L’armée ukrainienne viole le cessez-le-feu dans la zone de retrait de Petrovskoye

Malgré le lancement réussi du retrait des troupes et des équipements militaires dans la zone de Petrovskoye, l’armée ukrainienne a violé le cessez-le-feu dans la zone de désengagement deux jours d’affilée. Entre ces tirs et la déclaration du chargé d’affaires de l’ambassade américaine en Ukraine juste avant que le retrait ne commence, la République Populaire de Donetsk (RPD) s’inquiète de la réelle mise en œuvre du désengagement dans cette zone pilote.

Il faut dire que ce retrait des troupes et des équipements dans la zone de Petrovskoye, a fait l’objet de rebondissements dignes d’un feuilleton télévisé. Et qu’au vu des derniers rebondissements en date, il y a de quoi s’inquiéter à juste titre.

Un retrait des troupes en mode « valse à trois temps »

Après l’échec de la tentative de retrait des troupes des 9,10 et 11 octobre, puis de celle du 4 novembre, une nouvelle date devait être fixée lors d’une réunion des groupes de contact à Minsk.

Il a alors été proposé d’organiser une réunion par vidéo-conférence le 8 novembre, évitant ainsi à chacune des parties de devoir envoyer quelqu’un jusqu’à la capitale Biélorusse, ce qui permettait d’accélérer la prise de décision.

Mais Kiev n’a pas répondu à la proposition d’organiser cette vidéo-conférence le 8 novembre, provoquant son annulation pure et simple. Devant ce sabotage manifeste, l’OSCE a alors joué les intermédiaires entre la RPD et l’Ukraine afin d’obtenir l’accord de Kiev pour lancer le retrait le 9 novembre, avec succès.

Samedi 9 novembre à 13 h, la milice populaire de la RPD a tiré une fusée éclairante blanche, depuis Petrovskoye, pour indiquer qu’elle était prête à lancer le désengagement. L’armée ukrainienne a répondu, puis des fusées vertes ont été lancées et le retrait des troupes a pu commencer sous la supervision de l’OSCE.

L’armée ukrainienne viole le cessez-le-feu dans la zone de retrait

Mais alors que le processus n’est pas terminé (après le retrait des soldats, la zone doit être déminée, et les fortifications et autres infrastructures militaires détruites), l’armée ukrainienne a violé par deux fois le cessez-le-feu.

Les premiers tirs ont eu lieu dimanche 10 novembre 2019 à 9 h46. Les soldats ukrainiens ont ouvert le feu depuis le village de Bogdanovka (qui est sous leur contrôle) vers le village de Petrovskoye avec des armes légères. Le chef adjoint de la mission de surveillance de l’OSCE, Mark Etherington se trouvait à Petrovskoye au moment des tirs.

Et aujourd’hui, à 13 h 30, l’armée ukrainienne a de nouveau ouvert le feu en direction de la zone de retrait de Petrovskoye avec des mitrailleuses lourdes et des armes légères.

Ces violations du cessez-le-feu dans la zone de Petrovskoye alors que le désengagement est toujours en cours sont un mauvais signe, et montrent que l’Ukraine continue de vouloir saboter le retrait des troupes et des équipements.

Mises en garde de la RPD face aux provocations américaines et ukrainiennes

Un sabotage approuvé et soutenu par les patrons américains, comme le montre la déclaration du chargé d’affaires de l’ambassade américaine en Ukraine, William Taylor, qui, le 7 novembre, deux jours avant le lancement du retrait des troupes a jeté de l’huile sur le feu en disant qu’une fois que l’armée ukrainienne se serait retirée de la zone, la police ukrainienne et la garde nationale iraient sur place pour assurer la sécurité.

Or le désengagement des troupes inclut toutes les forces armées ukrainiennes et pas seulement l’armée en tant que telle, comme a dû le rappeler le chef de la RPD, Denis Pouchiline.

« Cette approche non professionnelle et négligente du représentant des États-Unis à cet égard est inacceptable, car elle risque d’induire certains responsables ukrainiens en erreur. Nous voudrions rappeler au diplomate des États-Unis d’Amérique qu’en vertu de la décision-cadre du Groupe de contact trilatéral sur le désengagement des troupes et des équipements, aucune formation armée ne peut en aucun cas être présente dans les zones de désengagement. Seuls les officiers du Centre Conjoint de Contrôle et de Coordination du cessez-le-feu peuvent être présents. C’est la seule exception. Malheureusement, nous sommes une fois de plus confrontés à l’interprétation contradictoire et perverse de la décision-cadre par l’Occident », a déclaré le chef de la RPD.

Denis Pouchiline a ensuite menacé de mesures symétriques si jamais Kiev appliquait les idées de William Taylor.

« Je déclare de manière responsable qu’en cas de présence de représentants de la police ukrainienne et des gardes nationaux dans les zones de désengagement, des représentants des services de sécurité de la République – le Ministère de la sécurité d’État (MGB) et le Ministère de l’intérieur – seront également présents dans ces zones, de manière symétrique et en miroir. Et le processus de désengagement sur les nouveaux sites ne sera pas possible », a conclu le chef de l’État.

Le chef de la RPD a été rejoint dans la critique de cette démarche non-constructive par le représentant en chef de la RPD au sein du Centre Conjoint de Contrôle et de Coordination du cessez-le-feu (CCCC), Rouslan Iakoubov, qui a rappelé le contenu du point n°8 de la décision-cadre

« En ce qui concerne le paragraphe 8 de la décision-cadre, nous attirons l’attention sur le fait que ni l’armée ukrainienne, ni la Garde nationale, ni la police ne peuvent être présentes dans la zone de désengagement. Selon l’addendum au Paquet de mesures, l’expression « forces armées ukrainiennes » englobe toutes les formations armées ukrainiennes », a déclaré le représentant.

Si le chef de la RPD a fustigé une interprétation erronée de la décision-cadre par les patrons occidentaux de l’Ukraine, Rouslan Iakoubov leur reproche de ne même pas avoir lu les documents des accords de Minsk.

« Apparemment, les curateurs occidentaux ne passent pas beaucoup de temps à lire les documents officiels des accords de Minsk, ce n’est que de cette manière que de telles déclarations peuvent être expliquées. Nous voudrions également rappeler que des unités de la Garde nationale, comme Azov, et d’autres semblables, sont connues dans tout le Donbass pour leurs crimes contre les civils qui constituent un génocide », a déclaré le représentant de la RPD au sein du CCCC.

Rouslan Iakoubov a aussi tenu à rappeler le but du désengagement afin de souligner le non-sens que représente la déclaration de William Taylor, et exprimé l’espoir que ses déclarations ne seront pas appliquées par Kiev.

« De plus, la déclaration de Taylor contredit le bon sens. L’essence du désengagement est précisément de retirer les troupes et les équipements des deux parties à une distance suffisante pour empêcher les bombardements et permettre une désescalade générale de la situation sur la ligne de contact. Par conséquent, la question qui se pose aux diplomates occidentaux est la suivante : quel peut être le règlement pacifique du conflit si des forces armées, dites nationalistes, reviennent sur les positions abandonnées par d’autres forces armées ?

Nous recommandons à M. Taylor d’examiner de plus près les documents de Minsk, en particulier la décision-cadre. Nous ne pouvons qu’espérer que sa déclaration sera perçue par tous les esprits raisonnables comme un malentendu et ne servira pas de guide pour les actions des dirigeants ukrainiens. Sinon, tous nos efforts pour reprendre le désengagement et visant à instaurer la paix seront vains : si des représentants des forces de sécurité ukrainiennes pénètrent dans ces zones, la tension y restera la même, seul le nom des forces armées et l’uniforme de leurs représentants changeront, » a conclu le représentant.

Espérons que ces mises en gardes seront entendu côté ukrainien, faute de quoi, le retrait des troupes et des équipements militaires à Petrovskoye pourrait bien se solder une fois de plus par un échec, par la faute de Kiev.

Christelle Néant

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Thèses d’Urgeiriça sur la Révolution d’octobre

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RPD – L’Ukraine sabote une fois de plus le retrait des troupes à Petrovskoye

Après la tentative ratée des 9, 10 et 11 octobre 2019, l’Ukraine et la RPD s’étaient pourtant mises d’accord pour une nouvelle date de lancement du retrait des troupes et des équipements militaires à Petrovskoye, fixée au 4 novembre.

Après la réussite du retrait opéré à Zolotoye, une once d’espoir était apparue sur la possibilité de mener enfin le désengagement à Petrovskoye.

Des espoirs très vite refroidis par les déclarations du ministre ukrainien de la Défense, Andreï Zagorodniouk, qui dès le 1er novembre a annoncé qu’il fallait repousser la date de lancement du processus de retrait des troupes à Petrovskoye à cause de tirs qui ont eu lieu dans la zone de retrait le 29 octobre.

Le problème c’est que la chaîne ukrainienne N°5 qui présente l’information, dit que l’OSCE a enregistré les tirs, puis publie l’interview d’un soldat qui dit que c’est la milice populaire de la RPD qui a tiré.

Sauf que les rapports de l’OSCE disent tout le contraire : les tirs venaient des positions ukrainiennes !!! Un fait complètement occulté tant par le « média » ukrainien que par le ministre de la Défense.

Voici les extraits des deux rapports publiés les 30 et 31 octobre concernant ces incidents dans la zone de désengagement :

Rapport de l'OSCE concernant Petrovskoye du 30 octobre

Rapport de l'OSCE concernant Petrovskoye du 31 octobre

Dans les deux cas, l’OSCE a clairement entendu des tirs le 29 octobre venant du Sud Ouest à au moins 1 km d’eux. Or si on regarde une carte de la zone, au Sud-Ouest de Petrovskoye à minimum 1 km, ce sont les positions ukrainiennes qui se trouvent là.

Carte de Petrovskoye

Il n’était donc pas bien difficile pour mes « collègues » de la chaîne 5 d’obtenir l’information juste en allant regarder les rapports de l’OSCE, puis une carte, plutôt que de publier une fausse information.

Fausse information qui sert en prime de justification à ce nouveau sabotage par l’Ukraine du retrait des troupes et donc des accords de Minsk. Il est quand même incroyable de voir le ministre ukrainien de la Défense justifier de reporter le retrait des troupes à cause des tirs de sa propre armée, qu’il essaye pitoyablement de faire passer pour ceux de la milice populaire.

J’étais sur place aujourd’hui pour voir si le désengagement serait lancé ou non, et j’ai pu assister à l’échec du retrait des troupes.

À 13 h 00, la milice populaire a tiré une fusée éclairante blanche, indiquant qu’elle était prête à mener le désengagement de ses troupes, puis a attendu en vain une réponse pendant près de 30 minutes. Devant l’évidence que l’armée ukrainienne ne tiendrait pas ses engagements, il n’y a pas eu d’autres tirs de fusées, contrairement à la tentative du 10 octobre.

Voir le reportage vidéo complet :

Devant l’évidence du sabotage du retrait des troupes et de l’application des accords de Minsk par l’Ukraine, le service de presse du quartier général de l’Opération des Forces Interarmées n’a rien trouvé de mieux à sortir que de prétendre que la tentative de la milice de la RPD de mener le désengagement aujourd’hui était une « provocation ». Là on touche le fond du foutage de gueule…

Entre cette déclaration délirante (puisque je rappelle que la date du 4 novembre avait été convenue et acceptée par l’Ukraine lors de la réunion des groupes de contact à Minsk) et la fake news géante de la chaîne 5 et du ministre ukrainien de la Défense, on doit vraiment se pincer pour vérifier qu’on est bien éveillé, et qu’on n’est pas tombé dans la 4e dimension.

La représentation de la RPD au sein du Centre Conjoint de Contrôle et de Coordination du cessez-le-feu (CCCC) a d’ailleurs commenté cette manipulation.

« De telles déclarations démontrent le manque de crédibilité du commandant en chef, qui avait déjà annoncé que le retrait était prévu le 4 novembre. En outre, de telles actions de la part de la partie ukrainienne sont de nature manipulatrice, constituent un sabotage flagrant des accords de Minsk et une tentative de changer tous les accords en leur faveur », a déclaré la représentation de la RPD au sein du CCCC.

La ministre des Affaires étrangères de la RPD, Natalia Nikonorova a pour sa part demandé à l’OSCE de condamner ce énième sabotage de Kiev.

« Nous exigeons que le manquement de l’Ukraine à ses obligations soit condamné lors de la réunion du Conseil permanent de l’OSCE. Nous informons également que nous allons examiner la situation lors de la prochaine réunion du Groupe de contact à Minsk », a-t-elle déclaré.

Personnellement je doute sincèrement que l’OSCE fera quoi que ce soit pour condamner ces sabotages à répétition, malgré leur évidence. Cette passivité de l’organisation chargée de surveiller l’application des accords de Minsk, et des pays occidentaux garants de ces mêmes accords permet à l’Ukraine de jouir d’une impunité totale. Pourquoi donc se mettrait-elle à appliquer les accords de Minsk si personne ne lui reproche ses sabotages de ces mêmes accords ?

En attendant, pas de retrait des troupes, pas de réunion au Format Normandie. Il serait temps que Zelensky cesse cette technique du « un pas en avant, deux pas en arrière », qui ne le mènera nulle part, et surtout pas à la réunion qu’il insiste tant pour obtenir. Car pour rappel, Vladimir Poutine a clairement posé ses conditions pour organiser cette réunion. Si ces conditions ne sont pas remplies (et le retrait des troupes à Petrovskoye en fait partie), il n’y aura pas de réunion. C’est pourtant simple à comprendre.

Ce cirque médiatico-tragico-pathétique ne sert qu’à faire perdre un temps précieux à tout le monde. Et pendant que ce temps est perdu par certains, d’autres continuent de perdre la vie sous des tirs qui ne devraient plus avoir lieu depuis plus de cinq ans, si la France, l’Allemagne et l’OSCE faisaient leur travail correctement.

Christelle Néant

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Le conte du troisième chimpanzé (2)

CAROLLE ANNE DESSUREAULT :

Voici le deuxième article du livre Le troisième chimpanzé de Jared Diamond paru en 2000 aux Éditions Gallimard pour l’édition en langue française.

M. Diamond est un biologiste, évolutionniste, physiologiste et géonomiste diplômé en histoire et anthropologue de l’université Harvard. Son livre est un essai sur l’évolution et l’avenir de l’animal humain que nous sommes.

Je confirme que mes articles sont empreints des connaissances et de la pensée de l’auteur.

Mon objectif étant d’élargir mes humbles connaissances, j’ai choisi de regrouper par titres et en caractères gras des thèmes ainsi que des images afin de mieux assimiler les vastes connaissances de cet essai.

Le premier article du 14 octobre dernier se terminait par l’explication du 2 % de différence entre nos gènes et ceux des chimpanzés qui sexprime essentiellement par le langage, l’art et l’aptitude à fabriquer des outils complexes.


Nous sommes des mammifères

Nous sommes des mammifères, un groupe d’animaux caractérisés entre autres par la pilosité et l’allaitement des petits.

Nous sommes des primates

Nous sommes des primates, groupe comprenant des singes non-anthropomorphes et des grands singes. Nous partageons avec les primates de nombreuses caractéristiques qui sont absentes chez la plupart des autres mammifères, exemple :

  • des ongles plats aux doigts des mains et des pieds, et non pas des griffes
  • mains capables de préhension
  • un pouce pouvant s’opposer aux quatre autres doigts
  • un pénis qui pend librement et qui n’est pas attaché à l’abdomen

 Au 11e siècle après J.C., Galien, médecin grec, avait déduit après avoir disséqué divers animaux et conclu que les singes sont très semblables à l’homme en ce qui concerne :

  • les viscères
  • les muscles
  • les artères
  • les veines
  • les nerfs
  • la forme des os

Une question d’éthique ???

Si nous faisons partie des primates du groupe des grands singes, et qu’il n’y a entre l’homme et le chimpanzé qu’une différence de quelques gènes, pourquoi est-il normal de mettre en cage les grands singes ou chimpanzés ? Et pourquoi sont-ils utilisés pour des expériences médicales, alors qu’il est interdit de le faire avec des êtres humains ?

Les chimpanzés sont capables de se tenir propres, de communiquer, d’initier des relations sociales, de ressentir la douleur. En fait, ils en font beaucoup plus que certaines personnes mentalement handicapées. Pourtant, nous serions horrifiés d’apprendre qu’on met en cage des personnes ou qu’on fait des expériences sur elles,  à tout le moins, à notre époque !

La réponse suscite une réaction interne gênante. Non,  ce n’est pas pareil – « les grands singes sont des animaux, tandis que l’homme est l’homme ». Nous sommes des chimpanzés d’une autre catégorie, et supérieure, sans doute parce que nous sommes capables de penser!

Où nous situons-nous au sein des primates ?

Nous sommes PLUS semblables aux grands singes qui comme nous n’ont pas de queue :

Unknown-1le gorille

orang_outanld04l’orang-outang

le gibbon

le chimpanzé commun

famille de bonobos – chimpanzés pygmée

bonobo allongé 

À NOTER que les GIBBONS – avec leur petite taille et leurs très longs bras, – sont les plus particuliers des grands singes. L’’orang-outang, le gorille, les chimpanzés (dont les humains) sont des espèces plus étroitement reliées l’une à l’autre qu’elles ne le sont aux gibbons.

 

… donc, nous sommes PLUS semblables à ces précédents primates qu’aux singes non-anthropomorphes, appelés en langue anglaise MONKEYS, qui sont pourvus d’une queue :

les babouins

le ouistiti

le capucin

 

Trois thèmes ressortent de débats scientifiques sur les différences, rapprochements, et apparentements des espèces

  • quelles sont les relations généalogiques précises entre l’homme, les grands singes vivants et les grands singes ancestraux éteints ?
  • à quel moment notre propre espèce et l’espèce de grand singe qui nous est la plus proche ont-elles pour la dernière fois possédé un ancêtre commun ?
  • quelle proportion de notre patrimoine génétique partageons-nous avec l’espèce de grand singe vivant actuellement et qui nous est la plus étroitement apparentée ?

Les relations généalogiques précises entre l’homme, les grands singes vivants et les ancestraux

Une première relation est celle de l’anatomie comparée. Néanmoins, bien que nous ressemblions particulièrement aux chimpanzés et au gorille, nous possédons des traits évidents qui nous différencient d’eux :

  • notre volume cérébral supérieur
  • notre station debout
  • notre pilosité moins fournie

Ces faits anatomiques opposent encore les biologistes à savoir :

  • sommes-nous plus apparentés à l’orang-outang, ou
  • sommes-nous plus étroitement apparentés aux chimpanzés et au gorille

Une minorité de biologistes croient que les chimpanzés et le gorille ont divergé de notre arbre généalogique avant notre séparation d’avec l’orang-outang alors qu’une majorité de biologistes croient que les ancêtres de l’orang-outang se sont séparés plus tôt.

Qui a raison ?

Il semblerait que les études anatomiques par elles-mêmes n’apportent aucune réponse aux questions de la date à laquelle nous avons divergé des grands singes et de la distance génétique qui nous sépare d’eux.

La semaine prochaine, il sera question de découvertes de la biologie moléculaire sur cette question.

 

À SUIVRE.

 

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Baghdadi mort ? Le décodage.

Par PressTV (Iran)

Le président US qui accusait en 2016 Clinton d’avoir créé de toutes pièces Daech, est apparu ce dimanche sur les écrans pour clamer triomphalement que lui et son armée ont tué comme un « chien » Al-Baghdadihttp://ptv.io/2nOc Il a remercié en passant la Turquie, la Russie et même la Syrie pour l’avoir aidé dans cette tâche périlleuse : l’élimination physique du chef terroriste qui, tout comme Ben Laden à son époque, s’est laissé exploser pour que les « boys » n’aient pas à approuver, cadavre à l’appui, que cet extravagant récit n’en est pas un de plus, destiné à leurrer l’opinion américaine et mondiale. Mais à quoi rime cette absurde sortie trumpienne?
Pierre Dortiguier, politologue et Robert Bibeau, éditeur du webmagazine Les 7 du Québec, s’expriment sur le sujet.

 

 

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Arabie saoudite: un royaume de coupeurs de têtes 2/2

RENÉ NABA — Ce texte est publié en partenariat avec www.madaniya.info.

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«J’ai visé son pied. Il trébucha avant de s’étaler par terre. Je lui ai aussitôt asséné un 2me coup à la nuque avant de le décapiter. Puis un 3me coup sur la poitrine avant qu’elle n’explose en deux. Je me suis alors réjoui et adoré mon sabre».

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La décapitation collective de 370 membres de la tribu Al Shammar, en 1902, acte fondateur du royaume wahhabite.

Cent seize ans avant l’équarrissage de Jamal Kashoggi, l’opposant saoudien découpé à la scie au consulat saoudien d’Istanbul, le 2 octobre 2018, la décapitation collective de 370 membres de la Tribu Al Shammar, lors de la chute de Riyad aux mains des Wahhabites a constitué l’acte fondateur du royaume saoudien, justifiant le qualificatif de «Royaume de coupeurs de têtes» qu’il traine depuis plus d’un siècle.

Retour sur cette journée d’épouvante. Récit de Jaafar Al Bakli.

«J’ai visé son pied. Il trébucha avant de s’étaler par terre. Je lui ai aussitôt asséné un 2me coup à la nuque avant de le décapiter. Puis un 3me coup sur la poitrine avant qu’elle n’explose en deux. Je me suis alors réjoui et adoré mon sabre».

Ce passage est extrait d’un message adressé par le Roi Abdel Aziz Al Saoud, -père du Roi Salmane et grand père du prince héritier Mohamad Ben Salmane-, que le fondateur du Royaume Wahhabite rédigea, en mars 1904, à l’intention de son allié l’Emir du Koweït, Cheikh Khalifa Moubarak Al Sabah.

Ce courrier est conservé aux archives du «Bureau de l’Inde» (India Office), ancien département du gouvernement britannique chargé de la supervision de l’Inde à l’époque colonie britannique (1857-1947).

Son contenu a été révélé par l’historien britannique Robert Lacey dans son ouvrage sur l’Arabie saoudite intitulé «Inside The Kingdom» paru en 2010.

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I – «Nous l‘avons possédé grâce à notre sabre tranchant»

Abdel Aziz, à l’époque Gouverneur de Riyad, relate avec délectation comment il a tué de ses propres mains, un jeune de la famille Ar RACHID, OBEID BEN HAMMOUD, qui a eu la malchance d’être capturé par les Saoudiens lors d’un raid contre un campement de son frère MAJED Ar RACHID, dans le secteur de HAMLANE, dans la province du Najd.

De l’aveu même d’Abdel Aziz, les assaillants ont réussi à décapiter 370 membres de la tribu Al Shammar, la propre tribu du Roi Abdallah, le prédécesseur du Roi Salmane au trône wahhabite. Le comportement du fondateur du Royaume n’avait rien d’exceptionnel. Il était plutôt de pratique courante.

Dès l’instant où il s’est emparé de Riyad, le 13 janvier 1902, Abdel Aziz avait à son actif un imposant bilan macabre. Ainsi Abdallah Ben Jellou, cousin du roi Abdel Aziz et son délégué pour le secteur oriental du Royaume, a éventré son prédécesseur à ce poste pour y extirpé les reins, les balançant sur les contreforts de la citadelle d’Al Masmak, dans un geste annonciateur de sa victoire.

Ce fait a marqué le début d’une nouvelle ère inaugurée par la dynastie Al Saoud, s’articulant sur un triptyque: viol, assassinat, décapitation. Il n’est donc pas étonnant que l’expression «je l’ai possédé grâce à mon merveilleux sabre tranchant» soit d’usage courant parmi les dignitaires saoudiens. Personne d’autre que les Wahhabites ne fait usage d’une telle expression. Une expression dont ils usent et abusent avec morgue.

Ci joint pour le locuteur arabophone, une ode ironique à la gloire du «merveilleux sabre tranchant».

https://www.youtube.com/watch?v=iSNSkJoXr1k

A ceux qui plaident pour une réforme du mode de gouvernance du royaume, les dignitaires saoudiens répondent sur un ton au diapason de leur morgue: « Al Saoud sait mieux que quiconque ce qui est bon pour le royaume».

Le sabre brandit au-dessus des têtes des sujets du royaume demeure la marque de gouvernance du pays, la source de sa légitimité, le symbole de verte bannière.

Le sabre aiguisé pointé derrière la nuque de tout récalcitrant relève d’une pratique. Depuis l’accession d’Abdel Aziz au pouvoir, le sabre gère la vie politique du royaume.

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II- «Va dire aux habitants du désert comment les fils d’Al Saoud administrent la justice ».

C’est par cette apostrophe annonciatrice d’un grand malheur que le clan Al Hazzani, en 1910, a subi un châtiment collectif. La tribu Al Hazzani gouvernait la ville de Leila, à 300 kms au sud de Riyad. Elle a voulu résister à l’assaut d’Abdel Aziz, mais ont été vaincus et décapités, non sans une certaine théâtralité en vue de servir d’exemple et de terroriser le voisinage.

Abel Aziz avait pris d’assaut les possessions du clan Ajmane relevant de la tribu Al Hazzani (zone de pâturage, cheptel). Il envahit les maisons et donna l‘ordre à deux compagnies de détruire deux localités: Al Qatif et Al Houla. Ibn Saoud avait décidé d‘éliminer toute trace de présence humaine dans ce secteur et, dans la foulée, condamna à mort 19 membres de la tribu vaincue.

Puis se ravisant, il ordonna la suspension de l’exécution des condamnés de 24 heures afin de donner la possibilité aux habitants de la province de venir assister à ce spectacle macabre, dans un but dissuasif. Il fit dresser une grande tribune sur la place centrale de la localité pour qu’elle soit visible de tous et de partout.

A l’aube, Abdel Aziz traversa la place dans un silence imposant, gravit les marches vers la tribune et ordonna la présentation des condamnés au public. Il fit signe au bourreau d’avancer. Ce géant au torse nu se présenta le sabre à la main accompagné de ses deux collaborateurs et s’immobilisa devant les condamnés.

Un juge lut la sentence, relatant les circonstances de leur capture et les raisons qui ont conduit à ce que ce verdict de mort soit rendu.

Le bourreau entreprit alors de décapiter méthodiquement les condamnés, l’un après l‘autre, d’un coup sur la nuque. 18 têtes roulèrent sur le sol.

Au 19eme condamné, le Roi fit signe au bourreau de s’écarter et s’approcha du futur supplicié et lui annonce qu’il est gracié: «Je te gracie. Tu es libre. Raconte partout ce que tu viens de voir. Va raconter aux gens du désert comment Al Saoud administre la justice».

Puis s’adressant à la foule, Abdel Aziz, Roi du Najd, a expliqué les raisons qui ont conduit les suppliciés à être condamné et les sanctions terribles auxquels s’exposera quiconque franchira les limites qui lui sont assignées.

La tribu Al Hazzani a été la première famille politique du Najd à subir la loi du sabre wahhabite en raison de son opposition à la conquête de la famille Al Saoud.

Après la tribu Al Hazzani, le sabre wahhabite n’a pas cessé de s’abattre sur la nuque des Saoudiens: la nuque de la tribu Ar Rachid, gouverneur de Haël; de la tribu Al A‘ess, gouverneur d’Al Assir; la nuque de la tribu Ad Darssa, gouverneur de Jizane; Puis sur les Hachémites, gouverneur du Hedjaz; sur la tribu Ad Douway, gouverneur de Matir; sur la nuque de la tribu Bou Bijjad, province d’Al Outeiba; sur la nuque de la tribu Hathline, gouverneur d’Al Ajmane;

Le sabre wahhabite n‘a jamais cessé de fonctionner à grande échelle. Sans répit. Depuis que la famille Al Saoud s’est emparée de la nuque des Saoudiens….  Ce fut tour à tour les nuques de la population de Taêf, de Haêl, d’Ouneiza, d’Al Ahsi, de Matir, d’Al Hajarat, du Hedjaz, puis ce fut le tour aux nuques du Koweït, du Yémen, du Levant (Syrie et Irak), pour se poursuivre avec les nuques des Chiites et les nuques des Sunnites, les nuques des Arabes d’une manière générale, enfin les nuques des Iraniens.

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Rapport de situation hebdomadaire du Donbass (Vidéo) – 26 octobre 2019

Voici les points abordés lors de ce dernier rapport de situation hebdomadaire filmé le samedi 26 octobre 2019.

SITUATION MILITAIRE

00’58″- Bilan des bombardements de l’armée ukrainienne lors de la semaine écoulée
02’37″- L’armée empêche les drones de l’OSCE d’observer la ligne de front
02’51″- Présence de pièces d’armement lourd près de la ligne de front côté ukrainien
04’32″- La RPD craint une attaque sous faux drapeau sur des sites industriels contenant des produits chimiques
06’16″- Vol de matériel militaire fourni par les États-Unis par des soldats des forces spéciales ukrainiennes

DIPLOMATIE – ACCORDS DE MINSK

10’56″- Le représentant ukrainien à Minsk montre clairement que Kiev n’appliquera pas les accords de Minsk

RUSSIE

17’58″- La Russie répond à la lettre de protestation de Kiev concernant ses convois humanitaires pour le Donbass

MH17

19’30″- Josef Resch retire sa proposition de transmettre les informations à sa disposition sur le crash du MH17 faute d’avoir été contacté par aucun des pays concernés

ÉVOLUTION DE LA SITUATION EN UKRAINE

21’42″- 55 agressions enregistrée en Ukraine contre des journalistes depuis début 2019
23’21″- L’Ukraine est le pays le plus pauvre d’Europe
25’05″- La population ukrainienne se vide faute de naissances suffisantes pour compenser les décès

PENDANT CE TEMPS LÀ À KIEV

27’50″- L’épouse du président ukrainien porte une robe d’une couleur interdite lors de la cérémonie d’intronisation de l’empereur japonais

31’16″- Conclusion

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La route de Damas: Comment la guerre de Syrie a été gagnée

Par Pepe Escobar.  Sur  Mondialisation.ca &  Luc Michel. Sur PressTV.

 

Ce qui se passe en Syrie, à la suite d’un autre accord conclu sous l’égide de la Russie, est un énorme changement géopolitique. J’ai essayé de le résumer en un seul paragraphe de cette façon :

« C’est une quadruple victoire. Les États-Unis effectuent un retrait pour sauver la face, que Trump peut vendre en évitant un conflit avec la Turquie, alliée de l’OTAN. La Turquie a la garantie – par les Russes – que l’armée syrienne contrôlera la frontière turco-syrienne. La Russie empêche l’escalade de la guerre et maintient en vie le processus de paix russo-irano-turc. Et la Syrie finira par reprendre le contrôle de tout le nord-est ».

La Syrie est peut-être la plus grande défaite de la CIA depuis le Vietnam.

Pourtant, cela commence à peine à raconter toute l’histoire.

Permettez-moi d’esquisser brièvement, à grands traits historiques, comment nous en sommes arrivés là.


Cela a commencé par une intuition que j’ai ressentie le mois dernier à la frontière du Liban, de la Syrie et de la Palestine occupée, suivie d’une série de conversations à Beyrouth avec des analystes libanais, syriens, iraniens, russes, français et italiens de première classe ; le tout reposant sur mes voyages en Syrie depuis les années 1990 ; avec un mélange de bibliographie française sélectionnée qui y a été ajoutée, disponible chez Antoine’s à Beyrouth.

Les Vilayets

Commençons au XIXe siècle lorsque la Syrie se composait de six vilayets – provinces ottomanes – sans compter le Mont Liban, qui avait un statut spécial depuis 1861 au profit des chrétiens maronites et Jérusalem, qui était un sanjak (division administrative) d’Istanbul.

Les vilayets ne définissaient pas l’identité syrienne extrêmement complexe : par exemple, les Arméniens étaient majoritaires dans le vilayet de Maras, les Kurdes de Diyarbakir – qui font maintenant partie de la Turquie en Anatolie du Sud – et les vilayets d’Alep et Damas étaient tous deux sunnites arabes.

La Syrie ottomane du XIXe siècle était l’exemple même du cosmopolitisme. Il n’y avait pas de frontières ou de murs intérieurs. Tout était interdépendant.

Groupes ethniques dans les Balkans et en Asie Mineure, début du XXe siècle, Atlas historique, 1911

Puis les Européens, profitant de la Première Guerre mondiale, sont intervenus. La France a obtenu le littoral syro-libanais, puis les vilayets de Maras et de Mossoul (aujourd’hui en Irak). La Palestine a été séparée de Cham (le « Levant »), pour être internationalisée. Le vilayet de Damas a été coupé en deux : La France a eu le nord, les Britanniques le sud. La séparation entre la Syrie et les terres libanaises majoritairement chrétiennes a eu lieu plus tard.

Il y a toujours eu la question complexe de la frontière entre la Syrie et l’Irak. Depuis l’Antiquité, l’Euphrate a servi de barrière, par exemple entre les Cham des Omeyyades et leurs féroces concurrents de l’autre côté du fleuve, les Abbassides de Mésopotamie.

James Barr, dans son splendide « Une ligne dans le sable« , note à juste titre que l’accord Sykes-Picot a imposé au Moyen-Orient la conception européenne du territoire : leur « ligne dans le sable » a codifié une séparation délimitée entre États-nations. Le problème est qu’il n’y avait pas d’États-nations dans la région au début du XXe siècle.

La naissance de la Syrie telle que nous la connaissons était un travail en cours, impliquant les Européens, la dynastie hachémite, les nationalistes syriens investis dans la construction d’une Grande Syrie incluant le Liban, et les Maronites du Mont Liban. Un facteur important est que peu de gens dans la région ont déploré la perte de leur dépendance à l’égard de la Médina Hachémite, et à l’exception des Turcs, la perte du vilayet de Mossoul dans ce qui est devenu l’Irak après la Première Guerre mondiale.

En 1925, les sunnites devinrent de facto le pouvoir de premier plan en Syrie, sous le nom d’Alep et de Damas unifiés par les Français. Dans les années 1920, la France a également établi les frontières de la Syrie orientale. Et le Traité de Lausanne, en 1923, obligea les Turcs à céder toutes leurs possessions ottomanes, mais ne les écarta pas du jeu.

Frontières turques selon le Traité de Lausanne, 1923

Les Turcs ont rapidement commencé à empiéter sur le mandat français et à bloquer le rêve de l’autonomie kurde. La France finit par céder : la frontière turco-syrienne s’alignerait sur le tracé du légendaire Bagdadbahn, le chemin de fer Berlin-Baghdad.

Dans les années 1930, la France céda encore plus : le sanjak d’Alexandretta (aujourd’hui Iskenderun, dans la province de Hatay, Turquie), est finalement annexé par la Turquie en 1939 alors que seulement 40% de la population est turque.

 

 

 

L’annexion a conduit à l’exil de dizaines de milliers d’Arméniens. Ce fut un coup dur pour les nationalistes syriens. Et ce fut un désastre pour Alep, qui perdit son corridor vers la Méditerranée orientale.

Les forces turques sont entrées à Alexandretta le 5 juillet 1938

Dans les steppes orientales, la Syrie n’était composée que de tribus bédouines. Au nord, il s’agissait de l’affrontement turco-kurde. Et au sud, la frontière était un mirage dans le désert, dessiné seulement avec l’avènement de la Transjordanie. Seul le front occidental, avec le Liban, a été établi et consolidé après la Seconde Guerre mondiale.

Cette Syrie émergente, issue de conflits entre les intérêts turcs, français, britanniques et une myriade d’intérêts locaux, ne pouvait évidemment plaire à aucune communauté, et ne plaisait à aucune d’entre elles. Pourtant, le cœur de la nation a configuré ce qui a été décrit comme une « Syrie utile ». Pas moins de 60% de la nation était – et demeure – pratiquement vide. Pourtant, d’un point de vue géopolitique, cela se traduit par une « profondeur stratégique » – le cœur de la question dans la guerre actuelle.

De Hafez à Bachar

A partir de 1963, le parti Baas, laïc et nationaliste, s’est emparé de la Syrie, consolidant finalement son pouvoir en 1970 avec Hafez al-Assad qui, au lieu de s’en remettre à sa minorité alaouite, a construit une énorme machine étatique hyper-centralisée mélangée à un État policier. Les acteurs clés qui ont refusé de jouer le jeu ont été les Frères Musulmans, jusqu’au massacre lors de la répression brutale de Hama en 1982.

La laïcité et un État policier : c’est ainsi que la fragile mosaïque syrienne a été préservée. Mais déjà dans les années 1970, des fractures majeures ont émergé : entre les grandes villes et une périphérie très pauvre ; entre l’ouest « utile » et l’est bédouin ; entre Arabes et Kurdes. Mais les élites urbaines n’ont jamais répudié la volonté de fer de Damas : le copinage, après tout, était très rentable.

Damas s’est fortement immiscée dans la guerre civile libanaise dès 1976 à l’invitation de la Ligue Arabe en tant que « force de maintien de la paix ». Dans la logique de Hafez al-Assad, souligner l’identité arabe du Liban est essentiel pour récupérer la Grande Syrie. Mais le contrôle syrien sur le Liban a commencé à s’effriter en 2005, après l’assassinat de l’ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri, tout près de l’Arabie Saoudite, l’Armée Arabe Syrienne (SAA) a finalement quitté le pays.

Bachar al-Assad a pris le pouvoir en 2000. Contrairement à son père, il a parié sur les Alaouites pour faire fonctionner la machine d’État, empêchant la possibilité d’un coup d’État mais s’éloignant complètement des Syriens pauvres de la rue.

Ce que l’Occident a défini comme le Printemps Arabe, a commencé en Syrie en mars 2011 ; c’était une révolte contre les Alaouites autant qu’une révolte contre Damas. Totalement instrumentalisée par les intérêts étrangers, la révolte a éclaté dans des périphéries sunnites extrêmement pauvres et déprimées : Deraa dans le sud, l’est déserté, et les banlieues de Damas et Alep.

Protestation à Damas, 24 avril 2011. (syriana2011/Flickr)

Ce qui n’était pas compris en Occident, c’est que ce « banquet des mendiants » n’était pas contre la nation syrienne, mais contre un « régime ». Jabhat al-Nusra, dans un exercice de relations publiques, a même rompu son lien officiel avec Al-Qaïda et a changé sa dénomination pour Fatah al-Cham, puis Hayat Tahrir al-Cham (« Organisation pour la libération du Levant »). Seul l’État Islamique/Daesh a dit qu’ils se battaient pour la fin des accords Sykes-Picot.

En 2014, le champ de bataille en perpétuel mouvement était plus ou moins établi : Damas contre Jabhat al-Nusra et l’EI/Daesh, avec un rôle hésitant pour les Kurdes du nord-est, obsédés par la préservation des cantons d’Afrin, Kobane et Qamichli.

Mais le point clé est que chaque katiba (« groupe de combat »), chaque quartier, chaque village, et en fait, chaque combattant était en permanence dans et hors des allégeances. Cela a produit une nébuleuse vertigineuse de djihadistes, de criminels, de mercenaires, certains liés à Al-Qaïda, d’autres à Daesh, d’autres formés par les Étasuniens, certains ne faisant qu’un profit rapide.

Par exemple, les Salafis – richement financés par l’Arabie Saoudite et le Koweït – en particulier Jaish al-Islam, ont même conclu des alliances avec le Parti de l’Union Démocratique Kurde (PYD) en Syrie et les djihadistes de Hayat Tahrir al-Cham (le groupe Al-Qaida remixé, fort de 30 000 personnes en Syrie). Pendant ce temps, les Kurdes du PYD (émanation du PKK des Kurdes turcs, que Ankara considère comme « terroristes ») ont profité de ce désordre impie – plus une ambiguïté délibérée de Damas – pour essayer de créer leur Rojava autonome.

Une manifestation dans la ville d’Afrin pour soutenir les YPG contre l’invasion turque d’Afrin, 19 janvier 2018. (Voix de l’Amérique kurde, Wikimedia Commons)

Cette profondeur stratégique turque

La Turquie était entièrement impliquée. Boostée par la politique néo-ottomane de l’ancien ministre des Affaires étrangères Ahmet Davutoglu, la logique était de reconquérir des parties de l’empire ottoman et de se débarrasser d’Assad parce qu’il avait aidé les rebelles kurdes du PKK en Turquie.

« Strategik Derinlik » de Davutoglu (Profondeur Stratégique), publié en 2001, avait connu un succès retentissant en Turquie, revendiquant la gloire de huit siècles d’un empire tentaculaire, contre 911 kilomètres de frontières fixées par les Français et les Kémalistes. Bilad al Cham, la province ottomane rassemblant le Liban, la Palestine historique, la Jordanie et la Syrie, est restée un puissant aimant dans l’inconscient syrien et turc.

Il n’est pas étonnant que Recep Erdogan de Turquie ait été excité : en 2012, il s’est même vanté d’être prêt à prier dans la mosquée omeyyade de Damas, après le changement de régime, bien sûr. Depuis 2014, il vise une zone de sécurité à l’intérieur de la frontière syrienne – en fait une enclave turque. Pour l’obtenir, il a utilisé un grand nombre de joueurs malsains – des milices proches des Frères Musulmans aux gangs turkmènes les plus durs.

Avec la création de l’Armée Syrienne Libre, pour la première fois, la Turquie a autorisé des groupes armés étrangers à opérer sur son propre territoire. Un camp d’entraînement a été mis en place en 2011 au sandjak d’Alexandrette. Le Conseil National Syrien a également été créé à Istanbul – un groupe de non-entités de la diaspora qui n’avaient pas été en Syrie depuis des décennies.

Ankara a permis la construction d’une autoroute du Djihad de facto – avec des personnes d’Asie Centrale, du Caucase, du Maghreb, du Pakistan, du Xinjiang, tous les points au nord de l’Europe étant passés en fraude à volonté. En 2015, Ankara, Riyad et Doha ont mis sur pied la redoutée Jaish al-Fath (« Armée de la conquête »), qui comprenait Jabhat al-Nusra (Al-Qaida).

En même temps, Ankara entretenait une relation extrêmement ambiguë avec l’EI/Daesh, achetant son pétrole de contrebande, traitant les djihadistes dans les hôpitaux turcs et ne prêtant aucune attention aux renseignements du djihad recueillis et développés sur le territoire turc. Pendant au moins cinq ans, le MIT – les services de renseignement turcs – a fourni des informations politiques et logistiques à l’opposition syrienne tout en armant un grand nombre de Salafis. Après tout, Ankara croyait que l’EI/Daesh n’existait que grâce au « mal » déployé par le régime Assad.

Le facteur russe

Le Président russe Vladimir Poutine rencontre le Président de la Turquie Recep Erdogan, le Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov en arrière-plan, Ankara, 1er décembre 2014 Ankara. (Kremlin)

Le premier grand bouleversement du jeu a été l’entrée spectaculaire de la Russie à l’été 2015Vladimir Poutine avait demandé aux États-Unis de se joindre à la lutte contre l’État islamique comme l’Union Soviétique s’était alliée contre Hitler, niant l’idée étasunienne que c’était la tentative de la Russie pour rétablir sa gloire impériale. Mais le plan étasunien, sous la direction de Barack Obama, était plutôt déterminé : parier sur des Forces Démocratiques Syriennes (FDS), un mélange de Kurdes et d’Arabes sunnites, soutenus par la puissance aérienne et les forces spéciales US, au nord de l’Euphrate, pour détruire l’EI/Daesh jusqu’à Raqqa et Deir ez-Zor.

Raqqa, bombardée par le Pentagone, a peut-être été prise par les FDS, mais Deir ez-Zor a été prise par l’Armée Arabe Syrienne de Damas. L’objectif ultime des Étasuniens était de maintenir constamment le nord de l’Euphrate sous la domination US, par le biais de leurs mandataires, les FDS et le PYD/YPG kurde. Ce rêve étasunien est maintenant terminé, déploré tant par les démocrates impériaux que par les républicains.

La CIA en aura après Trump pour très longtemps.

Rêve kurde terminé

Il y a eu un malentendu culturel. Autant les Kurdes syriens croyaient que la protection étasunienne équivalait à l’approbation de leurs rêves d’indépendance, autant les Étasuniens n’ont jamais semblé comprendre que dans tout le « Grand Moyen-Orient », on ne peut acheter une tribu. Au mieux, vous pouvez les louer. Et ils vous utilisent selon leurs intérêts. Je l’ai vu de l’Afghanistan à la province irakienne d’Anbar.

Le rêve kurde d’un territoire contigu et autonome de Qamichli à Manbij est terminé. Les Arabes sunnites vivant dans ce périmètre résisteront à toute tentative kurde de domination.

Le PYD syrien a été fondé en 2005 par des militants du PKK. En 2011, les Syriens du PKK sont venus de Qandil – la base du PKK dans le nord de l’Irak – pour créer la milice du YPG pour le PYD. Dans les zones à prédominance arabe, les Kurdes syriens sont chargés de gouverner parce que pour eux les Arabes sont considérés comme une bande de barbares, incapables de construire leur société « démocratique, socialiste, écologique et multicommunautaire ».

Guérilla kurde du PKK à Kirkouk, Irak. (Kurdishstruggle via Flickr)

On peut imaginer à quel point les chefs tribaux sunnites arabes conservateurs les détestent. Il n’y a aucune chance que ces chefs tribaux soutiennent jamais les Kurdes contre l’Armée Arabe Syrienne (AAS) ou l’Armée Turque ; après tout, ces chefs tribaux arabes ont passé beaucoup de temps à Damas à chercher le soutien de Bachar al-Assad. Et maintenant, les Kurdes eux-mêmes ont accepté ce soutien face à l’incursion des Turcs, autorisée par Trump.

A l’est de Deir ez-Zor, les PYD/YPG ont déjà dû dire au revoir à la région qui est responsable de 50% de la production pétrolière de la Syrie. Damas et l’AAS ont maintenant l’avantage. Il reste aux PYD/YPG à se résigner à la protection de Damas et de la Russie contre la Turquie, et à la possibilité d’exercer leur souveraineté sur des territoires exclusivement kurdes.

Ignorance de l’Occident

L’Occident, avec une arrogance typiquement orientaliste, n’a jamais compris que les Alaouites, les Chrétiens, les Ismaéliens et les Druzes de Syrie privilégieraient toujours Damas pour leur protection par rapport à une « opposition » monopolisée par les islamistes purs et durs, sinon djihadistes. L’Occident n’a pas compris non plus que le gouvernement de Damas, pour sa survie, pouvait toujours compter sur les redoutables réseaux du parti Baas et les redoutables mukhabarat – les services de renseignements.

Reconstruire la Syrie

La reconstruction de la Syrie pourrait coûter jusqu’à 200 milliards de dollars. Damas a déjà dit très clairement que les États-Unis et l’UE ne sont pas les bienvenus. La Chine sera à l’avant-garde, avec la Russie et l’Iran ; ce sera un projet qui suivra strictement le plan d’intégration de l’Eurasie – les Chinois visant à relancer le positionnement stratégique de la Syrie sur l’Ancienne Route de la Soie.

Quant à Erdogan, un peu moins néo-ottoman que dans un passé récent, il semble avoir enfin compris que Bachar al-Assad « ne partira pas », et qu’il doit vivre avec cela. Ankara est appelée à rester impliquée avec Téhéran et Moscou, dans la recherche d’une solution constitutionnelle globale pour la tragédie syrienne à travers l’ancien « processus d’Astana », développé récemment à Ankara.

La guerre n’a peut-être pas été totalement gagnée, bien sûr. Mais contre toute attente, il est clair qu’une nation syrienne unifiée et souveraine est vouée à l’emporter sur tous les cocktails molotov géopolitiques concoctés dans les sinistres laboratoires du Conseil de Coopération du Golfe/OTAN. L’histoire nous dira un jour que, à titre d’exemple pour l’ensemble des pays du Sud, cette opération demeurera le meilleur changement de donne.

Pepe Escobar

Article original en anglais :

The Road to Damascus: How the Syria War Was Won

Consortiumnews 18 octobre 2019

Traduction par Réseau International

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La croissance chinoise au plus bas depuis 1992

Pékin a enregistré une croissance à 6% au troisième trimestre, sa performance la plus faible depuis au moins vingt-sept ans.

Par Sébastien Falletti
Correspondant à Pékin,

La Chine communiste bombe le torse face à Donald Trump mais sa croissance se tasse, en dépit des mesures de soutien des autorités. La seconde économie mondiale a fortement ralenti au troisième trimestre, à 6%, enregistrant sa performance la plus faible depuis au moins vingt-sept ans, selon les statistiques officielles dévoilées vendredi 18 octobre. «L’économie subit une pression baissière de plus en plus forte», a reconnu devant la presse le porte-parole du Bureau national des statistiques (BNS), Mao Shengyong. Au second trimestre, Pékin avait enregistré une croissance de 6,2%, déjà en net recul par rapport à la croissance de l’année précédente, à 6,6%. Il s’agit du plus bas niveau depuis 1992, lorsque Pékin a commencé à publier des statistiques trimestrielles.

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Ce nouveau repli confirme les difficultés du géant asiatique, empêtré dans une guerre commerciale avec Washington, plombant l’horizon de l’économie mondiale. «Ce chiffre signifie qu’il y a un risque que la croissance passe sous la barre des 6% au quatrième trimestre», juge Zhou Hao, économiste à CommerzBank, basé à Singapour. Ce seuil symbolique est l’objectif de croissance annuel pour 2019 fixé par le pouvoir, qui tente d’orchestrer un atterrissage en douceur, sur fond d’inquiétude croissante des classes moyennes, et des investisseurs. Cet objectif annuel est jugé toujours à portée pour cette année, mais le Parti communiste prépare déjà la suite. «Ces chiffres sont un stress visant à tester la réaction des marchés face à la perspective d’une croissance passant sous la barre des 6% l’an prochain. Ils vont surveiller l’évolution du yuan, et des bourses», analyse ZhouÀ Shanghai et Shenzhen, les cours ont baissé dans la foulée de l’annonce des nouvelles statistiques, mais sans créer de panique. «Il n’y a pas de surprise pour les marchés, qui se sont habitués au ralentissement structurel de l’économie chinoise», ajoute l’économiste de la Commerzbank.

Dans ce tableau sombre, quelques statistiques sont plus favorables ce vendredi, à l’image de la production industrielle et des ventes de détails qui sont repartis à la hausse le mois dernier. La production industrielle a progressé en septembre de 5,8% sur un an alors qu’elle avait nettement reculé en août à 4,4% en août, tandis que les ventes de détail augmentaient de 7,8% contre 7,5% le mois précédent, selon le BNS. Sous le regard anxieux des investisseurs chinois et étrangers, les autorités ont tenté de rassurer. «Au cours des trois premiers trimestres, l’économie a maintenu une stabilité d’ensemble», a commenté Mao Shengyong.

«La réalité est que la croissance ralentit plus fortement que prévu et que son effet se fait désormais sentir sur l’économie réelle, en particulier dans les villes de seconde catégorie. L’impact de la la guerre commerciale commence tout juste à se faire sentir», juge Zhu Ning, économiste à l’Université Tsinghua, à Pékin. La Chine et les États-Unis ont enrayé leur escalade tarifaire lors d’un treizième round de négociation le 11 octobre à Washington et espèrent conclure un accord intérimaire en novembre, lors de la rencontre entre les présidents Donald Trump et Xi Jinping, au sommet de l’APEC, au Chili, mais les détails restent flous, et les experts doutent de progrès substantiels.

Le ralentissement de l’économie chinoise, est jugé structurel après plusieurs décennies de croissance spectaculaire. Les autorités ont multiplié les mesures de soutien cette année, desserrant notamment les rênes du crédit. Néanmoins, Pékin écarte pour l’heure un grand plan de relance, coûteux. «Ils vont garder des munitions pour plus tard, et pour ne pas alourdir encore la dette. Ils s’inscrivent dans une guerre longue», juge Zhou. L’Amérique de Trump est prévenu.

 

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Rapport de situation hebdomadaire du Donbass (Vidéo) – 19 octobre 2019

Voici les points abordés lors de ce dernier rapport de situation hebdomadaire filmé le samedi 19 octobre 2019.

SITUATION MILITAIRE
00’44″ – Bilan des bombardements de l’armée ukrainienne lors de la semaine écoulée
03’17″ – L’armée ukrainienne abat un drone de l’OSCE
04’36″ – La RPD détecte des pièces d’armement lourd présentes près de la ligne de front côté ukrainien

DIPLOMATIE – ACCORDS DE MINSK

05’50″ – Kiev demande la dissolution de la RPD et de la RPL en vue de proposer un scénario chypriote

RPD-RPL

26’16″ – La RPD ouvre un centre représentatif en Belgique

ÉVOLUTION DE LA SITUATION EN UKRAINE

27’35″ – Preuves de la collusion du gouvernement ukrainien avec les néo-nazis
41’22″ – Naftogaz veut extorquer plus de 11 milliards de dollars à Gazprom

PENDANT CE TEMPS LÀ À KIEV

45’30″ – Des députés ukrainiens veulent « récupérer » le Kouban et ses habitants

48’20″ – Conclusion

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L’INTERNATIONALE SERA LE GENRE HUMAIN

Le lien de la VIDÉO
https://www.youtube.com/watch?v=mhZ8rPHezas&feature=youtu.be
A écouter merci
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Islamophobie: arme de dissuasion massive de la critique du dogme islamique

 

Récemment, au cours des universités d’été (1) de la France insoumise, parti politique dirigé par Jean-Luc Mélenchon, le philosophe Henri Peña-Ruiz a fait l’objet d’une condamnation sans appel pour ses déclarations tenues lors de son intervention sur le thème de la laïcité. Pour quel motif le philosophe a été condamné ? Il aurait affirmé, selon certains thuriféraires de l’islamo-gauchisme spécialistes de la manipulation : « on a le droit d’être islamophobe ». Cette phrase a suscité un déluge de réactions courroucées sur les réseaux sociaux et une tempête de protestation au sein de la France insoumise.

 

En réalité, une phrase totalement sortie de son contexte. Qu’il convient donc de réintégrer dans le reste de sa longue phrase pour restituer le sens exact de son propos délibérément déformé pour l’incriminer injustement : « Le racisme, c’est la mise en cause d’un peuple ou d’un homme ou d’une femme comme tel. Le racisme antimusulman est un délit, la critique de l’islam, la critique du catholicisme, la critique de l’humanisme athée n’en est pas un, on a le droit d’être athéophobe comme on a le droit d’être islamophobe, comme on a le droit d’être cathophobe. ».  Pour quiconque connaît les travaux philosophiques d’Henri Peña-Ruiz, il serait malhonnête de porter des accusations diffamatoires contre lui. À titre personnel, je ne partage absolument pas les idées politiques d’Henri Peña-Ruiz. Cependant, au plan intellectuel, j’adhère à ses travaux philosophiques. Dans son intervention, en vérité il a affirmé qu’il est condamnable de discriminer ou d’outrager des croyants en raison de leur religion, mais il est légitime de débattre et de critiquer les dogmes religieux. Mais certains adeptes radicaux du dogme musulman ont décrété que la religion islamique ne souffre aucune critique, n’admet aucun débat philosophique, ne tolère aucune controverse théologique. Pour discréditer Henri Peña-Ruiz on a extrait une phrase hors de son contexte pour lui imprimer une connotation xénophobe. Au lieu de rebondir positivement sur l’invitation du philosophe à ouvrir un débat critique sur l’islam – et sur la religion en général –, les tenants de la doxa islamiste ont brandi leur arme favorite, l’islamophobie, pour déshonorer moralement Henri Peña-Ruiz, accusé odieusement de racisme. Dès lors, l’orientation du débat sur l’islam a  été déviée, éludée, obstruée, au nom du panneau d’interdiction (islamophobie) érigé par l’islamomosphère, cette police de la pensée archaïque totalitaire, survivance anachronique d’un monde féodal oriental maintenu en vie grâce aux pétrodollars.

Pour la clarification du débat ou de l’analyse, il importe d’emblée, par souci de rigueur intellectuelle, de procéder à une définition rigoureuse des termes islamophobie et antimusulman. Tout le monde s’accorde sur la fabrication idéologique récente du néologisme « islamophobie ». Ce terme est formé du radical islam et du suffixe phobie. Si le premier mot appartient à l’usage courant du vocabulaire, compréhensible par tout le monde, le second vocable, en revanche, relève de la terminologie psychiatrique. Il définit la peur irrationnelle de quelque chose, la crainte irrationnelle relevant de la psychopathologie. Autrement dit, islamophobie signifie : la peur irrationnelle de l’islam. L’auteur du rejet de l’islam serait ainsi victime d’une pathologie psychiatrique. Il n’est donc pas responsable de son acte. Juridiquement, il pourrait bénéficier de l’irresponsabilité pénale car il était,  au moment de la commission de son islamophobie, atteint d’un trouble psychique ayant aboli son discernement ou sa perception de l’islam. Ainsi, même le choix spécieux du terme islamophobie est inapproprié. Pour notre part, haine-de-l’islam serait plus adéquat pour désigner une personne exprimant un rejet viscéral du culte musulman. Cette locution implique une dimension active et rationnelle de l’expression du rejet de l’islam, et n’exonère aucunement son auteur de sa responsabilité. Les idéologues islamistes s’embourbent eux-mêmes dans leur néologisme à connotation psychiatrique. La folie religieuse engendre une sémantique folle.

 

A l’évidence, associer deux termes aussi radicalement dissemblables est une opération tendancieuse. Dès sa création et sa propagation, le mot islamophobie (à l’évocation terrifiante) visait à jeter le trouble (au sens pathologique) dans l’appréhension de la question de l’islam. Subrepticement, ce terme a été introduit comme une arme contre toute critique de l’islam. Ce n’est pas un hasard qu’il se soit exclusivement imposé et répandu en Europe et dans les autres pays occidentaux, dans lesquels la notion du blasphème est absente.

 

Depuis longtemps tombé en désuétude, le blasphème ne fait en effet pas partie du paysage intellectuel de la France, et de manière générale des pays  occidentaux. Ainsi, ces pays n’interdisent pas la critique libre de la religion. Le blasphème n’est donc pas criminalisé, contrairement aux pays musulmans. De façon concertée, afin de contourner l’absence de législation sur le blasphème,  dans le dessein d’instaurer l’interdiction de toute critique de l’islam, d’aucuns ont pondu un clone du blasphème édicté comme une fatwa : l’islamophobie. Pour l’imposer dans les consciences et lui donner une certaine légitimité, le terme islamophobie est assimilé, pour ne pas dire rendu synonyme, au vocable antimusulman. Et le tour de prestidigitation idéologique a bien réussi. De fait, alors que la critique de l’islam ressortit du débat d’idées, de la liberté de mener des controverses philosophiques sur la religion, elle est maintenant considérée comme une atteinte aux musulmans, voire comme un attentat contre les musulmans. Comme si le fait de critiquer l’islam revenait à s’attaquer aux musulmans (en chair et en os).

En effet, associer la critique de l’islam à une attaque contre les musulmans est très insidieux, pernicieux. Car, si la critique des musulmans relève du racisme, légitimement condamnable et répréhensible, du reste c’est un délit (elle est passible de condamnation judiciaire) ; la critique de l’islam, elle, ne vise qu’à débattre librement des dogmes de la religion musulmane.

 

En Occident, la liberté de conscience comme le droit de critique de la religion sont communément admis. En particulier, lorsqu’il s’agit de pays laïcs comme la France connue pour ses controverses anticléricales, en l’espèce, la liberté de critique prime sur toute autre considération, qui plus est religieuse. Pour insister sur le cas de la France, il ne faut pas oublier qu’elle fut le premier pays à mener une guerre impitoyable contre l’Eglise, notamment pendant la Révolution de 1789. Sans omettre les diatribes corrosives anticléricales initiées par les grands philosophes des Lumières durant tout le XVIIIe siècle. La France est ainsi un pays où la critique contre la religion est ancestrale. Où le débat-réquisitoire sur les religions est ancré dans l’univers philosophique et politique.

 

Au vrai, la question philosophique et politique qui se pose à notre époque moderne sécularisée est la suivante : est-il légitime de critiquer librement l’islam ? Est-il légitime ou irrationnel, à notre époque marquée par l’islamisme, d’identifier comme radicalement dangereux certains courants de l’islam, notamment le salafisme engagé dans une croisade verte totalitaire contre toute l’humanité, au nom de son dogme musulman doctrinaire, son islam coranique littéraliste théocratique ? Doit-on les combattre ou respecter leurs pratiques islamistes pour ne pas être accusés d’islamophobie ? N’est-ce pas au nom de l’islamophobie qu’on veut réduire au silence toute critique du dogme islamique ? Paradoxalement, ce sont les musulmans intégristes qui invoquent l’islamophobie pour circonscrire tout débat sur les questions relatives au dogme de l’islam, particulièrement ses aspects rétrogrades défendus avec obstination par les islamistes.  L’arme massive dissuasive islamophobie a été inventée par les islamistes pour criminaliser et pathologiliser toute critique de la religion islamique. Pour verrouiller tout débat contradictoire, libre et démocratique sur l’islam.

 

A l’évidence, aujourd’hui, pour prouver leur sincérité dans leur souhait d’impulser un débat en vue de moderniser l’islam, les musulmans devraient accepter de dissocier les deux vocables « islamophobie » et antimusulman. S’il faut absolument conserver le second terme pour lutter contre le racisme antimusulman (en vrai anti-arabe), notamment auprès des juridictions afin de condamner les coupables ; il faudrait a contrario fondamentalement bannir l’usage du premier vocable forgé politiquement pour museler tout débat critique sur l’islam.  A cet effet, pour commencer, les musulmans ne devraient plus brandir ce glaive (islamophobie) pour trancher (proscrire) toute critique de l’islam, sous couvert d’atteinte à la croyance musulmane.

 

De manière générale, à l’évidence, à dessein, on confond délibérément deux registres : « race » et religion. Deux entités qu’il faut absolument différencier. En effet, la nationalité n’est pas réductible à la religion. La nationalité est une entité juridique reconnue internationalement. Pour prendre l’exemple de l’Algérie, on naît algérien(enne) car nous sommes procréés par des parents algériens. Rien ne peut réfuter cette donnée. Nous portons notre identité algérienne de la naissance à la mort. Même si on change de pays, de nationalité, on demeurera toujours le fruit de géniteurs algériens.

 

En revanche, la religion, elle, relève d’un choix individuel, de la seule conscience de la personne. La religion n’est pas imprimée dans les gènes de la personne dite croyante. C’est le résultat de la transmission éducative, pour ne pas dire de l’endoctrinement. On ne naît pas musulman, on le devient. En outre, Musulman ne constitue pas une caractéristique héréditaire immuable. À plus forte raison, « les Musulmans » ne sont absolument pas un peuple. Un Algérien peut, au cours de sa vie, se convertir à une autre religion, à de multiples successifs dogmes, perdre la foi. En dépit de ses multiples conversions religieuses, il demeure Algérien.

 

Une fois admis ce postulat, la distinction entre « race » (ou nationalité) et religion deviendra aisément acceptable pour l’Algérien. Et par extension, l’admission de la possibilité d’être algérien et adepte d’une religion autre que l’islam, Algérien et libre penseur ou athée, Algérien chrétien ou bouddhiste. Algérien n’est pas synonyme de musulman, tout comme musulman n’est pas synonyme d’Algérien.

 

Par ailleurs, afin de pouvoir débattre librement, les musulmans devraient d’abord désacraliser la religion musulmane. Sans ce préalable de désacralisation, indispensable à l’ouverture d’esprit pour un dialogue dépourvu de toute emprise irrationnelle, de toute passion irraisonnable, de toute appréhension hérétique, de toute terreur profanatrice, de tout sentiment  blasphématoire, les proclamations d’intention des musulmans désireux d’amorcer des réformes demeureront lettre morte. Une fois seulement cette condition acceptée et accomplie, ils pourront plus aisément engager des débats controversés sur l’islam sans se sentir personnellement offensés ni éprouver quelque culpabilité religieuse, sans éprouver le sentiment de commettre un sacrilège.

Car, rationnellement, dans une discussion critique sur l’islam, ce qui est sacré c’est le locuteur et l’interlocuteur, et non l’islam, doctrine religieuse, objet de discussion. La critique libre de la religion est plus sacrée que l’interdiction de la critique religieuse consacrée.

 


1-   Université d’été est le nom généralement donné, en France, à un rassemblement de militants de responsables d’un mouvement politique sur quelques jours à la fin des vacances d’été. Y sont souvent conviés des universitaires, des intellectuels, des acteurs de la société civile pour des sessions de conférences, de débats et de formation.

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