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Gouvernement Français de Folies

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Gouvernement Français de Folies

Le macronisme n’aura été pour la jeunesse qu’une école de désespoir, et de certaines violences. Pendant deux mandats chaotiques, le pouvoir n’a cessé d’exiger de la jeunesse des sacrifices. Comment s’étonner que, devant un spectacle aussi désastreux, tant d’entre eux s’écrient à la face des adultes : « Remboursez !» La dette française la plus alarmante n’est pas financière, mais politique. Les suites devenues imprévisibles de la mobilisation lycéenne montrent que, pour cette dette aussi, on ignore si elle sera remboursée un jour et à quel taux.

Il est plus que désespérant d’entendre sur certains médias des jeunes dirent « Nous n’aimons pas la France » alors veuillez comprendre que ces propos vous amènent à la violence et à ne pas vous faire comprendre, par ce biais vous agrandissez le fossé de vous faire admettre. Quand on parle de santé, on pense souvent à la santé physique. Pourtant, la santé mentale est tout aussi importante : lorsque l’esprit ne va pas bien, demander de l’aide devrait donc être aussi naturel que faire soigner une blessure. C’est ce que nous explique l’Organisation mondiale de la santé (OMS). La santé mentale contribue, au même titre que la santé physique, à notre santé globale. Pour faire simple, la santé mentale fait partie intégrante du bien-être, un état propre à chacun. C’est une question d’équilibre : elle peut fluctuer et dépend de nombreux facteurs, comme notre histoire personnelle, nos conditions de vie ou encore les situations auxquelles nous devons faire face. Le sommeil, l’alimentation, les relations sociales : dans la vie de tous les jours, nous pouvons adopter certaines habitudes qui contribuent positivement à prendre soin de sa santé mentale. S’exposer à la lumière du jour et profiter de la nature, par exemple, peut agir sur notre organisme en faisant baisser le taux de cortisol (l’hormone du stress) dans le sang, en ralentissant les battements du cœur et en diminuant la tension artérielle.

Une petite marche en extérieur de quelques minutes, tous les jours, peut ainsi contribuer à réduire votre stress, diminuer votre anxiété, améliorer votre humeur et… vous permettre de mieux dormir. En effet, lorsque les rayons du soleil même par temps gris parviennent jusqu’à la rétine de vos yeux, ils stimulent dans le cerveau ce que l’on surnomme “l’horloge interne” ou “l’horloge biologique” : votre cerveau est alors informé qu’il doit être éveillé. À contrario, lorsque la lumière diminue le soir, le cerveau favorise la production de mélatonine, hormone qui contribue à préparer notre organisme au sommeil. Une bonne raison de sortir des bâtiments parfois peu lumineux et de s’accorder quelques minutes en plein air, chaque jour !

L’ironie veut que ce soit la jeunesse qui, aujourd’hui, présente la facture politique au pouvoir. Le plus souvent, les gouvernants s’abritent derrière les générations futures pour justifier le rétablissement austère des comptes. Parce qu’ils sont les symboles de l’avenir, les jeunes servent de prétextes au sacrifice des adultes : qui voudrait voir des enfants rembourser une dette contractée par leurs aînés ? Beaucoup de jeunes semblent s’être lassés de ne symboliser l’avenir que dans des éléments de langage destinés à justifier les coupes budgétaires et l’appauvrissement des services publics. C’est de leur présent qu’ils parlent et du désir de le voir fait d’autres choses que d’horaires impossibles, de professeurs non remplacés, de locaux sales et d’échanges dépolitisés sur les réseaux sociaux.

A quelle date une dette politique a-t-elle été contractée en France ? Autant demander depuis quand nous avons cessé d’associer politique et émancipation. Il serait injuste de faire remonter aux débuts du macronisme une désillusion qui est bien plus ancienne. Il y a plus de dix ans, par exemple, que l’on invite la jeunesse au renoncement plutôt qu’à l’espoir et que le mot « réforme » est devenu, de manière systématique, synonyme de régression. Il reste que l’expérience politique des lycéens d’aujourd’hui se borne à Emmanuel Macron : elle s’est construit quelque part entre les promesses de « nouveau monde », la révolte des gilets jaunes, les mesures anti-Covid et la loi sur les retraites. Durant deux mandats chaotiques, le pouvoir n’a associé la jeunesse à sa politique que pour exiger d’elle des sacrifices confinements, précarité étudiante, réforme aberrante du baccalauréat) ou pour justifier en son nom de nouvelles contraintes loi travail et réformes des retraites, coupes sombres dans les budgets de l’hôpital et de l’université.

Volcan générationnel

Le macronisme n’aura été qu’une école de désespoir dans un monde qui n’annonçait déjà plus rien de reluisant. Promesses d’avenir, ladite « Gen Z » a en effet de quoi récriminer : réchauffement climatique, crimes de guerres impunis, inégalités sociales exacerbées, révolutions technologiques équivoques, triomphes électoraux de partis racistes et autoritaires. Comment s’étonner que, devant un spectacle aussi désastreux, tant de jeunes s’écrient à la face des adultes : « Remboursez !»

Si la France est le cratère d’un volcan générationnel aux dimensions mondiales, c’est parce que l’addition y est encore plus salée qu’ailleurs. Non seulement dix ans de «et de droite et de gauche » n’ont permis d’éviter aucun désastre, mais il ne reste de la promesse d’une dépolitisation heureuse et « libérale » que la perspective de voir l’extrême droite accéder au pouvoir. La seule raison qui pouvait accommoder la jeunesse avec un tel régime était sa capacité à nous éviter le pire. il apparaît à tous qu’il suscite ce qu’il devait empêcher, les chevaux de la colère sont lâchés.

A peine débutants en politique, les jeunes Français constatent les pierres que l’on a attachées à leurs pieds. Frustrés par Parcoursup, endettés pour plusieurs générations, promis à des canicules annuelles, il faut encore qu’ils envisagent que, demain, leurs votes qui se portent en majorité vers la gauche soient noyés dans un océan réactionnaire et vieux.

On comprend, à ce compte, pourquoi la jeunesse se mobilise avant qu’un rideau opaque ne tombe sur la démocratie. Il est presque étonnant que, dans leur écrasante majorité, les jeunes Français qui sortent dans la rue restent joyeux et légers. Le gouvernement devrait leur en savoir gré plutôt que de répondre par l’arsenal habituel qu’il mobilise face aux phénomènes qui lui échappent : couvre-feux et répression policière. Contrairement aux caricatures qui les présentent comme une masse de tiktokeurs décérébrés, les jeunes se lèvent pour réclamer ce qu’on leur doit politiquement. Nous, qui n’avons plus 20 ans, pouvons bien continuer à séparer le bon grain de l’ivraie et préférer les cortèges pacifiques et chantants aux mairies en feu. Cela ne nous exonère pas de la seule tâche urgente : libérer cette jeunesse d’une dette politique qu’elle n’a pas voulue et tenter de nous réconcilier avec elle.

La répression des manifestations lycéennes est une leçon de fascisme, tout dépend de quel côté l’on se place. Une société devient peu à peu fasciste lorsqu’elle est capable de sacrifier la vie de ses enfants au nom de l’ordre et de la stabilité nationale telle qu’elle est définie par les adultes. Certain·es considèrent à tort que l’éventuelle (bien qu’improbable) arrivée du RN au pouvoir lors des prochaines législatives marquerait le moment où la société française passerait de la démocratie au fascisme. Mais ceux d’entre nous qui ont vécu sous une dictature savent que le fascisme n’arrive jamais et ne disparaît jamais du jour au lendemain. En Espagne, par exemple, le fascisme n’a pas commencé par le soulèvement militaire, ni pris fin avec la mort de Franco. Entre 1933 et 1935, un gouvernement républicain, mais conservateur, a banalisé la répression violente des manifestations d’étudiants et d’ouvriers, qui s’est ensuite étendue aux paysans, aux classes moyennes et aux intellectuels, sans qu’il y ait d’opposition effective. La violence policière et militaire déployée contre les manifestations pacifiques des étudiants a servi d’école du fascisme.

Une société devient peu à peu fasciste lorsqu’elle accepte comme normale la violence institutionnelle à l’encontre des membres les plus fragiles de sa population, y voyant une nécessité permettant de maintenir le statu quo de ses élites politiques, religieuses, économiques, raciales, sexuelles ou de genre. Mais surtout, une société devient peu à peu fasciste lorsqu’elle est capable de sacrifier la vie de ses enfants et de ses jeunes générations au nom de l’ordre et de la stabilité nationale telle qu’elle est définie par les adultes. La guerre civile et coloniale, comme un bûcher sur lequel brûle le corps de toute une génération, est l’aboutissement de ce devenir fasciste.

Le fascisme, c’est l’infanticide comme stratégie de gouvernement

Paradoxalement, bien que ce soit la droite conservatrice et national-fasciste qui ait fait de la «protection de l’enfance» un rempart politique lui servant à mettre en œuvre des lois répressives telles que l’interdiction de l’avortement, de l’adoption et de la filiation par les personnes homosexuelles, ainsi que l’interdiction pour les adolescents d’accéder aux processus de transition de genre ; ce sont pourtant ces mêmes protecteurs de l’enfance qui, lorsqu’il s’agit d’écouter ce que les «enfants» ont à dire et de répondre à leurs demandes, envoient la police armée contre eux. En réalité, pour le nationalisme, l’enfance est aussi importante que la terre : toutes deux sont considérées comme des espaces vierges qu’il est possible de coloniser, c’est-à-dire d’occuper, de posséder, de violer, de détruire. Le fascisme est une relation de terreur, de soumission et de colonisation paterno-filiale, mise en scène et érotisée à l’échelle nationale. Le fascisme, c’est l’infanticide comme stratégie de gouvernement.

Au Museo del Prado à Madrid, on peut voir l’une des représentations les plus effrayantes de la volonté infanticide des parents blancs, capitalistes et hétérocoloniaux. Dans l’un de ses tableaux noirs des années 1820, Goya nous montre la voracité avec laquelle Saturne se nourrit du corps d’un·e adolescent·e, la folie qui pousse le père à se croire légitimé pour dévorer la vie et le corps de ses enfants. Dans le mythe gréco-romain, Saturne-Chronos est le temps : un titan qui se nourrit de ses propres enfants dans un rituel aussi sauvage qu’incessant. Saturne est aujourd’hui une allégorie de la génération des baby-boomers qui dévorent leurs enfants. La manière dont le capitalisme patriarcal, dans son évolution vers le fascisme, dévore ses enfants en mangeant leur futur. La scène représentée par Goya se répète aujourd’hui dans les rues de France : Saturne tire une balle en caoutchouc à bout portant sur un lycéen sans défense et lui arrache la main, qui explose dans un bain de sang. Un groupe de Saturnes armés avance vers une petite foule d’adolescents pacifiques et désarmés qui leur crient : « Non, s’il vous plaît, laissez-nous manifester. » Mais les Saturnes ne s’arrêtent pas : ils frappent, attaquent, écrasent la tête des enfants avec leurs bottes, traînent leurs corps en les tirant par les cheveux, profitant au passage pour leur toucher les fesses ou la poitrine.

Les adolescents scolarisés constituent la seule force sociale capable de fabriquer le temps

Face à la génération des Saturnes-boomers, les adolescents scolarisés dans des lycées publics abandonnés par la République, les enfants blessés, aveuglés, mutilés par la violence du père, sont avant tout des corps vivants chargés d’avenir. Ils constituent la seule force sociale capable de fabriquer le temps. Et les pères fascistes convoitent ce corps, souhaitant à la fois s’y reproduire, le dévorer, le détruire. Ils veulent faire tourner cette usine jour et nuit, en extraire autant d’avenir que possible, quoi qu’il en coûte. C’est la soif d’avenir du père qui caractérise le capitalisme productiviste et colonial : dévorer la terre, dévorer la vie, violer et dévorer le désir de l’enfant, dévorer les animaux, dévorer les plantes, dévorer l’univers, dévorer le temps, tout dévorer. Le fascisme est vivipare et futurophage. L’ampleur des violences policières déployées contre les adolescents manifestants montre bien que ce dont il est question ici, ce n’est pas du droit des enfants à une éducation, de la nécessité d’avoir davantage d’enseignants, des conditions de travail des remplaçants ou de l’isolation thermique des établissements scolaires contre le froid ou la chaleur.

Saturne et sa répression policière sont là pour donner à la société une leçon de fascisme et vérifier qu’elle y résiste sans se plaindre. Deux options s’offrent à nous : transformer la manifestation des lycéens en grève nationale, ou accepter la dérive fasciste silencieuse et progressive de toute une société et ça, bien avant le RN.

Le Panda

Patrick Juan

 

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