du boursicoteur, Vic n’allait pas chômer. Tous les records de fréquentation avaient été battus. Les courbes passaient dans l’exponentiation. Élaguer les emails prenait de plus en plus de temps. Il fallait ralentir tout cela sous peine d’exploser. Ensuite, prendre contact avec Grégory. Tâter le terrain et trouver des solutions ensemble. - « Salut Greg, comment va? Pas de questions ou d’idées à débattre? », fit-il au téléphone avec une secrète envie que cela soit « oui ». Semblant ne pas avoir entendu la question, tout fier, Greg répondit: - « J’ai acheté le magazine avec le Cd qui contient notre programme « Martagal ». Pas mal, la description et les appréciations qu’ils en ont faite, non? Tout avance parfaitement. Le module me donne encore de nouvelles idées. Nous devrions nous rencontrer un de ces quatre. D’autres projets? Je serais heureux de l’étudier. » Vic s’apercevait qu’il déviait la conversation mais la réponse était dans ses cordes. Il n’en espérait pas moins. Il ne pouvait pas casser son engouement. Une rencontre, c’est ce qu’il espérait sans le dire pour trouver la ligne à définir sans risque entre superficiel et coeur du système. Cette rencontre, il la voulait mais la craignait aussi. Le point d’équilibre entre eux deux était à rechercher. En quel endroit autre que son appartement pouvait-elle avoir lieu? Dans un café? Pas très sérieux de le penser. Il fallait s’y résigner son appartement personnel devait être violé, cette fois. Une véritable « première ». Il restait à camoufler au mieux la fameuse porte qui donnait accès à son antre pour la rendre infranchissable. Ensuite, sortir le laptop pour faire illusion. - « Bonne idée, disons ce soir. Viens chez moi pour souper. Nous ferons un peu mieux connaissance. Ce n’était pas un traquenard malgré les hésitations de départ. » Vic osait l’espérer. Il suffirait d’invoquer un prétexte pour sortir du carcan des heures supplémentaires qu’il s’était vu imposé. Prétexter une fatigue naturelle ne devrait pas paraître anormal. Le stress du projet diminuait et les derniers tests étaient encourageants. Les zones du cerveau avaient été parfaitement identifiées dans leur fonctionnalité comme centre d’informations. Les impulsions dues aux maux faisaient transiter cette reconnaissance par la mémoire immédiate de l’hypothalamus. La persistance des informations passait par le cortex. L’étape de positionnement de la douleur représentait la plus grande complexité. Des palpeurs sur le corps des singes décelaient ces impulsions. Une fois identifiées, il fallait y apporter la solution adéquate. Les maux superficiels étaient les mieux reconnus. Les autres nécessitaient une recherche plus minutieuse. Beaucoup d’erreurs à corriger. Un inventaire des actions à prendre avait été dressé. Une véritable “checklist” pour ne rien oublier. La machine reproduisait en grandeur plus importante que nature, ce corps physiologique dans sa fragilité. Le programme d’intelligence artificielle se chargeait de décider de l’action appropriée. Un remède local d’abord, une information envoyée au satellite dans les cas plus difficiles. Les progrès du projet étaient visibles. La veille, une visite impromptue du grand patron, d’un général de l’armée de terre et de deux hauts gradés médecins avait permis d’assurer la confiance au sommet. Les sourires étaient sur toutes les lèvres pour confirmer l’appréciation positive. Les remarques avaient été constructives. Exactement, ce que Vic acceptait d’un tel déploiement de forces du travail et de la finance. Il prenait cela comme une interruption récréative pour recharger les accus. Vic était content de ce sentiment et ne pouvait contester l’utilité d’un contrôle du sommet. La journée avait été préparée avec soin comme il se doit pour que les visiteurs en gardent le meilleur souvenir. Une démonstration du procédé prouvait que la décision et les investissements dans cette technologie nouvelle avaient été justifiés et parfaitement rentables. Vu le genre d’invités, l’aspect militaire avait été mis en avant. Pour concrétiser la situation, les singes avaient été mis alternativement dans une ambiance de confort et de stress. Le satellite avait été mis en fonction pour réagir et transmettre ses ordres de correction. La démonstration avait convaincu. Le projet continuait. Le suivi de sa vie nocturne, c’était autre chose. Il ne l’aurait permis à personne qu’à lui-même. Le « pas vu, pas pris » qui faisait désormais partie de sa vie en demi teinte, était devenu une doctrine qui ne s’enseigne pas à l’école. Elle se construit par la seule constatation de la faiblesse humaine. La cupidité maladive des uns récupérée par l’à propos de l’autre. L’intelligence à l’état pur et, aussi, dur. —————————————
(18): Le contrat d’amitié « Le problème du contrat est de savoir sur quoi il se fonde. », André Glucksmann Vic rentra tôt. Chercher quelques victuailles, un rideau qui couvrirait la porte de son antre, cadre de son intimité. Du côté boissons, il était paré. Le vin et les bouteilles chantaient bon les meilleures crus et l’excellence des sources d’approvisionnement. Les étiquettes prestigieuses en faisaient foi. Il dressa la table ronde pour deux convives de marque avec le chic que le meilleur hôte aurait pu imaginer. Le souvenir de ses sorties de haut vol de sa jeunesse constituait encore la meilleure préparation à son savoir faire. De trop rares moments pour faire la cuisine étaient permis dans son emploi du temps trop chargé, relié à la technique et à l’innovation. Vic avait cependant des dons innés ou simplement transmis par son père qui aimait, le dimanche, faire la cuisine pour la famille. Un ou deux bouquins de cuisine garnissaient une étagère de la bibliothèque en souvenir de cette époque glorieuse mais ils avaient jauni et n’étaient certainement plus au goût du jour. Ils étaient, par contre, tout à fait submergés par une foule de livres, de manuels de toutes sortes qui avaient un lien quelconque avec l’informatique et de ce qui se rapprochait de près ou de loin avec les sciences parlant de l’étude du cerveau. Vic voulait en imposer à son « employé » en une étape mémorable. Il voulait surtout concrétiser ce qu’il avait ressenti dans la personnalité de Grégory: un synchronisme de motivations, de compétence et de volonté de réaliser les objectifs sans tergiverser sur les moyens à mettre en oeuvre. La mise en scène était parfaite et la fin justifiait les moyens et pas l’inverse. L’appartement n’avait plus été renouvelé depuis un certains temps. Vic y passait trop peu de temps utile vis-à-vis de la tâche et pour y consacrer trop de frais. Le mobilier d’époque n’avait cependant pas pris trop de rides. Le soleil n’y entrait pas. Pas de fumée de cigarette pour auréoler les plafonds. Peu de déplacements en pagaille. Pas de visites inopinées. Un petit rajeunissement seul s’imposait. Seule une lumière tamisée, filtrée parvenait à croiser le fer avec le temps. Une garçonnière avec en plus, une table dressée, cette fois, au milieu. Vic aurait pu croire à une rencontre d’un troisième type surnaturelle. A 19:30, la sonnette retentit. Elle était une surprise en elle-même. Grégory était là. Évènement marquant pour l’appartement et pour l’homme des lieux qui n’avait pas vu le moindre visiteur. L’ascenseur mena Gregory devant la porte de son employeur. Vic en avait dégoupillé la plupart des serrures de sécurité pour ne pas perdre de temps et pour ne pas paraître maniaque ou paranoïaque. Un sourire pour toute réponse à un manque de palabres et de questions superflues en préalables. - « Salut Greg. On n’a pas jamais assez en sécurité de nos jours », lança-t-il en suivant le regard de son visiteur. « J’ai fait installé cela quand j’ai entendu parler d’un cambriolage dans le quartier ». Ce n’était pas vrai. S’il avait eu réellement lieu, il n’en aurait jamais été averti. Le vraisemblable suffisait toujours dans les situations les plus scabreuses et Grégory n’y pensait, visiblement, déjà plus. Une fois entré, Grégory conserva son sourire s’entourant d’une certaine gène perceptible. Vic se sentait aussi mal à l’aise que lui. Son rôle de présentation et de tour du propriétaire était nouveau. Pour se retrouver une bonne heure plus tard, il aurait bien pu dépenser une fortune. Pourtant, la gène s’estompa bien vite. Grégory avait emporté son portable et il le déposa à côté de celui de Vic qui prônait temporairement ouvert sur la table de salon. L’appartement devait faire penser à un lieu du culte entièrement dédié à la maîtresse « informatique ». Avec entrain, Grégory commença à démontrer sa part de développement. Présenter ses ambitions pour un futur bien étudié allait être réservé pour l’apothéose. Vic le remercia. Pour faire bonne figure, l’obligea à temporiser cet engouement fougueux. - « Nous avons tous le temps pour faire discuter nos deux bécanes en stéréo et en crescendo. Prenons l’apéro pour commencer. Ensuite, le poisson qui en a marre de nager à fonds perdus, la volaille en pagaille, le fromage qui se répand en courants et le désert sur son 31. Et surtout pas de conversation sérieuse avant le café » conclut-il avec le plus de verve possible pour huiler l’atmosphère. La manière de Vic de présenter le menu à Grégory ne semblait pas déplaire à ce dernier. Pour initier les ouvertures de coeur, il s’enquit auprès de son hôte, du choix de l’apéritif. Le bar du salon ne manquait pas de choix. La discussion franche s’instaura dès l’abord. Des choses sans importance qui sont là uniquement pour planter le décor de la personnalité de son hôte. Grégory avait 27 ans. Son expérience, il l’avait volée de ci de là avec justesse, efficacité et la fougue de la motivation. Roumain, mais descendant d’une famille polonaise émigrée, il avait étudié à la dure. Un père très exigeant au côté d’une mère complaisante complétait un tableau de famille aux équilibres subtils. Les études de Grégory avaient toujours été faciles, considérées comme un jeu de dominos dont il connaissait toutes les ficelles et dont il trouvait les lauriers sans partage en fin d’année. L’université avait été le point d’orgue comme ingénieur en informatique. Véritable passion. De cette vision du bien fondé, du cossu de la gente sécurisée et bourgeoise, il n’en avait pas vraiment du mépris. L’envie semblait le guider. Les chemins les plus aventureux lui plaisaient. Ce qui ne voulait pas dire qu’il s’embarquerait sans avoir une foule de garde fous. Les trompes l’oeil n’étaient pas son genre. Juste un peu trop de fougue impulsive. Le repas se déroula dans la grande camaraderie. Le « tu » avait depuis longtemps effacé le « vous » de tradition. Arrivé au café, sans qu’un feu vert ne fût donné par aucun d’eux, pour ouvrir le « bal », ils se trouvèrent côte à côte devant les PC. - « Quand tu as décidé de lancer la première version de notre programme, j’ai su que cela allait intéresser beaucoup de monde. C’était écrit. » constatait Grégory. « Quelques jours après, j’ai acheté le magazine qui contenait le freeware et je l’ai essayé. Le visage de Vic marqua le pas, tandis que Grégory continuait. - « J’ai été très étonné de ressentir un certain ralentissement de ma machine. Mon antivirus n’avait pourtant rien détecté d’anormal. Cette fois, Vic sentit une rougeur au visage et la transpiration suinter sur le corps entre les omoplates. L’air innocent, Vic répondit, victime de son propre stratagème, l’air dubitatif: - « C’est bizarre, Pourquoi en serait-il ainsi? Laisse-moi examiner ton problème. » L’air le plus naturel du monde, Vic, semblant comparer les versions, s’empara du PC de Grégory et s’empressa de transférer sa propre version contenant l’antidote à son piège, antidote qui devait annihiler tous les effets nocifs présents et à venir. Son tour de magie effectué, il simula une continuation dans sa recherche. Le forfait avait été effacé mais pas de la vue experte de Grégory. Eradiquer par le transfert d’autre chose aurait pu passer la rampe d’un observateur moins expert. Pas de Grégory. - « Non, je ne vois rien d’anormal », conclu Vic avec l’accent le plus sincère possible, sans perdre un instant le PC de l’oeil. « Mais, au fait, qu’as-tu envie d’inclure dans le soft? » fit-il pour détourner l’attention sur son forfait. - « Élargissons notre horizon », dit Grégory de manière victorieuse et péremptoire. Vic avait cru jouer son va-tout de passe-passe, mais ce qu’il ignorait c’est qu’il ne venait que d’apporter confirmation aux soupçons de son interlocuteur. - « Oui, élargissons. Pensons à un futur plus juteux encore. », fit Grégory enflammé, près à lancer l’estocade. Pris sur le fait, Vic constatait par ce langage, tinté d’un certain mystère, que son subterfuge avait été dévoilé. Ses joues ne tardèrent pas à s’empourprer sans qu’il ne puisse en atténuer les effets. Les paroles lui manquaient pour présenter le bouclier bien nécessaire. Grégory continua sur sa lancée. - « Capter les informations perso par l’intermédiaire d’un outil qui attirerait la convoitise, c’était génial. Mais, il y a mieux. », fit Greg. Le plan de Vic était découvert avec les preuves en sus. L’élève se voulait plus efficace que le Maître. Celui-ci avait tout à coup vieilli de dix ans. Les boucliers de la sécurité qu’il avait mis en place à l’aide de temps, de patience, n’avaient pas suffi. Voilà qu’un jeune s’était payé la tête de son maître à danser.
12 Commentaires sur ce billet liberty Le 26 janvier 2008 à 14h44min (commentaire N° 1)
lenfoire Le 26 janvier 2008 à 15h00min (commentaire N° 2)
Le Panda Le 27 janvier 2008 à 01h01min (commentaire N° 3)
Le Panda Le 27 janvier 2008 à 01h03min (commentaire N° 4)
lenfoire Le 27 janvier 2008 à 09h10min (commentaire N° 5)
Le Panda Le 27 janvier 2008 à 12h32min (commentaire N° 6)
liberty Le 27 janvier 2008 à 17h13min (commentaire N° 7)
lenfoire Le 27 janvier 2008 à 17h42min (commentaire N° 8)
Le Panda Le 27 janvier 2008 à 18h40min (commentaire N° 9)
Le Panda Le 29 janvier 2008 à 23h02min (commentaire N° 10)
Le Panda Le 29 janvier 2008 à 23h06min (commentaire N° 11)
lenfoire Le 30 janvier 2008 à 09h16min (commentaire N° 12)
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Le Grand Maître virtuel (19-21)
(19): Logique jeune « Logique : un bon outil qu’on nous vend presque toujours sans la manière de s’en servir. », Pierre Véron Qu’est ce qu’il était venu faire dans cette galère? Qu’allait-il lui exposer comme solution pour l’élargir?, pensait Vic en cascade, lui qui s’était retranché derrière un anonymat digne du « Principe de Précaution » de l’extrême. Il ne tremblait pas mais n’en menait pas large pour le moins. Seule la rougeur des joues de Vic laissait transparaître son émotion, mais cela avait suffi pour Grégrory. Petit à petit, pourtant, le stress du moment de la surprise s’estompa. Grégory sentait bien qu’il avait marqué des points mais il n’avait nulle intention de s’en gratifier les bénéfices dès le départ. Pour rassurer, toujours calme, il poursuivit de plus belle sa démonstration et son raisonnement sans laisser la moindre impression de victoire. - « J’ai pensé qu’il serait très intéressant d’utiliser nos entrées illicites dans un domaine bien plus rentable. Financièrement s’entend. » Vic resta sans voix. Abasourdi et impatient à la fois d’apprendre l’insoutenable vérité et son dénouement. Pris au piège, il n’aimait pas de ne pas mener le bal à sa manière. De nouvelles règles imposées changeaient la donne. La curiosité fut pourtant plus forte. Quand on se sent dans les filets d’un concurrent, autant connaître la largeur des mailles et regarder une dernière fois avant l’emprisonnement. Il ne fut pas déçu. Grégory avait bien calcul |