La Justice en France du aux mineurs
La Justice en France du aux mineurs
C’est loin d’être une affaire banale, rien ne fera revivre ces enfants décédés ou atteints par ces marasmes de viols sur enfants mineurs. Que cela aille de « L’affaire Bétharram » Les révélations des violences qui ont sévi dans l’établissement privé catholique ont non seulement mis en cause la responsabilité de François Bayrou, mais ont aussi créé un électrochoc pour les victimes de violences et d’abus sexuels dans ces établissements soumis à une implacable loi du silence.

La publication, la semaine dernière, du livre Le silence de Bétharra récit percutant du lanceur d’alerte et ancien élève Alain Esquerre, coécrit avec Clémence Badault a apporté de nouveaux éléments au déjà très lourd dossier Bétharram. Le témoignage de la fille de l’actuel Premier ministre, elle aussi victime de violences, s’ajoute à des centaines d’autres, confortant l’image d’enfer associée à cet établissement privé des Pyrénées-Atlantiques. Ce matin, Clémence Badault est avec nous pour mesurer l’ampleur du scandale et tenter de restituer l’historicité de ces abus. En deuxième partie, la philosophe Laurence Devillairs, professeure de philosophie du droit à Paris 1 Panthéon-Sorbonne, nous aide à comprendre comment des structures opaques comme Bétharram instaurent et entretiennent une loi du silence propice à toutes les dérives.

Sortir de Bétharram
L’ouvrage Le silence de Bétharram raconte l’enfermement des victimes de l’institution et le parcours d’Alain Esquerre vers le dévoilement des crimes commis sur lui et ses camarades. Pendant quarante ans, il dit être resté mentalement prisonnier de l’institution, arpentant en pensée ses couloirs et ses pièces, incapable d’en détacher son esprit. Il raconte avoir longtemps cru être seul dans cette errance silencieuse, avant de comprendre, bien plus tard, qu’ils étaient en réalité nombreux à partager ce même enfermement intérieur. Chacun, isolé dans sa souffrance, formait une communauté invisible d’enfants oubliés. Ce livre, dit-il, vise à faire exister leur histoire collective. À sa lecture une envie prend d’hurler sans fin.

À l’antenne, Clémence Badault rappelle immédiatement l’ampleur et la dimension systémique de l’enfer de Bétharram, c’est le plus grand scandale de pédocriminalité dévoilée à ce jour en France. Sur cinquante ans, dit-elle, le nombre de victimes s’élève à 203 élèves et on compte 30 agresseurs : à Bétharram la pédocriminalité et les violences sur les enfants font système, elles sont perpétuées et sont perpétrées sur plusieurs générations. Bétharram, en plus d’être un établissement dirigé par une succession de directeurs eux-mêmes agresseurs, est également valorisé pour sa dureté dans la région : on disait volontiers aux enfants turbulents qu’ils allaient être redressés à Bétharram et les familles s’attendaient souvent à ce que leurs enfants subissent une forme de violence physique banalisée (ce que l’on appelait une « correction »). Ainsi faut-il comprendre Bétharram comme l’émanation d’une culture de la violence à l’encontre des enfants que Clémence Badault explique en ces termes : « Souvenez-vous qu’en 1996, François Bayrou, alors ministre de l’Éducation nationale, se fait voler par un gamin pendant une interview : il lui met une claque, et sa cote de popularité grimpe de dix points. On est dans cet état d’esprit-là en 1996. Une claque. Les châtiments corporels infligés aux enfants ne sont d’ailleurs pas interdits par la loi à cette époque ; ce ne sera le cas qu’en 2019. On les accepte, voire on les recherche. Je pense que certains parents ont sciemment placé leurs enfants dans cet établissement pour qu’ils soient cadrés, pour qu’ils deviennent des hommes forts, virils et peut-être aussi parce qu’ils n’avaient pas envie de s’occuper eux-mêmes de cette part-là de l’éducation. »
Sortir de Bétharram ne relève donc pas seulement d’un travail de mémoire : c’est aussi affirmer la nécessité d’un autre modèle éducatif, en rappelant que ce qu’on appelait autrefois redressement ou correction n’était, en réalité, rien d’autre que des passages à tabac.

Omerta ecclésiale
Laurence Devillairs interroge la permanence de ce qu’elle appelle des « zones de non-droit », c’est-à-dire des régimes d’exception et Bétharram est un très bon exemple d’espace qui échappe aux lois de la République. La philosophe étend ce constat à l’institution catholique en général : « Il y a, me semble-t-il, dans l’Église catholique une idée profondément ancrée : celle qu’il existerait des lois supérieures à celles de la République. L’institution ecclésiale, voire sa doctrine, se place au-dessus du droit commun. C’est précisément cette croyance qu’il faut déconstruire et condamner. » Elle explique le mécanisme d’enfermement dans cet espace de violence sourde : « Ces institutions fonctionnent en vase clos, dans un entre-soi étanche. Lorsqu’on y est plongé, tout ce qui existe en dehors semble s’effacer : en théorie, on sait qu’il y a un monde extérieur, qu’il y a les lois de la République — mais concrètement, elles n’ont plus cours. Tout est verrouillé. »
Et dire que cela se poursuit avec des meurtres de mineurs

L’atteinte aux enfants mineurs c’est plus qu’un scandale. Lyhanna: une ex-collègue de Jérôme Barella estime « inadmissible » l’absence « d’alerte » après son licenciement pour comportement inapproprié.Existe-t-il une sanction à la hauteur de tel(l)es pédocriminel(e)s ?
Une enseignante, qui travaillait avec Jérôme Barella dans l’établissement duquel il a été licencié pour « comportement inapproprié » en 2021, témoigne. Elle ne comprend pas comment cet homme, soupçonné d’être à l’origine de la mort de la petite Lyhanna, a pu passer entre les mailles du filet.
La gestion des procédures judiciaires visant Jérôme Barella, soupçonné d’avoir causé la mort de la jeune Lyhanna dans le Gers, continue d’interroger. Plusieurs plaintes avaient été déposées contre cet homme, notamment pour viols sur mineure. Par ailleurs, Jérôme Barella avait également été licencié en 2021 alors qu’il travaillait au lycée de Lectoure en tant qu’agent d’entretien. Ce licenciement a été initié « en raison d’une relation inappropriée avec une lycéenne », a indiqué la procureure de la République d’Auch mercredi 3 juin.
« Il aurait dû y avoir une alerte »
« On a quand même une personne de 32 ans et une mineure de 17 ans. Je crois si je ne me trompe pas, qu’elle a forcément la majorité sexuelle, donc l’histoire du consentement, à la rigueur, ça ne me choque pas. Mais c’est censé être inscrit dans son dossier », estime cette enseignante, qui a souhaité rester anonyme. Selon elle, « à partir du moment où il y a eu une deuxième affaire, il y aurait déjà dû y avoir une alerte et des signaux qui passent au rouge ».
Disparition de Lyhanna: que sait-on des plaintes pour viol déposées contre le suspect ? Une situation qui interroge car, d’après cette enseignante, les collègues sont « très vigilants ». « Pour moi, en tant que professeure, c’est inadmissible. De toutes façons, on est très vigilants par rapport à tout ça, pour nous, ce n’est pas possible. En plus quand on est maman, ça remet une couche à cette problématique », précise-t-elle.

Une absence des pouvoirs publics ?
Elle pointe notamment du doigt l’État et les moyens alloués aux départements ruraux. Lyhanna, 11 ans, a été signalée disparue le vendredi 29 mai 2026. Rapidement, un suspect de 41 ans est identifié par les enquêteurs. Mis en examen pour « séquestration sur mineur de moins de 15 ans », il avait déjà été accusé de viol sur mineur en 2025. La jeune fille a été retrouvée morte.

L’ombre d’un possible dysfonctionnement dans le traitement réservé à l’une des plaintes visant Jérôme Barella a conduit le gouvernement à annoncer l’ouverture d’une enquête administrative concernant les antécédents du suspect. Les efforts pour retrouver Lyahanna se poursuivent toujours à Fleurance dans le Gers, sous la surveillance de la gendarmerie.
Une autre plainte a été déposée le 22 août 2025 par la mère de Rosa*, une enfant née en 2014, qui a dénoncé des viols commis « entre septembre 2024 et mai 2025 au domicile » du suspect, selon la procureure. Depuis le dépôt de cette plainte voilà neuf mois, le suspect n’a pas été entendu.
« Cette enquête était encore en cours au moment de la disparition de Lyhanna » et l’audition du mis en cause « est toujours le dernier acte d’enquête à effectuer », a insisté Clémence Meyer.

La procureure a finalement annoncé, sans donner de détail, le dépôt cette semaine d’une nouvelle plainte dans une affaire de viol sur mineur. Selon les informations de BFMTV, il s’agit d’une plainte déposée par Nicolas L. pour des faits commis sur sa fille, placée par l’Aide sociale à l’enfance.
Selon lui, ces faits se seraient produits au domicile de Jérôme Barella lors d’une « soirée pyjama » à laquelle assistait sa fille ainsi que « plusieurs jeunes filles ». Le père de famille affirme que l’éducatrice de son enfant a fait un signalement en mars 2026 pour ces faits. Il dit avoir lui-même contacté la police en découvrant que Jérôme Barella était le principal suspect dans la disparition de Lyhanna et avoir été entendu ce mercredi.

« Plus jamais ça ! » : la marche blanche en mémoire de Lyhanna
Environ 6 000 personnes se sont rassemblées à Fleurance pour rendre hommage à la jeune fille retrouvée morte jeudi après près d’une semaine de recherches. Le silence règne ce dimanche 7 juin à Fleurance. Environ 6 000 personnes se sont lancées depuis la base de loisirs de la commune pour la marche blanche en hommage à Lyhanna, collégienne de 11 ans retrouvée morte jeudi, six jours après sa disparition.
La marche blanche s’est élancée avec les parents et le frère de Lyhanna en tête d’un cortège très dense, visages graves, derrière une banderole sur laquelle est écrit : « Plus jamais ça ! On t’aime. Tu nous manques ». Derrière la famille de nombreuses personnes vêtues de t-shirts blancs avec la même inscription.

La marche blanche pour Lyhanna est aussi une « protestation silencieuse », estime ce député du Gers. Le tracé de la marche a été pensé par la famille de Lyhanna pour passer par des lieux significatifs pour la jeune fille, notamment le collège où elle était scolarisée. Le père de Lyhanna a déposé le t-shirt d’hommage ainsi que des roses blanches sur la porte de l’établissement, dans le silence. De très nombreuses fleurs ont également été déposées sur le muret qui entoure le collège de la fillette.
« Lyhanna pardon, pardon pour ce que tu as vécu »

À l’issue de la marche, la famille a tenu à remercier les nombreuses personnes présentes ce dimanche ainsi que le maire pour sa mobilisation durant les recherches et pour l’organisation de cet hommage. « 1 000 mercis pour tout », a dit la tante de Lyhanna depuis l’estrade, lisant les mots écrits par les parents, en larmes juste derrière elle. « Notre petit monde tout entier s’est écroulé (…) Lyhanna pardon, pardon pour ce que tu as vécu, nous t’aimons tellement », a-t-elle conclu sous une salve d’applaudissements.
Le maire de la ville, Grégory Bobbato, a ensuite pris la parole : « On veut nous faire croire que la tragédie n’est que le dysfonctionnement d’un système », mais la mort de « Lyhanna est le dernier acte d’une tragédie qui se joue depuis bien trop longtemps ». « Combien de marches blanches, combien de minutes de silences nous faudra-t-il encore ? (…) Cette famille vaut mieux qu’une énième enquête administrative, qu’une énième circulaire », a-t-il poursuivi, dénonçant une « faillite en tant qu’élus, nation, humains ».
Et d’ajouter : « Nous sommes tous Estelle Mouzin, nous sommes tous Maëlys, nous sommes tous Lyhanna. » Une minute de silence a été observée en hommage à la fillette de 11 ans, avant que les parents ne quittent la place.
« Ça aurait pu arriver à ma famille, à mon fils, ma fille »
Dans le cortège, les pancartes avec le visage de Lyhanna étaient nombreuses. « Ta vie fut brève mais ton impact sera éternel », pouvait-on lire sur l’une d’elles. « Un monstre a voulu te réduire au silence ! Aujourd’hui tu es un ange et on portera ta voix pour l’éternité », écrit une autre, ou encore : « Vous tuez les enfants de nos enfants. Stop. Grands-parents révoltés. »

Une participante vêtue de blanc et portant une rose blanche confie très émue : « Je me sens concernée, j’ai deux enfants, une fille de 12 ans et un fils de 13 ans. Ça aurait pu arriver à ma famille, à mon fils, ma fille. » « Je suis dévastée, c’est un choc », affirme une autre participante qui a elle aussi une jeune fille. Plusieurs personnes confient avoir fait plusieurs heures de route pour rendre hommage à Lyhanna et accompagner la famille. « On attend de la justice et que les pouvoirs publics prennent des mesures strictes pour que ça m’arrive plus », souligne une femme. L’affaire a suscité une vague d’émotion dans le pays, sur fond de polémique concernant le traitement judiciaire des plaintes pour viols sur mineures visant le principal suspect. Mon regard se trouble car ayant trois enfants dont une fille, je m’interdis d’écrire quelle sera a sanction dans un tel acte ? Je ne peux que m’incliner avec le plus grand respect ace à ces victimes et leurs proches !

Le Panda
Patrick Juan

Depuis la mort de la jeune Lyhanna dans le Gers, plusieurs responsables politiques pointent l'insuffisance du budget alloué à la justice. Il a pourtant largement augmenté sous Emmanuel Macron, mais la France reste en retard vis-à-vis des autres pays européens.
Relancée par une partie de la gauche mais écartée par Emmanuel Macron, la question des moyens alloués à la justice ressurgit en marge de l'affaire Lyhanna, du nom de cette jeune fille de 11 ans retrouvée morte dans le Gers, sur fond de polémique concernant le traitement judiciaire des plaintes pour viols sur mineures visant le principal suspect.
Dans cette séquence, La France insoumise cible le garde des Sceaux, Gérald Darmanin. La cheffe du groupe de députés du mouvement, Mathilde Panot, l'a accusé d'être "responsable politiquement" d'une "clochardisation de la justice" se traduisant par une "baisse des moyens année après année". Sur RMC BFMTV, le coordinateur Manuel Bompard a tenu des propos similaires ce lundi 8 juin.
Une augmentation du budget de la justice sous Emmanuel Macron
Qu'en est-il réellement? Factuellement, le budget du ministère de la Justice a largement augmenté sous la présidence d'Emmanuel Macron. Dans le détail, celui-ci est passé de près de 7 milliards d'euros en 2017 à environ 10,5 milliards d'euros en 2025. Soit une hausse aux alentours des 50% en moins de dix ans.
Dans le projet de loi d'orientation et de programmation pour 2023-2027, cette augmentation des moyens vise notamment à la création de 10.000 nouveaux emplois dans le ministère de la Justice, des revalorisations salariales pour les magistrats, greffiers ou surveillants pénitentiaires, ainsi que la construction de 15.000 nouvelles places de prison – toujours en cours.
Cependant, la France reste un mauvais élève en la matière à l'échelle de l'Europe, comme le démontre un rapport de la Commission européenne pour l'efficacité de la justice (CEPJ), publié en octobre 2024.
"Ainsi, s’il est relevé une hausse de 7% du budget de la justice sur la période 2020-2022, il apparaît que seul 0,20% du PIB annuel de la France lui est consacré en 2022, alors que la médiane européenne s’établit à 0,28% du PIB et que nos voisins néerlandais, allemands et italiens y consacrent respectivement 0,26%, 0,30% et 0,31%".
Aussi, "le nombre de magistrats professionnels, particulièrement au ministère public, se situe très en deçà de la médiane européenne. Avec 3,2 procureurs pour 100 000 habitants en 2022, la France se situe à un niveau très inférieur à la médiane européenne, située à 11,2."
Plus largement, la France est le pays de l'Union européenne où les procureurs traitent le plus de dossiers: près de 2.030 affaires reçues par an et par procureur, soit près de cinq fois plus que la moyenne européenne, estimée à environ 430 affaires annuelles, selon la Commission européenne pour l'efficacité de la justice.
Des disparités régionales existent aussi en fonction des départements français: si aujourd'hui l'attention se focalise sur la disparition de Lyhanna dans le Gers, le parquet d'Auch – en charge de l'affaire – compte environ deux parquetiers pour 100.000 habitants, soit en dessous de la moyenne française (3,2 pour 100.000 habitants). La médiane est de 12,2 parquetiers sur le reste du continent européen.
Le garde des Sceaux Gérald Darmanin a toutefois assuré ce lundi que, dans le cas "précis" de l'affaire Lyhanna, que "ce n'est pas une question de moyens" qui a généré des dysfonctionnements.
"Quand les enfants ne se sentent pas entendus, ils finissent par se taire", déclare la présidente de la commission parlementaire sur l'inceste Maud Petit
Maud Petit, présidente de la commission d'enquête parlementaire sur l'inceste et députée Les Démocrates, participe à une conférence de presse pour une loi intégrale sur les violences faites aux femmes et aux enfants, ce lundi 8 juin, à l'Assemblée nationale.
L’affaire Lyhanna, une « cassure » supplémentaire dans le lien de confiance entre magistrats et population
Des manifestations devaient avoir lieu devant les tribunaux ce lundi, pour protester contre la passivité supposée de la justice dans l’affaire Lyhanna. Dans le même temps, la gendarmerie semble épargnée par les critiques, sans doute en raison d’un important lien de proximité avec la population, ciment d’une confiance qui semble ne plus exister avec la magistrature.
Lyhanna : Gérald Darmanin, sous le feu des critiques, refuse de démissionner
Le Garde des Sceaux a présenté ses excuses pour la manière dont a été traitée l'affaire du principal suspect dans le meurtre d'une fillette de 11 ans et a demandé aux procureurs de réexaminer les 70 000 plaintes en cours d'instruction pour des faits présumés de maltraitance envers des enfants.
Le ministre français de la Justice Gérald Darmanin a exclu de démissionner alors que la colère monte face aux dysfonctionnements judiciaires mis en cause dans le meurtre d'une fillette de 11 ans.
Le corps de Lyhanna a été retrouvé la semaine dernière dans le sud-ouest de la France, plusieurs jours après sa disparition, le 29 mai, près de la commune de Fleurance. L'affaire a suscité l'indignation dans tout le pays lorsqu'il est apparu que le principal suspect avait déjà fait l'objet de multiples accusations impliquant des mineurs.
S'exprimant lundi, Gérald Darmanin a insisté sur le fait que son maintien en fonctions n'était pas remis en cause tant qu'il assumait ses responsabilités, tout en déplorant « un terrible échec de l’action de l’État, en général, et de la justice ».
« La question de ma présence (au gouvernement) se poserait si je n'assumais pas ma responsabilité », a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse. « Est-ce que l'affaire Lyhanna est une affaire de défaillance ponctuelle ? (…) Ou est-ce qu'il y a de façon plus systémique de très nombreuses affaires comme celle-ci dans les cours d'appel et dans les parquets en France ? C'est l'inspection qui le dira ».
Le ministre avait déjà présenté ses excuses vendredi, qualifiant la gestion des précédentes accusations visant le suspect d'« échec majeur ».
Le principal suspect, Jérôme Barella, 41 ans, père d'une camarade de classe de la victime, avait déjà été mis en examen à deux reprises pour viol sur mineur. Une plainte déposée en août dernier avait donné lieu à une enquête restée au point mort : neuf mois plus tard, au moment de la disparition de Lyhanna, la police ne l'avait toujours pas entendu.
En réaction, Gérald Darmanin a demandé aux procureurs généraux de tout le pays, après les avoir réunis ce lundi 8 juin, à la Chancellerie, de réexaminer avant le 14 juillet quelque 70 000 dossiers en souffrance liés à des crimes présumés contre des enfants, alimentant les craintes que les dysfonctionnements ne dépassent largement ce seul cas.
Darmanin, a appelé, suite à cette réunion, à une vraie « mobilisation générale » des magistrats après les défaillances « extrêmement graves » , en demandant « que nous puissions faire la vérité des chiffres aux Français, [concernant] ce qui ne s’est pas bien passé dans l’affaire ».
Le ministre a annoncé qu’il recevra ensuite les procureurs généraux individuellement avant le 31 juillet pour « faire le point, non pas sur les affaires individuelles (…), mais sur les défaillances et les difficultés » rencontrées dans les différentes procédures.
Une justice sous pression
L'affaire a renforcé l'examen du système judiciaire français, régulièrement critiqué pour la lenteur des procédures et le manque de moyens.
Dans une lettre adressée au ministre, Ludovic Friat, responsable d'un syndicat de magistrats, a alerté sur la surcharge de travail des procureurs, soulignant que la France compte nettement moins de magistrats du parquet que la moyenne européenne.
Selon les chiffres de la commission indépendante CIIVISE, seules environ 7 % des plaintes pour agressions sexuelles sur mineurs aboutissent à une condamnation, ce qui alimente davantage les inquiétudes sur des défaillances systémiques.
Les ministres de la justice et de l’intérieur, Gérald Darmanin et Laurent Nuñez, seront auditionnés mardi matin par la commission des lois du Sénat pour répondre aux questions quant aux dysfonctionnements ayant entouré la mort de Lyhanna, a annoncé la Chambre haute.
La présidente du Parlement, Yael Braun-Pivet, a exhorté le gouvernement à accélérer l'examen d'un projet de loi visant à lutter contre toutes les formes d'« abus sexistes et sexuels ».
Ce projet de loi s'appuie sur 140 recommandations formulées par des associations de défense des droits des femmes, notamment des propositions visant à améliorer la formation des policiers et des juges chargés de traiter ces affaires.
La pression politique s'accentue
Ce meurtre a également pris une dimension politique à l'approche de la prochaine élection présidentielle en France.
Le président Emmanuel Macron a reconnu des « défaillances évidentes », qualifiant la situation d'« inacceptable ».
Les responsables de l'opposition se sont emparés de l'affaire pour critiquer le gouvernement. Jordan Bardella, président du Rassemblement national d'extrême droite, a estimé que ce drame « aurait pu être évité » et réclamé que les responsabilités soient établies, tandis que des élus de tout l'éventail politique ont mis en avant des problèmes structurels plus profonds.
Le secrétaire général du Parti socialiste Pierre Jouvet a dit, lui, attendre « de la responsabilité politique » dans cette affaire. « J’aurais été garde des Sceaux et j’aurais été à la place de Gérald Darmanin j’aurais remis ma démission au président de la République », a-t-il encore assuré sur France 3.
Comme en signe de clairvoyance, l'Union syndicale des magistrats (USM), dans un communiqué publié ce lundi 8 juin, juste avant la conférence de presse du ministre de la Justice, lui a bien imputé la responsabilité de la crise actuelle dans la justice française.
"Qui est responsable du système, sinon vous, qui gérez les moyens alloués aux magistrats et définissez une politique pénale nationale? (…) Votre responsabilité politique est entière", lance l'USM. "Il est de notre devoir et de notre responsabilité de vous le rappeler… Mais il est sûrement plus facile face à l’opinion publique de donner les magistrats en pâture que d'endosser politiquement une responsabilité."
Mathilde Panot, présidente du groupe LFI à l’Assemblée nationale, a également dénoncé lundi 8 juin sur franceinfo le "garde des Sceaux, qui est en train de se défausser de toute responsabilité politique et qui cherche un bouc émissaire à travers les juges".
L'affaire est devenue le symbole criant de ce que beaucoup considèrent comme des défaillances institutionnelles dans la protection des enfants. Gérald Darmanin est désormais sous pression pour apporter des réponses et lancer des réformes, tout en affirmant qu'il restera en poste pour en assurer le suivi.