Bienvenue au bagne Amerika

Bienvenue au bagne Amerika

Cet article est très instructif.  Il nous explique dans le détail ce qui se passe en sous-main, dans les bureaux feutrés du grand capital international.  Pendant que l’on terrorise la plèbe avec une méchante grippe coronavirus et pendant que chaque gérant d’estrade, d’hôpital ou de résidence pour aînées, y va de ses diagnostics et  de ses pronostics à propos de l’accès aux masques et aux tests de dépistage – de la durée du confinement qui étrangle l’économie (et donc la populace asymptomatique aussi bien que fiévreuse) – derrière les rideaux de la bourse, ceux qui décident vraiment  de votre futur d’aliéné(e), préparent les conditions pour se sauver avec le pactole – avec la cagnotte de millions de milliards de dollars que les États bourgeois et leurs banques centrales essaiment présentement à tout vent. Mais qui donc remboursera ce crédit -monnaie sans valeur car adossé à aucune valeur concrète puisque l’économie est confiné avec ceux qui la font tourner… les ouvriers?  Lisez bien cet article et vous saurez avant même les larbins politiciens qui surveillent votre distanciation sociale sur le parking du centre d’achat  ou sur le tarmac de l’aéroport et qui seront demain en faillite. Robert Bibeau. Éditeur https://www.les7duquebec.net


Mike Withney écrit:  Imaginez que le Congrès US approuve une mesure pour former un partenariat public-privé entre le Trésor américain et la Réserve fédérale. Pouvez-vous imaginer ça ?

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Imaginez maintenant qu’un Congrès paniqué et mal informé donne à la Fed un chèque en blanc pour renflouer tous ses coquins et copains escrocs et ses amis de Wall Street, permettant à la Fed de fournir plus de 4 500 de milliards de dollars à des sociétés englouties dans les flots, qui ont arnaqué les investisseurs Mémé et Pépé en leur vendant des obligations qui ont été utilisées pour faire grimper le cours de leurs actions, afin que les PDG Raminagrobis bien dodus puissent agir comme des bandits.

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©greanvillepost.com

Imaginez que toute ces pertes financières d’acteurs privés soient empilées sur la dette nationale poussant les taux d’intérêt à long terme dans la stratosphère tout en écrasant les petites entreprises, les ménages et les travailleurs ordinaires.

Essayez maintenant d’imaginer l’impact que cela aurait sur l’avenir de la nation. Imaginez que la Banque centrale (privée) reçoive le feu vert pour dévorer le Trésor (public), contrôler les «cordons de la bourse» du pays, et utilise l’autorité fiscale nationale pour [obliger les contribuables à consolider ses milliers de milliards de dollars de paris à effet de levier ultra-risqué, ses pyramides de ponzi conçues pour être opaques, et ses dettes spéculatives massives incontrôlées laissant un trou noir béant dans son bilan ?

Eh bien, vous n’aurez pas à imaginer ce scénario beaucoup plus longtemps, car la réalité est  déjà à portée de main. Regardez, les hurluberlus du Congrès, incompétents, traîtres et stupides, ne sont qu’à quelques centimètres de l’acte crucial d’aliénation des cordons de la bourse, qui sont non seulement leur plus grande force, mais lui permettent aussi de refréner les abus du pouvoir exécutif en contrôlant les flux de financement. Ce pouvoir est le pouvoir suprême du gouvernement, c’est pourquoi les pères fondateurs l’ont confié aux élus du peuple, au Congrès. Maintenant, ces imbéciles discutent de la cession ou non de cette autorité à un cartel bancaire privé qui a considérablement élargi le gouffre entre riches et pauvres, incité à la spéculation destructrice de l’industrie et gonflé à plusieurs reprises des bulles géantes de prix des actifs qui ont inévitablement explosé, envoyant les actions et l’économie réelle en chute libre dans l’abîme.

L’idée de fusionner la Fed et le Trésor est apparue sous sa forme primitive dans un article des anciens présidents de la Fed, Ben Bernanke et Janet Yellen, dans le Financial Times. Voici un court extrait de l’article :

«La Fed pourrait demander au Congrès l’autorisation d’acheter des montants limités de dette de qualité supérieure… L’intervention de la Fed pourrait aider à redémarrer cette partie du marché de la dette des entreprises, qui subit des tensions importantes. Un tel programme devrait être soigneusement calibré pour minimiser le risque de crédit pris par la Fed tout en fournissant les liquidités nécessaires à un marché essentiel. » Financial Times

La Fed n’est pas autorisée à acheter la dette des entreprises, car cela ne relève pas de son mandat qui est «la stabilité des prix et de plein emploi». Il ne lui est pas non plus permis d’intervenir arbitrairement sur les marchés pour choisir des gagnants et des perdants, ni de renflouer des sociétés pleunichardes mal gérées qui trafiquaient le système à leur propre avantage lorsque toute l’affaire leur a explosé au visage. C’est leur problème, pas celui de la Fed ni celui du contribuable américain.

Mais remarquez comment Bernanke  (l’hélicoptère man) souligne comment «Un tel programme devrait être soigneusement calibré pour minimiser le risque de crédit pris par la Fed». Pourquoi pensez-vous qu’il a dit cela ?

Il l’a dit parce qu’il anticipe un accord selon lequel le nouvel attelage Trésor-Fed pourrait acheter jusqu’à «4 500 milliards de dollars de dette d’entreprise», selon Marketwatch et Bank of America. Et voilà la façon dont cela fonctionnera : la Fed sélectionnera les obligations qui seront achetées et le risque de crédit sera concentré sur le Trésor américain [les contribuables]. Apparemment, Bernanke et Yellen pensent qu’il s’agit d’un arrangement «équitable», mais d’autres pourraient différer sur ce point.

N’oubliez pas qu’au cours de la seule semaine dernière, les investisseurs ont retiré un montant record de 107 milliards de dollars d’obligations de sociétés, un marché qui est gelé depuis près d’un mois. La seule activité est l’augmentation continue des rachats par des investisseurs frénétiques qui veulent récupérer leur argent avant que la liste des cotations ne se dirige vers les fonds sous-marins. C’est le marché que Bernanke veut voir renfloué par le peuple américain, principalement parce qu’il ne veut pas submerger le bilan de la Fed sous les pertes. Il veut trouver un pigeon qui prendra les pertes à sa place. C’est là que l’oncle Sam entre en scène, il est la cible de ce subterfuge. Ce même thème apparaît dans un article du  Wall Street Journal. Vérifiez-le :

«Au moins, le Trésor a réalisé qu’il avait besoin d’une facilité pour fournir des liquidités aux entreprises. Mais au moment où nous écrivons ceci, M. Mnuchin insistait toujours pour que le Trésor ait le contrôle de la majeure partie de l’argent pour pouvoir le verser directement aux entreprises qu’il veut aider. C’est une recette pour choisir les gagnants et les perdants, et donc pour des combats politiques amers et des mois de vilains titres criant au favoritisme. La meilleure réponse du Trésor serait d’utiliser l’argent du Congrès pour reconstituer le Fonds de stabilisation des changes et soutenir la Fed dans la création d’une facilité ou des véhicules spéciaux en vertu de l’article 13 (3) pour prêter de l’argent à tous les arrivants. » Leaderless on the Econom , Wall Street Journal

Je peux à peine croire que l’auteur soit assez audacieux pour nous dire cela droit dans les yeux. Lisez-le attentivement, il dit «Nous voulons votre argent, mais pas vos conseils. La Fed choisira qui recevra l’argent et qui n’en recevra pas. Mettez simplement vos milliers de milliards sur le comptoir et foutez le camp. »

N’est-ce pas ce qu’ils disent ? Bien sûr que oui. Et le reste de l’article est encore plus arrogant :

«La Fed peut facturer un taux, mais les véhicules devraient être ouverts à ceux qui pensent avoir besoin de l’argent, et pas seulement à ceux que le Trésor juge dignes.» [Quoi ? Le Trésor ne devrait pas avoir son mot à dire sur qui reçoit l’argent des contribuables !!] La crise de liquidité imminente est tout simplement trop grande pour ce genre de prise de décision bureaucratique et politisée. The Wall Street Journal

Tu piges ? En d’autres termes, les gens du Trésor sont tout simplement trop stupides ou ont trop de préjugés pour comprendre les subtilités d’un plan pour un renflouement monumental comme celui-ci. Est-ce de l’arrogance ou quoi ?

C’est le mépris que ces gens ont pour vous et moi et tous ceux qui ne font pas partie de leur troupeau élitiste de réprouvés. Voici un extrait d’un autre article du WSJ qui aide à montrer comment les médias financiers poussent cette gigantesque subvention à destination des entreprises américaines :

«La Réserve fédérale, le Département du Trésor et les régulateurs bancaires méritent des félicitations pour leurs actions audacieuses et nécessaires afin de fournir des liquidités au système financier américain au milieu de la crise du coronavirus. Mais il reste encore beaucoup à faire. Nous recommandons donc :
(1) une action immédiate du Congrès…. d’autoriser le Trésor à utiliser le Fonds de stabilisation des changes pour garantir des fonds monétaires de premier ordre,
(2) des mesures réglementaires pour effectuer des réductions temporaires des fonds propres bancaires et des exigences de liquidité 
[Ainsi les banques n’auront plus besoin d’avoir des réserves en contrepartie de leurs prêts ] … prêts supplémentaires de la Fed aux banques et aux non-banques…. [Par «non-banques», l’auteur entend-il des fonds spéculatifs qui ont sombré ?]

Nous recommandons à la Fed de prendre de nouvelles mesures en tant que prêteur de dernier recours. Premièrement, elle devrait rétablir le mécanisme d’enchères à terme, utilisé lors de la crise de 2008, permettant aux institutions de dépôt d’emprunter contre une large gamme de garanties à un prix d’adjudication [Elles veulent supprimer l’exigence d’une bonne garantie triple A] … Deuxièmement, elle devrait envisager d’exercer davantage son pouvoir en vertu du paragraphe 13 (3) de fournir des liquidités supplémentaires aux non-banques, y compris potentiellement des achats de dette d’entreprise par le biais d’un véhicule à usage spécial » Faire plus pour éviter une crise de liquiditéWall Street Journal

Ce n’est pas un renflouement, c’est une blague, et il n’y a aucun moyen que le Congrès approuve ces mesures, en particulier la fusion du Trésor (public) américain avec les coupe-gorge (privés) de la Fed. C’est une prescription pour un désastre ! La Fed doit être abolie et non considérée comme une institution d’État. C’est de la folie !

Et voyez comment l’auteur veut mettre en place un véhicule financier à usage spécial (SPV) afin que la chicane comptable puisse être tenue secrète, ce qui signifie que le public ne saura pas combien d’argent est jeté dans les toilettes en essayant de ressusciter ces sociétés insolvables dont les dirigeants vivent encore sur un grand pied avec l’argent qu’ils ont volé aux investisseurs crédules. Toute cette arnaque pue jusqu’au ciel !

Pendant ce temps, les travailleurs américains recevront 1 000 dollars chacun pour les calmer, jusqu’à ce que les dettes s’accumulent jusqu’aux combles et qu’ils soient forcés de voler la superette du coin pour nourrir leurs enfants. Est-ce juste ?

Et ne vous y trompez pas : ce n’est pas un renflouement, c’est l’agenda politique de l’élite visant à créer une sous-classe permanente qui travaillera pour des nèfles juste pour survivre.

Bienvenue au bagne Amerika !

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Thèses d’Urgeiriça sur la Révolution d’octobre

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En Amérique Latine, le néolibéralisme est en feu

Par Pépé Escobar Sur Saker

Le néolibéralisme est, au sens propre du terme, en train de brûler. Et de l’Équateur au Chili, l’Amérique du Sud, une fois de plus, montre la voie. Contre l’austérité vicieuse et universelle du FMI, qui déploie des armes de destruction économique massive pour briser les souverainetés nationales et favoriser les inégalités sociales, l’Amérique du Sud semble enfin prête à reprendre le pouvoir de forger sa propre histoire.

Trois élections présidentielles sont en cours. La Bolivie semble avoir été réglée dimanche dernier, alors que les habituels suspects crient encore « Fraude ! ». Pour l’Argentine et l’Uruguay nous saurons dimanche prochain. [ Macri vient d’être battu, laissant la place à Alberto Fernandez, vainqueur au 1er tour avec plus de 48% des votes, NdT].

 

Nous vous proposons cet article de Pepe Escobar car il présente la synthèse de la pensée des gauches réformistes que nous pouvons résumé en trois apories: 1) les élections sont la voie de l’émancipation des populations et il faut observer quelle marionnette politique remplacera la précédente (sic). 2) Nous vivons sous la gouvernance « néolibérale » que les populations n’ont qu’à remplacer pour se libérer (se libérer de quoi précisément Pepe?). 3) L’activité des politiciens et des institutions internationales comme le FMI a pour objectif de : « briser les souverainetés nationales et favoriser les inégalités sociales » (sic). La petite bourgeoisie gauchiste n’apprend jamais de ses expériences comme celles de Peron en Argentine, Lula au Brésil, Allende au Chili, Castro à Cuba, Chavez au Venezuela, Morales en Bolivie et tous les autres gouvernements de gauche qui ont alterné avec des gouvernements de droite « néolibéraux », que Pepe ferait mieux d’appeler des gouvernements capitalistes de gauche ou de droite.  Du pareil au même, voilà pourquoi l’Amérique latine est toujours aussi miséreuse après un siècle d’alternance capitaliste « dirigiste » ou « libéraliste ». Robert Bibeau. http://www.les7duquebec.com

 


Le retour de bâton contre ce que David Harvey a magnifiquement conceptualisé comme une accumulation par dépossession est, et continuera d’être, sévère. Cela finira par atteindre le Brésil – qui, à l’heure actuelle, continue d’être déchiqueté par les fantômes «Pinochetistes». Le Brésil, après d’immenses souffrances, finira par se relever. Finalement, les exclus et les humiliés de toute l’Amérique du Sud découvrent qu’ils portent en eux un Joker.

Le Chili privatise à tout va

La question posée par la rue chilienne est directe : « Quel est le pire, échapper aux impôts ou envahir le métro ? » Tel est le calcul de la lutte des classes. Le PIB du Chili a augmenté de 1,1% l’an dernier alors que les bénéfices des plus grandes entreprises ont augmenté dix fois plus. Il n’est pas difficile de trouver comment l’énorme fossé a été creusé. La rue chilienne s’oppose au fait que l’eau, l’électricité, le gaz, la santé, la médecine, les transports, l’éducation, le salar  (les mines) d’Atacama, même les glaciers, ont été privatisés.

C’est une classique accumulation par dépossession, et le coût de la vie est devenu insupportable pour l’écrasante majorité des 19 millions de Chiliens, dont le revenu mensuel moyen ne dépasse pas 500 dollars.

Paul Walder, directeur du portail Politika et analyste du Centre latino-américain d’analyse stratégique (CLAE), note que moins d’une semaine après la fin des manifestations en Équateur – qui ont forcé le vautour néolibéral Lénine Moreno à abandonner une hausse du prix du gaz – le Chili est entré dans un cycle très similaire de manifestations.

Walder définit, à juste titre, le président chilien Sebastian Pinera comme la dinde d’un banquet qui dure depuis longtemps et qui implique toute la classe politique chilienne. Il n’est donc pas étonnant que la rue chilienne, très en colère, ne fasse plus de différence entre le gouvernement, les partis politiques et la police. Pinera, comme on pouvait s’y attendre, a criminalisé tous les mouvements sociaux, envoyé l’armée dans la rue pour une répression totale et instauré un couvre-feu.

Pinera est le 7e milliardaire le plus riche du Chili, avec des actifs évalués à 2,7 milliards de dollars, répartis dans les compagnies aériennes, les supermarchés, la télévision, les cartes de crédit et le football. C’est une sorte de Moreno turbocompressé, un Pinochet néolibéral. Le frère de Pinera, José, était ministre sous Pinochet, et c’est lui qui a mis en œuvre le système social privatisé du Chili – une source clé de désintégration sociale et de désespoir. Et tout est lié : l’actuel ministre brésilien des Finances, Paulo Guedes, un Chicago Boy, a vécu et travaillé au Chili à l’époque, et veut maintenant répéter cette expérience absolument désastreuse au Brésil.

Le pire est que le « modèle » économique que Guedes veut imposer au Brésil s’est totalement effondré au Chili. (Il n’y a pas des « modèles » économiques capitalistes – il n’y en a qu’un seul où le capital appui sur la pédale de gauche ou sur celle de droite selon ses besoins. NDLR)

La principale ressource du Chili est le cuivre. Historiquement, les mines de cuivre appartenaient aux États-Unis, mais elles ont ensuite été nationalisées par le président Salvador Allende en 1971, d’où le plan du criminel de guerre Henry Kissinger d’éliminer Allende, qui a culminé avec le 11 septembre 1973.

La dictature de Pinochet a plus tard reprivatisé les mines. La plus grande d’entre elles, Escondida, dans le désert d’Atacama – qui représente 9% du cuivre mondial – appartient au géant anglo-australien Bhp Billiton. Le plus gros acheteur de cuivre sur les marchés mondiaux est la Chine. Au moins deux tiers des revenus générés par le cuivre chilien ne vont pas au peuple chilien, mais à des multinationales étrangères.

La débâcle argentine

Avant le Chili, l’Équateur a été en état de semi-paralysie : écoles inactives, pas de transports urbains, pénuries alimentaires, spéculation galopante, graves perturbations sur les exportations de pétrole. Sous le feu de la mobilisation de 25 000 autochtones dans les rues, le Président Lénine Moreno a lâchement laissé un vide de pouvoir à Quito, transférant le siège du gouvernement à Guayaquil. Les peuples autochtones ont pris en charge la gouvernance dans de nombreuses villes importantes. L’Assemblée nationale a déserté pendant près de deux semaines, sans même la volonté d’essayer de résoudre la crise politique.

En déclarant l’état d’urgence et le couvre-feu, Moreno a déroulé un tapis rouge pour les forces armées – et Pinera a dûment répété la procédure au Chili. La différence est qu’en Équateur, Moreno a misé sur la division et la domination entre le mouvement des peuples autochtones et le reste de la population. Pinera doit recourir à la force brute.

En plus d’appliquer les mêmes vieilles tactiques d’augmentation des prix pour obtenir d’autres fonds du FMI, l’Équateur a également laissé voir l’articulation classique entre un gouvernement néolibéral, les grandes entreprises et le proverbial ambassadeur étasunien, en l’occurrence Michael Fitzpatrick, ancien secrétaire adjoint pour les affaires de l’hémisphère occidental responsable de la région andine, du Brésil et du Cône Sud jusqu’en 2018.

Le cas le plus évident d’échec total du néolibéralisme en Amérique du Sud est celui de l’Argentine. Il y a moins de deux mois, à Buenos Aires, j’ai été témoin des vicieux effets sociaux du peso en chute libre, d’une inflation à 54%, une urgence alimentaire de facto et l’appauvrissement de secteurs les plus solides de la classe moyenne. Le gouvernement de Mauricio Macri a littéralement cramé la majeure partie du prêt de 58 milliards de dollars du FMI – il reste encore 5 milliards de dollars à verser. Macri est sur le point de perdre les élections présidentielles : Les Argentins devront payer son énorme facture.

Le modèle économique de Macri ne pouvait qu’être celui de Pinera – en fait celui de Pinochet, où les services publics sont gérés comme une entreprise. Un lien clé entre Macri et Pinera est la Fondation ultra-néolibérale pour la liberté parrainée par Mario Vargas Llosa, qui peut au moins se vanter de la qualité rédemptrice d’avoir été un romancier décent, il y a longtemps.

Macri, un millionnaire disciple d’Ayn Rand et incapable de faire preuve d’empathie envers qui que ce soit, est essentiellement un code chiffré, préfabriqué par son gourou équatorien, Jaime Duran Barba, comme un produit robotique du data mining, des réseaux sociaux et des focus groups. Une vision hilarante de ses angoisses peut être lue Dans La Cabeza de Macri : Como Piensa, Vive y Manda el Primer Presidente de la No Politica, de Franco Lindner. [Dans la tête de Macri : Comment le premier président de la non-politique pense, vit et commande]

Parmi ses nombreuses manigances, Macri est indirectement lié à la fabuleuse machine de blanchiment d’argent qu’est HSBC. Le président de HSBC en Argentine était Gabriel Martino. En 2015, quatre mille comptes argentins d’une valeur de 3,5 milliards de dollars ont été découverts chez HSBC en Suisse. Cette fuite spectaculaire des capitaux a été organisée par la banque. Pourtant, Martino a été sauvé par Macri, et est devenu l’un de ses meilleurs conseillers.

Méfiez-vous des actions vautours du FMI

Tous les regards devraient maintenant se tourner vers la Bolivie. Au moment d’écrire ces lignes, le président Evo Morales a remporté les élections présidentielles de dimanche, au premier tour, obtenant, par une faible marge, les 10% nécessaires pour qu’un candidat gagne s’il n’obtient pas les 50% plus un vote. Morales l’a emporté à la fin, lorsque les votes des zones rurales et de l’étranger ont été entièrement comptés et que l’opposition avait déjà commencé à descendre dans la rue pour faire pression. Il n’est pas surprenant que l’OEA – au service des intérêts américains – ait déclaré son « manque de confiance dans le processus électoral ».

Evo Morales suit une politique de développement durable, inclusif et, surtout, autonome de la finance internationale. Pas étonnant que tout l’appareil du Consensus de Washington le déteste. Le ministre de l’Économie, Luis Arce Catacora, est allé droit au but : « Quand Evo Morales a gagné sa première élection en 2005, 65% de la population avait un faible revenu, maintenant 62% de la population a accès à un revenu moyen. »

L’opposition, sans aucun projet autre que celui de privatisations sauvages, et sans aucun souci de politique sociale, en est à crier à la « fraude », mais cela pourrait prendre une tournure très désagréable dans les prochains jours. Dans la banlieue chic du sud de La Paz, la haine de classe contre Evo Morales est le sport favori : le Président est traité d’« indien », de « tyran » et d’« ignorant ». Les cholos de l’Altiplano sont régulièrement définis par les élites propriétaires fonciers blancs des plaines comme une « race diabolique ».

Rien de tout cela ne change le fait que la Bolivie est maintenant l’économie la plus dynamique d’Amérique latine, comme l’a souligné l’analyste argentin Atilio Boron.

La campagne de discrédit envers Morales, qui ne peut que s’aggraver, s’inscrit dans la guerre impériale de 5eme génération qui, écrit Boron, veut faire oublier « la pauvreté chronique dont la majorité absolue de la population a souffert pendant des siècles », dans un état qui a toujours « maintenu la population dans l’absence totale de protection institutionnelle » et « a pillé les richesses naturelles et le bien commun ».

Bien sûr, les projets des vautours du FMI ne disparaîtront pas d’Amérique du Sud comme par enchantement. Alors même que les suspects habituels, via les rapports de la Banque mondiale, semblent désormais « préoccupés » par la pauvreté ; les Scandinaves offrent le prix Nobel d’économie à trois universitaires qui étudient la pauvreté ; et Thomas Piketty, dans Capital et Idéologie, tente de décortiquer la justification hégémonique de l’accumulation de la richesse.

Ce qui semble encore absolument hors de portée des gardiens du système mondial actuel est d’enquêter réellement sur le néolibéralisme pur et dur en tant que cause profonde de l’hyperconcentration de la richesse et des inégalités sociales. Il ne suffit plus d’offrir des pansements. Les rues d’Amérique du Sud sont en feu. Le retour de flamme est maintenant violent.

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Baghdadi mort ? Le décodage.

Par PressTV (Iran)

Le président US qui accusait en 2016 Clinton d’avoir créé de toutes pièces Daech, est apparu ce dimanche sur les écrans pour clamer triomphalement que lui et son armée ont tué comme un « chien » Al-Baghdadihttp://ptv.io/2nOc Il a remercié en passant la Turquie, la Russie et même la Syrie pour l’avoir aidé dans cette tâche périlleuse : l’élimination physique du chef terroriste qui, tout comme Ben Laden à son époque, s’est laissé exploser pour que les « boys » n’aient pas à approuver, cadavre à l’appui, que cet extravagant récit n’en est pas un de plus, destiné à leurrer l’opinion américaine et mondiale. Mais à quoi rime cette absurde sortie trumpienne?
Pierre Dortiguier, politologue et Robert Bibeau, éditeur du webmagazine Les 7 du Québec, s’expriment sur le sujet.

 

 

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Le déficit budgétaire américain = 1.000 milliards de dollars en 2019

Source :  Alter-Info.org.

Le déficit budgétaire des États-Unis a bondi de 26% pour l’exercice 2019 frôlant les mille milliards de dollars malgré une économie en croissance et la manne des droits de douanes supplémentaires, fruit de la guerre commerciale contre la Chine et l’Union européenne.

Le déficit de l’État fédéral pour l’exercice 2019 clos en septembre se monte à 984 milliards de dollars, soit 4,6% du Produit Interieur brut (PIB), a indiqué vendredi 25 octobre le Trésor américain.

C’est son plus haut niveau depuis 2012 où il avait atteint 1.100 milliards de dollars sous l’administration Obama alors que la première économie mondiale sortait de la crise financière et de la Grande récession. (sic)

Les droits de douanes punitifs infligés notamment aux marchandises chinoises dans le cadre du bras de fer commercial que l’administration Trump mène avec Pékin, ont rapporté 30 milliards de dollars, 70% de plus que d’ordinaire et un montant total record, ont souligné les responsables du ministère des finances de Donald Trump, cités par l’AFP.

Mais cela n’a pas empêché le trou budgétaire de se creuser de 205 milliards de dollars supplémentaires par rapport à 2018.

Si les recettes ont augmenté de 4% pour atteindre 3.462 milliards de dollars, un record, le rythme de croissance des dépenses a représenté le double avec +8%, totalisant 4.447 milliards de dollars, un record historique également.

Côté dépenses, le vieillissement de la population, qui va de pair avec un gonflement des pensions de retraites (+6%) et des frais d’assurance santé (+8%) pour les plus pauvres (Medicaid) et les plus âgés (Medicare), a pesé dans le trou budgétaire.

https://fr.sputniknews.com/economie/201910261042325633-le-deficit-budgetaire-americain-frole-les-1000-milliards-de-dollars-en-2019/

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La route de Damas: Comment la guerre de Syrie a été gagnée

Par Pepe Escobar.  Sur  Mondialisation.ca &  Luc Michel. Sur PressTV.

 

Ce qui se passe en Syrie, à la suite d’un autre accord conclu sous l’égide de la Russie, est un énorme changement géopolitique. J’ai essayé de le résumer en un seul paragraphe de cette façon :

« C’est une quadruple victoire. Les États-Unis effectuent un retrait pour sauver la face, que Trump peut vendre en évitant un conflit avec la Turquie, alliée de l’OTAN. La Turquie a la garantie – par les Russes – que l’armée syrienne contrôlera la frontière turco-syrienne. La Russie empêche l’escalade de la guerre et maintient en vie le processus de paix russo-irano-turc. Et la Syrie finira par reprendre le contrôle de tout le nord-est ».

La Syrie est peut-être la plus grande défaite de la CIA depuis le Vietnam.

Pourtant, cela commence à peine à raconter toute l’histoire.

Permettez-moi d’esquisser brièvement, à grands traits historiques, comment nous en sommes arrivés là.


Cela a commencé par une intuition que j’ai ressentie le mois dernier à la frontière du Liban, de la Syrie et de la Palestine occupée, suivie d’une série de conversations à Beyrouth avec des analystes libanais, syriens, iraniens, russes, français et italiens de première classe ; le tout reposant sur mes voyages en Syrie depuis les années 1990 ; avec un mélange de bibliographie française sélectionnée qui y a été ajoutée, disponible chez Antoine’s à Beyrouth.

Les Vilayets

Commençons au XIXe siècle lorsque la Syrie se composait de six vilayets – provinces ottomanes – sans compter le Mont Liban, qui avait un statut spécial depuis 1861 au profit des chrétiens maronites et Jérusalem, qui était un sanjak (division administrative) d’Istanbul.

Les vilayets ne définissaient pas l’identité syrienne extrêmement complexe : par exemple, les Arméniens étaient majoritaires dans le vilayet de Maras, les Kurdes de Diyarbakir – qui font maintenant partie de la Turquie en Anatolie du Sud – et les vilayets d’Alep et Damas étaient tous deux sunnites arabes.

La Syrie ottomane du XIXe siècle était l’exemple même du cosmopolitisme. Il n’y avait pas de frontières ou de murs intérieurs. Tout était interdépendant.

Groupes ethniques dans les Balkans et en Asie Mineure, début du XXe siècle, Atlas historique, 1911

Puis les Européens, profitant de la Première Guerre mondiale, sont intervenus. La France a obtenu le littoral syro-libanais, puis les vilayets de Maras et de Mossoul (aujourd’hui en Irak). La Palestine a été séparée de Cham (le « Levant »), pour être internationalisée. Le vilayet de Damas a été coupé en deux : La France a eu le nord, les Britanniques le sud. La séparation entre la Syrie et les terres libanaises majoritairement chrétiennes a eu lieu plus tard.

Il y a toujours eu la question complexe de la frontière entre la Syrie et l’Irak. Depuis l’Antiquité, l’Euphrate a servi de barrière, par exemple entre les Cham des Omeyyades et leurs féroces concurrents de l’autre côté du fleuve, les Abbassides de Mésopotamie.

James Barr, dans son splendide « Une ligne dans le sable« , note à juste titre que l’accord Sykes-Picot a imposé au Moyen-Orient la conception européenne du territoire : leur « ligne dans le sable » a codifié une séparation délimitée entre États-nations. Le problème est qu’il n’y avait pas d’États-nations dans la région au début du XXe siècle.

La naissance de la Syrie telle que nous la connaissons était un travail en cours, impliquant les Européens, la dynastie hachémite, les nationalistes syriens investis dans la construction d’une Grande Syrie incluant le Liban, et les Maronites du Mont Liban. Un facteur important est que peu de gens dans la région ont déploré la perte de leur dépendance à l’égard de la Médina Hachémite, et à l’exception des Turcs, la perte du vilayet de Mossoul dans ce qui est devenu l’Irak après la Première Guerre mondiale.

En 1925, les sunnites devinrent de facto le pouvoir de premier plan en Syrie, sous le nom d’Alep et de Damas unifiés par les Français. Dans les années 1920, la France a également établi les frontières de la Syrie orientale. Et le Traité de Lausanne, en 1923, obligea les Turcs à céder toutes leurs possessions ottomanes, mais ne les écarta pas du jeu.

Frontières turques selon le Traité de Lausanne, 1923

Les Turcs ont rapidement commencé à empiéter sur le mandat français et à bloquer le rêve de l’autonomie kurde. La France finit par céder : la frontière turco-syrienne s’alignerait sur le tracé du légendaire Bagdadbahn, le chemin de fer Berlin-Baghdad.

Dans les années 1930, la France céda encore plus : le sanjak d’Alexandretta (aujourd’hui Iskenderun, dans la province de Hatay, Turquie), est finalement annexé par la Turquie en 1939 alors que seulement 40% de la population est turque.

 

 

 

L’annexion a conduit à l’exil de dizaines de milliers d’Arméniens. Ce fut un coup dur pour les nationalistes syriens. Et ce fut un désastre pour Alep, qui perdit son corridor vers la Méditerranée orientale.

Les forces turques sont entrées à Alexandretta le 5 juillet 1938

Dans les steppes orientales, la Syrie n’était composée que de tribus bédouines. Au nord, il s’agissait de l’affrontement turco-kurde. Et au sud, la frontière était un mirage dans le désert, dessiné seulement avec l’avènement de la Transjordanie. Seul le front occidental, avec le Liban, a été établi et consolidé après la Seconde Guerre mondiale.

Cette Syrie émergente, issue de conflits entre les intérêts turcs, français, britanniques et une myriade d’intérêts locaux, ne pouvait évidemment plaire à aucune communauté, et ne plaisait à aucune d’entre elles. Pourtant, le cœur de la nation a configuré ce qui a été décrit comme une « Syrie utile ». Pas moins de 60% de la nation était – et demeure – pratiquement vide. Pourtant, d’un point de vue géopolitique, cela se traduit par une « profondeur stratégique » – le cœur de la question dans la guerre actuelle.

De Hafez à Bachar

A partir de 1963, le parti Baas, laïc et nationaliste, s’est emparé de la Syrie, consolidant finalement son pouvoir en 1970 avec Hafez al-Assad qui, au lieu de s’en remettre à sa minorité alaouite, a construit une énorme machine étatique hyper-centralisée mélangée à un État policier. Les acteurs clés qui ont refusé de jouer le jeu ont été les Frères Musulmans, jusqu’au massacre lors de la répression brutale de Hama en 1982.

La laïcité et un État policier : c’est ainsi que la fragile mosaïque syrienne a été préservée. Mais déjà dans les années 1970, des fractures majeures ont émergé : entre les grandes villes et une périphérie très pauvre ; entre l’ouest « utile » et l’est bédouin ; entre Arabes et Kurdes. Mais les élites urbaines n’ont jamais répudié la volonté de fer de Damas : le copinage, après tout, était très rentable.

Damas s’est fortement immiscée dans la guerre civile libanaise dès 1976 à l’invitation de la Ligue Arabe en tant que « force de maintien de la paix ». Dans la logique de Hafez al-Assad, souligner l’identité arabe du Liban est essentiel pour récupérer la Grande Syrie. Mais le contrôle syrien sur le Liban a commencé à s’effriter en 2005, après l’assassinat de l’ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri, tout près de l’Arabie Saoudite, l’Armée Arabe Syrienne (SAA) a finalement quitté le pays.

Bachar al-Assad a pris le pouvoir en 2000. Contrairement à son père, il a parié sur les Alaouites pour faire fonctionner la machine d’État, empêchant la possibilité d’un coup d’État mais s’éloignant complètement des Syriens pauvres de la rue.

Ce que l’Occident a défini comme le Printemps Arabe, a commencé en Syrie en mars 2011 ; c’était une révolte contre les Alaouites autant qu’une révolte contre Damas. Totalement instrumentalisée par les intérêts étrangers, la révolte a éclaté dans des périphéries sunnites extrêmement pauvres et déprimées : Deraa dans le sud, l’est déserté, et les banlieues de Damas et Alep.

Protestation à Damas, 24 avril 2011. (syriana2011/Flickr)

Ce qui n’était pas compris en Occident, c’est que ce « banquet des mendiants » n’était pas contre la nation syrienne, mais contre un « régime ». Jabhat al-Nusra, dans un exercice de relations publiques, a même rompu son lien officiel avec Al-Qaïda et a changé sa dénomination pour Fatah al-Cham, puis Hayat Tahrir al-Cham (« Organisation pour la libération du Levant »). Seul l’État Islamique/Daesh a dit qu’ils se battaient pour la fin des accords Sykes-Picot.

En 2014, le champ de bataille en perpétuel mouvement était plus ou moins établi : Damas contre Jabhat al-Nusra et l’EI/Daesh, avec un rôle hésitant pour les Kurdes du nord-est, obsédés par la préservation des cantons d’Afrin, Kobane et Qamichli.

Mais le point clé est que chaque katiba (« groupe de combat »), chaque quartier, chaque village, et en fait, chaque combattant était en permanence dans et hors des allégeances. Cela a produit une nébuleuse vertigineuse de djihadistes, de criminels, de mercenaires, certains liés à Al-Qaïda, d’autres à Daesh, d’autres formés par les Étasuniens, certains ne faisant qu’un profit rapide.

Par exemple, les Salafis – richement financés par l’Arabie Saoudite et le Koweït – en particulier Jaish al-Islam, ont même conclu des alliances avec le Parti de l’Union Démocratique Kurde (PYD) en Syrie et les djihadistes de Hayat Tahrir al-Cham (le groupe Al-Qaida remixé, fort de 30 000 personnes en Syrie). Pendant ce temps, les Kurdes du PYD (émanation du PKK des Kurdes turcs, que Ankara considère comme « terroristes ») ont profité de ce désordre impie – plus une ambiguïté délibérée de Damas – pour essayer de créer leur Rojava autonome.

Une manifestation dans la ville d’Afrin pour soutenir les YPG contre l’invasion turque d’Afrin, 19 janvier 2018. (Voix de l’Amérique kurde, Wikimedia Commons)

Cette profondeur stratégique turque

La Turquie était entièrement impliquée. Boostée par la politique néo-ottomane de l’ancien ministre des Affaires étrangères Ahmet Davutoglu, la logique était de reconquérir des parties de l’empire ottoman et de se débarrasser d’Assad parce qu’il avait aidé les rebelles kurdes du PKK en Turquie.

« Strategik Derinlik » de Davutoglu (Profondeur Stratégique), publié en 2001, avait connu un succès retentissant en Turquie, revendiquant la gloire de huit siècles d’un empire tentaculaire, contre 911 kilomètres de frontières fixées par les Français et les Kémalistes. Bilad al Cham, la province ottomane rassemblant le Liban, la Palestine historique, la Jordanie et la Syrie, est restée un puissant aimant dans l’inconscient syrien et turc.

Il n’est pas étonnant que Recep Erdogan de Turquie ait été excité : en 2012, il s’est même vanté d’être prêt à prier dans la mosquée omeyyade de Damas, après le changement de régime, bien sûr. Depuis 2014, il vise une zone de sécurité à l’intérieur de la frontière syrienne – en fait une enclave turque. Pour l’obtenir, il a utilisé un grand nombre de joueurs malsains – des milices proches des Frères Musulmans aux gangs turkmènes les plus durs.

Avec la création de l’Armée Syrienne Libre, pour la première fois, la Turquie a autorisé des groupes armés étrangers à opérer sur son propre territoire. Un camp d’entraînement a été mis en place en 2011 au sandjak d’Alexandrette. Le Conseil National Syrien a également été créé à Istanbul – un groupe de non-entités de la diaspora qui n’avaient pas été en Syrie depuis des décennies.

Ankara a permis la construction d’une autoroute du Djihad de facto – avec des personnes d’Asie Centrale, du Caucase, du Maghreb, du Pakistan, du Xinjiang, tous les points au nord de l’Europe étant passés en fraude à volonté. En 2015, Ankara, Riyad et Doha ont mis sur pied la redoutée Jaish al-Fath (« Armée de la conquête »), qui comprenait Jabhat al-Nusra (Al-Qaida).

En même temps, Ankara entretenait une relation extrêmement ambiguë avec l’EI/Daesh, achetant son pétrole de contrebande, traitant les djihadistes dans les hôpitaux turcs et ne prêtant aucune attention aux renseignements du djihad recueillis et développés sur le territoire turc. Pendant au moins cinq ans, le MIT – les services de renseignement turcs – a fourni des informations politiques et logistiques à l’opposition syrienne tout en armant un grand nombre de Salafis. Après tout, Ankara croyait que l’EI/Daesh n’existait que grâce au « mal » déployé par le régime Assad.

Le facteur russe

Le Président russe Vladimir Poutine rencontre le Président de la Turquie Recep Erdogan, le Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov en arrière-plan, Ankara, 1er décembre 2014 Ankara. (Kremlin)

Le premier grand bouleversement du jeu a été l’entrée spectaculaire de la Russie à l’été 2015Vladimir Poutine avait demandé aux États-Unis de se joindre à la lutte contre l’État islamique comme l’Union Soviétique s’était alliée contre Hitler, niant l’idée étasunienne que c’était la tentative de la Russie pour rétablir sa gloire impériale. Mais le plan étasunien, sous la direction de Barack Obama, était plutôt déterminé : parier sur des Forces Démocratiques Syriennes (FDS), un mélange de Kurdes et d’Arabes sunnites, soutenus par la puissance aérienne et les forces spéciales US, au nord de l’Euphrate, pour détruire l’EI/Daesh jusqu’à Raqqa et Deir ez-Zor.

Raqqa, bombardée par le Pentagone, a peut-être été prise par les FDS, mais Deir ez-Zor a été prise par l’Armée Arabe Syrienne de Damas. L’objectif ultime des Étasuniens était de maintenir constamment le nord de l’Euphrate sous la domination US, par le biais de leurs mandataires, les FDS et le PYD/YPG kurde. Ce rêve étasunien est maintenant terminé, déploré tant par les démocrates impériaux que par les républicains.

La CIA en aura après Trump pour très longtemps.

Rêve kurde terminé

Il y a eu un malentendu culturel. Autant les Kurdes syriens croyaient que la protection étasunienne équivalait à l’approbation de leurs rêves d’indépendance, autant les Étasuniens n’ont jamais semblé comprendre que dans tout le « Grand Moyen-Orient », on ne peut acheter une tribu. Au mieux, vous pouvez les louer. Et ils vous utilisent selon leurs intérêts. Je l’ai vu de l’Afghanistan à la province irakienne d’Anbar.

Le rêve kurde d’un territoire contigu et autonome de Qamichli à Manbij est terminé. Les Arabes sunnites vivant dans ce périmètre résisteront à toute tentative kurde de domination.

Le PYD syrien a été fondé en 2005 par des militants du PKK. En 2011, les Syriens du PKK sont venus de Qandil – la base du PKK dans le nord de l’Irak – pour créer la milice du YPG pour le PYD. Dans les zones à prédominance arabe, les Kurdes syriens sont chargés de gouverner parce que pour eux les Arabes sont considérés comme une bande de barbares, incapables de construire leur société « démocratique, socialiste, écologique et multicommunautaire ».

Guérilla kurde du PKK à Kirkouk, Irak. (Kurdishstruggle via Flickr)

On peut imaginer à quel point les chefs tribaux sunnites arabes conservateurs les détestent. Il n’y a aucune chance que ces chefs tribaux soutiennent jamais les Kurdes contre l’Armée Arabe Syrienne (AAS) ou l’Armée Turque ; après tout, ces chefs tribaux arabes ont passé beaucoup de temps à Damas à chercher le soutien de Bachar al-Assad. Et maintenant, les Kurdes eux-mêmes ont accepté ce soutien face à l’incursion des Turcs, autorisée par Trump.

A l’est de Deir ez-Zor, les PYD/YPG ont déjà dû dire au revoir à la région qui est responsable de 50% de la production pétrolière de la Syrie. Damas et l’AAS ont maintenant l’avantage. Il reste aux PYD/YPG à se résigner à la protection de Damas et de la Russie contre la Turquie, et à la possibilité d’exercer leur souveraineté sur des territoires exclusivement kurdes.

Ignorance de l’Occident

L’Occident, avec une arrogance typiquement orientaliste, n’a jamais compris que les Alaouites, les Chrétiens, les Ismaéliens et les Druzes de Syrie privilégieraient toujours Damas pour leur protection par rapport à une « opposition » monopolisée par les islamistes purs et durs, sinon djihadistes. L’Occident n’a pas compris non plus que le gouvernement de Damas, pour sa survie, pouvait toujours compter sur les redoutables réseaux du parti Baas et les redoutables mukhabarat – les services de renseignements.

Reconstruire la Syrie

La reconstruction de la Syrie pourrait coûter jusqu’à 200 milliards de dollars. Damas a déjà dit très clairement que les États-Unis et l’UE ne sont pas les bienvenus. La Chine sera à l’avant-garde, avec la Russie et l’Iran ; ce sera un projet qui suivra strictement le plan d’intégration de l’Eurasie – les Chinois visant à relancer le positionnement stratégique de la Syrie sur l’Ancienne Route de la Soie.

Quant à Erdogan, un peu moins néo-ottoman que dans un passé récent, il semble avoir enfin compris que Bachar al-Assad « ne partira pas », et qu’il doit vivre avec cela. Ankara est appelée à rester impliquée avec Téhéran et Moscou, dans la recherche d’une solution constitutionnelle globale pour la tragédie syrienne à travers l’ancien « processus d’Astana », développé récemment à Ankara.

La guerre n’a peut-être pas été totalement gagnée, bien sûr. Mais contre toute attente, il est clair qu’une nation syrienne unifiée et souveraine est vouée à l’emporter sur tous les cocktails molotov géopolitiques concoctés dans les sinistres laboratoires du Conseil de Coopération du Golfe/OTAN. L’histoire nous dira un jour que, à titre d’exemple pour l’ensemble des pays du Sud, cette opération demeurera le meilleur changement de donne.

Pepe Escobar

Article original en anglais :

The Road to Damascus: How the Syria War Was Won

Consortiumnews 18 octobre 2019

Traduction par Réseau International

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