Fin de L’Eurovision
Fin de L’Eurovision
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Il nous semble que le glas de la chanson de l’Eurovision, vient de sonner ses dernières notes. Nous n’avons pas assisté ni entendu des chansons mais vu des mascarades de clowns à qui mieux se tatouera et fera des mouvements incroyables. Nous avions le sentiment d’être dans le plus grand cirque d’idiots à savoir qui présentera le spectacle le plus noir. Une certitude ou presque il n’aura pas autant de spectateurs devant leur poste en 2027. Dommage que la vraie musique qui ne connait pas de frontières se ferme peut-être.

Sur un mur du QWien, le centre culturel queer de Vienne, la question figurait en grandes lettres noires. Sans qu’Israël ne soit cité nommément, il s’agissait de répondre à cette interrogation : «Quand faut-il disqualifier un pays du concours Eurovision ?» En guise de réponse, il y a trois semaines, une courte majorité avait collé une gommette derrière la réponse A : «Lorsque ce pays viole le droit international.» Bien avant l’arrivée des dizaines de milliers de fans étrangers en Autriche et la première demi-finale qui doit se tenir mardi 12 mai, on était en droit de penser que les visiteurs qui avaient donné leur avis étaient des locaux. Des Autrichiens, donc, favorables à l’exclusion de l’Etat hébreu. Ce qui est loin d’être anodin dans un pays qui s’est distingué cette dernière décennie par son soutien quasi indéfectible à Israël, fruit d’un mélange de realpolitik et de devoir moral lié à son passé nazi.

Un sondage à la gommette dans un lieu dédié à la culture alternative n’a évidemment rien d’officiel mais il confirme que diplomatie et géopolitique sont bien omniprésentes dans le pays hôte de l’Eurovision 2026. Des petits signaux symptomatiques de l’atmosphère qui se crispe en amont de cette compétition internationale dont le premier rendez-vous officiel se tient dimanche 10 mai avec « le tapis turquoise», qui verra les candidats défiler entre le Burgtheater et le majestueux hôtel de ville néogothique.
Au centre Qwien, la réponse C, selon laquelle un pays devrait être exclu de l’Eurovision «lorsque le diffuseur ne respecte pas la liberté d’informer», avait récolté moins de gommettes que la A. C’est pourtant bien cette règle qui prévaut pour autoriser Israël à envoyer un candidat à Vienne, contrairement à la Russie notamment. Pour l’Union européenne de radio-télévision, qui organise le concours, l’audiovisuel israélien respecte ses critères de qualité journalistique, malgré le choc de la guerre à Gaza et au Liban.

La décision est loin de satisfaire tout le monde. Cinq pays européens boycottent cette 70e édition : l’Espagne, l’Irlande, l’Islande, les Pays-Bas et la Slovénie, ce qui a ramené le nombre des participants à un plus bas historique de 35 pays. Plus d’un millier de musiciens, dont Peter Gabriel, Massive Attack ou Brian Eno, appellent le public à faire de même. Ce qui n’a pour l’instant pas semblé peser sur les ventes de billets : à la fin avril, 95 000 avaient déjà été vendus à des fans venus de 75 pays.
Le candidat d’Israël sous protection rapprochée
Les délégations étrangères sont arrivées dans la capitale autrichienne tout au long de la semaine. Accueillir l’Eurovision est un « défi complexe », euphémisme Dieter Csefan, vice-président de la police de Vienne, qui en est à sa troisième finale de l’Eurovision. Mais la dernière fois, c’était en 2015 : « La situation mondiale » a changé depuis et le risque de cyberattaque est plus élevé, estime le responsable, qui évoque un soutien du FBI. Les services de renseignement ont contrôlé le profil des 16 000 professionnels qui interviendront pour écarter tout potentiel fauteur de troubles. Quant aux 3 500 tonnes de matériel acheminées vers la salle de spectacle, la Stadthalle, elles ont été méticuleusement scannées.
Noam Bettan, jeune Franco-Israélien qui représente cette année l’Etat hébreu, a été placé sous garde rapprochée, et après quelques incertitudes, il y aura bien un café attitré pour ses fans qui souhaitent se retrouver en ville, comme pour les supporteurs de tous les autres candidats. Des rumeurs circulent cependant dans la presse autrichienne : certains centres culturels et bars viennois auraient cette année renoncé à organiser des soirées Eurovision. Pour protester contre la politique de Benyamin Nétanyahou ? Plutôt pour des raisons de sécurité, répond un responsable de la programmation.

Renforts de forces de l’ordre, chiens policiers, les Viennois observent de près les mesures de sécurité – la ville, pour qui le tourisme est une manne, se souvient de la cuisante annulation in extremis des shows de Taylor Swift pour cause de menace d’attentat en 2024. La ville a également installé 180 caméras de surveillance aux alentours de la Stadthalle. L’endroit doit voir passer au moins une manifestation de soutien à la Palestine, le soir de la finale samedi 16 mai, à laquelle 3 000 personnes sont attendues, dont des personnalités aux discours antijuifs. « Ce boycott est-il antisémite ?» est une question qui peuple la presse autrichienne des derniers jours.

« Back to Forget Ting»
« La génération TikTok exige des artistes des engagements clairs, qui laissent peu de place aux nuances», relate Alkis Vlassakakis, le commissaire de l’exposition du centre QWien. Le jeune chanteur autrichien JJ s’était exprimé contre Israël, comparant le pays avec la Russie, après avoir remporté l’édition 2025 du concours. Sa sortie lui avait valu les foudres de l’Autriche officielle, jusqu’au président de la République. Alkis Vlassakakis semble bien embarrassé par cette question du boycott : le conflit israélo-palestinien est un dossier complexe et «je m’autorise à ne pas avoir d’avis sur la question ».
Pour l’historienne salzbourgeoise Helga Embacher, « l’ambiance est devenue plus anti-israélienne en Autriche depuis la guerre à Gaza et en Iran» mais dans le même temps, cette spécialiste de l’antisémitisme et des relations austro-israéliennes voit chez ses compatriotes une grande «peur de dire des bêtises » en la matière, doublée d’un décalage entre la population et les représentants politiques. « A la différence de la France, nous n’avons pas en Autriche de grand parti qui porte la cause palestinienne», pointe Helga Embacher. Résultat, il n’y a pas de vrai débat public sur ces questions, regrette la chercheuse.

En la matière, il y a peu à attendre du côté du sommet de l’Etat autrichien. En cette année marquant les soixante-dix ans des relations diplomatiques entre Vienne et Tel-Aviv, la coalition au pouvoir en semble vouloir éviter le sujet, qui est l’un des points de divergence entre les trois partis de gouvernement (droite, gauche et libéraux). Peut-être a-t-on hâte, dans les cabinets, que l’Eurovision plie bagages et laisse à l’Autriche le loisir de s’inspirer du chanteur JJ, qui ne s’exprime plus sur la question israélienne. En septembre, il a sorti un single au titre qui résonne comme un programme : « Back to Forget Ting ». Retour à l’oubli.

Le Panda
Patrick Juan
