Interview de Michel Coulombe par Le Panda : Patrick Juan
Le Panda Auvergnat face au Québec Michel

Le Panda :
Festival 2011, avec Michel Coulombe, depuis les années où nous nous côtoyons, la complicité que nous avons. Je suis allée à Montréal en 2006 et je m’y suis plu, un autre monde.
Michel Coulombe : à quel moment de l’année y es-tu allé ?

Fin janvier 2006, les gens il faut apprendre à les connaitre, la confiance se mérite se gagne. Je revendique mon accent, il y a des amis qui viennent en France et qui le font disparaitre.

Tu es présent au Festival depuis quand ?
Depuis 11 ans, j’aurais toujours un accent québécois, l’identité que j’ais sera toujours québécoise, les gens du sud de la France, j’ai des amis parisiens qui ont un accent, cela fait partie de la culture.

Ce côté anecdotique, que tu m’avais raconté, lors de ta 1ére année, parles en.
Oui la première année je n’ai pas travaillé pour le festival, je suis venu comme consommateur Je viens à Clermont depuis l’an 2000, dès la deuxième année je suis devenu Co animateur des débats, c’est assez sympathique, ce qui se reproduit chaque année, c’est devenu très agréable, comme une tradition, je ne présume de rien pour ce qui est de la suite, la 1ère année, il y avait une visite de la région prévue pour les festivaliers. Donc j’ai pris, l’autobus, puis on nous a amené en montagne, dans le Cantal, on a mangé une truffade, dans un endroit de ce qu’il y a de plus typique, dans le car , une quarantaine de personnes, de 35 pays, très multinational, il y avait des gens des pays du sud qui ne voient jamais la neige, ils étaient comblés, le clou de la journée, on est allé voir les volcans, et effectivement on s’est retrouvé dans un autocar, qui s’est arrêté sur le bord de la route, on ne voyait rien du tout, vraiment dommage, devant vous des volcans spectaculaires.

Place à l’imagination.
C’est tout ce que j’ai vu de la région, depuis les gens présume à Montréal que je connais l’Auvergne, Clermont Ferrand, absolument faux, je connais la maison de la culture, où se trouve mon hôtel, la plupart des restaurateurs, la patronne des papilles, la dame portugaise, on connait les restaurateurs, mais c’est tout.

Proposition, essayes de venir 24 h à l’avance l’année prochaine, tu m’appelles, je te fais visiter.
Je suis cycliste, cette année je faisais des petites entrevues afin de préparer quelque chose avec les cyclistes de la région, qui venait combler une forme de fantasme, comme il fait beau en 2011 15-16°.

Je peux te prêter un vélo.
Je n’ai pas le temps, ce qu’on fait, c’est 4 heures de débat, on va manger, ensuite je dois rattrapé certains films, parfois il n’y avait pas de copie dans ce que l’on nous a envoyé, la journée est passée, c’est cela tous les jours, dans tous les festivals, chacun vit un festival différemment, il y a des gens qui viennent systématiquement pour les débats, d’autres qui ne vont qu’à Cocteau, des gens qui ne connaissent les réactions du public que dans une salle qui est très grande, d’autres vivent le festival autrement, chacun dans un festival vit un truc à part, j’ai des amis qui viennent ici, des québécois vont au marché.

Quel est le développement au Québec, Canada, comme visions sur le court métrage ?
Chez nous, il se fait beaucoup, de court métrages, il serait impossible chez nous de dénombrer le nombre de court métrage, mais en France aussi, qu’est-ce qui est professionnel ? Qu’est-ce qui est amateur ? Ce sont maintenant des frontières qui n’existent plus.

La francophonie au Québec, au Canada, a-t-elle un impact aussi fort que la langue anglaise ?
En 1ère position de quoi ?

Par rapport au langage usuel.
Oh, non le canada est à 75% de langue anglaise, 25% de langue française, il y a une seule province qui est véritablement francophone, le Québec, il y a une province qui est bilingue qui est le News-Brunswick, il y a une province à dominance anglaise, puis il y a des minorités francophones.
Que le canada s’est employé à tout ce qui est politique, on a travaillé dans l’assimilation, avec des regrets ensuite, on a des regrets quand la situation est irréversible, le Canada est officiellement bilingue, à cause du Québec principalement, je comprends très bien que si l’on vit du côté britannique, du côté de Vancouver, il y a des francophones, des franco colombiens, sincèrement je comprends que les chinois qui se sont installés, ne comprennent pas que ce soit un statut, alors qu’eux n’ont pas de statut, il y a beaucoup de communauté d’origine chinoise importante et indienne aussi, que la communauté francophone. Le canada a ce rapport là aux français. Ailleurs on vit appuyé aux Etats-Unis, donc les canadiens anglais ont un problème fondamentale, qu’ils nient, un problème culturel, mais dans la réalité les chanteurs canadiens, la télévision canadienne, le cinéma, la culture canadienne se mélange avec la culture américaine, ils ont une difficulté à s’affirmer, par exemple John Cannery , il y a des tonnes de gens canadiens qui se perdent dans l’océan américain, et en soi la culture francophone, on est plus nombreux, c’est une véritable société aux dires des canadiens, nous avons une culture plus intéressante, la culture des gens qui sont sur la brèche, parce que l’on est en situation minoritaire, c’est une force, on doit assumer davantage notre différence, on a davantage de grands parents, davantage de films, davantage de tout, et quand on met ensemble tout ces canadiens francophones, les autres trouvent nos films plus intéressants, c’est normal, on a un public, qui est en concurrence direct avec les films américains, le cinéma canadien anglais, 1%, c’est rien, au Québec, comme l’année dernière c’est une mauvaise année, 8-9 %, mais c’est 10 fois plus qu’au canada anglais. Déjà on voit, la différence qu’on a au niveau du théâtre, profusion d’auteurs, qui jouent au Québec, mais aussi à l’étranger, plein de choses au niveau des romans, de la poésie. La création générale, on a au niveau de la télévision, 4 millions de personnes, c’est énorme ; parfois il y a 2 millions de personnes qui regardent la même émission de télévision, produite chez nous. Il y a une identité qui est très marquée, une connaissance de la culture française, de la culture américaine, mais aussi une affirmation nationale, une américanisation galopante dû à la jeunesse, qu’on observe en France de façon très consternante.

Je vois au niveau des échanges, dans le groupe on a une soixantaine d’acteurs basés à Montréal, ce côté que j’ai ressenti, toi qui est originaire de là-bas, et qui vient nous voir chaque année, encore une fois merci de nous apporter cette forme de culture, Le Québec au niveau de ce que je peux dire, du peu d’informations que j’ai, toi qui y vit pratiquement toute l’année.

Toute l’année, sauf 2 semaines.

Où tu viens au festival du court, le festival du court métrage de Clermont Ferrand te doit beaucoup. On a le sentiment que Montréal souhaiterait ne plus dépendre du Canada et pouvoir chasser les USA. C’est le sentiment que l’on a ici en France, est-ce ce que se dit là-bas sur place ?
On ne peut pas généraliser un sentiment par rapport à un pays comme les Etats Unis, c’est sur que la période de G.W.BUSCH on avait un rapport d’inquiétudes aux usa, parce que je ne dirais pas que c’était quelqu’un de très intègre, ni rassurant, il est certain que vu de chez nous, c’était une influence qui nous paraissait très mal faite, après je pense que l’on peut qualifier de rapport d’amour-haine, la culture américaine est très séduisante, parce qu’elle est très séduisante elle est aussi envahissante. On est à la fois séduit et conscient d’être envahi, c’est toujours un rapport complexe, les Québécois, vont en Floride où il y a un petit Québec, littéralement, les personnages font cela systématiquement, on appelle les snowbearders .C’est toujours un peu plus complexe quand, le voisin est aussi énorme, les USA ce n’est pas le pays qui s’intéresse le plus aux autres, il y a un accord de libre échange, entre le Canada, les USA, le Mexique. Les mexicains en sont très conscients, les canadiens aussi, on discuté beaucoup entre les 2 pays avant d’établir cette zone de libre échange, les américains dans les sondages n’en sont aucunement conscients, ils sont conscient d’eux-mêmes, ils savent où se trouve l’Irak et l’Afghanistan, situation géopolitique, mais le rapport avec les USA passe toujours par cela. C’est un pays très égocentriste, on ne peut pas résumer quand même, la chose en disant : nous pensons tous ceci, nous pensons tous cela. La musique américaine plait beaucoup aux jeunes, la culture américaine est extrêmement répandue, après c’est chacun pour soi.

Plus de 10 ans que nous nous connaissons, Le Panda a tendance à s’assagir ou révolté ?
Je ne sais pas si tu t’assagis, j’en doute énormément, je ne connais pas l’objet de tes révoltes, mais ce que je constate c’est ta vrai curiosité, pour moi c’est une réelle qualité, c’est quoi ta révolte ?

On a des signes cabalistiques, et à ce moment là j’interviens, comme dans le dernier film dont il a été question, le film sur l’opale, j’ai vu la productrice du film, où cette gamine porte le film à bout de bras. Revenons au festival.
Il faut se Méfier de moi, quand on anime, les débats, souvent, on joue à l’idiot. Parfois je dis que je ne connais pas quelque chose parce que ce n’est pas évident , ce qui est clair pour le cinéaste ne l’est pas forcément pour tout le monde, notre fonction c’est aussi de s’assurer que tout le monde parle le même langage, et quand il nous semble que le cinéaste est un peu trop dans sa bulle, qui a passé 3 ans enfermé dans une pièce à faire un film, et perd cette notion, est-ce que tout le monde se retrouve ? Je fais exprès, avec un certain humour bien souvent, c’est mon personnage, je ramène mes choses, pour que tout le monde s’y retrouve, et je trouve cela très important. C’est assez facile, de larguer les gens, moi, mon métier, je fais de la radio, de la tv, je suis dans la communication, pour moi c’est important de m’assurer, que tout le monde est au même endroit, donc j’ai beaucoup de faciliter à prendre sur mon compte le fait que je ne comprends pas.

Il est beaucoup plus facile pour un être intelligent de se faire passer pour un con, que pour un con de se faire passer pour intelligent.

Cela je ne sais pas si je suis intelligent, mais notre fonction à tous c’est cela, c’est de s’assurer que tout le monde s’y retrouve, donc parfois j’en remets une couche, quand je trouve que cela manque un peu de vie, je secoue le cocotier, je dis quelque chose de plus surprenant, pour que cela mette un certain tonus, et que cela demeure aussi que l’on fait « un acte de communication ».

Tu y réussis à merveille, ce qui m’a surpris le plus, et là tu as fait joué tout ton humour, quand tu as envie d’être caustique, tu dis méfies toi de moi, non tu n’es pas quelqu’un en qui je me méfierais, tu es un ami, ceci étant dit tu as bien vu quand les chinois, quand ils ont expliqué leur film ,dans les questions que tu as posé et que j’ai posé, on avait l’impression qu’ils avaient formaté leur réponses, tu leur a dit qu’il n’avait pas la réponse sur l’ordinateur, peut-être que la réponse ne figure pas sur le disque dur. On n’a pas le sentiment que le public qui vient dans le cadre de la salle Gripel, les gens ont des difficultés à suivre, il faut recadrer le sujet.
Quand je te dis, méfies-toi de moi, dans une fonction comme celle d’animation, il ne faut pas prendre au sens littéral tout ce qui est fait, au fin de l’animation. Par ailleurs, c’est le grand constat que nous avons, cela vaut pour les gens de Taiwan, qui avaient écris les questions et les réponses, sur papier, mais les questions qu’ils avaient en tête étaient coréennes mais nous elles sont occidentales, nous habitons des pays démocratiques, la prise de parole est normale, je dis des énormités à la radio, mais je peux marquer ma désapprobation, m’aligner sur quelque chose, critiquer, je suis critique de cinéma, des choses épouvantable à certains égards, je peux faire tout cela. Il y a des pays où cela ne se fait pas et, dans le cadre des débats, on constate, cela vient de l’Iran, de certains pays d’Asie, la prise de parole et une chose beaucoup plus difficile, que ce soit par nature des peuples , ou parce qu’il y a une impression politique, on ressent parfois très fortement ce décalage d’hommes, on rencontre des français à plus forte raison, des québécois, quelqu’un qui a l’habitude d’être très direct, par rapport à ces gens là qui posent des questions moins frontales que nous, ils ont des rapports beaucoup moins secs avec la réalité, ils disent les choses en demi teinte, ils les suggèrent, ce sont des cultures (qui s’affrontent), qui s’entre choc, c’est aussi quelque chose dont il faut tenir compte, il n’y a personne qui viens et qui dirais je ne dirais rien du tout, il y a des gens qui : affirmer quelque chose au grand public est un exercice inhabituel, très difficile, ils ne sont pas autorisés à dire ce qu’ils ont envie de dire, ce n’est pas naturel, on a senti aussi, dans la réalisatrice cubaine, elle ne répondait pas aux questions qu’on lui posait, comme si elle était formatée. Mais cela vaut dans des tas de pays, la prise de paroles qu’on constate avec les français, cela se passe autrement, je ne comprends pas ce que disent les cinéastes français, parce que ils sont dans leur tête, alors que nous les québécois, nous sommes plus direct, nous synthétisons, alors que le français va élaguer. Il n’y a pas une façon qui est supérieure à l’autre, c’est une façon d’être, nous partageons une langue, mais nous ne partageons pas une façon d’être, c’est normal. Moi je viens d’Amérique du nord, je suis nord américain, cela conditionne ma façon d’être, avec une influence française de par la langue, mais ce qui permet de constater les débats, cette différence culturelle là, il ne faut pas être malhonnête, il y a des films qui nous touchent beaucoup, et qui ne viennent pas forcément de notre culture.

Mais on le sent : à Montréal, les gens ne disent pas « au revoir », mais « bonjour », ils te disent bonne journée. Cette richesse de la langue qui nous réunit, cette bonne fois, qui est typique, que l’on ne retrouve pas dans d’autres pays, francophones, moi qui me conviens le mieux d’utiliser, c’est cette franchise, cette spontanéité que l’on trouve au Québec, que l’on trouve essentiellement à Montréal, il y a ce respect de l’âge de la personne, que l’on a beaucoup plus de difficulté à trouver en France.
Je ne peux pas parler pour les français, la France est un pays multiforme, je suis plus à l’aise à Clermont Ferrand qu’à Paris. Les rapports sont plus courtois, conviviaux, agréables qu’à Paris. En même temps à Paris, les gens sont soumis à un tel brouhaha, à une telle façon de vivre qu’il suffit de prendre le métro pour être étourdi. C’est pour Montréal, pour tout le Québec, c’est une façon d’être, les québécois, il n’existe pas deux pays où tout le monde est fait sur le même modèle.
Il y a une attitude générale, le québécois est plutôt bon enfant, bonne nature, pas de prise de tête.


Tu as bien voulu nous confier, ton sentiment sur cette cuvée 2011.
Il ya quelqu’un qui me disait tout à l’heure, cette année c’est plus heureux, il y a plus d’amour, il a plus si, il y a plus çà. Les débats finissent par gommer les films, je vois les films 1 mois plus tôt, je les reçois avant d’aller au festival, et après, comme je ne vais plus en salle, pendant le festival, je finis par oublier un peu les films mais plutôt me rappeler des cinéastes. Il y a des thèmes qui reviennent chaque année, on fait des blagues sur les gens qui sortent de prison et qui reviennent dans leur milieu, les femmes qui sont violentées, les immigrants, les films qui sont caustiques, il y a quand même des films qui reviennent, là où il y a toujours évolution, transformation, c’est au labo, car de ce côté-là, les gens explorent de nouvelles formes, vont, voient des choses différentes, ce sont des variations sur une gamme de thèmes, c’est normal, on revient très souvent sur les mêmes questions, qui sont celles qui intéressent la nature humaine. J’ai beaucoup discuté des thèmes, toi tu y parviens ?

J’y parviens très difficilement, lorsqu’on parle de films d’animation, c’est la passion de celui qu’on appelle : le pape du court métrage « Claude Duty ». Est-ce que tu n’as pas aussi un petit peu ce sentiment, et que par une image de transition ?
On a cela et à côté on a, ce matin, cette jeune femme qui a fait un film avec du sable, elle se référait à carnlive,. Il y a des gens qui travaille au crayon, c’est normal, les jeunes en général vivent dans un monde de technologie bien plus que leurs ainées, ils vivent avec le téléphone portable, qui est greffée dans leur main, ils vivent face à l’ordinateur, constamment, ils s’envoient des textos, des sms, toujours dans ce type de communication à travers les moyens de communications modernes. C’est normal qu’il y ait une séduction qui vienne des nouvelles technologies, parce que passer par la virtualité, de réinventer un monde, je comprends que c’est très bien, leur intérêt c’est générationnelle et c’est vrai que l’on peut faire là des choses beaucoup plus rapidement dans certains cas, que dans le mode traditionnel d’animation, qui avec 24 images/sec, demander un travail d’artisan qui est beaucoup plus exigeant alors pour moi, cela me parait naturel que les jeunes se tournent vers ce genre de moyen, mais en réaction, en contre poids, il y aura toujours des gens pour aller vers d’autres techniques.

Merci Michel Coulombe de t’être prêtée à cet échange.
A toi aussi Le Panda Patrick Juan.

N’oublions pas que nous avons en face de nous, des êtres humains, et çà, si vous ne perdez pas ce cliché, il faut savoir qu’une équipe c’est une globalité qui permet, de faire quelque chose, qui permet une complicité, c’est ce qui permet de vous faire rire, c’est de ne jamais porter un apriori ou un jugement sur le travail de quelqu’un, même lorsque l’on connait bien les fondements, et c’est de tenter de l’encourager, à poursuivre, même si, on est pas tout le temps en osmose, même si on a pas tout le temps compris, il y a la position du professionnel, et il y a la position de l’être humain. Merci donc, de nous avoir lu jusqu’au bout, les commentaires que vous souhaiteriez découvrir. Propos à bâtons rompus entre Michel et Patrick pour cette saison 2011, un clin d’œil et plus au Festival, à nos cultures, notre amitié.


Le Panda Patrick JuanMichel Coulombe Le Québequois.



 

 

 

 

 

 
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